‹ Sathaniel (volume 2)Chapitre 2 sur 14 · CONSEIL DES R0HA19S · texte numérisé non relu

CONSEIL DES R0HA19S

placées au plafond et laissaient tomber un jour douteux à travers leurs pierres transparentes. Plus loin encore était la salle où se trouvaient les lit$ de repos aussi nombreux que les baigneurs et tes sièges des salles précédentes ; mais comme Maximius était un homme vénéré pour ses bonnes mœurs, les murs en étaient couverts d'un stuc éclatant de blancheur. On n'y voyait point ces peintures lascives qu'on rencontre chez la plupart des particuliers; on n'y avait point représenté lescorps nus des pantomimes et des histrions : ils étaient purs de tous ces tableaux qui ne montrent le talent du peintre que pour le déshonorer. On y remarquait seulement quelques vers renfermant des principes de sagesse et le plus souvent de médecine.

A coté de ce bâtiment, s'en élevait un second pour l'usage des voyageurs, dans lequel se trouvait également un bassin où ils pouvaient se laver les pieds et se rafraîchir le corps.

Kn quittant les bains on entrait sous un portique soutenu par des colonnes et qui conduisait jusqu'à l'habitation. Le long de ce portique on avait ménagé une pièce d'eau dans laquelle douze tètes de lion versaient à grands bruits les eaux recueillies au sommet de la montagne.

A l'extrémité de ce portique s'ouvrait le vestibule en avant duquel s'étendait un espace considérable destiné à prendre l'exercice du cheval ; à droite du a 5

vestibule était situé l'appartement de la maîtresse de la maison , à la suite duquel on avait placé les garde-manger , les lingeries , les offices et tout ce dont elle s'occupait le plus particulièrement. De Tautre côté du vestibule , on entrait dans un immense parloir , lieu d'attente pour les clients de Maximius, etcomme sa libéralité prévoyait tous les besoins, il l'avait orné de lits pour ceux qui avaient besoin de repos, de jeux d'écbec et de trictrac pour ceux qui redoutaient l'ennui de l'attente.

Immédiatement après ce parloir venait le salon d'hiver avec sa cheminée , et après le salon d'hiver la salle à manger dont les vastes fenêtres avaient vue sur un nouveau lac. Aux angles de cette pièce s'élevaient les buffets, les armoires et les cofiFres couverts de tous les ustensiles nécessaires au service de la table; on pénétrait ensuite par une porte latérale dans la bibliothèque dont les murs étaient garnis d'armoires toutes chargées de livres précieux. À ces trésors que Maximius possédait en sa qualité d'ami des lettres, il en avait ajouté de plus rares encore, en sa qualité de préfet des Gaules : c'était une copie des tableaux exécutés par les ordres de Tibère et qui représentaient la situation de toutes les villes de la Gaule ainsi que le tracé des routes et des chemins qui la coupaient en tous sens (17).

Enfin à l'extrémité detous ces bâtiments s'ouvrait le salon d'été, ouvert seulement du côté du nord ,

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lieu propre au sommeil et à la méditation, à Tabri des chaleurs du jour et du bruit extérieur , et d'où l'on n'entendait que le bruit lointain des eaux quidesdendaient dans la montagne, auquel se mêlait, le matin, le chant des alouetties,àmidi,la voix sèche des cigales, vers le soir, le cri rauquedes grenouilles et le sifflement des crapauds, et durant la nuit les accentsprolongés du rossignol.

En sortant de ce salon, une vaste pelouse s'étendait sous les pieds des promeneurs ; au bout de cette pelouse, une longue allée de tilleuls dont le sol battu était propre à jouer à la balle, sans que les joueurs fussent dévorés par l'ardente chaleur du sol.

Dans cette maison, chaque heure avait son occupation, tantôt le bain, tantôt la table, puis les jeux de toute espèce, les longues discussions sur le mérite de Gicéron et de Démosthène, Texercice du cheval, la pèche, les promenades sur l'eau, la chasse dans la forêt, les chants des esclaves et souvent même , entre les maîtres , la lutte de la lyre après celle du corps. Là les jours se passaient si remplis, qu'ils paraissaient plus longs qu'ils n'étaient véritablement; si réguliers, qu'ils s'enfuyaient les uns après les autres sans que rien avertit du nombre de ceux qui s'étaient écoulés.

