LIVRE TROISIÈME
Itarbimiie (o*
Salut Narbonne! ville puissante par ta salubrité; délicieuse à Toir dans ta cité et dans tes campagnes; admirable pour tes murs et pour ton enceinte, pour tes portes, pour tes auberges, pour tes portiques, pour ton forum et ton théâtre; pour tes temples , tes capitoles et tes fabriques de monnaies ; magnifique pour tes bains, pour tes arcs de triomphe , tes greniers , tes marchés ; riche par tea prés, tes fontaines, tes lies, tes salines, tes fleuves et tes étangs , ton commerce , tes ponts et ta mer ; illustre surtout par tes citoyens. Tu vénères ajuste titre Bacchus, Gérés, Paies et Minerve, qui t'ont
dotée de tes yignes , de tes jaunes moissons , de tes gras pâturages et de tes oliyiers onctueux. Dédaignant l'aide de la nature , tu ne t'es point reléguée sur une haute montagne : tu n'en élèves pas moins haut ton front silperbe , quoique tu ne montres plus tes larges fossés et tes remparts hérissés autour de toi. Loin de là, tu laisses voir tes murs fracassés et tes fossés comblés de leurs ruines, nobles témoignages de ta valeur. Tu mérites plus de louanges que ces villes qui étalent leurs murs intacts et honteux qui se sont ouverts devant le pas des ennemis. Je ne te vanterai pas pour tes chaires recouvertes d'ivoire et d'écaillé, pour tes marbres magnifiques, pour tes portes dorées et pour tes pavés faits de pierres asarotiques (2) ; mais je te louerai pour tes remparts détruits, car dans ce temps d'effroyables combats, il faut que la louange se mesure à la taille des cicatrices , et la honte est pour ceux qui, vivant de nos jours, vivent sans blessures I
Lorsque l'évéque Sidoine saluait ainsi la ville de Narbonne, elle était déjà au pouvoir de Théodoric, et portait les traces des deux sièges qu'il lui avait fallu soutenir; le premier contre les Alains, le second contre Théodoric lui-même. Cette longue énumération des diverses richesses de la capitale narbonnaise nous montre d'une part l'importance de cette cité , et nous explique de l'autre le singu-
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lier empire qu'ayaient gardé les moeurs romaines au milieu des moeurs barbares; on y Toit surtout la puissance des souvenirs de la théogonie païenne à côté de la religion du Christ. Ainsi, c'est un éyèque catholique qui place Marbonne sous la protection de Paies , de Bacchus et de Minerye , comme il ayait placé les entreprises de l'empereur Ayitus sous la protection du dieu Mars et de Jupiter. On lie s'étonnera donc pas de retrouver dans le langage des nouveaux acteurs de ce drame , dans les cérémonies mêmes que nous allons décrire , un mélange incohérent de croyances nouvelles et d'images antiques, de sentiments chrétiens et d'invocations à des noms réj[)utés sacrilèges.
Or , c'était près d'un mois après le jour de la fuite d'Alidah; Narbonne s'éveillait brillante, joyeuse et insouciante des dangers dont elle pouvait être menacée ; le forum était déjà rempli d'une foule de peuple déguenillé , sans manteau et sans souliers , se coudoyant, se disputant, et parfois poursuivant de ses railleries et de ses invectives, tantôt les jeunes patriciens qui regagnaient tardivement, et dans un état d'ivresse complète, leurs riches habitations, tantôt les pauvres clients de quelque illustre maison , qui avaient passé une partie de la nuit à la porte d'un palais pour arriver les premiers à la distribution de la sportule (5). Dans un coin du forum , on remarquait une longue file de ces
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malheureux dont le maiotîen modeste et l'air résigné contrastaient avec l'insolence et les propos d'une foule tumultueuse qui occupait un autre coin du forum.
— Vois-tu 9 disait un misérable, dont la tunique portait encore les traces de la terre sur laquelle il était resté couché ; yois-tu tout ce troupeau d'hypocrites qui se pressent à la porte de l'évêque Herme? ils Tont recevoir chacun dans le petit panier sportulaire une livre de pain, une demi-livre de viande et une once d'huile ; puis ils emporteront leur proie dans leur tanière', comme des vautours, et la dévoreront en secret (4).
— Tu sais bien qu'ils ne peuvent pas faire autrement , répondît un muletier, en prenant place à côté de celui qui parlait ainsi et qui était un marchand de citrons, ou qui du moins déclara être inscrit comme tel sur la liste du four de son quartier ($) ; tu sais bien qu'ils ne peuvent pas faire autrement , et que jamais Herme n'a voulu consentir à changer les provisions qu'il donne , en une valeur d'argent, quoique je sois sûr qu'au prix où sont les denrées maintenant , chaque portion dépasse la somme de cent quadrantes *, qui est le prix ordinaire de chaque sportule.
— Que Jupiter le damne, le vieil avare! repartît
* Environ vingt-cinq soiis.
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le marchand de citrons ; le comte Agrippin , dont je me suis fait le client, ne s'inquiète ni de la valeur des denrées^ ni de Tusage que Ton fait de ses dons, et Momullus, son intendant^ nous distribue tous les matins une pièce d'argent de deux cents quadrantes, sans que des esclaves nous espionnent et aillent lui dire si en sortant de son palais je m'amuse à la jouer , ou si je vais la porter à ma famille*
— D'après ce que tu viens de me dire, reprit le muletier, tu n'en as pas grand besoin, puisque tu es admis à la distribution des pains de ton quartier; mais comment fais-tu pour te trouver en même temps aux deux endroits?
— C'est ma femme qui se charge du soin du four , et l'on ne m'y voit jamais, car je passe pour malade et estropié , ayant eu le bonheur d'être renversé par la carrosse de Placentia , la maîtresse du préfet Maximius ; tous les matins, ma femme va chercher chez le commissaire notre billet d'indigence, puis, de là elle se rend à l'escalier qui est designé pour notre rue et monte au four qui a été construit à l'angle du forum Jovien ; elle reçoit un pain de trois livres et une livre de lard ; autrefois, on y ajoutait une demi-pinte de vin; mais , depuis que ces brutes de Turles ont envahi la province , ils ont tellement arraché de vignes, que c'est à peine si on récolte la dixième partie des vins que
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nous avions autrefois, et ces animaux affamés et altérés gardent pour eux le peu qu*on y recueille encore.
— Je suis de la montagne, répondit le muletier ; il n'y a que deux jours que j'ai été admis parmi les clients du comte Agrippin, et je ne sais pas les nouvelles du pays. Qu'est-ce que c'est donc que les Turles dont tu parles ? Est-ce encore quelque nation barbare descendue dans notre pays?
A Cette question , le marchand de citrons , qui s'appelait Zama , se mit à rire aux éclats.
— Gomment], tu me demandes ce que c'est que les Turles?
— Il m'est bien permis de Tignorer , dit le muletier ; la Narbonnaise est occupée par tant de gens de toutes espèces, de toutes nations, et de noms si divers , qu'il faut être habile pour les connaître tous.
