‹ SatanstoéChapitre 37 sur 194 · REGIT · texte numérisé non relu

REGIT

DE LA CONVERSION DE M'^^ GAUTIER, cohikdieivîve;,

COPIÉ SIR LE MANUSCRIT ORIGINAL DE SA MAIN. t J.-M

MadcmoiseUe Gautier, comédienne reçue au Théâtre-Français en 1716, y joua la comédie pendant dix ans. Elle était grande. Lien faite et d'un caractère •violent. Elle faisait des vers et peignait très-liien en miniature. Elle était d'une force prodigieuse pour une femme, et peu d'hommes auraient lutté contre elle. Le maréchal de Saxe, à qui elle avait fait un défi, et qui, à la vérité, l'emporta sur elle à la lutte au poignet, disait que de tous ceux qui avaient voulu s'engager contre lui, il n'y en avait guère qui lui eussent résisté aussi long-temps qu'elle. Elle roulait une assiette d'argent comme une oublie.

Elle avait beaucoup aimé. Pour se venger d'une rivale, clic se rend incognito à Wurtemberg, et sûre que cette rivale était à la promenade en calèche, elle en prit une qu'elle-même mena avec deux chevaux très-vifs, et passant avec rapidité derrière celle de son ennemie, elle enleva la roue, renversa la calèche et se rendit du même train à son auberge, où sa chaise l'attendait avec des chevaux de poste.

Le 25 avril 1722, temps où, plongée dans une mer de délices (selon les pernicieuses façons de parler du monde), et goûtant une lunesle sécurité dans les ténèbres de la mort, où j'étois volontairement , je m'éveille à huit ou neuf heures du matin, contre ma coutume ordinaire. Je me souviens que c'est le jour de ma naissance; je sonne mes gens : ma femme de chambre arrive, pensant que je me trouve mal. Je lui dis dem'habillcr, parce (jue je veux aller à la messe; elle me répond qu'il n'est pas fete, sachant qu'il pciue les jours d'obligation m'y faisoienl aller. J'insiste; elle m'habille. Je vais aux Cordeliers suivie de mon laquais, menant avec moi un petit or|)helin de ma mère, que j'avois adopté. J'entends une partie de la messe, sans nulle attention. Vers la l*réface, une voix intérieure me demande : Qui m'amène aux pieds îles autels? si c'est pour remercier Dieu de m'avoir donné de quoi plaire aumonde. et (ransgressermortellement chaque jour sa loi ?

Cette réflexion, de la plus monstrueuse ingratitude envers le Seigneur, me terrassa au point que je ne saurois

l'exprimer!... De la chaise sur laquelle j'étois nonchalamment appuyée, je me prosternai sur le pavé.

La messe finie, je renvoie chez, moi et mon laquais et l'orphelin, et demeure abîmée dans une perplexité inconcevable. Je me relève tout-îi-coup, et vais à la sacristie demander une messe du Saint-Esprit, auquel un germe de foi qui n'avait jamais été étouffe par mes désordres, me faisait avoir recours dans les dangers les plus évidens. Le premier mot que je prononce en allcndant le prêtre, c'est celui-ci : « Mon Dieu ! je voudrois bien nie sauver... » Mais comment faire? je liens à des chaînes d'autant » plus indissolubles qu'elles me sont chères!... Aidez- » moi donc vous-même, (t mon Dieu?... Pour ètreéclai- » rée de vos lumières, je viendrai tous les jours à la « messe... »

Bref, après trois heures d'agitation, si je ne m'en retournai pas chez moi justiliéc, j étais du moins déterminée à entrer dans le chemin qui mène à la justilicalion.

Six mois se passèrent avec ma messe fidèlement entendue le matin, et le soir mes allures accoutumées.

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On m'avoil raillée sur mes messes : je me déguise en femmelette, pour u'ctrc pas connue. On s'en aperçoit; la raillerie redouble : pour lors je me rappelle celte parole de l'Evangile : « Qu on ne peut servir deux maîtres. » Sur quoi je prends mon parti, vers la Toussainls, d'abandonner le plas dangereux, quoique le plus agréable.

Je commençai par me passer oe femme de chambre pour m'habillêr. Afin de la'aceoutumer à la retraite que je médilois, je me retirai doucement des parties de plaisir, sous prétexte d'indisposition. Mais plus le temps Paschal approchait, où j'avais fixé ma retraite, plus mes combats intérieurs devenoient si violens, que la force de mon tempérament y succomba. Un vomissement, presque continuel, ne m'empêcha pourtant pas d'écrire ma confession générale.

La nécessité de trouver un confesseur me détermina à me confier à une vertueuse parente, qui m'avoit souvent et vainement moralisée. Elle s'adressa au grand pénitencier qui lui indiqua un zélé vicaire de Saint-Sulpicc. ma paroisse. Il me rebuta d'abord, et refusa de m'cntendre, jusqu'à ce que j'eusse fait divorce avec le monde. Enfin, touché de me voir à ses pieds, où mes larmes et mes sanglots lui peignoient la sincérité denies sentimens; après m avoir consolée, dans Vespérance des miséricordes du Seigneur, il me quitta en me renvoyant à un jour plus tranquille.

