‹ SatanstoéChapitre 136 sur 194 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

SUR LA MOnT DE M. DUCHÉ.

Celui quo nous plaignons cl qu'un sort glorieux riace au rang des élus dans la ciié célesle, Biilia par ses lalens, fat doux, simple et modeste, Fidèle à ses amis, discret, officieux.

Des charmes dont le monde avait séduil ses yeux,

Dieu dissipa bientôt l'ilhision funeste,

El de ses jeunes ans il consacra le reste

A cliaivler les grandeurs du monarque des cieox.

Il n'est plus, et j'ai vu passer sa dernière heure.

Mais en pleurant sa mort, c'est moi seul que je pleure,

Mon aveugle fureur n'accuse point le sort.

Il jouit de tous les biens qui faisaient son envie, Et ne pouvait trouver, qu'en passant par la mort, Le port tranquille et sûr d'une éternelle vie,

5111e DE LA GUERRE.

Elisabeth-Claude Jacquet, née à Paris en 1659, fitconr.clîlrc, des sa plus tendre enfance, des talens el des dispositions extraordinaires pour la musique et pour l'art de toucher le clavecin. A peine avait-elle quinze ans qu'elle parut à la cour. Le roi eut beaucoup de plaisir à l'entendre jouer du clavecin, ce qui engagea Mme deMontespan à la garder trois ou quatre ans auprès d'elle. Mais Mlle Jacquet ayant épousé Marin de la Guerre, organiste de Saint-Séverin, fut obligée de suivre son mari et de revenir à Paris. Le mérite et la réputation de Mlle de la Guerre ne (irenl que croître dans cette capitale, et tous les grands musiciens et les bons connaisseurs allaient avec empressement l'entendre toucher le clavecin ; elle avait surtout un talent merveilleux pour préluder et jouer des fantaisies sur-le-champ, et quelquefois, pendant une demiheure, elle suivait un prélude et une fantaisie avec des chants et des accorda extrêmement variés.

Tant de talens réunis faisaient croire que personne n"était plus en étal de travailler à la composition des opéras en musique que Mlle de la Guerre. Elle s'en llalta peutêtre aussi, car elle accepta les paroles de Céphale et Procris, que Duché, jeune alors, et qui n'avait encore rien donné au public, lui oiïrit. Mlle delà Guerre mit cet opéra en musique, et, pendant qu'elle y travaillait, tous ses amis, tant en prose qu'en vers (1), la félicitaient sur son

(I] « Je vous envoie une galanterie qui a été faite pour Mlle de La Guerre, dans laquelle on suppose que M. de Lully lui écrit des Champs-Elysées. — L'opéra dont il est parlé dans cel ouvrage, continue Devisé, n'a pas encore élé représenlé, mais il est trouvé digne de l'attention du public, et ceux qui aiment la musique et s'y connaissent le mieux, demeurent d'accord que cette admirable personne travaille autant d'agrémeat que do science pour tout ce qui concerne le chant. »

ÉriTRE DE M. DE LULLY A m"' DE LA GUERRE,

Envoyée le jour de .'^ainte-Cécile, par une ombre, avec -jne

couronne de lauriers, accompagnée de jolis présens enfeimés

dans une boite, sur laquelle était cette inscription :

A la première musicienne du monde.

Du train de l'Opéra demandant des nouvelles,

Aux mortels dep\iis peu descendus ici-bas.

Ils m'en ont à l'envi débité des plus belles,

El m'ont dit que là-haut vous faisiez grand fracas ,

Qu'on vantail à la cour, de même qu'à la ville,

Un opéra nouveau, que vous avez donné. i

L'entreprise, il est vrai, n'eut jamais de pareille.

I succès à venir. Enfin cet opéra parut en 1694, el le pu- I blic connut alors que la science Je la musique n'en donne pas les agrémens. Mlle de la Guerre le sentit , apparemment, mieux qu'un autre, et renonça à ce genre d'ouvrage. Elle mourut le 27 juin 1729, âgée environ de 70 ans, et fut inhumée k Saint-Eustachc, sa paroisse.

HARDOUIN (basse-Uille),

Après avoir chanté dans différentes cathédrales, vint à Paris et entra à l'Académie royale de musique, en 1694, pour y remplacer Moreau. 11 fut chargé des premiers rôles, jusqu'en 1697, que Thevenard, goùlé du public de plus en plus, en prit possession. Hardouin continua dans les seconds rôles. En 1718, il joua celui de Polyxène, dans Acis et Galatée, et quitta peu de temps après, avec une pension. Il est actuellement vivant, à Treguier, en Bretagne, sa patrie.

COOPELET (haute-contre).

Débuta du temps de Lully, pour la danse ; on l'entendit chanter, el on lui conseilla de préférer ce dernier talent. Chopelet doublait Du Mény, et lui succéda pendant quelque temps dans les premiers rôles. Il joua d'original, en nOO, Téiamon dans JJésione, Dardanus dans Scylla. en 1701, el Pliaélon, lorsqu'on reprit cet opéra en 1702. Mais étant tombé malade vers ce temps-là, il perdit sa voix, et ne put se charger one de petits rôles, dont le dernier fut celui de Mercure clans Psyché, qui fut remis au théâtre, en juin 1713. Depuis ce; temps, Chopelet quitta l'Opéra, et mourut paralytique. Il était petit et avait le visage long, les yeux beaux et la voix assez gracieuse.

BOLTELOIV père, haute-contre.

Entra à l'Académie royale de Musique vers le même temps que Chopelet; il chanta avec goiit les rôles comiques, dans lesquels il s'est beaucoup distingué. Mantienne lui succéda. Il quitta vers (en blanc) et mourut peu de temps après.

Au règne de Louis ce prodige était dû.

A ce fameux héros, j'eus le bonheur de plaire.

Ce que j'ai fait pour lui, c'est à vous de le faire. Vous devez succéder à l'honneur que je perds. Déjà ce roi puissant connaît votre génie, Déjà plus d'une fois vous l'avez su charmer, Par les plus doux accords qu'enfante l'harmonie. Et que faut-il de plus, pour s'en faire estimer î L'effet justifiera ce que je viens de dire, Sans doute le public parlera comme moi.

Mais enfin, si j'en croisée qu'on dit à ma gloire, L'estime de Lully vaut celle d'Apollon.

Ecrit aux champs élysiens Le grand jour des musiciens.

{Mercure de décembre 1691 , p. Î31 el suiv.)

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