CHAPITRE X
En ce que traite un orateur il considère le plus souvent si la chose est proflilable, honeste, juste, ou au contraire : et rapporte a cela, comme a un but et poind principal, toutes les raisons et arguments, qu'il cherche en certains liens dont je ne parlerai qu'en passant, et en amènerai peu d'exemples. Les trois premiers sont, de la definition, du denomnrement des parties, et de l'etymologie. Exemple de la delinition. Celui qui commande seul et justement a un peuple doit estre obéi. Le Roy est celui la : on doit donc obéir au Roy. Exemple du dénombrement des parties. Le soldat en une bataille est contraint ou de comnalre, ou de fuir, ou de se rendre a l'ennemi : c'est chose lasche et vilaine de fuir; et aussi de se rendre : il fault donc qu'un vrai soldai combate jusqu'au dernier soupir. Exemple de l'etymologic. Le prince qui desire maintenir son estât par bon conseil doit avoir auprès de lui de bons conseillers. H y a plusieurs autres iieus comme de la différence, du genre, des espèces, des mots qui viennent d'une mcsme source, des contraires, des causes, des eiïecls : mais cens qui paroissent le plus sont les similitudes, et les comparaisons : qui oultrc la force de prouver apportent un grand ornement a l'oraison. J'en laisse toutelois les exemples dont le nombre est infini, et ne sont les arguments mal aisés a trouver : car comme le chasseur après qu'il a reconnu les gistes des bestes sauvages, et environné la forest de ses toiles, il est impossible qu'y entrant avec ses chiens, et guestant diligemment, il n'en attrappe; aussi quand on a bien remarqué ces Iieus, qui s^st comme les repaires des arguments, et qu'on les a entouré de la pensée, on ne peull faillir en cherchant d'en rencontrer qui seront propres a la conlirniatioa de nostre dire. Or n'est ce pas asscs de trouver des
arguments pour persuader, et de s'en servir, parce que cela est commun au philosophe comme a l'orateur, ains convient davantage imprimer certaines passions es esprits des auditeurs, qui ont beaucoup plus de pouvoir que les arguments, et par lesquelles ils se laissent mener et transporter çîi et là ou bon semble a un homme eloquent. Mais pour autant que cela se faict en certaines parties de l'oraison, voïons maintenant qui elles sont, et l'ordre qu'on a accoutumé d'y tenir. II y a communément quatre parties en une harangué, dont les deus, asçavoir la premiere et la dernière, servent a esmouvoir les passions de lame, et les deus autres a raconter le faicl, et a le prouver par raisons. J^ous commencerons a la premiere qu'on appelle l'exorde
DES QUATRE PARTIES DE L ORAISON , ET PREMIERE.MENT DE l'exorde.