Quel jour, bon Dieu!... c'était le jour même où, pour la dernière fois de ma vie, les personnes qui m'étoient les plus chères, dévoient dîner chez moi... Mais, quelque chères qu'elles me fussent, elles m'étoient alors moins chères que mon salut.

Ce que je souffris h table pour ne rien laisser aperce voir de ma situation intérieure, ne peut s'imaginer! La grace et la nature se faisoienl sentir dans tous les replis de mon cœur, surtout lorsque quelqu'un me dit : « Vous » nous faites trop grande chère pour un mercredi de la » Passion ; « et qu'on répondit tout de suite : « C'est » qu'elle nous foit ses adieux. »

Me sentant prête a. m'évanouir, je me lève de table, sous prétexte d'un paiement à faire, et pour lequel j'avois donné ma parole. Chacun se lève aussi ; on me conduit jusqu'à ma'portc ; je monte en carrosse, et la compagnie se remet à table : mais le premier coup de fouet du cocher me fait pousser un cri si perçant, qu'entendu par la compagnie, on se disposoit à venir à moi. A ce mouvement je rentre dans une salle basse; ma femme de chambre leur donne le change, en leur persuadant cjue je suis partie, et que c'est l'enfant qu'on a entendu crier. Je remonte alors en voiture, et me sauve à Saint-Sulpice, où mon confesseur m'attendoit.

Là, quelque agitée que je fusse, je commence ma confession ; et après une séance de trois heures, où Dieu seul put me soutenir, le confesseur, vraiment touché de mon état, me remit à un autre jour.

Je rentrai chez moi, où je n'avais plus que quatre jours à demeurer. La désolation s'empara de mon esprit et de mon cœur; j'étais éperdue et tremblante, et me dcmandois, comme saint Augustin : « Pourras-tu te passer de » tant d'aisances et de biens, de tant de sortes de dou- » ceurs qui, jusqu'à ce jour, ont comblé tes souhaits?

» Abandonneras-tu ce petit palais, pour aller vivre seule » dans une triste cellule, et ne voir que des religieuses , » pour embrasser enlin, (et pour toute la ^iel )un état » aussi monotone qu'obscur, et que tu délestas tou- » jours?... » Mais je triomphai de ce cruel moment.

Enfin, le jour de ma sortie arrive. M. Languet, mon curé, m'avoit souvent évitée: j'avois toujours ri et badiné de ses pieuses exhortations. Sa joie fut complète, lorsque je lui lis part des miséricordes de Dieu sur moi.

Je passai une partie de la nuit à écrire aux personnes avec lesquelles j'étois engagée de profession, et au père de mon adoptif, à qui je renvoyois 1 enfant avec vingt pistoles. Je laissai les lettres, avec ordre de ne les envoyer à leur adresse qu'à midi, et de dire à quiconque me "demanderoit, que j'étois absente pour long-temps. Après quoi je partis, vers cinq heures du matin, de chez moi, pour n'y rentrer jamais.

Mais au lieu des combats précédens, j'en sortis avec la même tranquillité que je sors actuellement de ma cellule pour aller au chœur, on?e mois précisément après cette heureuse messe !

J'arrive, tout aussi tranquille, à Versailles, au lever de feu M. le cardinal de Fleuri, et de M. le duc de Gesvres, mes constans protecteurs, desquels j'allois prendre congé. Je passe de leur appartement à la chapelle du Boi, pour y entendre la messe, pendant laquelle je me souviens qu'il y a dans le château une dame que j'avois violemment ôflensée ; cl sortant de la chapelle, je me hâte d'aller chez elle, et la fais prier de descendre dans un entresol, pour éviter l'éclat ae ses premiers mouvemens.

A peine y est-elle entrée, que je ferme la porte, et me précipite à ses pieds : ce qui la rend interdite et sans voix. Je lui demande, dans la posture de suppliante où j'étais, un généreux pardon; parce que abandonnant le inonde, pour faire pénitence, j'avois cru devoir commencer par ce que l'Evangile prescrit de plus difficile.

Cette dame, un peu revenue de ce qu'elle avoit d'abord cru n'être qu'une illusion, me dit tout ce que la colère d'une femme piquée le plus sensiblement put lui suggérer de plus dur. Après l'avoir écoutée, sans lui répondre, je lui dis, toujours prosternée à ses pieds, que je n'étois pas venue pour me justifier, mais pour lui demander pardon ; que si elle daignoit me l'accocder, je parlirois contente; que si elle me refusoit, Dieu ne le seroit pas de son refus. A ces mots, elle me tend la main, me fait asseoir, et nous voilà réconciliées.