C'était une vie qui manquait peut-être de vives espérances, mais que ne suivaient aucuns regrets ;

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c'était le repos occupé , le bonheur stable, toutes les jouissances doucement acquises, et doucement senties; c'était cette existence enfin, qui énerve Pâme par le calme où elle vit , qui appauvrit l'esprit en l'attachant aux subtilités de la discussion, parce qu'il n'est plus accoutumé aux combinaisons difficiles d'une fortune à acquérir, et d'une ambition à satisfaire; qui amollit le courage parce qu'il n'a plus de combats a supporter, et qui fut pour les Romains la couche voluptueuse où ils s'endormi-' rant , sans songer qu'à côté d'eux il y avait des précipices où ils pouvaient tomber, et qu'en même temps, le nord amoncelait sur leurs tètes des nuées de barbares tout prêts à les engloutir dans leur marche terrible.

Ce fut dans cette maison que se rassemblèrent, ainsi que nous l'avons dit, les magistrats et les officiers chargés du gouvernement de la Narbonnaise ; quelques-uns des principaux citoyens qui étaient venus chez Maximius , appelés par l'opulente hospitalité du maître de la maison, furent admis dans ce conseil, et parmi ceux-ci se trouvait le patricien YobiscuS; dont la suite nombreuse campait comme une petite armée dans un champ voisin. Ce furent d'abord de tous côtés, des plaintes sur ce que chacun avait été dérangé dans l'emploi de sa journée, et peut-être l'évèque n'eùt-il pu apprendre à cette réunion la cause pour laquelle il l'avait

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convoquée, si Maximius, qui faisait profession de politesse et d'élégance, n'eût invoqué les égards dus au caractère d'Herme, et n'eût obtenu en leur nom l'attention des auditeurs.

Ils étaient pour la plupart couchés sur des lits, un éventail à la main, celui-ci ordonnant à des esclaves de fermer une fenêtre, qui laissait passer un courant d'air, celui-làdemandant qu'on ouvrit une porte pour qu'il n^étoufiFât pas de chaleur, un autre attendant une coupe de vin pour soutenir sa faiblesse, un autre appelant Péchanson pour qu'il lui versât un mélange de miel, d'orange et d'eau, affermi par la glace ; puis, lorsque chacun se fut casé commodément , on pria Herme de vouloir bien expliquer la lettre pressante qu'il avait écrite à tout le monde.

— Cette lettre, répondit Herme, je vous l'ai écrite pressante parce que le danger est pressant.

— Je suis sûr, reprit Vobiscus, en passant négligemment un peigne d'ivoire dans ses cheveux, que ce danger ne marche pas si vite que mes mules, et, comme ce soir ou demain au plus tard je serai embarqué pour ma maison de campagne d'Hyères, je ne pense pas qu'il m'atteigne. Je n'ai donc aucune délibération à prendre sur le danger qui vous menace, et je vous demanderai la permission de dormir un moment au bruit de vos flatteuses

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paroles : en yéritë, je me suis tellement rassasié de ces loirs excellents que tu nous as fait servir, Maximius, que je me sens tout alourdi, et que je ne suis plus bon qu*â digérer en paix.

Tout aussitôt, il se coucha sur son lit où il ne tarda pas véritablement à dormir.

Herme avait laissé parler Yobiscus, il le laissa de même se coucher et s'endormir, et, sans répondre aux excuses de Haximius sur l'impolitesse de son hôte, il reprit bientôt :

— Regardez bien cet homme, voilà l'image vivante du peuple romain. Gorgé de puissance, de voluptés et de richesses, il s'enfuit ou il s'endort, et je ne sais même, si je criais à son oreille : u Les Visigoths sont à vos portes ! » je ne sais même s*tl s'éveillerait.

— Assurément, répondit Yobiscus, en bâillant et en se retournant sur son lit, et il n'y a pas un muletier, accablé de fatigues après une marche de douze heures, qui ne s'éveillât à une si terrible parole.

—- £h bien ! dit Herme, puisque tu la trouves terrible, écoute-la et sache qu'elle est vraie.

— Je n'en disconviens pas, dit Yobiscus en se soulevant ; mais on ne crie pas un malheur aux oreilles d'un honnête homme d'une manière si brutale; je ne pardonnerais pas à mon meilleur ami de m'avoir appris, avec une pareille voix, la

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mort de mon aïeul Garus, quoique ce vertueux TÎeillard doive me laisser quelques millions de sesterces.

— Et sais-tu, répondit Herme dont la patience ne fut point troublée par ces impudentes paroles; sais-tu si, dans quelques jours, tu posséderas seulement les biens qui te rendent si insolent, et si la mollesse que tu affectes ne sera pas cruellement corrigée par les rudes travaux que les Yisigoths imposeront à leurs esclaves.

