‹ SatanstoéChapitre 174 sur 194 · IPHIGÉNIE EN TAURIDE · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE EN TAURIDE

TRAGÉDIE

REPRÉSENTÉE POOR LA PREMIÈRE FOIS LE MARDI 6 HAl 1704.

IB POtOE DE MM. OUCKË ET DAKCBET. LA MUSIQUE DE HH. DEBMitRETS ET CtaPBA.

Quatre dilTérens auteurs ont travaillé à cet opéra, MM. Duché et Dcsmarcts ont été les premiers qui y ont mis la main, le premier pour le poème et l'autre pour la musique. Mais le poète, religieux observateur de la promesse qu'il avait faite à des personnes respectables de ne plws travailler pour le théâtre, consentit que M. Danchet suppléât à ce qui manquait k sa pièce, savoir : un prologue et la fin du cinquième acte dont la belle scène n'avait été poussée que jusqu'à ces deux vers :

Reconnaissez Oreste à ce langage.

Et plus encore à ses malheurs.

C'est aussi par ces deux vers que l'auteur de l'extrait de cette tragédie, qui se trouve dans \c Mercure de France, le finit. « Le reste, ajoutc-l-il, n'est pas bien difficile à imaginer. » L'absence de Dcsmarcts mitCampra en liberté de mettre ce supplément en musique.

Malgré les beautés du poème et de la musique, cette pièce eut un succès si médiocre dans sa nouveauté, qu'on ne crut pas que ce fût un opéra à reprendre. Il a eu plus de réussite dans ses reprises, qui s'est toujours augmentée de plus en plus. Le quatrième acte est le plus iotéressanl; il est aussi le dominant, et celui auquel celte tragédie doit son plus grand succès (1). La scène d'Iphigénic et

(1) On avait toujours éprouvé que l'inlérôt du sang était plus fort dans une tragédie, que celui de l'amour; la raison en est assez plausible ; tous les spectateurs n'étant pas amans, au lieu qu'd n'y en a point qui ne soient pères, frères ou Dis; mais on ne croyait pas qu'il en fût de même à l'Opéra, où toutes les passions doivent être subordonnées à l'amour. Cependant l'auteur à' Iphigénie a fait rentrer dans leurs droits les sentimens do la nature, et l'amour de Pylade pour Electre à para frivole, auprès de l'amitié diphigénio pour son frère.

d'Oreste est des plus belles : des censeurs un peu sévères, préférant la raison à leurs propres plaisirs, ont rcpioché àl'auteurd'avoir coupé cette scène, dont la fin est au cinquième acte ; mais cela n'empêche pas que les connaisseurs ne lui sachent gré de nous avoir donné deux plaisirs pour un; on peut même dire que la première moitié de cette scène de reconnaissance, lui lait plus d'honneur que la dernière, qui n'a pas besoin d'art pour exciter la terreur et la pitié.

Le rôle d'Iphigénie fut joué d'original par Mlle Desmâtins, Oreste par Thévenard, Electre par Mlle Armand, Pylade et Thoas, par Poussin et Dun ; et Mlle Maupin fit Diane au prologue et dans la tragédie.

Page 1