Je repartis de Versailles, sans y prendre de nourriture, l'action que je venois de faire m'ayant suffisamment rassasiée. Je me rendis à Paris, dans la communauté de Sainle-Perpélite, où j'avois fait meubler une petite chambre, pour y demeurer jusqu'à ce que l'inventaire de mes meubles et autres arrangemens fussent finis.

En entrant dans celle première retraite, j'éprouvai invisiblement ce que saint Paul éprouva visiblement ; puisqu'au lieu des écailles qui lui tombèrent des yeux, je me sentis transformée en une créature toute nouvelle. Montée à cette petite chambre, je me crus montée au ciel \f.. Là, tout le passé s'évanouit : maison, biens, amis, plaisirs, tout disparut de mon souvenir ; le calme et la paix intérieure où je me trouvai, me faisoient presque douter si

ma vie, jusqu'alors, n'avait pas clé un songe. Ma cousine, qui londoit en larmes, et qui ne pouvoit se séparer de moi, dans la crainte de me laisser seule, et qu'elle ne me trouvât morte le lendemain, ne pouvoit comprendre mon empressement à la renvoyer, pour goîitcr à loisir le nouveau plaisir de la solitude.

Je disà la supérieure que j'avois faitcoUation le malin, et que ic la priois de me donner à souper du reste du dîner de la communauté. Il ne se trouva qu'un peu de carpe à l'éluvée, que je mangeai avec appétit. Chose admirable I depuis trois mois je ne pouvois garder de nourriture, même les consommés ; j'avois même vomi un peu de riz au jus que j'avois pris la veille, à souper. Celte carpe réchauffée, et qnehiucs noix pour dessert, non seulement restèrent dans mon estomac sans peine, mais je dormis toute la nuit d'un sommeil aussi paisible que celui d'un enfant de huit ans : ce qui a toujours continué depuis.

Dès qu'on sut ma retraite, chacun lui donna la cause qui lui plùl : personne ne put croire que dans la force de 1 âge (j'avais alors trente-un ans), cl de la violence des passions, j'eusse pris, sans m'y croire forcée, un parti si opposé à celui que je quittois... Mon inventaire est afficné; il dure quinze jours, pendant lesquels tout Paris vient se convamcrc de la réalité de ma fuite; cl chacun s'en retourne louché et attendri des miséricordes de Dieu sur moi. On questionne ma parente, chargée de mes affaires temporelles, sur le lieu de ma retraite; et, la trouvant impénétrable, on la prie de me faire tenir une lettre qu'on lui remet, en la suppliant de n'y pas manquer.

Cette lettre était d'un ami, qui m'exhortoit à. ne point persister dans une démarche telle que celle oii je m'engageois, sans doute trop légèrement, surtout dans la situation gracieuse où je me trouvais, et dans un âge où les retours sont presque toujours inévitables et les repentirs souvent trop tardifs. Sur quoi l'on me citoit nombre d'exemples fails pourm'épouvanler, si Dieu ne m'eût soutenue et forliliée par sa grâce. En partant des vrais senîimens qui m'animaient, on peut juger quelle fui ma réponse.

Mes affaires enfin arrangées, je pars pour le Maçonnais, la veille de l'Ascension, six semaines après ma sortie d'Egjple, cl où m'altendoit Madame la marquise de Valadons (l Ârcy, mon amie, à qui j'avois fait part de ma détermination, en la priant de m'arrêlcr une place dans le couvent des Ursulincs de Pondeveaux, pour y vivre pensionnaire cl inconnue ; car la vocation étoil encore bien loin de ma pensée, attendu l'aversion que j'avois toujours eue pour ce genre de vie, cl surtout pour les communautés (le filles.

En montant dans la diligence, je trouvai, pour compagnon de voyage, M. le commandeur itl'Àubcpin, qui, trompé par mon extérieur, me combla desoins et d'attentions respectueuses, jusqu'à Saulicu , où la marquise m'altendoit. Ce qui l'ayant confirmé dans la haute opinion qu'il avoit prise de moi, il me supplia de lui dire â qui il avoit eu l'honneur de rendre ses devoirs? Je lui répondis franchement que je m'en garderois bien, moins cependant par vanité pour moi, que pour lui épargner la «onfusion d'avoir prodigué ses politesses à qui en étoit très peu digne.

Il prit mon refus pour un compliment, et redoubla ses respectueuses ilistanccs. Je lui dis: «Monsieur le commandeur, » je vous donne ma parole, qu'en arrivant k Lyon, vous » saurez qui je suis; el si je perds l'estime que Vous avez » conçue pour moi, du moins saurez-vous que je n'a; pas » voulu vous tromper, et que ma bonne foi exige le par- » don de mon silence. En effet, je lui écrivis sur le champ » qui j'étois, mon dessein de retourner à Dieu, et que je » le priois de ne me pas savoir mauvais gré de ma résis- » tance a me faire connoîlre à lui. Il fut si content de ma » candeur, que, jusqu'à la mort, je n'eus point de plus i> solide et de meilleur ami. »

A peine fus-je installée dans le couvent de Pondeveaux, où les religieuses m'avoient reçue avec toute la bienveillance possible, que le démon me lendit un piège. Une personne, dont le nom vous est très connu , m'écrivit : Que dans la résolution où j'étois de mener une vie retirée, il me conjuroil d'accepter une de ges terres qu'il me noranioit, pour y finir mes jours comme il me plàiroil;el qu'en ce cas, il me la donneroit en bonne forme.