— Cependant , dit Zama , l'histoire des Turles est bien ancienne ; ne sais-tu pas que, lorsque ces brutes de Yisigoths entrèrent dans les Gaules , trouvant le pays dévasté par les Vandales qui les y avaient précédés, ils payèrent jusqu'au prix de deux pièces d'or ce que les Alains appellent Turle, c'est-à-dire une demi-livre de farine , et c'est de là que leur vient ce nom que tu ne comprenais pas.
— Ils avaient pillé assez d'or à Rome, pour
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pouYoir payer de ce prix la satisfaction de leurs moindres désirs, et Ton prétend que le trésor seul de Théodoric est si riche, que ce roi pourrait acheter toutes les Gaules , s'il ne préférait les conquérir. Outre les immenses sommes monnayées qu'il tient en réserve dans ses coffres, il a , dit-on, emporté de Rome soixante vases ou calices, quinze patennes et plus de vingt coffres, tous d'or massif et enrichis de diamants, sans compter le fameux mîssorium.
— Qu'est-ce que le missorium? dit Zama.
— C'est, répondit le muletier, une table d'or, du poids de cinq cents livres , destinée à l'usage de la sainte table, et d'une valeur inestimable par la main d'œuvre et par les pierreries dont elle est incrustée. Il possède en outre la merveille du monde, la fameuse table formée d'une seule émeraude entourée de trois rangs de perles , soutenue par soixante-cinq pieds d'or massif, ornée de diamants et estimée à la valeur de plus de cinq cent mille pièces d'or.
— Qu'importent toutes ces richesses , et à quoi leur servent-«lles? C'est bien le cas de dire que ce sont des perles devant des pourceaux. Si quelquesuns affectent un luxe grossier , la plupart ne sontils pas dés brutes pour qui les palais qu'ils habitent sont comme un dédale où ils ne peuvent se retrouver; ils ne se connaissent ni au luxe de la table ,
ni au luxe des Tètements , ni à celui des théâtres ; s'ils sortent de la ville, ils ne sont ni précédés ni suivis par des nuées d'esclaves rangés en ordre de bataille ; s'ils s'arrêtent en route, ils dinent des mets misérables qu'ils rencontrent dans la maison ou dans l'auberge où ils s'arrêtent ; ils ne font point marcher avec eux leurs fourneaux portatife et leurs savantscuisîniers: c'est à peine si , chez les grands, il y a quelques rares esclaves ; et le prince Ëuric seul, dit-on , possède des eunuques. Le même vêtement leur sert non-seulement toute la journée, mais encore jusqu'à ce qu'il soit complètement usé; ils n'ont point une toilette pour le lever, une autre pour aller au bain , une autre pour en sortir. Ils se mettent à table avec l'habit qu'ils portaient à la promenade, et assistent au conseil comme s'ils allaient au combat. Lorsqu'ils prennent le plaisir de la chasse , ils en gardent les dangers comme de vils esclaves et poursuivent les bêtes féroces au lieu de les faire rabattre à la portée de leurs flèches. Enfin j'en ai vu voyager sur la Garonne , exposés à l'ardeur du soleil comme des rameurs d'Afrique : comment veux-tu que de pareils hommes puissent commander longtemps au magnifique peuple romain?
Pendant que Zama parlait ainsi, un étranger, dont la taille colossale excita la curiosité de la foule, entra dans le forum; il regarda autour
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de lui comme embarrassé de l'endroit où il voulait aller , et s'approcha d'un groupe qui attendait à la porte d'une maison ; il y avait à peine pris place, que du milieu de ce groupe s'élevèrent de nombreuses réclamations.
— Quel est cet intrus? — Que cherche-t-il ? — Que veut-il? Nous ne le connaissons pas. Ce n'est point un client de Consense, qu'il cherche ailleurs!
Armand , car c'était lui , jeta un regard mécontent sur cette troupe ; mais cependant il s'en éloigna , et , s'étant approché du palais d'Âgrippin , il se mêla de nouveau à la cohue de plébéiens qui se pressaient à sa porte. Ce furent encore les mêmes réclamations, mais plus ardentes et plusinjurieuses.
— Que viens-tu faire ici? s'écria Zama ; qui t'a inspiré l'audace, misérable étranger, de venir te mêler à d'honnêtes citoyens que le comte Âgrippin honore de ses bontés.
— C'est donc ici la maison du comte Agrippin^ dit Armand.
— Yoyez le butor, qui ne connaît pas la maison du gouvernement de la ville !
Armand ne prit pas garde aux injures qui lui étaient adressées , et chercha d'un regard préoccupé l'endroit vers lequel il lui fallait se diriger ; mais , craignant encore de se tromper , il s'adressa à Zama et lui dit .doucement :
— Comme je ne veux prendre la place de per-
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sonne, dis-moi où est le palais du saint évèque de cette Tille?
Zama , au lieu de répondre , se mît à rire insolemment en mesurant le Bagaude de l'œil, puis il s'écria :
— Regardez donc ce colosse qui Ta attendre la sportule à la porte d'Herme ; je te plains , mon brave géant , tu ne feras pas un repas digne detoi : ce Sera comme une fraise dans la bouche d'un éléphant; du reste, ajouta-t-il en lui montrant la porte du doigt, vollâ la porte que tu me demandes; tu vois qu'elle est assiégée de pauvres et de rachitiques, et si tu n'as pas le dernier de ces deux titres à la munificence de notre saint évèque , ton. habit prouve que tu possèdes le premier ; et je te jure par Bacchus que tu viens d'en acquérir un qui fera doubler ta pitance , si tu t'en vantes au chape^ lain qui fait la distribution.
— Et quel est ce titre? dit le Bagaude, prêt à se diriger à l'endroit qui lui avait été désigné.
— C'est ta patience toute chrétienne à supporter les injures, vertu que notre saint évèque estime fort.
Les regards de la foule avaient été appelés sur Armand par la Voix insolente et criarde de Zama, et Armand s'aperçut qu'il était l'objet des rires de tout le monde ; un mouvement de colère agita ses traits, mais 11 le comprima bientôt, et répondit :
HABBORNB. 17
— Je n^écrase pas les vers de terre que je rencontre' dans ma route; mais je corrige les chiens hargneux qui mordent les talons, et je les chasse du^ouet.
— Toi, toi! se mit à crier d'une yoix plus aigre le petit marchand de citrons; toi, toucher un citoyen romain , car je suis citoyen romain ; ose seulement répéter ta menace et je Tais te dénoncer , et le fouet dont tu menaces les autres déchirera ta peau et la rendra semhlabie à ta misérable tunique.
La nouvelle apostrophe de Zama avait encore plus excité l'attention ; et , au grand étonnement de tout le monde , le Bagaude s'éloigna sans répondre et alla se mêler à la foule amassée devant la porte du palais d'Herme , où chacun s'empressa de faire place au nouveau venu. A ce moment , le muletier , qui avait gardé le silence tant qu'Armand avait été près de lui dit tout
bas à Zama.