— Je t'ai déjà répondu , dit Vobiscus, que je serai bientôt hors d'atteinte de ce malheur, car je quitte les Gaules; mais, comme je ne désire pas plus avoir les oreilles déchirées par la rudesse de ta voix, que d'avoir le crâne fendu par Tépée des Yisigoths, je vais aussi quitter cette assemblée en vous laissant le soin de veiller au salut de la patrie.

Après avoir prononcé ces paroles entremêlées de bâillements et de hoquets, il se traîna péniblement hors de la salle, les yeux à moitié fermés et le corps affaissé comme un vieillard ou comme un homme chargé d'un pesant fardeau. Et certes il ne pouvait pas en avoir de plus lourd à porter* que lui-même. Mais telle était la mollesse de ce temps, que les amis de Vobiscus, au lieu de le blâmer, lui adressèrent en sortant un coup d'oeil où on pouvait lire : qu'il était bien heureux de ne pas être

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retenu par ses devoirs; et Maximius se leva pour le reconduire, en lui disant tout bas :

— Oui, les affaires publiques sont trop lourdes pour ta jeune tète, et nos paroles trop dures pour ton oreille délicate; va dormir dans la salle d'été, et ton sommeil sera bercé par le chant des oiseaux qui sont enfermés dans la volière d'or qui est à son extrémité.

^ J'irai, répondit Yobiscus , si je puis me traîner jusque-là; mais, en vérité, je crois que je vais défaillir.

Mais Maximius ayant soulevé la portière qui fermait la salle où se tenait l'assemblée , reprit en riant :

— Esclaves, portez le noble Yobiscus sur le plus doux de nos lits.

Les esclaves s'approchèrent du pçtricien , qui s*écria vivement :

— Mettez des coussins sur vos bras ; avez-vous donc envie de me rompre les os en me touchant de vos mains nues?

Et six esclaves ayant entrelacé leurs doigts , tandis que d'autresjetaient des coussins sur leurs bras, Yobiscus se coucha sur cette espèce de litière vivante, et il dormait déjà quand il arriva dans le salon d'été que lui avait indiqué Maximius. Gepen^dant celui-ci était rentré, et, en passant devant tous ses hôtes , il leur fît un signe et leur adressa

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un regard qui semblait les conjurer de vouloir bien entendre ce que l'éTéque Herme ayait à leur dire.

Le vieillard demeurait impassible malgré Findignation que lui causait la scène qui venait de se passer , si toutefois les plus rigides avaient la force de s'indigner encore de paroles et d'actions quMls voyaient se renouveler tous les jours. Comme Yévèque avait remarqué le signe et le regard de Maximius , il lui dit , lorsque celui-ci vint s'asseoir à ses côtés :

— Ne te donne point tant de peine , crois-moi , car bientôt ils me prêteront une attention profonde ; bientôt ils seront plus avides de m'entendre que de me fuir , car ces paroles que j'ai criées tout à l'heure aux oreilles de ce misérable Yobiseus , je vous les crie à vous tous , et je vous dis : les Yi^igoths menacent la ville de Narbonne , en trois jours leur armée sera à vos portes , et si vous n'y prenez garde dans vos maisons.

— Gela est impossible , dit un des tribuns , le comte Agrippin nous eût prévenus de cette nouvelle 9 si elle était vraie ; il eût pris les mesures nécessairess pour la sûreté de la ville ; je viens de le laisser se rendant au cirque , où ses chevaux doivent courir contre ceux de Gonsense.

— Depuis que les nobles romains , reprit Herme, ont mis leur gloire dans l'agilité de leurs chevaux,

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il n'est pas étonnant de les voir aller au cirque , plutôt qu'au Champ de Mars et au conseil ; je Yeux donc bien croire que le comte Agrippin ignore cet événement ; car s'il le savait , je ne sais de quel nom il faudrait appeler son indolence.

— Tu as raison, reprit Maximius; mais je suis de l'avis du tribun : cette guerre ne peut être si imminente. Sans doute tu auras été trompé par de vagues rumeurs et des nouvelles supposées.

— L'homme qui m'a instruit arrivait de Toulouse ; il a vu l'armée des Yisigoths réunie. Les Gardinges , qui doivent commander chaque corps d'armée , ont été élus , il y a peu de jours ; et les Tyuphades ont parcouru toute la province pour faire partir tous ceux qui sont en état de porter les armes.