Je le remerciai cordialement de son offre, en lui disant : Qu'ayant quitté ma maison, il ne seroit pas édifiant que j'acceptasse la sienne; et nue, quelque pures que pussent être ses intentions, le public pouvoit les mal interpréter.

Les religieuses m'avoient donné une grande chambre, dans laquelle j'en fis construire trois , comptant y finir mes jours. J'assistois à tous leurs exercices. On avoit pour moi des égards qui m'aftligeoient , parce que, trompées, ainsi que le commandeur, sur un certain air du monde et un embonpoint que je n'avois pas encore perdu, on me croyoit de haut parage. Je les tirai d'erreur comme j'avois désabusé le commandeur, et elles m'en témoignèrent encore plus d'amitié. Jepassois les jours à lire, à prier Dieu, menant la vie la plus douce qu'on puisse imaginer.

Je fus pourtant afUigée à Pondeveaux, pendant les premiers six mois, par des songes qui, chaque nuit, me désoloient beaucoup. Un jour, nie trouvant seule devant le Saint-Sacrement, dans la peine où j'étois de ces songes iinpertiucns, je m'adressai à la mère de Dieu, comip.e si elle eût été présente : «Oh! ça, sainte Vierge! (lui dis- » je, avec la même ingénuité que j'avois parlé à Dieu, » aux Cordeliers, dix-huit mois auparavant), on dit que » vous êtes toute-puissante dans le ciel ; que vous obte- » nez pour les péclieurs ce qu'ils osent vous demander?.. » Si, par votre intercession, je suis délivrée des vexations » nocturnes que je souffre depuis si long-temps, et qui » me font horreur, je vous promets de jeûner, au pain et » à l'eau, la veille de toutes vos fêtes, et de communier à »»votre intention ; de norterjusqu'à la mort, sur ma chair, » un cordon de laine olanche avec des nœuds; el de dire » chaque jour, bien dévotement, votre chapelet. »

Depuis cet instant je fus si tranquille sur ce point, et j'ai conservé une si vive reconnaissance envers celte mère de miséricorde, que je répandrois jusqu'à la dernière Koulle de mon sang pour soutenir son pouvoir el sa bonté.

11 arriva dans ce même temps un événement assez singulier, cl où la main de Dieu parut visiblement proti^.irer celle communauté. La nuit du jour sainte Anne, il (it'un si prodigieux orage, qu'il sembloit que tout alloit être rcn-

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versé. Le tonnerre qui rouloit sur le toit de la maison, le cribla entièrement, inonda les greniers remplis de farine; et l'eau, passant ;i travers les planchers, toniboit à torrens dans l'inlirraeric, surtout dans la chambre oii gissait une ancienne religieuse, absolument paralytiçiue. Les autres, qui ne savoient de quel côté tourner, vinrent à, ma chambre pour me prier de les aider. Je sors en chemise, et cours au lit de cette pauvre vieille, que personne nosoit toucher. Je l'enlève aisément, elj'allois la mellredans mon lit, qui n'avoil point eu de part à 1 inondation, lor<;quc la porte s'éLint fermée la clé en dedans, il fallut la porter ailleurs. I^ déluge que j'avois essuyé m'avoit niL-^c dans un état aussi pileux, que risible; ei les religieuses me prêtèrent une de leurs chemises, qui fut le premier cilice que je portai. Nous allâmes toutes au grenier, pour sauver ce que nous pourrions de la farine qui lomboilsur nous, il moitié pélnc, sans nous apercevoir du danger que nous courions . car, des que le jour parut, nous vîmes toutes les tuiles pendiller sur nos tètes, sans presque tenir à rien; ce qui tut regardé comme un vrai miracle, et attribué à un Salut que j'avois fondé ii perpétuité, en action de grâce des miséricordes de Dieu sur moi, et dont le premier Salut avoit été célébré le soir même.

Après dix mois de séjour àPondevcaux, je vins à Lyon, rendre mes devoirs à feu M. le maréchal deYilleroi.

La maison de l Anticaille me plut beaucoup; et, quoiqu'on n'y reçût point de pensionnaires, M. l'archevêque leur demanda pour moi cette grâce. J'avais eu quelques inquiétudes à Pondeveaux, pour avoir refusé la visite du vieux comte de Feuillans, qui en étoit gouverneur. D'un autre côté, mon amie, la marquise d'Arcy, n'approuvoit pas que je fusse aussi séquestrée que je préteudois l'être, et que je regardasse comme une distraction l'ollie qu'elle me faisoit continuellement de passer une partie de la belle saison dans ses terres, avec elle et sa famille.

