ORIGINE DE NOTRE MAISON
Dans le temps des désordres et de la confusion, on vil s'élever, au milieu des nations barbares, un commencement de souveraineté nouvelle.
Les gouvcrnemcns des dilïércns pays secouèrent le joti?;, et bicnlôl devenus assez puissans pour se faire craindie de leurs maîtres, ils obtinrent des privileges dont ils abusèrent, ou, pour mieux dire, par la forme d'un genou à terre, ils emportèrent le fond.
Dans le nombre de ces audacieux, il y en a plusieurs qui ont jeté les fondemens des plus grandes monarchies et peut-être même, à bien compter, tous les empereurs, rois et princes souverains, leur doivent leurs états; pour nous, nous sommes h. coup sûr dans ce cas.
Vous rougissez, fille ! Je vous entends; mais ne vous avisez plus de faire l'enfant, et sachez pour toujours qu'on fait de royaume, on prend quand on peut, et Von n'a jamais tort, que quand on est obligé do rendre.
Le premier de nos ancêtres qui arquit quelques droits de souveraineté dans les pays qu'il gouvernait, fut Tasse- Ion, comte de Ilohenzolîern; le Irci/.icmc de ses descendans fut Bourg-grave, de Nuremberg; le vingt-cinquième, électeur de Brandebourg; et le trente-septième, roi de Prusse ; notre maison, comme toutes les autres, a eu ses Achilles, ses (^iccrons, ses Ncstors, ses imbéciles et ses lainéans; ses femmes savantes, ses marâtres, et, ii coup sûr, ses femmes galantes ; elle s'est enfin agrandie par ces droits qu'on ne connaît que chez les princes heureux qui sont les plus forts ; car on voit dans l'ordre de nos successions ceux de convenance, d'expectative et de protection. noi)uis Tassolon jusqu'au graud-élocleur, nous n'avons fait que végéter. Nous avions dans l'empire cinquante
BIBLIOTHÈQUE CHOISIE
princes qui ne nous cédaient en rien, et, à proprement parler , nous n'étions qu'une branche du grand lustre d'Allemagne.
Guillaume-le-Grand, par ses actions éclatantes, nous tira du néant; enlin, en 1700 (cela n'est pas bien vieux), la vanité mit sur la tête de mon grand-père une couronne, et c'est à cette époque que nous pouvons rapporter notre véritable existence, puisqu'elle nous a mis dans le cas de disposer en roi, de traiter en égal avec toutes les puissances du monde.
Si nous comptions les vertus de nos ancêtres, nous verrions aisément que ce n'est pas à ces avantages que notre maison doit son agrandissement; nous avons eu la plus grande partie des princes qui se sont mal conduits; mais c'est le hasard et les circonstances qui nous ont servis. Je vous ferai encore observer que notre premier diadème s'est posé sur une tête des plus vaines et des plus légères, et sur un corps tortu et bossu.
Je VOIS bien, mon cher neveu, que je vous laisse dans l'embarras sur notre origine : on prétend que ce comte de Hohenzollern. était d'une grande maison, mais, dans le fond, personne ne s'est poussé avec moins de titres. Au reste, il y a long-temps que nous sommes nés bons gentilshommes, ainsi tenons-nous en là.
DE LA rOSITION DE MON ROYAUME.
Je ne suis pas des plus heureux de ce côté Ik; pour vous en convaincre, jcttez les yeux sur la carte et vous verrez que la plus grande partie de mes états est divisée de manière à ne pouvoir pas se donner des secours mutuels ; je n'ai pas de grandes rivières qui traversent mes provinces; quelques-unes les cotoyent, mais peu les en tre-coupent.