AMADIS DE GRECE
tragéd:?]!; ,
représentée pour la première fois le jeudi 26 mars 1699
LE POtME DE n. DE LA HOTTE. LA BUSIQUE DE B. DESTOUCHES.
Malgré le succès brillant de celte tragédie lyrinue à sa nouveauté et à ses reprises, on peut néanmoins dire que l'auteur des paroles y a mis plus d'esprit que de conduite. La première scène du premier acte présente une faute de jugement qu'on aurait peine à croire, si le poète même n en donnait la preuve. C'est Amadis qui montre le portrait de Niquéeau prince de Thrace, et lui en fait considérer tous les traits pendant une nuit très obscure. Saint-Gilles qui se trouva à la première représentation de la pièce, releva cette faute, et depuis on a passé cet endroit; mais ce qui suit est aussi peu raisonnable. Ce même Amadis, qui fuit nuitamment Mélisse, pour aller désenchanter Niquéc, s'arrête à écouter chanter des bergers, et ne part qu'après que Mélisse, qui s'est aperçue de son absence, lui a fait les plus sanglans reproches. Le goût des fêtes domine le héros de cette tragédie. Il se laisse enlever sa princesse pour avoir voulu prendre part à la joie des personnes qui étaient dans la société de Niquée. Cependant, ce poème, tel qu'il est, et encore plus dcteclueux que nous ne venons de le dire, se soutient par des morceaux de détail, et par une musique qui satisfait également les gens de goût et les connaisseurs. Au reste, tout le monde sait que le rôle d'Amadis a été fait pour Thévenard, et qu'aucun acteur ne l'a chanté avec plus de grâces et de noblesse que lui.
Mlle MAITIIV.
Se nommait, étant fille, Mlle Daubigny; elle épousa fort jeune, un particulier de Sainl-Germain-en-Laye, appelé Maupin, à qui elle fil obtenir une commission; mais comme les appointemens en étaient très modiques, Mlle Maupin jugea à propos de laisser aller son mari en province et de rester à Paris, où elle fit connaissance de Sérane, prévôt de salle, qui lui apprit à faire des armes (f et qui l'engagea à venir à Marseille, où il disait qui avait beaucoup de biens. Ces biens, qui n'existaient que
(1) Cette science peu connue des personnes du sexe de la Maupin, était la passion dominante de cette femme. Elle prenait un habit d'homme, et, sous ce travestissement, il lui est arrivé nombre d'aventures. En voici une qui peut être rapportée. Du Mény ayant dit quelque chose qui lui déplut, elle s'habilla en homme, et l'attendit un soir dans une rue auprès de la place des Victoires; et 1 ayant abordé sans se faire connaître, elle lui proposa de mettre lépée à la main. Du Mény, en homme prudent, aima mieux essuyer quelques coups et donner en échange sa montre et sa tabatière. Le lendemain , qui était un jour d'opéra, il raconta sa triste aventure ; mais il l'ajusta, en disant, que cinq ou six personnes s'étaient
EimjOTiiÊouTi' riinTsiTi;
(lans l'imapination de celui riiii en parlait, disparurent en arrivani à Marseille. Ml!c Maupin, sans l'aire d'inutiles re|)roelK'sà Scranc, trouva bientôt un expedient pour sortir (Ici cniharras oii elle s'était jetée. Comme elle avait la voix extrêmement belle, elle se présenta. à. l'eulreprcneur de l'Opéra de Marseille (c'était Gautier dont nous avons parlé en l'année 1685), qui la reeutau namlire de SCS pensionnaires avec grand plaisir. Mlle Maupin y brilla beaufoup; mais, au bout de trois ou quatre ans, elle résolut de venir à Paris, où, étant arrivée, le sieur Bouvard'; auteur de la musique de l'opéra de Médus, la présenta il M. de Francinc, ([ui la fit clébuter dans CaO.mus (c'était lorsque cet opéra fut repris ca 1tJ90), par le rôle de Pallas, où elle l'ut très applaudie. Mlle Maupin, pour marquer sa reconnaissance, s'éleva dans sa machine, et de lainicilleure grâce du monde* ôta son casque, et salua le public. Ce succès la conduisit rapidement aux grands rôles qu'elle joua supérieurement, également bonne dans le tendre, la
jeloas suf lui. " Tu en as menii, lui dit la Maupin , qui parut d3;s l'inslanti. c'est] moi qui t'ai donné descoups du plaide nao.i épàe,.£t, voilà ta montre- etta-talpaiièra. »■
fureur et le comique. ComnK j:ous ne rendons compte que lies lalcBS cl non des .'(.ventures particulières des personnes (]ui ont re|)réseulé sur le tliéàlre de l'Opéra, nous abandonnons ici Mlle Maupin juscju'à sa retraite, qui lut occasionée par la niorl subite de Mme la comtesse de riorcnzac qui honorait Mlle Mau[)in, de son amitié et de sa. protection. Mlle Maupin après avoir pleuré amèrement la perte de cette dame, demanda son congé et se relira dans un quartier éloigné, oU elle vécut avec son mari, qu'elle Ht revenir de province, avec toute la régularité et la piété possible. Elle mourut à l'âge de trente-trois ans et quelquesmois. Mlle Maupin élailbelle,, d'une taille médiocre, les cheveux chiilains, de grands yeux bleus, le nez aquilin, la bouche belle, les dents, fort blanches et la gorge parfaite. Elle n'a jamais su que très peu de musique; mais sa grande mémoire, jointe à la justesse de son oreille, , lui faisait chanter tous; ses rôJes extrêmement bien.
Un rôle où elle a excellé, au rapport de Mlle Rochois, qui disait qu'elle n'aurait pas voulu l'entreprendre, c'^\i celui de Medée dans l'opéra de Mcdus, rôle ae magicienne sans baguette, sans mouchoiret sans éventail.