Je fis donc revenir mes meubles de Pondeveaux, sans me soucier des accommodemcns que j'y avois fait faire, et qui m'avoient coûté plus de 2.00 pistoles. Je fis à peu près les mêmes frais à l'Àyiticaille , la regardant enfin comme la dernière de mes stations. J'y suivis, de même qu'à Pondeveaux , les exercices réguliers de l'ordre de Sainte-Marie. J'avois pour directeur, le père De\ eaux de la Compagnie de Jésus, dont les ordres me paraissoienl être ceux de Dieu même.

11 commença par me conseiller de me lever à onze heures du soirj et de faire l'Oraison jusqu'à minuit. Je kc tenois bien. éveillée pour obéir; mais à peine étais-je à genoux, que je m'endorraois comme une marmolle jusqu'à je ne sais quelle heure.

Voyant que cette pratique n'était pas de mon ressort, il m'en prescrivit une autre, dans une lettre que je reçus de lui.

Il me marquoit que, puisque j'avais tant d'attrait pour l'expiation de mes péchés, il meconseilloil de faire usage de la discipline tous les vendredis, pendant l'espace d'un Miserere, ou sur les épaules, ou à la facondes religieuses; qu'on me ^rêteroit h V Anticaille l'instrument nécessaire, sinon qu il m'en fourniroil un lui-même. Qui fut camuse à la lecture de cette lettre? Ce fui moi. Je croycis avoir la berlue!... Je lisois et relisois celte l!elle v[4m.

croyant toujours m'êlre trompée; mais j'y trouvois toujours la même proposition I

« Quoi donc? me disois-je, avec une espèce de dépit, » ladiscipline! A moi? Juste ciel , quelle impertinence!.. » Les béguines sont bien maîtresses de se soumettre à » de telles sottises. Quanta moi, je n'en ferai rien... Que » faire cependant? C'est Dieu qui me parle par sa bou- » clie... Et si je lui désobéis?... Mais ce Miserere qu'il » me prescrit, je ne le sus jamais?.. Eh bien! ilfautl'ap- I) prendre; il faut se soumettre au ministre de mon Dieu, » et se résigner à tout, puisque mou salut en dépend. »

Pour ne point rougir en empruntant une discipline, j'allai couper six ou sept brins de corde neuve; je les nouai, par intervalle ; et pendant que la communauté se trouvoit en oraison, je m'enferme, me découvre les épaules, et m'y applique une grêle de coups, mais dont la douleur fut telle, que je tombai tout-à-pral sur le nez, presque sans sentiment.

Je pleurai de dépit, non de dévotion, bien résolue de chanter une gamme très vive à mon directeur flagellant.

La nuit se passa comme il plut à Dieu, sans pouvoir ni former l'œil , ni me tenir sur aucun côté. Le matin , je trouvai mes épaules tricolores de meurtrissures, et sortis outrée do colère, pour aller à S. Joseph, rendre compte au zélé directeur de ce que m'avoit vafu trop de soumission à ses conseils.

Uélas! dès qu'il parut avec soa extérieur imposant, je me trouvai si foible , que je ne pus répondre aux questions qu'il me fit sur la cause de ma visite. Le seul mouvement de mes épaules le lui disant assez, il me le fit aisément avouer, en lui disant enfin, très franchement, que j'avois pourtant accepté sa proposition, quoiqu'elle m'eût scandalisée, mais que je le priois de vouloir bien ne plus exigerqucjereiterasseunpareilexcrcice.il me le promit sur-le-champ , en m'assurant cependant qu'avant très pcude jours, je le lui rederaanderois à genoux : mais qu'il n'y conscntiroit pas.

« Oh! quant à ce, (lui répondis-je, avec quelque dépit) » vous aurez la barbe bien longue avant que votre oracle » s'accomplisse 1 »

H avoit pourtant raison , le bon père ; car je ne fus pas plutôt rentrée chez moi, que la honte de ma démarche et de ma lâcheté, me fit bientôt changer de sentiment et de langage.

Ces vierges pures avec lesquelles je vivois, et qui joignoient la pénitence à la plus innocente vie, faisoient ma condaranaticn; et mes épaules n'étoient pas guéries, que je demandai, très humblement, ce que j'avois rejeté avec indignation. Le bon Père, mais pour la forme seulement, se fit un peu prier; car il eût été bien fâché de ne pas contribuer à la mortilicalion de cette chair si potelée et si douilleltée, età laquelle je croyois encore devoir de si tendres égards. Aussi me fournît-il abondamment tout ce qu'il nie fallait pour travailler à réparer les torts de ma première poltronnerie.

Je ne finirois pas, si j'entrois une fois dans le détail des autres aventures de ce genre, auxquelles j'eus d'abord peine à me faire, et qui me conduisirent par degrés à la v;ocalif)n religieuse, pour laquelle j'fivois toujours nourri une si forlo autinatliie.

