‹ SatanstoéChapitre 36 sur 194 · CG · texte numérisé non relu

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reux, vous ne pouvez vous imaginer que vous cessiez jamais de l'être. Vous craignez d'ouviir les yanx; vous craignez qu'on ne vous les ouvre; vous craignez d'être réduit à rabattre quelque chose de votre gloire. Celle

fjloire, qui endurcit votre cœur, vous est plus chère que a justice, que votre propre repos, que la couservation de vos peuples qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine ; enfin que votre salut éternel, incompatible avec celte idole de gloire.

Voilà, Sire, l'état où vous êtes. Vous vivez comme ayant un bandeau fatal sur les yeux; vous vous Datiez sur les succès journaliers, qui ne décident rien, et vous n'envisagez point d'une vue générale le gros des affaires, qui tombe insensiblement sans ressource. Pendant que vous prenez, dans un rude combat, le champ de bataille et le canon de l'ennemi, pendant que vous forcez les places, vous ne songez pas que vous combattez sur un terrain qui s'enfonce sous vos pieds, et que vous allez tomber malgré vos victoires.

Tout le monde le voit, et personne n'ose vous le faire voir. Vous le verrez peut être trop tard. Le vrai courage consiste à ne se point flatter, et à prendre un parti feriuc sur la nécessité. Vous ne prêtez volontiers l'oreille. Sire, qu'à ceux qui vous flattent de vaines espérances. Los gens que vous estimez les plus solides sont ceux que vous craignez cl que vous évitez le plus. 11 faudroit aller audevant de la vérité, puisque vous êtes roi, presser les gens de vous la dire sans adoucissement et encourager ceux qui sont trop timides. Tout au contraire, vous ne cherchez qu'à ne point approfondir ; mais Dieu sasira bien enfin lever le voile qui vous couvre les yeux, et vous montrer ce que vous évitez de voir. Il y a long-temps qu'il lient son bras levé sur vous; mais il est lent à vous frapper, parce qu'il a pitié d'un prince qui a été toute sa vie obsédé de flatteurs, cl parce que, d'ailleurs, vos ennemis sont aussi les siens. Mais il saura bien séparer sa cause juste d'avec la vôtre qui ne l'est pas, et vous humilier pour vous convertir ; car vous ne serez chrétien que dans l'huiniliation. Vous n'aimez point Dieu; vous ne le craignez même que d'une crainte d'esclave ; c'est l'enfer, cl non pas Dieu que vous craignez. Votre religion ne consiste qu en superstitions, en petites pratiques superficielles. Vous êtes comme les Juifs dont Dieu dit : Pendant qu'ils m'honorent des lèvres, leur cœur est loin de moi. \ ous êtes scrupuleux sur des bagatelles, et endurci sur des maux terribles. Vous n'aimez que votre gloire et votre commodité. Vous rapportez tout à vous, comme si vous étiez le Dieu de la terre, et que tout le reste n'eût été créé que pour vous être sacrifié. C'est, au contraire, vous que Dieu n'a mis au monde que pour votre peuple. Mais, hélas I vous ne comprenez point ces vérités : Comment les goùteriezvous? Vous ne connoissez point Dieu, vous ne l'aimez point, vous ne le priez point du cœur, et vous ne faites rien pour le connoître.

Vous avez un archevêque, corrompu, scandaleux, incorrigible, faux, malin, artificieux, ennemi de toute vertu, et qui fait gémir Ions les gens de bien. Vous vous en accommodez, parcequ'il ne songe qu'à vous plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant son honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les

gens de bien , vous lui laissez tyranniser l'église, et nul prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui.

