‹ SatanstoéChapitre 135 sur 194 · REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRB FOIS AU MOIS DE DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRB FOIS AU MOIS DE DÉCEMBRE

LE POÈIŒ DE O. CORNEILLE L/l EnjSlQDE DE U. CBARPERTICR.

« On joue, dit Devisé, un opéra nouveau, intitulé il/edée; c'est un sujet consacré par l'anticiuitc, et qui a reçu l'approbation de tous les siècles... Quoiqu'il soit fort difficile de traiter dans un opéra une matière aussi ample que dans une tragédie ordinaire, parce qu'un opéra contient moins de vers qu'il n'en faudrait pour deux actes d'une tragédie qui ne serait pas en musique, on peut di-

re que l'opéra du Médée et celui de Beltérophon, du même auteur, sont aussi remplis de sujet qu'aucune autre pièce de théâtre que nous ayons. Les passions y sont si vives, et surtout dans le rôle de Médéc, que quand ce rôle ne serait que récité, il ne laisserait pas que de faire de belle musique; Mlle Rochois, lune des meilleures actrices du moude, et qui joue avec chaleur,

BIBLIOTHÈQUE CHOISIE

lioessc el iniclliRence, brille dans ce personnage, et en fait hicQ valoir les beautés. Tout Paris est charme de la manière dont celle excellente actrice lé joue, el on ne peut se lasser de l'iulmirer... Les véritables connaisseurs trouvent quantité d endroits admirables dans la musi(iue. M. Charpentier qui la fait graver, eut l'honneur de la présenter au roi, il Y a quelques jours, et Sa Majesté lui (l\l qu'elle savait quil y avait de très belles choses dans son opéra. Quoique l'on n'en ait donné encore que ncul ou dix representations, M. le dauphin y est déjii venu deux ibis, et S. A. R. Monsieur l'a vu quatre fois. 11 a eu la destinée des beaux ouvrages, contre Icsnuels l'envie se déclare d'abord, mais ils en brillent après davantage. Les décorations et les babils sont de M. lierain. «

MATIC-ANTOIIVE Cïl \RÎ>^^TIEn.

Né à Paris en 1624, s'attacha, dès sa tendre enfance, à la peinture, et à Và^c de quinze ans, il quitta sa patrie pour aller h Rome se perfectionner dans cet art. Mais à peine y fut-il arrivé, qu'au lieu de continuer le ti-,»'ent qu'il avilit embrassé, il y renonça pour s'attacher à la musique, enchanté de celle de Canpinii. Ce musicien, qui lui trouva beaucoup de disposition, s'attacha à lui montrer toute sa science, et Charpentier égala bientôt son maître et acquil le litre de phénix de la France De retour à Paris, il entra chez Mme de Guise en qualité de maître de sa musique, où il composa des pièces excellen-

tes; mais, piqué contre Lullyqui réunissait tous les suffrages, il changeason goût de niusitjue naturelle, afin de ne pointressembler au simple de LuUy, et ne voulutplusfairc que delaniusique très diflieile, mais en même tempsd'unc harmonie el d'une science jusqu'alors inconnue aux Français (1). Ce qui lui attira le litre de compositeur barbare. Rempli de ces savantes idées, il mit en musi- (juc l'opéra de Médée, qui lut représenté en 1693. Cel ouvrage, que les étrangers ont regardé comme un chcfd'tt'uvre , n'eut aucune réussite en France. On ajoute qnc ce fut jjar la négligence des musiciens de l'orchestre; el que, pour punir ou leur incapacité ou leur malice, on leur retrancha , jiendanl dix années, cinquante francs par an de leurs appoinlemcns. '

Charpentier abandonna absolument le français, pour composer en latin; il fut choisi pour remplir la place de maitrc de musique de la maison professe des jésuites rue Saint-Antoine, ce qu'il continua très long-temps. Enfin. il mérita sur la lin de ses jours, une pareille place à la Sainte-Chapelle de Paris, où il mourut au mois de mars 1702, âgé de soixante-dix-huil ans.

Charpentier a composé la musique de Circé . tragédie de Thomas Corneille, el celle du Malade imaginaire, de Molière.

(!') Nous no parlons ici do Charpenlier que d'après les discours (le quelques admirateurs do ce musicien.

CEPHALE ET PI10€RÏS,

nEPUÉSENTÉE POUR L\ PREMIÈRE FOIS EN 1694.

LE POÉmE DE a. ODCHÉ LA MUSIQUE DE UADEMOISELLE DE LA UULHIU;

Si les louanges prémntiirécs assuraient le succès d'une pièce, jamais opéra n'en aurait eu un semblable. Les noms de Uuehé el de Mlle de la Guerre retentissaient par lout Paris. On tombait en extase aux répétitions de ce poème, cl malheur îi ceux qui auraient ose dire qu'il iallail attendre le jugement du public. Ce jour arriva, quel changement! il fut total, et l'opéra expira h sa cinquième ou sixième représentation.

JOSEPH-FRAÎVÇOIS DUCUÈ.

Fils d'Anloinc Duché, secrétaire du roi et secrétairegénéral de la marine, naquit îi Paris, le 29 octobre 1 668 : son père le fil élever avec beaucoup de soin, el ce fut l'héritage qu'il lui laissa. Son peu de fortune lui fit met- Ire ses talens en usage ; le goût de la poésie lyrique prévalut, et il donna successivcmcul fépliale et Prorris en 1694, Théagèiu et Charidéc en 1695, les Amours de Mo- »ni/s la même année, 7cs fêtes galantes on MS'M, Srylla en 1701 el Iphigénie en 1704. C'est son dernier opéra et celui qui a eu le plus de faveur dans le public. Duché mourvu le 14 décembre 1704, dans le commencement de

sa 37° année , et il fut inhumé au cimetière des Saints- Innoceos.

Duché fut reçu îi l'académie des inscriptions et bellesletlres, comme l'élève de Pavillon, et tenait beaucoup de la douceur, du caractère el des grâces de l'esprit de cet homme illustre. 11 nelui ajamaiséchapé aucun trait malin, pas mèm(> équivoque, et l'on reconnaît dans tous ses écrils, la véritable candeur qui brillait dans sa physionomie. — Terminons cel article par le sonnet suivaint que Rousseau, son ami intime, consacra à sa mémoire.

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