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Les dames, qui avoient des bontés pour moi, que je n'oublierai jamais, s'élonnoient que, m'assujetlissant à toutes leurs observances, je ne pensasse point à ofl'rir à Dieu l'entier sacrifice de ma liberté. Sur quoi je les priai de vouloir ne me point parler parler d'un tel engagement, sans quoi je pourrois ne plus vivre long-temps avec elles,

On ne m'en parla plus : mais on me lit lire la vie de Mme de Montmorenci , qui , après la funeste mort de son époux, prit le voile à Sainte-Marie. Ce grand exemple me loucha ; j'y rciléchis profondément, et lis part au P. Deveaux de mes réflexions, qui m'assura que le plus grand sacrifice qui me restait à faire à Dieu , etoit celui de ma lil)ertc. C'éloit ne rien m'apprendredc nouveau; je le senlois très bien. Mais ce oui me surprit beaucoup, ce fut de m'y trouver à peu près disposée.

C'est dans le mois de juillet 1724, que ceci se passoit ; et lorsque j'en lis part à la supérieure et ii quelques religieuses, leur amitié pour moi prit un nouvel accroissement.

J'écîl-ivis quelques jours après k Paris, d'où je fis venir ma parente pour disposer de mon temporel , attendu que je complois prendre l'habit de religion très peu de temps après.

Pendant cette intervalle, on me fit tomber dans les mains l'histoire du fameux Rancé, fondateur, ou plutôt, réformateur de la Trappe. Mais, grand Dieu, quelle attrape!.. A peine eus-je reconnu dans cet illustre i)énitcnt une conformité si grande entre les égaremens de sa jeunesse et ceux de la mienne, que toute règle douce me déplut ; et ijue je promis à Dieu, de toute l'étendue de mon cœur, n'imiter, autant qu'il pourrait être en moi, ce pénitent dans ses austérités, amsi que j'avais fait dans les désordres de sa vie. J'aurais même volé, sur-le-champ, aux Clairettes, (filles k l'instar de la Trappe], si le P. Deveaux ne m'eût fortement assuré que je trouverois chez les Carmélites tout ce que j'aurois pu désirer à la Trappe.

Je confiai mon dessein à feu M. V,archevèqueaeVilIeroi, nui m'honoroit d'une bienveillance particulière. 11 voulut d'abord m'en détourner; mais lui ayant ouvert mon cœur, et l'ayant assuré que je me senlois étrangement pressée de satisfiiirc à la justice divine, il fut si pénétré de mon état, qu'il s'écria tout-à-coup: « Le doigt de Dieu est là! )> j'irai demander aux Carmélites une place pour vous. »

Mais, Monseigneur, (lui dis-je), n'omettez pas de leur dire ce que j'ai été dans le monde , car je ne veux tromper personne.

11 le lit, et leur dit la profession que j'avais exercée chez le Roi et à Paris ; ce qui les effraya beaucoup. Mais le prélat leur ayant dit qu'il scchargooit de tous leurs scrupules, la mère supérieure, qui favorisoil mon dessein, m'écrivit, que je n'avois qu'à prendre jour pour me présenter à la communauté, et pour de suite entrer dans la maison.

Je ne voulois pas que les dames de VAnticaillc eussent le moindre vent de tout ceci ; parce que, m'ayant beaucoup aimée, et moi, les aimant de même, je croyois devoir éviter de t«ndres reproches, qui n'auroient sans doute servi qu'à rendre noire séparation d'autant plus douloureuse.

Je me rendis donc aux Carmélites de Lyon, le 14 octo-

bre 1724, et d'où j'écrivis à la supérieure et aux religieuses de l'Ànticaille, pour leur demander pardon du mystère que je leur avois fait, par pure défiance de moi-même, etc.

C'est ainsi que le Seigneur, par sa miséricorde infinie, m'a fait entrer dans laterre des sainis, dix-huit mois après m'avoir fait sortir de celle de perdition, oii la seule indigence m'avait conduite ; puisque nul de mes parens n'étoit sorti de la simplicité et de l'honnètclé chréliennc. Le seul dérangement d'un père m'avoit réduite, à l'âge dixsept ans, grande, et de ligure, (disait-on), assez prévenante, à ne savoir quel parti prendre.

J'avois horreur du vice, et n'en eus pasnioins de la proposition qu'on me fit d'embrasser l'état de comédienne... A quoi l'on me réponditque ce préjugé ne régnoil plus que chez le peuple et les cagots ; tandis que la cour et la ville pensoient différemment, et regardoient d'un tout autre œil ceux qui exerçoient des talens devenus aussi utiles qu'agréables.

On persuade aisément la jeunesse!... Mais l'expérience m'apprit combien la perversion devient inévitable à cet état, pour (jui n'est pas en garde contre tous les écucils nui l'environnent ; puisque, sans autre travail que celui de la mémoire, on vit dans l'opulence et dans cle continuels amusemens de toute espèce : au point (jue les trois dernières années (jueje restai au théâtre me rapportèrent, tous frais faits, quarante-quatre mille francs.