— Tu peux bien tuer une chèvre en l'honneur de Jupiter; car il faut qu'il t'ait protégé particulièrement , puisque tu vis encore après ce que fil as dit à cet homme.
— Je me soucie fort peu de lui et de toi, répondit Zama; et je te conseille même de ne pas parler si haut de tes offrandes de paten. Tu es à Narbonne, muletier; les sacrifices à Jupiter n'y
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sont plus permis, et ceux qui s'en rendent coupables sont séyèrement punis. Vous faites ce qu'il TOUS plait dans la montagne ; mais ici , il faut faire ce qui plait à la loi.
— J'ai un excellent moyen de faire ce qui lui plait, c'est de ne rien faire du tout.
— £h bien ! reprit Zama , avise-toi de ce moyen et tu verras ce qu'il t'en arrivera; avisetoi de faire chômer tes mules un jeudi ; et il t'en coûtera plus qu'elles ne pourraient te rapporter le reste de la semaine.
— Mes mules et moi , reprit le montagnard , nous nous reposons le Jour où nous sommes fatigués.
— Tes mules ni toi ne doivent se reposer que le dimanche et les jours sabbatés , comme il est ordonné par la loi Théodosienne à tous les bons chrétiens. Il y a beaucoup de rebelles qui, ne pouvant rendre hommage à leurs dieux païens par des sacrifices , les honorent le jeudi , jour de Jupiter , en s'abstenant de tout travail ; si tu as envie d'encourir une amende de deux pièces d'or , tu n'as qu'à te reposer ce jour-là.
Comme il parlait ainsi , la porte du palais du comte Aprippitt s'ouvrit, et il en sortit un homme d'un âge mûr , mais vêtu avec une affectation ridicule. Une longue robe de soie flottait autour de son corps et laissait apercevoir une tunique
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ornée d'une broderie représentant la légende d'un saint (6) ; il avait les doigts chargés de bagues, et, quoiqu'il marchât avec lenteur, il s'essuyait le TÎsage avec un mouchoir passé autour de son cou , et qui laissait pendre sur sa poitrine ses deux longues franges d'or.
— N'est-ce pas le comte Agrippin? dit le muletier en s'avançant, comme s'il était empressé de parler au gouverneur de la ville.
— Le comte Agrippin ne sort pas de si bonne heure de son palais , et lorsqu'il va dans la ville , il ne la traverse point à pied ; il est toujours dans son carrosse revêtu de lames d'or, et tellement haut , qu'il atteint le premier étage de nos hautes maisons; il ne marche pas avec un cortège de moins de cinquante esclaves , et va avec une telle rapidité qu'il faut être aussi agile pour l'éviter que pour le suivre. Celui qui vient de sortir est l'administrateur des caves de la ville , et sa présence chez le gouverneur, à une heure si matinale, nous annonce qu'il y aura problablement une distribution de vins. D'ailleurs , c'est aujourd'hui jour de fête ; on célèbre les Lupercales , et ce ne sera pas un spectacle moins curieux pour ceux qui demeureront dans la rue , que la course de chars qui nous a été promise par le sénateur ConSense pour ceux qui sont au cirque. Sans cette circonstance, tu verrais une bien autre
foule autour de ce palais ; il y a beaucoup de citoyens qui out préféré aller s^assurer de leurs places , que de Tenir à la sportule i il y en a qui y sont depuis la pointe du jour; j'en connais qui ont même passé la nuit sous les portiques , pour être au premier rang. Quant à moi, je suis sûr de tout voir à mon aise ^ car ma fille est une des douze cents danseuses qui appartiennent à l'entrepreneur du théâtre , et par ce moyen , j'ai toujours des places résenrées (7).
— Ainsi donc, reprit le muletier, ce. sera aujourd'hui pourNarbonne un jour de réjouissances?
— Tu dis vrai, et probablement le comte Agrippin doublera aujourd'hui la magnificence ordidinaire de la sportule , car sa générosité dépasse tout ce qu'on peut imaginer, et le jour de son con-
}^sulat,les dyptiques qu'il fit distribuer étaient de
' l'ivoire le plus pur, incrusté d*or (8).
Pendant que tout ce peuple s'entretenait ainsi, on vit passer successivement sur le forum les carrosses des nobles matrones de la ville , qui allaient se visiter pour savoir quel costume elles devaient choisir pour ce grand jour. D'autres allaient s'assurer d'une fenêtre dans quelques misérables maisons pour voir passer derrière un voile la fête impudique des Lupercales* Un grand nombre de gens de toutes classes se rendaient aux bains de Maxime Firmin , qui étaient ouverts à des heures fixées
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pour le service des patriciens et du peuple. Ces baÎDS contenaient douze cents sièges de marbre , et les murs des cellules étaient couverts de mosaïques , qui imitaient la peinture par Télégance des dessins et la variété des couleurs; on y voyait le granit d'Egypte, ingénieusement incrusté de mar^ bre vert de Numidie ; le réservoir d'eau chaude coulait sans cesse dans de vastes bassins , à travers de larges embouchures d'argent massif, et le plus obscur citoyen pouvait, pour une petite pièce de cuivre, se procurer tous les jours la jouissance d'un luxe fastueux , et qui aurait excité l'envie d'un monarque asiatique (9).
On remarqua cependant à travers cette foule qui semblait se préparer aux plaisirs de la journée $ le départ du sénateur Yobiscus: c'était un homme renommé par son adresse. à prévoir tous les événe- ^ ments publics , plus renommé encore parla mol- ' lesse extravagante de ses mœurs. Si une mouche traversait les rideaux de soie de sa litière ou de son son lit, si un pli mal fermé laissait passer un rayon de soleil, il déplorait le malheur de sa situation, et se plaignait , dans un langage affecté , de n'être point nédans le.paysdeCimmériens, séjour d'éternelle obscurité. Il partait en ce moment pour sa campagne, suivi de toute sa maison ; et de même que, dans la marche des armées, les généraux font des dispositions pour la cavalerie et l'infanterie,
pour l'avant et Tarrière-garde , les chei^ des esclaves et des domestiques , portant une baguette en main, comme symbole de leur autorité, avaient distribué et rangé la nombreuse suite des serviteurs. Le bagage et la garde-robe marchaient en tète sur des chariots et des mulets ; ensuite venaient les cuisines et les cuisiniers; Yobiscus voyageait luimême au centre d'une foule d'esclaves , entremêlée de citoyens oisifs et de clients ; enfin un bataillon d*eûnuques choisis faisait Tarrière-garde, tous rangés par ordre d'âge , depuis le plus vieux jusqu'au plus jeune (10).
On racontait de ce Yobiscus , qu'un jour, ayant demandé un vase plein d'eau chaude , et l'esclave ayant tardé à l'apporter, il le fit punir de trois cents coups de fouet pour corriger sa lenteur, tandis qu'un autre esclave , qui venait de commettre un meurtre , reçut pour toute réprimande l'avis d'être plus circonspect à l'avenir.