Pour voire confesseur, il n'est pas vicieux; mais il craint la solide vertu, et il n'aime que les gens profanes et relâchés : il est jaloux de son autorité, que vous avez poussée au-delà de toutes les bornes. Jamais confesseurs des rois n'avoienl fait seuls les évèques, et décidé de toutes les aOaires de conscience. Vous êtes seul en France, Sire, à ignorer qu'il ne sait rien, que son esprit est court et grossier, et qu'il ne laisse pas d'avoir son artifice avec celte grossièreté d'esprit. Les jésuites mêmes le méprisent, et sont indignés de le voir si facile à l'ambition ridicule de sa, famille. Vous avez fait d'un religieux un ministre d'état. 11 ne se connoît point en hommes, non plus qu'en autre chose. Il est la dupe de tous ceux qui le flattent et lui font de petits présents. 11 ne doute ni n^hésitesur aucune question difficile. Un autre très droit et très éclairé n'oserait décider seul. Pour lui, il ne craint que d'avoir à délibérer avec des gens qui sachent les règles. 11 va toujours hardiment sans craindre de vous égarer; il penchera toujours au relâchement et à vous entretenir dans l'ignorance. Du moins il ne penchera aux partis conformes aux règles que quand il craindra de vous scandaliser. Ainsi, c'est un aveugle qui en conduit un autre, et, comme dit Jésus-Christ, ils tomberont tous deux dans la fosse.

Votre archevêque et votre confesseur vous ont jeté dans les difficultés de iaflaire de la régale, dans les mauvaises affaires de Rome; ils vous ont laissé engager par M. de Louvois dans celle de Saint-Lazare, et vous auraient laissé mourir dans cette injustice, si M. de Louvois eût vécu plus que vous.

On avoit espéré, Sire, que votre conseil voustireroit de ce chemin si égaré; mais votre conseil n'a ni force ni vigueur pour le bien. Du moins Mme de M. et M. le D. de 6. devoient-ils se servir de votre confiance en eux pour vous détromper ; mais leur foiblesse et leur timidité les déshonorent, et scandalisent tout le monde. La France est aux abois ; qu'attendent-ils pour vous parler franchement ? que tout soit perdu? Craignent-ils de vous déplaire ? ils ne vous aiment donc pas; car il faut être prêt à fâcher ceux qu'on aime, plutèt que de les flatter ou de les trahii- par sou silence. A quoi sont-ils bons, s'ils ne vous montrent pas que vous devez restituer les pays qui ne sont pas à vous, préférer la vie de vos peuples à une fausse gloire, réparer les maux que vous avez faits à l'église, et songer à devenir un vrai chrétien avant que la mort vous surprenne? Je sais bien que, quand on parle avec cette liberté chrétienne, on court risque de perdre la faveur des rois ; mais votre faveur leur est-elle plus chère que votre salut? Je sais bien aussi qu'on doit vous plaindre, vous consoler, vous soulager, vous parler avec zèle, douceur et respect ; mais enfiu il faut dire la vérité. Malheur, malheur à eux s'ils ne la^^disenl pas, et inalheurà vous si vous n'êtes |)as digue de l'entendre ! Il esl honteux qu'ils aient votre confiance sans fruit depuis tant de temps. C'est à eux à se retirer si vous êtes trop ombrageux, et si vous ne voulez que des flatteurs autour de vous. Vous demanderez peutêtre. Sire, qu'est-ce qu'ils doivent vous dire; le voici : ils doivent vous rcpvéseuter qu'il faut vous humilier sous la puissante main de Dieu, si vous ne voulez qu'il vous hu-

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milic; qu'il faut dcmanderla paix, et expier par cotte honte toute la gloire dont vous avez fait votre idole; qu'il laut rejeter les conseils injustes des politiques llatteurs; qu'enfin il faut rendre au plus tôt à vos ennemis, pour sauver l'état, des conquêtes que vous ne pouvez d'ailleurs rctonit sans injustice. N'êtes-vous pas tropheureux, dans vos mulheurs, que Dieu fasse finir les prospérités qui vons ont aveuglé,

et qu'il vous contraigne de faire des restitutions essentielles a votre salut, que vous n'auriez jamais pu vous résoudre k faire dans un état paisible et triomphant? La personne qui vous dit ces vérités. Sire, bien loin d'être contraire à vos intérêts, donnernil sa vie pour vous voir tel que Dieu vous veut, et elle nt cesse de prier pour vous.

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