Quelle amorce pour un cœur qui n'envisage que le présent! Et quelle miséricorde que celle qui peut l'arracher à une vie aussi voluptueuse, surtout dans la force de l'âge et des passions!...

J'avouerai néanmoins y avoir connu des personnes au.ssi estimables par les mœurs que par les talens : mais je ne fus pas de ce nombre; et j'ose le dire, à ma honte, ainsi

3u'à la gloire du Dieu dont la grâce éclate d'autant plus ans ma conversion, que, pour signaler son pouvoir, elle a choisi, en me touchant, le sujet le moins digne !

En entrant dans la sainte maison qui verra finir ma carrière, je sentis que le Seigneur avoit rempli tous mes désirs.

H permit cependant que quelques méchans hommes vinssent, dès la première nuit, faire et dire à la porte du monastère, tout ce qu'il était possible d'imaginer déplus propre à m'en faire ciiasser.

La prieure , après de vaincs informations pour les connoître, enlitpartàM. l'archevêque, et qui, probablement mieux instruit, trouva moyeu de prévenir de si cruels éclats.

On débita depuis que je n'étais pas née en légitime mariage, ce qui mettait un obstacle invincible à mou admission dans ce saint ordre.

Je le mandai à M. le curé de Snint-Sitlpice, qui daigna joindre à mon extrait baptistaire, une lettre en forme de certificat, qui confondit la malice du démon.

Ces éi)reuves, et nombre d'autres que je crois devoir taire, loin de me décourager, ne servoientau contraire, (|u'à me faire d'autant plus bénir la miséricorde de Dieu, au point que je crus ne yiouvoir mieux faire que de la choisir pour mon nom de religion.

Je suppliai alors la prieure de permettre que je vécusse

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inconnue, sans aucune correspondance avec mes amis, m même avec mes parens: ce quelle crut devoir me refuser.

Je l'avais priée, dès en entrant, de ne me point ménager, et de me faire pratiquer d'abord, tout ce que je pourrois avoir à pratiquer dans la suite : attendu qu'ayant perdu tant de temps dans le monde, il m'étoit important de n'en pas perdre un seul moment dans le sein delà religion, tlle daigna se prêter à mes instances, en m'exceplant des prudentes attentions qu'on a dans les communautés pour les nouvellement initiées.

On me mit le balai à la main, le jour même de mon entrée.

Laver la lessive, tirer de l'eau d'un puits très profond, frotter les tables du réfectoire, porter les cruches de chaque sœur à leur place, laver la vaisselle de terre à notre usage, écurer les marmites et le poêle de la cuisine, fut un plaisir pour moi, beaucoup plus grand que ne l'avoient été mes anciennes mollesses.

A ces occupations, qui durèrent quatre ans, succéda celle de faire les Alpargates, ou souliers de corde, pour toute la communauté; d'avoir soin de l'horloge, pour laquelle il falloit chaque jour monter, à force de bras, trois pierres d'un poids énorme. Je lus trois ans dans cet emploi, qui, m'ayant un peu dérangé l'estomac, fut remis à un autre.

Après les trois premiers mois d'épreuves, je fus admise au saint habit, le 20 janvier 172.5. M. l'archevêque eut assez de bonté pour présidera la cérémonie. Malgré toute la rigueur de la saison, toute la ville y assista : tant on avait eu peine à se persuader qu'il se ïùt fait en moi un changement si étrange, et que moi-même avois quelquefois peine à croire !

Le souvenir du passé, ainsi que la vue du présent, n'avoient besoin d'aucun secours pour m'entretenir dans mes résolutions. Les miséricordes d'en haut me rendoientmes anciennes erreurs d'autant plus odieuses ; mes yeux étoient deux fontaines de larmes, et de larmes les plus sincères.

Quelques jours avant ma profession. Dieu permit à Satan de m'exercer plus que jamais, en me peignant l'extrême importance de l'engagement que j'allois prendre, surtout avec des religieuses, dont le nom seul m'avoit toujours déplu!... Le ciel daigna me soutenir; et l'approche seule des Sacrcraens, écarta pour jamais de mon esprit de pareilles idées.

Je prononçai mes derniers vœux avec une voix ferme, et une joie qui surprit tous les assistans; et celte joie ne se démentit jamais.

Quelque temps après ma profession, Dieu, cependant, permit que le démon me tourmentât sur nouveaux frais, non, comme à Pondeveaux, par des songes imperlinens : mais le jour et la nuit je me trouvois dans des états qui mcfaisoient horreur. Je n'eus point recours aux épines, ainsi que S. Benoît; encore moins au feu, comme Martinien : ce fut k l'équivalant de l'un et l'autre ; et le tentateur fut confondu.

Mon directeur, conformément à sa promesse, m'avoit laissé la bride sur le cou. Alors, pour ajouterai l'austérité commune, j'y joignis toutes celles que mes forces et mon courage pouvoient me permettre de journellemenl pratiquer.

