LE JEUDI 3 JANVIER
Ce ballet a toujours eu de la réussite, soit dans sa nouveauté, soit dans ses reprises. Le poète a mis beaucoup d'esprit dans cet ouvrage; un agréable amusement y tient lieu d'intérêt. A l'égard de la musique, on la trouve d'une légèreté charmante, et le troisième acte a toujours été applaudi, surtout dans la fête du professeur de Folie, qui a paru toujours nouvelle, quoiqu'on l'ait souvent détachée de ce ballet, pour servir d'ornement à d'autres. En 1719, lorsqu'on reprit cet opéra, le succès qui l'accompagna alors, engagea Fuselier à composer une parodie, qui fut jouée sur le théâtre des Comédiens Italiens, sous le titre de la Rupture du Carnaval et de la Folie, le 6 juillet de la même année. Cette parodie critique peu le ballet dont nous parlons, il y a un endroit qui touche sur les opéras en général, que nous rapportons ici (2).
A la première représentation de cet opéra, Cochereau joua le rôle de Plutus, Mlle Armand, nouvelle actrice, celui de la Jeunesse, et Vénus au prologue; Mlle Maupin, la Folie, etThévenard, le Carnaval. Poussin y fit le musicien; Boutelon, le professeur de Folie; Dun, Momus; et, Mantienne, qui depuis plusieurs années n'avait paru que dans les chœurs, fut chargé du rôle du poète et y fut applaudi.
(1) Quoique l'édition in-quarlo de ce ballet, ait annoncé sa première représentation pour le jeudi 27 décembre, on sait néanmoins qu'elle ne le fut que le 3 janvier suivant. L'imprimeur a corrigé cette faute dans l'édition in-douze. Au reste, le prologue et les deux premiers actes du ballet du Carnaval et la Futio, avaient déjà été représentés à Fontainebleau devant la cour, ledimanche14 octobre 1703. Voyez le Mercure galant, octobre et novembre -1703, p. 208, qui ajoute qu'ils furent fort applaudis.
(2) MOJtnjs.
Monsieur l'officier, quel bruit viens-je d'entendre ici près ? qui le cause ?
l'officiek des gardes de la Folie.
Des rebelles qui no veulent pas assister au triomphe de la Folie; c'est la Raison qui les débauche.
MOMUS
Cela ne sera rien; les révoltes que la Raison excite dans l'empire do la Folie, ne sont pas dangereuses... Mais qui sont ces séditieux là?
l'officier.
Il y a d'abord une figure d une taille allongée et d'un teint
jonquille, qui s'appelle de la Griffe.
MOMUS
M. de la Griffe, voilà un nom d'huissier.
Mlle AP.MAND.
Jeune et jolie actrice, débuta à l'Académie royale de Musique, comme on vient de le dire, par les rôles" de Vénus et de la Jeunesse. Elle joua ensuite Iris dans une reprise à'Isis, et d'original Eiectre,dansla tragédie d'Iphigénie en Tauride, et quitta le théâtre sur la Cn de 1707, après avoir .fait Clonnde à la reprise de Tancrède, rôle qu'elle jouait alternativement avec Mlle Journet. Nous croyons que c'est d'elle que le chevalier de Saint-Gilles a parlé dans les derniers vers du passage suivant :
Nison s'est mis en fantaisie.
D'entrer à l'Opéra, c'est fort bien fait, vraiment; Cinq lustres et quatre ans : contenance hardie, Voix aigre en la-ré-sol, accent un peuNormant; Maître à chanter gascon, à parler franchement : C'est pour donner fort peu de jalousie
A la petite Armand.
KLARCEL.
Actuellement vivant, a été de la plus belle figure du monde pour les danses nobles. Personne n'a dansé le menuet avec plus de noblesse et de grâce. Retiré du théâtre depuis plusieurs années.
Bîlle LAFERRIÈRE.
Danseuse, qui a figuré long-temps avec Mlle Guyot ; retirée du théàtrevers l'année 1726; actuellement vivante, à Fontainebleau.
h OFFICIER.
C'est pourtant un poète, qui dit hautement qu'il veut exterminer la Folie dans son plus fort retranchement.
MOJIUS.
Un poète qui veut exterminer la Foliei il veut donc commettre un matricide.
l'officier.
Il a entrepris de faire des opéras raisonnables.
MOMUS
Voilà une entreprise de Don Quichotte.
l'officier.
Où placerai-je dans la marche du triomphe de la Folie ce faiseur d'opéras raisonnables ?
MOMUS
Qu'on lui donne le pas sur ceux qai en font d'extravagans.
— 2or.
BinLIOTlIEOlIE ^-i ^âàlE.