— Oh ! oh ! dit Zama , en voyant défiler ce long cortège , il doit y avoir quelque chose de neuf à Narbonne , puisque le noble Yobiscus s'en éloigne; c'est un homme qui sent un danger d'une lieue *, comme dans un marché il sent une belle esclave ou un loir magnifique (11).
— Penses-tu, dit le muletier, qu'il ne puisse pas exister d*autres raisons que celles d'un danger pressant pour faire éloigner le patricien Yobiscus?
IIARBOIIIIB. tS
La détresse, qui est souvent la suite et la ptinition d'un luxe extravagant, Fa forcé d'emprunter de très-grandes sommes , et peut-être ne fùit-il d'autres périls que ses créanciers.
— Par Bacchus ! ce n'est point cela qui l'embarrasse ; autant il est bas et rampant lorsqu'il s'agit d'emprunter , autant il est insolent lorsqu'il faut rendre; et nous savons que dernièrement, deux de ses créanciers ayant voulu le poursuivre, VobisGus obtint contre eux une accusation de magie et de poison , et ne permit aux malheureux de sortir de prison que lorsqu'ils lui eurent donné quit^ tance (là).
— £t ces hommes, dit le muletier, peuvent trouver encore à emprunter?
— Les usuriers sont ainsi faits , répondit Zama , ils refuseraient une pièce d'or à un malheureux qui la leur rendrait avec probité , et offrent leur fdrtune tout entière aux patriciens qui les en dépouillent.
Cependant l'heure avançait, les rues se remplisr saient davantage, et les portes du palais ne s'ouvraient point. Ce retard commençait à exciter l'éton nementde tout le monde , et bientôt des murmures éclatèrent de divers côtés : c'est que, chez ce peuple dépouillé de toutes propriétés , et qui avait vu passer peu à peu dans les matns de la noblesse toutes les terres qu'il avait autrefois possédées, la libé-
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ralité des riches était comme ud droit acquis qu'il n*eût pas été prudent à ceux-ci de contester. Pour mieux expliquer les motifs qui avaient maintenu ces habitudes , nous comparerons les sportules des anciens à la taxe des pauvres en Angleterre ; car , à la différence près du mode de distribution, elles étaient parties du même principe et étaient conservées par la même raison. Les libéralités des couvents de moines en Espagne sont faites dans le même esprit, et l'on voit , partout où la propriété est concentrée dans un petit nombre de mains , cette prétention de nourrir le peuple plutôt que de lui accorder et de lui assurer le droit de vivre.
Toutefois l'attente ne fut pas longue. Lorsque les murmures de la populace eurent averti les nobles qu'elle s'impatientait, les portes s'ouvrirent et la distribution se fit dans chacun des palais ^ selon les habitudes et les mœurs du maître de la maison. Chez Agrippin « l'intendant , placé à l'entrée de la porte, donna à chacun de ceux qui se présentèrent, une pièce d'argent qu'il tirait d'un bassin que lui tendait un esclave , tandis qu'un autre contrôlait la distribution, sur une liste, où étaient inscrits les noms des clients de son maître , et s'assurait qu'il ne s'introduisait pas d'étranger.
Il en fut de même chez Gonsense ; mais chez Herme , la sportule avait gardé sa forme primitive : une énorme quantité de petits paniers étaient ran-
IfAEHOlflIB. 95
gés dans la première salle , et il en fut donné un â chacun des individus qui se présentèrent. Contre rhabltude , cette distribution n'était point faite par les esclaves de Tévèque : c'était toujours quelque prêtre qui était chargé de ce soin quand Herme ne le remplissait pas lui-même , et depuis un mois on admrrait la pieuse constance d'une jeune fille qui s'était vouée à cette rude tâche.
L'histoire du mariage d'Ëuric était trop bien connue à Narbonne , pour que personne eût osé calomnier la présence d'Alidah dans la demeure de l'évêque , lors même que la pureté de toute sa vie n'eût pas mis ce vénérable vieillard à l'abri de toute accusation.
Rien d'extraordinaire ne sembla donc arrivé dans la distribution ordinaire de la sportule , soit chez le comte Agrippin , soit chez l'évêque. Dès qu'elle fut achevée , les uns empressés d'aller jouer ou dépenser la pièce d'argent qu'ils avaient reçue du gouverneur de la ville , les autres non moins désireux d'aller porter à leur famille les provisions qu'ils avaient reçues de l'évêque , s'éloignèrent de ces deux palais. Personne ne remarqua que le muletier, demeuré avec l'intendant du comte Agrippin , avait été introduit dans l'intérieur de sa demeure ; et qu'en apercevant Armand , Alidah avait laissé échapper un mouvement de joie et de surprise. Enfin on ne s'informa pas pourquoi Armand, a 3
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de même que le muletier, n'avait pas quitté le palais ou il était entré.
Cependant ces deux hommes apportaient une terrible nouvelle â cette ville toute parée , et qui , éveillée de bonne heure pour ses plaisirs , restait toujours endormie pour sa gloire et pour sa sûreté. ,
L'un et l'autre venaient dire aux deux principaux personnages de la province que la guerre proclamée par Théodoric allait se diriger vers Narbonne et que les armées étaient déjà en marche pour s'emparer de cette ville. Mais , par un singulier contraste , cette nouvelle alarmante apportée au comte Agrippin, gouverneur militaire delà ville, fut reçue par lui comme un avis sans importauce , tandis qu'elle jeta le plus grand trouble dans le cœur d'fierme»
Ce qui est plus extraordinairis encore, le comte Agrippin ne prit aucune mesure pour la défense de la ville , tandis qu'Herme s'occupa aussitôt des moyens de la sauver. Le gouverneur annonça qu'il allait se rendre au cirque pour assister à la course des chars; et l'évèque écrivit aux tribuns et aux centurions de se rendre immédiatement aux palais du préfet des Gaules pour une affaire importante^
Ses SuftxtaltB (is).
L'entretien d'Herme arec le Bagaude Armand avait duré longtemps* Il eut lieu dans la salle même où la sportule a?ait été distribuée , et devant Âlidah, qui, occupée du soin de rétablirl'ordre, écoutait avidement tous les détails de guerre et de politique donnés par le Bagaude , pour y saisir un nom qui ne fut pas prononcé. £lie allait se retirer quand Herme annonça Tintention d'écrire à tous les magistrats , elle demeura sur un signe d'Armand.
Le moine Barthélemi avait été de même présent à Tentretien d'Armand et de l'évèque. Touché du
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plus sincère repentir, il cherchait une occasion d'eifacer par un grand acte de courage les fautes qu'il avait commises. Depuis son arrÏTée à Narbonne , il restait enfermé dans une sombre méditation ; mais durant cet entretien , il parut frappé d'une inspiration soudaine : on put le deyiner à la joie qui éclata tout â coup dans ses regards. Toutefois , comme s'il eût voulu s'assurer de la sainteté de cette inspiration, Barthélemi se mit en prières dans un coin de la salle ; il laissa donc à Âlidah la liberté de faire â Armand les questions qu'elle brûlait de lui adresser, et la jeune fille et le Bagaude purent s'entretenir, lorsqu'enfiu Herme les quitta pour se rendre à l'assemblée que luimême avait convoquée.