Je commençai par un vœu de ne jamais boire de vin, pas même en danger de mort, dùl-il n'en falloir qu'une goutte pourprolonger ma vie. Pendanldouze ans de suite, avec la permission du P. Dcveaux et le secours d'en haut, je me suis exercée chaque jour à faire servira la justice divine les membres qui avoicnt servi ii l'iniquité; et une grande maladie ayant enfin afl'aibli mes forces , je m'en suis tenue depuis k l'austérité de la règle, et à va entier abandon aux décrets de la Providence.

J'ai cette grâce particulière à rendre au Seigneur; que depuis l'instant que j'ai quille le monde, jusqu'à ce jour, 10 août 17!j2, je ne l'ai jamais regretté une seule Jois, malgré les épreuves qu'il m'a fallu subir, et les violences qu'il a fallu me faire pour vaincre mon extrême sensibilité: violences si grandes , et qui ont tellement pris sur mon tempérament, que mes cneveux et mes sourcils, de très noirs qu'ils étoient, sont devenus tout blancs.

Qu'on juge de l'intempérance et de l'effervescence de mes passions , par les écarts et les périls auxquels elles mont exposée lorsqu'il s'agissoit de les satisfaire!... A cjuels dangers ne s'exposoitpas une lille de vingt à vingtdeux ans, en allant de Pans dans le Virtemberg, et du Virtcmbergà Paris, dans une voiture de poslc, à la merci d'un seul laquais et d'un postillon! Ce laquais, plus timide et plus las, les sentant beaucoup mieux que moi, s"approchoit sovivent de ma chaise, et surtout dans les bois de Nancy et" de Sainte-Menehoud, en me disant d'une voix entrecoupée : « Mademoiselle, savez-vous que nous voici » dans de vrais coupes-gorges?... A quoi je répondis: ^ Marche toujours et ne crains rien; tu suis César et sa » fortune ! - Certaine nuit, dans une auberge, on entre dans ma chambre ; et, croyant qu'on vient m'averlir que les chevaux sont ii ma chaise, j'appelle mon laquais, et personne ne me répond. Tandis que l'on s'approchoit de mon lit, je crie aussitôt au voleur, et le voleur intimidé s'enfuit. Je m'élance du lit,, il m'échappe. On vient au bruit. Je m'en prends à l'hôte, qui s'excuse sur trois voitures arrivées la nuit : « C'en est assez, lui dis-je; qu'on » mette les chevaux à ma voiture. » On obéit, et je pars sur-le-champ, sans penser davantage au voleur.

C'est ainsi que Dieu, par une providence marquée, m'a toujours préservée des accidens et des périls dans lesquels je me précipilois chaque jour, malgré les sages remontrances des personnes les plus respectables par leur rang, par leur âge et par leur vertu.

Lorsqu'elles me demandoient , si j'approchois quelquefois des sacrenicns , non, sans doute, leur disois-je. — Ehl pourquoi donc? — Je ne veux pas les profaner, ni renoncer à mes plaisirs, avant quarante-cinq ans. — Mais n'avez-vous pas de remords? — Moi!... non,... à quel propos? Je ne fais aucun tort à mon prochain. Quant au au paradis futur, je le laisse à qui voudra, contente de celui dont je jouis tout de mon mieux.

Délire affreux ! Aveuglement funeste, et dont je frémirai toujours!

C'est pourtant sur celle insensée que le ciel a daigné jeter un coup d'œil de compassion, assez puissant pour me rendre à moi-même! Car il m'avoit douée d'une bonne ame, d'un cœur sincère et droit, sensible, bienfaisant, et susceptible des scnlimens les plus estimables, ainsi que

d'une juste horreur pour les vices déshonorans. Mais le peu d'aisancede ma ramille, ayant failnégliger mon éducation, pouvois-je, jeune encore, au moment où. je me trouvai libre et sans fortune, avec un tempérament tout de feu; pouvois-je, dis-je, être long-temps ce qu'on appelle vertueuse?... Aussi Dieu sait ce qu il m'en a coûté pour cesser de l'être!... Il sait au'à dix-neuf ans, me trouvant en Flandres, aux portes ae la mort, je lui promis, et très sincèrement, de renoncer au dangereux état qu'on m'avoit forcée d'embrasser, si l'on voulait seulement m'assurcr deux cents livres de pension. On lepou-

voit, on le devoitsans doute.... Mais que le ciel pardonne à ceux qui s'y sont refusés I

Vous avez exigé de moi cet abrégé de mes égaremens, et d'une conversion que l'on eut tant de peine à croire. Cruels ressouvenirs, et qui m'ont coûté bien des larmes !.. Souffrez que j'exige, à mon tour, que vous m'aidiez à rendre à Dieu d'élernclles actions de grâce, pour qu'il couronne en moi ses propres bienfaits, en m accordant une persévérance dans le bien, capable d'expier à l'heure de ma mort, les maux dont j'ai déshonoré ma vie I

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