— £h bien , dit Maximius , qu'ils viennent s'ils l'osent! croyez-vous qu'une armée comme celle-là soit bien redoutable pour des hommes enfermés derrière les murs d'une ville comme Narbonne. Sans doute, ils sont courageux ; et dans une plaine, leur férocité les a fait triompher quelquefois de notre discipline ; mais lorsqu'il s'agit d'un siège , le moindre obstacle les arrête ; et ce qui les arrête les décourage. Ainsi donc , à supposer que la nouvelle du vénérable évêque ne soit pas une fiction , nous n'avons rien à redouter de ces troupes indisciplinées.

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— Je ne sais , reprit Herme , quelle assurance peutTOUS donner la hauteur de tos remparts ; mais je sais quelles alarmes doivent tous causer les mesures que le roi Théodoric vient de prendre; nonseulement il a appelé les Visigoths libres de toutes classes , mais encore les affranchis , et les serfs fiscalins , avec ordre à tous de se faire suivre par la dixième partie de leurs serfs et de leurs esclaves ; et non-seulement il a appelé les Visigoths , mais encore les Romains qu'il a assujettis à le servir par une loi nouvelle , et pour que cette loi soit efficace, il condamne ceux qui manqueront à son appel à des châtiments auxquels ils préféreront les chances du combat. Pour ceux qui sont riches et revêtus de quelque dignité , il a prononcé l'exil et la confiscation de tous leurs biens ; les autres sont condamnés à recevoir deux cents coups de fouet , à avoir les cheveux entièrement arrachés , et à payer une livre d'or d'amende , et , pour que les plus pauvres n'échappent point par ce supplice â l'obligation d'être soldats ,. il a condamné ceux qui ne pourraient payer cette amende considérable â être éternellement esclaves (18).

— Mais c'est une odieuse tyrannie ! s'écria un patricien , et on n'a jamais forcé un homme à se battre , lorsqu'il n'en avait point envie.

— Maintenant, reprit Herme, sans répondre à cette interruption , pensez-vous , que le roi qui

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a en recours à de tels moyens pour rendre son armée formidable, n'ait pas une volonté bien arrêtée de triompher de ses ennemis ? Pensezvous qu'il ne trouve pas dans les Romains, qu'il a forcés de marcher avec lui, des hommes qui lui enseigneront Tart de renverser les murs les plus épais, et d'escalader les remparts les plus élevés?

Les détails qu'Herme venait de donner , commencèrent à rendre plus sérieuse l'attention de l'assemblée, et déjà plusieurs questions lui avaient . été adressées , lorsque le comte Agrippin entra soudainement dans la salle , la colère sur le front et le visage altéré. Avant de s'adresser à Maximius pour le saluer, il s'avança vers le vénérable évèque et lui dit avec violence :

— Venez -vous porter ici le désordre et l'épouvante que vous avez fait répandre par le moine Barthélemi dans la ville de Narbonne ? Vous avez recueilli un noble fruit de vos craintes ridicules ; des femmes et des enfants ont été écrasés , le cirque ressemble à un champ de bataille ; vous avez fait plus de victimes en un jour avec vos paroles insensées , que n'en eussent fait tous les Visigoths avec leurs armées. Des vieillards ont été foulés sous les chars , et des chevaux d'un haut prix se sont blessés les uns les autres ; enfin cest une consternation telle , que le sac de Narbonne par les barbares n*en eût pas produit une plus grande.

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• Chacun écouta cette Tîolente apostrophe sans la comprendre , et ce fut le tour du comte Agrîppin d'étreaccablé de questions. Enfin, lorsqu'il eut expliqué les malheurs qu'avait causés la folie de Bar* thélemî, chacun se répandit en lamentations sur cette horrible catastrophe.

— - Et votre attelage de chevaux numides , a- t-il été blessé ? disait l'un.

—Et moi qui avais permis à mon fils d'aller au cirque avec son précepteur! s'écriait l'autre; il faut que je parte pour savoir s'il ne lui est point arrivé quelque accident.

— Votre fils se porte bien ; grâce aux efibrts du précepteur qui l'a couvert de son corps ; mais celui-ci a été tué.

— J'en suis désolé, parce que c'était un Grec fort instruit : il m'avait coiQtté cinq cents onces de poivre, que j'avais données à son maître.

En même temps , celui-ci s'informait de ses amis, et souvent riait des accidents qu'il apprenait sur leur compte; celui-là s'informait de ses ennemis, et se désolait de ce qu'ils avaient échappé sains et sauf^ à ce désastre. Enfin un dernier s'écria :

— Je parie que je suis assez malheureux pour qu'aucun de mes créanciers n'ait péri dans cette aventure !