La préoccupation du moine était si profonde qu'ils eussent pu se dispenser de parler à voix basse comme ils le faisaient. En effet Barthélemi s'était souvenu tout â coup de l'héroïsme du moine Télémaque (1 4) qui, à Rome, s'était précipité au milieu du cirque pour faire cesser, au nom du Christ, le spectacle barbare des gladiateurs ; et il cherchait si , dans le danger qui allait menacer Narbonne et durant les fêtes qu'elle préparait, il ne trouverait pas une occasion de proclamer avec une pareille gloire la véritable religion , et de la faire triompher. Dans cette espérance, il demeurait donc immobile dans un coin de la salle , tandis qu'Alidah disait à Armand :
LES LUPBHCALBS. 99
— Vous avez donc pénétré dans Toulouse, et TOUS n*ayez pas craint d'eiposer votre vie pour obéir à la parole de notre évèque et connaître les dispositions de nos ennemis?
— Les considères-tu déjà comme tels , jeune fille? répondit Armand ; oublies-tu que le sang des Yisigoths coule dans tes veines?
— Le sang romain y est mêlé depuis longtemps, et si je suis la fille du comte Bold, je suis la petitefille de rimpératrice Placidie.
— Mais lui aussi, il est Yisigoth, repartit Armand; le considères-tu aussi comme ton ennemi?
Alidah rougit et répondit tristement.
— Tu as raison, il ne faut traiter personne d'ennemi , car on ne sait dans ce temps déplorable qui Ton peut maudire ; mais , dis-moi , en as-tu entendu parler dans ton voyage à Toulouse? les ordres de notre évèque t'ont-ils laissé le temps de t'occuper de lui ?
A cette question, le rude Bagaude sourit doucement , et répondit à Alidah.
— Oui , la parole d'Uerme m'a touché ; oui , lorsque je vous ai accompagnés dans votre triste voyage, j'ai reconnu en lui une si haute vertu que j'ai senti moins de haine pour le peuple auquel il commande 3 mais crois-moi , jeune fille , je n'eusse pas choisi entre les Romains et les Yisigoths , si je n'avais reçu de ceux-ci une sanglante ii^jure. Quand
S9 Livas m.
Théodoric me tint captif dans ses mains et me força de paraître comme un vil esclaye dans la pompe du mariage de son frère , il s'imagina que je ne relèverais pas la tète parce que je l'avais courbée facilement ; il s^est trompé , le misérable , et il retrouvera à Narbonne le Bagaude qu'il tenait prisonnier à Toulouse.
— Tu as été heureux ^ dit Alidah , tu as échappé â sa vengeance.
— Je te comprends , et il fut un moment où celui dont tu parles , sans prononcer son nom et sans rien dire de lui ^ il fut un moment où Firmin eût pu obtenir sa liberté comme moi , en consentant à fuir les Gaules et à renoncer en ton nom à tous les droits de ta famille*
— Et il ne Ta pas fait? dit Âlidah*
— Non , reprit celui-ci , Il ne l'a pas voulu ^ du moins c'est ce C[}ie j'ai entendu dire dans Toulouse ; car, malgré les nombreux amis que j'y possède , je n'ai pu pénétrer dans sa prison*
— Et tu es sur qu'il vil encore?
— Oui , l'acharnement qu'Euric met à le poursuivre est sa meilleure protection auprès du roi. Malgré l'accusation portée contre lui par le marchand d'armes Salomon ^ on ne l'a point encore mis en jugement.
— Que Dieu le sauve ! dit Alidah , dont la pensée désespérée et amoureuse ne parlait plus que
LES LOPEACALES. SI
par son regard , et qui , repentante et résignée ^ avait appris à ne plus prononcer que des paroles saintes* '
— - Il faudra bien que les hommes y aident un peu , reprit Armand ; et un de ces hommes , ce sera moi.
— Toi! s^écrla Âlidah avec une vive expression de reconnaissance*
— Moi , qui t'ai vu marcher durant les nuits et les jours pour venir gagner ce saint asile ; moi , qui ai vu tes pieds saigner^ sans t'arracher un cri de douleur ; moi , qui ai vu ton coeur se déchirer, sans que tu osasses le soulager par une larme; enfant si faible dans ton corps et si forte dans ton âme ; je te sauverai parce que tu es courageuse en ton coeur et moi fort par mon bras , parce que j'ai senti que nous étions frères devant le malheur et les proscriptions , et que je te devais appui.
'— Je te remercie , dit Âlidah , mais je ne sais si je dois l'accepter. Celui du vénérable évèque qui m'a recueillie sera sans danger pour lui , je l'espère du moins , tandis que le tien peut t^exposer à perdre la vie.
— Ma vie, proscrite par les Romains et les Visigoths ensemble , est moins en danger que celle du plus obscur citoyen de ces deux peuples; et le se« cours que je puis t'offrir sera, crois-moi, plus efficace que celui auquel tu te confies.
33 LITBB III.
— Mainten^t que j*ai mis toutes mes espérances dans le ciel, je ne dois suivre que la main qui m*a montré ce dernier asile, dit Alidah en pleurant.
— Ainsi, dit le Bagaude, tu ne baisses plus tes regards Ters la terre , et tout ce qui y demeure t'est devenu indifférent?
— Ne parle pas ainsi , reprit Alidah , dont les larmes répondaient bien plus aux pensées douloureuses qui l'agitaient qu'à ce que lui disait Armand. Ne parle pas ainsi ; ne sais-tu pas que cette espérance que le saint évèque m'a laissée n'est qu'une voie de réconciliation avec les hommes , mais non pas une chance de pardon devant Dieu ? Ne sais-tu pas que cette union une fois accomplie pour satisfaire aux lois humaines , il faudra que j'y renonce pour persévérer dans la pénitence qui m'a été tracée ?
— Elle est bien sévère, enfant, reprit Armand ; as-tu bien mesuré tes forces pour être sûre d'aller jusqu'au bout , et ne te sentirais-tu pas plus de courage, si un autre partageait avec toi les rudes privations qui te sont imposées?
— Il est prisonnier, dit Alidah ; il est menacé de la mort , et Dieu sait si jamais il me sera donné de le revoir.
— Tu le reverras quand tu voudras.
— Lui ! s'écria Alidah avec une vive explosion , en s'approchant vivement du Bagaude.
— Lui , si tu veux dire un mot ; lui , si tu veux
LKS LCPBECALES. SS
me donner , pour signe de ton consentement , une mèche de ces blonds chcTCUx que je lui ferai remet* tre bientôt.
Comme ils parlaient ainsi , ils entendirent dans le coin de la salle où Barthélemi s-était agenouillé , les sourds gémissements du moine et ses exclamations entrecoupées de sanglots. Ils tournèrent yers lui un regard étonné , et remarquèrent Tagitation extrême qui s'était emparée de lui. Ses yeux , leyés Ters le ciel , semblaient en recevoir une communication immédiate , et y répondre malgré lui.
