‹ SatanstoéChapitre 48 sur 194 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Quand les affaires permettent au prince plus de loisir, il devise de maintes cnoses, et principalement des armes. Parquoi Sire, je desirerois que l'on vous feist un recueil des plus beaus discours de ce qui appartient a la guerre, composé par cliapitres, en bon ordre, et belle disposition des matières propres à ce sujet, tant pour en faciliter la deduction et rintelligcuce, que pour aidcrvostre mémoire. Par exemple, je vouldrois qu'il dist quand la gucn-e est digne d'un Prince Chrcstien, et en quel cas il s'y doit rcsouldre. Quelles choses il fault preparer pour la faire; ce (ju'cn doit considérer ordonnant un chef pour la conduire, et qu'elles doibventeslres ses parties. Quels seront les colonels et capitaines emploies soubs luy; l'ordonnance des gens de cneval et de pied ; en quoi l'on se peult mieus aidcrdes uns ou des autres ; leur discipline et functions, tant des chefs que des soldalz ; les differences et di- \ erses sortes de guerre, domestique ou eslrangcre, de mer ou de terre, contre grand ou petit ennemi, as.saiilanl ou deffendanl, pour campagne rase ou pour pais fort, pour prendre ou pour deffendre villes Apres scroit parlé des moyens de camper et bien loger son ost, des lieus les plus avantagcus, et des entreprises ou surprises qui se peuvent fau'e : de l.-iites ruses de guerres, des occasions de combatre ou de tunporiser, d'envitlaillcr, de donner assault ou bataille. Puis on discourroit des traittés pour pais ou pour tresve, du licenciement et retour des gens de guerre, de l'eslablissemcnt de la pais, et des moyens tant de la conserver que d'éviter une tromperie soubs pré-

texte d'une feinte pais. A ceci, et a toute autre chose qui se peut presenter sur le propos de la guerre, je rapporterois les exemples les plus illustres et moins vulgaires tirés de l'antiquité, ou de l'Histoire de France et autres modernes : et vouldrois qu'on prist peine de les déduire en langage si beau et tant eslu que de la vous peussiés tirer dounle conmiodité : l'une d'avoir tousjours vostre mémoire instruite d'un nombre de beaus discours et histoires bien recherchées, pour en user en touts propos qui se mettroient en avant sur ceste matière : l'autre, de les dire commodément, et en si bons termes qu'oustre l'honneur qu'avés acquis, avant que parvenir a cest empire, d'eslre diet et estimé le plus grand capitaine de l'Europe, vous eussiés aussi la loUange d'en parler mieus que nulaultre, soit pour l'ornement du langage, pour la force des raisons, ou pour l'auctorité des exemples. Je voi en oultre qu'en ce devis, et généralement en tous propos qui se tiennent ordinairement entre les hommes, vous avcs grand moyen de beaucoup paroistre par desus les aultres, comme .abondant en toute la richesse qui peult embellir un discours, tant pour les beaus mots que pour les gra^es argumens et sentences : parce que vous estes toujours maislre et conducteur du propos, quiconqucs soient ecus qui vous assistent, et pouvés le faire tomber ou il vous plaist. En quoi vous recevrés beaucoup de contentement et non moindre honneur, après que plusieurs hommes auront es.sa'ié de bien dire, quand on vous verra les sur- -nionter avec tel avantage (lu'il n'y aura nulle comparaison des plus doctes et mieus (lisants a ce qui sortira de vous, qui aurés peut estre pris plaisir une heure auparavant a vous rafraischir de ce qui sera par après traiclé en vostre presence.

CONTIMVATION DU MESME PROrOS.

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