— Et par contre votre frère aîné , dit le comte

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Âgrippin, joueassezde bonheur pour y a?oir perdu sa femme.

— Par Bacchus , reprenait un autre , je voudrais que l'édile s'y fût cassé la jambe gauche, car je suis fatigué de ne le voir boiter que de la jambe droite.

-—Mais dites-nous donc, ajouta un vieillard, les pantomimes et les danseuses étaient-elles arrivées au moment fatal?

— Pas encore , répondit le comte Agrippin.

— Dieu soit loué! s'écria-t-on de tous côtés, cela n'empêchera pas le spectacle ce soir.

Et des propos pareils continuèrent longtemps avant que Tévéque eût l'espérance de pouvoir de nouveau se faire entendre. Heureusement pour lui qu'emporté par la pitié que lui causait le récit de cette catastrophe , il s'écria :

— Que Dieu pardonne à l'insensé qui a causé ces malheurs; car moi, je le ferai sévèrement punir.

— J'ai déjà pris ce soin , dit le comte Agrippin , et deux cents coups de fouet rudement appliqués le guériront de la manie d'apporter de fausses nouvelles.

— Je ne vous blâme pas de cet acte de sévérité , répondit Herme avec douceur , quoiqu'à vrai dire cet homme ne relevât de votre juridiction d'aucune manière ; car comme citoyen il appartient au

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royaume des Visigoths , et comme prêtre il est soumis à mon jugement ; cependant , je dois ajouter que s'il a fait un usage fatal des nouvelles qu'il annonçait , ces nouyelles ne sont point fausses , comme tous le dites, et vous le savez mieux que personne.

Le comte Âgrippin parut troublé de cette espèce d'accusation ; mais il répondit bientôt avec plus d'assurance :

— Depuis quand donc les évêques s'occupentils de la marche des armées et de la défense des villes?

— Depuis que les gouverneurs militaires négligent d'y pourvoir.

— Osez -vous m'accuser de trahison! s'écria Agrippin.

— Pourquoi ce soupçon vous vient-il si vite à l'esprit? reprit Herme.

— Parce que, reprit le comte Âgrippin avec violence, il n'est pas d'accusation que vous ne portiez contre vos ennemis.

— Et peut-être n'en est-il pas une qu'ils ne méritent, repartit l'évêque.

La discussion était près d'éclater en injures , surtout du côté du comte Agrippin , lorsque Maximius , s'interposant avec cette autorité que les Romains n'avaient plus dans leur caractère, mais qu'ils savaient admirablement représenter dans leur personne , leur dit d'une voix grave :

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— N'oubliez pas que 8i vous êtes tous deux chez votre ami Maximius, vous êtes aussi tous deux chez le préfet des Gaules , et puisqu'il faut absolument faire un conseil de ce qui ne devait être qu'un entretien d*ami$ , je suis prêt à vous entendre.

A ces paroles , chacun reprit sa place, et l'évêque put expliquer comment il avait reçu Favis que Théodoric s'apprêtait à marcher contre Narbonne , et qu'à peine il restait quelques jours pour prépa* rer les moyens de défense et pourvoir à l'approvisionnement.

— Je suppose, dit le comte Agrippin, que, puisque vous êtes si bien informé du malheur qui nous menace, vous avez dû penser à le prévenir.

— Ce n'est point mon devoir , répliqua Herme , c'est vous que cela regarde , et c'est à vous de prendre les mesures nécessaires.

— Eh bien! si l'on m'en croit, dit le comte , je crois que la meilleure défense que nous putssions opposer aux Yisigoths , c'est un traité qui garantisse la ville du pillage et les particuliers d'un partage trop inégal des terres.

— Quoi I s'écria Herme , c'est le comte Agrippin qui parle ainsi ! 11 propose de se rendre avant même d'avoir essayé de combattre.

— Et avec quoi voulez-vous que je combatte ?

répondit Agrippin; est-ce donc avec les trois légions que je possède et parmi lesquelles il y a plus

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d'olBciers que de soldats , avec des cohortes dont les centurions ne commandent pas dix hommes , et dans lesquelles le décurion forme à lui seul la manipule qui lui obéit (13)?

— Narbonne ne renferme-t-elle pas des milliers de citoyens capables de porter les armes , et tous ne doivent-ils pas leurs services à la patrie lorsqu'elle les leur demande ?