— Vois , dit Alidah toute tremblante , Tois où les fautes qu'il a commises ont conduit cet homme; chaque heure de ses jours est une macération , cha^ que heure de [ses nuits une prière. Son repentir est grand et chaque jour sa résolution s'aifermit? tandis que la mienne chancelle; regarde, Toilà l'exemple qu'il me faut suivre.
— Toi, pauvre fille trompée l toi, pauvre enfant si belle! dit Armand; toi qui aimes et qui es aimée ; toi , née près du trône et qui appartiens à l'héritier du trône; toi, tu serais condamnée à la vie détestable de ce moine obcur ! toi , la victime , tu subirais la même peine que celui qui t'a perdue l Non , Alidah , cela ne serait pas juste devant Dieu ; il faut que tu revoies Firmin , il faut que tu le voies et que tu lui appartiennes, je le veux !
— mon Dieu ! reprit Alidah , qui écoutai
S4 LITAt III,
d'une oreille avide tous les discours d'Armand, tandis qu'elle suivait d'un œil e£Faré l'exaltation croissante de Barthélemi ; ne me dis pas cela ; non, je ne dois plus le revoir qu'une fois , et pour le quitter ensuite â jamais. Eh bien ! le le dirai-je ? ajouta-t-elle en se retournant tout â fait vers Armand; ce jour où je dois le revoir est le seul qui, dans les ténèbres de ma vie, brille à mes yeux comme un jour de bonheur , et c'est pour cela que je n'ose penser qu'il an*ivera bientôt ; car le lendemain de ce jour , il faudra que je meure , que je meure , entends-tu, avec ma seule espérance. Oh! non , je ne veux pas le voir encore, j'ai besoin d'espérer longtemps que je le reverrai, car c'est le seul bonheur qu'on m'ait laissé.
— Folies l enfant, dit Armand; une fois qu'il sera ton époux, Dieu ne demandera pas que tu brises les liens que sa loi elle-même t'impose; crois-moi , c'est un sacrifice dont Herme te menace , pour te faire sentir la grandeur de ta faute , mais que ce vénérable vieillard n'exigera pas de toié
— Le crois-tu 7 dit Alidah à voix basse , et en je*tant un regard furtif sur le moine, qui ^ saisi d'un enthousiasme extraordinaire, se battait la poitiine en criant sourdement :
— Gloire à Dieu , malheur aux impies!
Ses traits avaient pris uneexpresston de menace,
LE0 L1IPBECALE8. 35
qui semblait montrer que le combat qui s^étaiC livré en lui ayait cessé, et qu'une résolution puis-^ santé le dominait.
— Oui, dit Armand, en entraînant Alidah à Textrémité de la salle , pour la soustraire à l'effroi que lui inspiraient la présence et l'exaltation de Barthélemi , oui , je crois que l'évêque te permettra d'aimer ton époux ; et si Je voulais être vrai , je te dirais que j'en suis sûr ; donne-moi une mèche de tes cheveux nouée autour de Fanneau où est gravé le sceau de ta famille , et demain il est libre ; tu le verras , et tu ne le quitteras plus.
Alidah porta ses mains à sa tète , et séparant avec un geste rapide une mèche de ses cheveux , elle allait la couper : le Bagaude lui présentait déjà son poignard , lorsque le moine se leva sou-^ dainement en s*écriant ;
— Gloire à Dieu et malheur aux impies ! maU heur à ceux qui s'attachent aux espérances de ce monde quand la colère du Ciel est suspendue sur leur tète! malheur à ceux qui rêvent les joies d'icibas , quand la mort est près de les frapper , mal-» heur i malheur ! c'est la voix de Dieu qui parle par ma bouche*
£n entendant cette voix inspirée , en voyant cet homme qui , les mains levées vers le ciel , sem* blaît prêt à en faire descendre la malédiction qu'il prononçait dans son enthousiasme sauvage ,
36 LIVEB III.
AUdah poussa un crî d*effroi ; elle s'imagina que la menace que Barthélemi proférait au hasard s'adressait à elle , que sa sainte colère la désignait ^ la vengeance divine ; et elle s'éloigna du Bagaude en lui arrachant cette mèche de blonds cheveux qu'il était près de saisir , puis elle s'enfuit en s'écrîant :
— Jamais, jamais ! Dieu ne le veut pas !
Le Bagaude Armand , qui , pendant toute cette scène , avait plié sa nature brute et grossière au langage de la pitié, laissa échapper un de ces violents mouvements de colère qui lui étaient familiers , et montra ainsi que la délivrance de Firmin n'était pas seulement pour lui une affaire d'affection.envers Alidah , mais un projet auquel lui-même était intéressé. Le dépit qu'il éprouva de la fuite de la jeune fille ne le domina pas cependant au point de le pousser à maltraiter celui qui l'avait provoquée , et il se contenta de jeter sur le moine un regard de mépris , pendant que celui-ci sortait ^ du palais en criant de sa voix retentissante :
— Gloire à Dieu et malheur aux impies!
Le Bagaude sortit en même temps du palais , se dirigea rapidement vers une des portes de la ville et fut bientôt hors de Narbonne.
Dans le chapitre précédent , nous avons montré Narbonne se levant matinalement pour se préparer à passer au cirque et dans les fêtes sa joyeuse
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journée. L'heure était venue , et Narbonne chrétienne présentait un spectacle étrange.
De tous cùtés on Toyait fumer, derant la porte des maisons , des feux sur lesquels on rôtissait des quartiers de chèyres , dont la peau sanglante était suspendue à un bâton élevé ;de tous côtés partaient des cris qui invitaient les passants à prendre leur part de la chair sacrée; partout on rencontrait des femmes , les unes le visage découvert , les autres soigneusement voilées , quelques-unes d'un âge qui tenait encore à Tenfance , d'autres déjà marquées des rides de la vieillesse ; les plus jeunes et les plus vieilles , venues trop tôt ou trop tard à cette fête que la superstition païenne avait maintenue parmi le peuple, lorsque la religion du Christ l'avait défendue depuis l<Higtemps.
En effet , le dieu Pan n'avait plus de prêtres , les luperques n'existaient plus , et les Lupercales existaient encore. Le Visigoth Théodoric (1S{) avait aboli cette fête impudique à Toulouse; mais le pontife romain n'avait pas eu ce pouvoir au-delà de Rome, et toute l'Italie et une partie de la Gaule célébraient encore les Lupercales. Toutefois , ce n'étaient plus les prêtres des collèges Fabius ou Qulntilius, institués pour représenter le parti de Romulus et de Rémus, qui parcouraient la ville complètem^it nus et armés de lanières de cuir pour en fouetter les femmes qui désiraient être fécondes;
S8 LIVBK III*
c'étaient les jeunes gens de la cité , ceux de la classe la plus obscure et ceux du rang le plus noble, qui couraient à travers les rues , frappant de droite et de gauche toutes les femmes qui s'y trouTaient. Des pères conduisaient leurs filles à leur rencontre, des maris y amenaient pieusement leurs femmes , tant la superstition était encore puissante! et ceux-là n'étaient point les moins religieux , qui offraient leurs filles et leurs femmes au fouet des luperques, et l'on peut dire que l'aveuglement de leur foi les empêchait de voir l'obscénité d'une pareille fête.
