‹ SatanstoéChapitre 49 sur 194 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Je dirai de niesmc des semblables sujets ordinaires, comme des maisons et nobles familles de ce Roïaume, dont on parle aussi souvent que de nulle autre matière : et sied grandement a un prince d'en avoir non seulement parl'aicle connoissancc , et presque en tenrr comme le registre, mais aussi seroit très digne de vous qu'il ne se peust parler de guieres de maisons dont vous ne sccussics a peu près l'origine et antiquité, et de plusieurs les mérites et marques plus insignes; comme les haultcs alliances quand elles y sont ; les grands estais et offices de leurs ancestres : et spécialement leurs services signalés envers ceste couronne : comme de r rises ou deffenses de villes, batailles gaingnées, ou autres actes remarquables et dignes de mémoire, desquelles choses tel vous pourroit faire un exlraict certain et veritable qui possible y seroit meilleur qu'a quelque autre besongne. De quoi vous scaurés si bien user nue par ce nioïen vous retiendrés en office beaucoup d'hommes de vostre noblesse, leur ramentevant les beaus faicts et gestes de leurs prédécesseurs. Qui ne sera ni petit contenleme.;! a eus, quand ils orront ou scauront par après ce qui en ;ort de vostre bou-

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che pour leur honneur ou recommandation, ni petit esperon a liien faire, quand par vous mesines ils entendront remémorer ce qui fes doit inciter a la vertu et honeste imitation de leurs plus proches. A. quoi jejoindrois volontiers une sommaire connoissance de Ihistoire, non de ce temps, car c'est le vostrc dont l'histoire ne vous peult estre que très familière, mais des siècles precedens. Car, comme a hien dit un grand personnage : qui ne scait ce qui est advenu avant qu'il fust né, il domcure toujours enfant, et au contraire cens sont estimés vieus, sinon d'âge, au moins de prudence , qui se souviennent de fort loing par la lecture des histoires. A ceci serviroit grandement un abbregé composé d'art et de méthode, ou vous peussiés veoir, ainsi qu'en un tableau, la deduction des monarchies de temps en temps, les changements de règnes et empires : les faultes ou les sages conduites des gouvernements, les maladies et mortalités des estats souverains, avec les exemples en petite quantité, mais bien choisis, rapportés sur chascun chapitre. Aussi les bcaus moïens et remèdes par ou les Roïaumes ont esté conservés et accreus , les vertueuses et prudentes actions emjiloiéestantost a céder au mal, tantost a le rompre cl dissiper; les guerres qui ont esté sagement entreprises, bien conduites et heureusement achevées; et d'autres tout au contraire : les moïens par lesquels les Rois ont esté chéris ou haïs de leurs peuples. Les belles lois establies par les bons princes, et le grand ordre tenu par eus, soit a la distribution des biens et honneurs de degré en degré selon les vcrtueus faicts cl dignes mérites, ou a la punition modérée et legitime desmalfaicts pour l'exemple des sujets. Certes ces choses escritcs de bonne plume et digérées par ordre pour vostre mémoire tant heureuse et présente, accompaigneroient vostrc parler ordinaire de graces inlinics quand il vous plairroit l'orner et parer (le si excellentes fleurs. Que dirai je icy des provisions que l'on vous peult faire pour former un thresor en vostrc espril alin de parler promptcment des autres matières de commun entretien : comme de la chasse, des bastimens, des pierres précieuses et choses semblables. Je ne m'estendrai pas a dire par le menu ce qui seroil nécessaire pour bientosl en avoir un prompluaire : car l'on pourroit de ce mesme ordre que j'ay touché dresser des tables et extraicts qui sans peine vous conduiroient en un {^rand niaga/in, lequel faicl en peu de temps ne se pourroit espuiscr de vos jours, et recevroit continuellement autant d'augmentation et d'accroissement que vous vouldriés y faire adjoustcr par la lecture des bons livres; de manière qu'oultre la propriété des mots que vous aurics de toutes choses vous pourries aussi en faire de fréquentes translations en autres sujet/, qui donneroient une rare et excellente beauté a vostre langage, et dont nous parlerons ailleurs.

de parler de l'éloquence, il semble neantmoins que je vueille donner instruction autant pour beaucoup sçavoir (jue pour bien dire. A quoi je respondri.y ce tiue je respondi a vous mesrnes. Sire, quand il vous pleut me demander ce que je pensois le plus servir a bien parler ; c'est que le premier et principal point de l'éloquence gist a ne parler d'aucune chose dont on n'ait bonne intelligence; et cens qui ontenseigné l'art ue bien dire ne l'avoir aultremenl formé qu'avec la connoissance des belles sciences, sans lescjuelles ce qu'on appcileroit éloquence ne seroit a la veritc qu'une uaverie indiscrete et ignorante. Par auoi je t ens que vous ne pouvés adjouster a vostre excellent naturel, qui vous faict bien dire de naissance, chose qui vous face plus d'honneur, et dont vous receviés plus de contentement, que si par le labeur de voz serviteurs studieus, et personnes de jugement, vous ramassés bientost un abbregé des principales et plus nécessaires matières (pii puissent orner et embellir le bien dire que naturellement vous possédés. On nie pourroil dire aussi, qu'au lieu devons donner des préceptes de la science oue vous désirés par art et cstude augmenter en vous, je lai seulement un dessain, et comme un estât des préparatifs nécessaires pour cestcfl'ect. Et de vrai je vous advoUc franchement que ce ne sera pas en ce livret que vous trouvères ce qui me semble vous pouvoir suflisamment instruire vostre eloquence. La bcsongne est trop haulte pour si petit escril, et pour le peu de temps que j'ai eu a y pcns,er, et celui a qui elle est dédiée trop digne pour le vouloir contenter de si peu. Mais je dirai hardiment qu'oultre ce que vous trouvères ici les premieres regies et préceptes principaus de l'art que je traitte, s'il vous plaist faire poursuivre ce que je desseignerai seulement, et le conduire a queluuc estât, non pas de sa perfection, a quoi il fauldroit long temps et grand labeur, mais de sommaire recueil faict de bonne main, et avec quelque diligence, vous en aurés tel contentement qu il vous gardera de blasmer a l'advenir ce mien advis. Et oultrc la commodité que vous en recevrés pour vostre usage, ce sera aultant de bien et d'instruction que vous preparerés pour les vostres, et accousiumerés autant d'hommes a dresser leur estude par ordre pour s'en servir en plus d'une bonne occasion.

ENCORE DU MESME PROrOS.

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