Cependant ce n'était pas un motif si pur qui guidait toutes les femmes sur le passage des luperques , et les jeunes gens qui jouaient ce rôle le savaient si bien , qu'ils avisaient souvent des femmes entourées de voiles épais , qu'ils les poursuivaient, leur arrachaient ces voiles, et découvraient quelque illustre patricienne à qui les héritiers ne manquaient pas , et alors le fouet , destiné à les rendre fécondes, se changeait. en instrument de supplice et punissait leur impudique curiosité. D'au très fois , c'était une courtisane ou une mime dont on mettait ainsi la honte à découvert, et comme elles se vantaient les unes et les autres d'avoir le privilège de ne pas donner de défenseurs à la patrie , grâce aux sortilèges des sorciers de la Thrace, la punition devenait plus cruelle, et souvent le sang coulait sous les coups des joyeux iuperques. D'autres fois
LE» LOFBKGALBS. 59
encore , c'étaitquelque matrone rigide, ou quelque jeune épousée d'un mari caduc ; et à chaque dé-* couverte c'étaient des rires , des quolibets , des histoires scandaleuses jetéea d'un bout de la rue à l'autre, des interpellations obscènes, des récits grotesques, des cris de joie, des murmures bruyants, un tumulte, une agitation^ une folie ^ enfin une ivresse qui semblait s'être emparée de la ville tout entière.
Ce fut au milieu de cette foule turbulente , au milieu de cette joie furieuse , parmi ces rires effirontés et ces cris impudiques , parmi ces hommes nus et ces femmes voilées , plus impudiques sous leurs voiles que ces hommes dans leur nudité; ce fut au milieu du délire de cette f^te , que le moine Barthélemi se précipita en criant :
— Gloire à Dieu et malheur aux impies!
L'aspect du moine , parmi cette foule joyeuse ,
sa voix retentissante au milieu de ces cris efi^é-^ nés, ces invocations au Dieu des chrétiens, au milieu des chants grossiers adressés au dieu Pan, ne furent pas d'abord remarqués ; mais on se prit bientôt à le regarder, à l'écouter , à le suivre, lorsqu'il s'avança à travers la foule , en frappant les hommes et en repoussant les fommes; lorsqu'il éleva ses bras au-dessus de la multitude , en répétant les paroles de saint Ghrysostome :
— Nœte Moab capta est, Moab a été prise dans
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la Duit; Moab sur les rives d a Tibre a été saisie par les Visigoths , et dévorée durant sept jours par le fèr et par Fincendie ; Moab a été prise sur la rive africaine , elle a été prise durant le jour par les Vandales , tandis que la feule se livrait à la joie et applaudissait aux jeux du cirque , et Moab a été pendant douze jours la proie de Tépée et du feu. G*est ainsi que sera ^surprise la Moab de la Narbonnaise ; comme Rome et Garthage , elle subira la dévastation des barbares ; que Dieu nous éclaire, car ils tiennent d'un pas rapide , et ils tomberont au milieu de ces tables dressées , comme autant de vautours altérés de sang. Hommes , allez revêtir vos armes les plus fortes , femmes , allez vous cacher dans les lieux les plus inaccessibles, car ils vous apportent aux uns la mort , aux autres une horrible fécondité.
Barthélemi marchait en prononçant ces paroles d'une voix qui dominait le tumulte de la joie publique , et d^à , une foule de curieux , frappés des malheurs qu'il annonçait , le suivaient pour le mieux entendre ; tandis que d'un autre c6té , ceux qui savaient que l'autorité ecclésiastique avait défendu cette fête des Lupercales, que les magistrats dvils s'obstinaient à maintenir, essayèrent d'arrêter la marche de Barthélemi. D'abord ce fut par des plaisanteries : on le railla sur son costume malpropre, sur sa maigreur, sur son air inspiré.
LIS LVnMALSS. 41
— Lai8âez*le parler, disaient les uns, il annonce de grandes nouvelles;
— * Il est fou, criaient d'autres, il faut lui foire prendre de relléhore.
— La ?ille est menacée, retirons-nou8«
— C'est un traître, il faut le punir.
— Ou bien un saint, et il faut le martyriser.
— Non, non ! s'écria une ¥oix plus aiguë, et qui n'était autre que celle du marchand de citrons ; il a voulu se mêler à la fête, eh bien, il faut qu'il y prenne part; il est assez beau pour rendre fécondes toutes les femmes qu'il rencontrera ; il faut faire un lupe^que de ce moine, et comme il a la barbe d'un bouc, ce sera une Tictime agréable au dieu Pan.
La proposition de Zama fut accueillie avec cette joie féroce de toute multitude à qui l'on jette une victime. En un instant, les habits de Barthélemi furent arrachés, il fut bientôt nu, comme la plu* part des hommes qui parcouraient les rues à cette heure, et on le força à s'armer d'une lanière de cuir.
En toute autre circonstance, Barthélemi se serait enfui honteux, en ne Toyant dans cette scène scandaleuse qu'une punition du Ciel; mais dans la disposition d'esprit où l'aTaient mis les jeûnes, les macérations et Tidée exaltée qu'il s'était faite de sa pénitence, il ne rougit point de l'état où on l'avait
mis, il ne refusa pas le fouet qui lui fut présentév et il s'écria avec une nouvelle exaltation :
. — Oui, oui, je déchirerai le voile qui vous cache la vérité, comme vous avez déchiré mes vète^ ments, et je fouetterai les forts et ks faibles, les riches et les pauvres, je fouetterai cette ville impure, cette prostituée^ toute vêtue d'or et de marbre, et je la rendrai féconde en guerriers; car depuis longtemps elle n'enfante plus que des esclaves.
Et, en parlant ainsi, il s'en allait toujours devant lui , ivre de l'exaltation religieuse qui le remplissait , frappant à droite et à gauche , et au hasard , les hommes, les femmes , les enfants , les murs et es pavés , et criant sans cesse :
— Lève-toi de ta couche de volupté et d'orgie , Narbonne la belle , voici de terribles époux qui t'arrivent, et qui déchireront tes flancs après les avoir souillés ; donne-nous tes enfants , appelle* les autour de toi , mère désolée , ouvre tes entrailles, et montre-nous tous les fils que tu portes ; car c'est l'heure de la guerre et des combats !
Et marchant toujours en prononçant ses terribles invocations , il s'avançait vers le cirque , suivi d'une foule tumultueuse qui l'accablait de railleries, qui lui jetait la poussière de la route, qui quelquefois le frappait du membre sanglant d'une
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chèvre enlevée au foyer préparé pour sa cuisson; et ce fut ainsi , que couvert de boue et de sang, hideux à voir et terrible à entendre , Barthélemi arrjiva au cirque.
Il pénétra par une des portes qui menait par un escalier rapide , aux degrés les plus élevés de cette vaste lice , et tout â coup , il apparut debout , au sommet du cirque et au milieu de l'attention universelle et d'un silence profond ; car la course allait commencer. Â peine arrivé, il s'écria d'une voix qui attira tous les regards sur lui :
— Vous vous livrez à la joie et aux vains jeux du cirque, et les Visigoths sont à vos portes, ils battent vos murs de leurs béliers , ils déchirent Tair du cri de leurs trompettes , ils brisent les remparts , ils rompent les obstacles, ils renversent les tours, les voici , les voici !
Cette apparition sanglante et hideuse , ces paroles menaçantes appelèrent l'attention des spectateurs et commencèrent à les troubler. On se leva , on s'interrogea , on s'alarma , tandis que le moine répétait incessamment :
— La mort , la mort vient , chrétiens, repentezvous, repentez-vous.
Comme une trombe qui passe sur une mer et qui tout d'un coup la bouleverse jusque dans ses entrailles , de même les paroles de Barthélemi je-
44 LITU III.
tèrentune épouvante et une hésitation terribles dans toute cette population. L'histoire de Garthage surprise , au milieu des jeux du cirque , par une attaque soudaine des Vandales était trop bien connue pour qu'un pareil malheur semblât impossible. Déjà on se consultait, on s'apprêtait à fuir, lorsque tout à coup la foule qui avait suivi Barthélemi , envahit le cirque en poussant de grands cris , tandis que le moine répétait avec plus de force :
— La mort vient ! la voilà , la voilà !
Ces paroles , cette invasion soudaine , ces cris réalisèrent ce danger supposé , le firent imminent , terrible, présent. On crut entendre les trompettes des Visigoths, et la chute des remparts. Aussitôt, comme si la terre eût été agitée par un tremblement convulsif , toute cette foule s'émut, les uns voulant monter les degrés, les autres les descendre , chacun se culbutant , se débattant , pour son salut : épouvantable chaos, où l'on se foulait aux pieds , où des masses entières roulaient d'une extrémité du cirque à l'autre , trébuchant sur les gradins , se précipitant vers les issues , et finissant par aller s'abattre dans l'arène où les plus forts se relevaient, où les plus faibles demeuraient ,- écrasés par les hommes , écrasés par les chevaux préparés pour la course et qui , épouvantés de ces cris, emportaient leurs chars dans l'arène, renversant tous ceux qu'ils rencontraient , écrasant sous les roues
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ceux qu'ils aTaient renyersés et mêlant leur hennissement furieux aux lamentations déchirantes de la foule ; tandis que les lions et les tigres , enfermés dans leur cage , s'animantà ce fracas inaccoutumé, à cette odeur de sang qui montait déjà jusqu'à eux, se précipitaient contre les barreaux qui les retenaient prisonniers, tenaillaient le fer de leurs dents puissantes et mêlaient à ce tumulte épouvantable leurs épouvantables rugissements.
Aucune voix humaine , aucune raison n'aurait pu se faire jour au milieu de ce sanglant tumulte : l'effroi porté à un tel degré devient un torrent contre lequel ne peut lutter le plus intrépide courage : ce fut donc vainement que quelques magistrats tentèrent de retenir le peuple, ils furent bientôt entraînés eux-mêmes par la foule aussi bien que par l'épouvante.
On sait assez comment la terreur se gagne , comment elle envahit en quelques moments une armée entière, une population si nombreuse qu'elle soit; la fuite semble emporter la fuite sur sa trace , et , par un de ces effets inouïs , ceux qui avaient apporté la terreur dans le cirque la subirent bientôt eux-mêmes. Refoulés dans les escaliers qu'ils gravissaient , précipités hors de Tenceinte , ils échappèrent à leur tour en répétant le cri qui retentissait d'un bout du cirque à l'autre : u les Yisigoths, les Visigotbs ! i> A leur tour ils répandirent cette ter-
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reur dans toutes les rues de Narbonne ; chacun , voyant s'enfuir toutes ces femmes et tous ces hommes, s'enfuyait sans s'informer même de ce qui les épouTantait. Chacun rentrait dans sa maison ou la regagnait rapidement ; les portes se fermaient et se barricadaient, c'étaient des cris confus, des enfants abandonnés , des vieillards appelant vainement du secours. Tout était désordre, tumulte et épouvante. Puis tout disparut, et , en moins d'une heure, toute , cette ville si animée , si joyeuse et qui promenait sa vie sur la voie publique , devint déserte , silencieuse , et enferma ses terreurs dans la chambre la plus reculée de sa maison.
Tel était le peuple auquel les terribles Yisigoths apportaient la guerre.
Nous allons voir maintenant quels étaient les chefs qui la commandaient , et l'on concevra facilement comment cette civilisation puissante par les arts , par les moyens de défense merveilleux que la science avait inventés, par l'organisation civile, par le régime militaire; mais amollie par la paresse, par les voluptés, par la soif toujours rassasiée et toujours insatiable qu'elle avait des plaisirs , succomba facilement devant ces troupes de Barbares qui n'avaient pour eux que leur courage , la force brutale de leur corps vigoureux et l'ambition san-* glante de conquérir et de régner.
Cim^etl its Utmains.
D'après rinvitationde l'évèque Herme, les divers magistrats de la ville, les tribuns et les centurions s'étaient rendus dans la maison du préfet des Gaules, qui habitait une maison aux portes de Narbonne.
Nous ne remplirions point le but que nous avons donné à cet ouvrage si nous ne montrions pas ce qu'étaient devenues les habitudes des Romains, même parmi les plus vertueux ; car le préfet Maxi: mius passait pour un des hommes les plus estima* blés et les plus tempérants de son époque (16).
Sa maison de campagne s'élevait sur le sommet
d'une colline dont le flanc était occupé par un bois épais ; le chemin qui y conduisait suivait le flanc de cette montagne : c'était une suite d'allées droites et bordées d'arbres qui montaient en terrasse jusqu'au plateau où la maison était bâtie. La première chose que l'on rencontrait était le bain, construit au pied d'un rocher couvert de bois, et soutenant un immense réservoir, de manière que les arbres que l'on abattait tombaient dans la fournaise sans qu'on Mt obligé de les y traîner, et que l'eau du réservoir descendait naturellement dans la chaudière immense qui fournissait au service de cet édifice somptueux. Après la chambre où étaient placés les fourneaux , on entrait dans la salle où étaient rangées les huiles parfumées et les onguents les plus rares. Cette salle précédait le bain proprement dit : c'était un vaste bassin semi-circulaire entouré de sièges de marbre où se plaçaient les baigneurs , et dans lequel les tuyaux de plomb cachés dans l'épaisseur du mur apportaient l'eau de de la chaudière. La salle des bains froids venait ensuite ; et là , comme dans la salle précédente , chaque siège était entouré de voiles pour empêcher les baigneurs de se voir entre eux, sans cependant les priver du plaisir du plaisir de la conversation. De même pour prévenir lacuriosité de ceux qui passaient au dehors, on n'avait point ouvert de fenêtres dansles mursdeces diverses enceintes ; elles étaient