— Et tous ont acquitté ce service en payant l'impôt moyennant lequel ils peuvent s'en exempter.

— Mais dans des circonstances pareilles , reprit révèque, il faut arracher le magistrat à son tribut nal , l'avocat à ses affaires , le rhéteur à son école , l'ouvtier à son atelier, le médecin à ses malades, rhistrion à son théâtre et le prêtre à son église , pour en foire autant de soldats qui défendent la patrie (âO).

Un sourd murmure répondit à cette allocution de révèque, et on entendit de toutes parts ces mots échangés à demi-voix :

— Il devient fou !

— Est-ce que c'est notre affaire que de nous battre?

— Je n'ai jamais manié une lance.

— Je n'ai pas besoin de me brûler les doigts à faire bouillir de l'huile et à faire rougir du sable pour le jeter sur la tète des assiégeants.

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— Est-ce que je sais lancer une flèche enfiammée?

— Est-ce qu'il croit que je veux m'ëcorcher les pieds etlesmaios à monter des pierres sur les remparts?

— ^Les nuits passées dehors me fènt tousser horriblement.

— Quand je reste deux heures au soleil, je suis brisé pour huit jours.

— D'ailleurs ce n'est pas mon affaire, je suis exempt du service militaire, et je ne le ferai pas(âl).

Voilà ce que disaient tous ceux qui étaient présents à cette assemblée , à l'exception des tribuns , que les devoirs de leur charge empêchaient d'exprimer aussi librement leurs pensées. Maximius s'interposa encore , et tel était l'état des mœurs à cette époque , que cet homme , qui passait pour un magistrat rigide , ne se trouva pas le droit de blâmer cette résistance. Cependant, comme il ne voulait point abandonner , comme le comte Agrippin, la défense de la ville , il ouvrit un avis qui obtint l'assentiment de tout le monde.

— Si nous manquons de soldats, dit-il, nous ne manquons point d'argent ; et , si nous ne pouvons forcer les citoyens de Narbonne de défendre leur cité, nous pouvons du moins les forcer à payer pour que nous la fassions défendre.

— Et par quels soldats prétendez-vous la faire

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défendre? reprit le comte Agrippin; quels auxiliaires comptez-vous appeler à votre aide? Théodorîc ne s'est-il pas allié avec presque tous les barbares qui nous entourent? et, à moins que Ricimer n'envoie quelques légions à notre secours, je ne sais à qui vous pourrez vous adresser.

-— Le comte Gilles est dans les Gaules , répondit Maximius , et je vais lui faire expédier l'ordre de marcher immédiatement à la rencontre de Théodoric.

— Le comte Gilles est à Marseille^ et il lui faut plus de huit jours de marche pour arriver jusqu'à Narbonne.

— En ce cas , dit Herme , il suffira d'une résistance de huit jours , pour que nous soyons secourus; ne la tenterons-nous pas?

— Et avec quoi voulez-vous que nous la tentions? dit le comte Agrippin, résolu à repousser toutes les propositions d'Herme, disposition qui devait cacher nécessairement des projets peu honorables, et dans laquelle il montrait un courage de lâcheté ou de trahison, qui attestait une grande force de caractère.

— Ne vous restât-il que vos esclaves , s'écria l'évèque , il faut les armer ; et il vaut mieux encore les envoyer mourir pour la défense de votre ville, que de les tuer vous-mêmes, comme vous le faites, pour la moindre désobéissance.

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Cette proposition excita encore plus de murmu^ res parmi les auditeurs , que n'en avait fait naître celle de combattre eux-mêmes. Maxim ius, comme les autres , la désapprouva et répondit vivement à révèque :

— Ce serait , de toutes les imprudences, la plus grande; armer nos esclaves, leur montrer leur nombre , ce serait appeler dans une heure l'assassinât dans toutes les familles, regorgement de tous les maîtres , le pillage de toutes les richesses (22). Ne sais-tu pas que , dans le dernier sac de Rome par les Vandales (25), les esclaves ont fait plus de victimes que les barbares eux-mêmes? Ne sais-tu pas que , lorsque Domitien voulut leur donner un habit particulier ^ pour les distinguer des citoyens libres , il fut tellement épouvanté de leur nombre, qu'il renonça à ce projet , quoique cet empereur reculât rarement devant l'exécution de sa volonté, quelque dangereuse qu'elle fût?

— Et quel espoir vous reste-t-il donc , vous qui ne voulez pas combattre? s'écria Herme; vous qui ne voulez pas laisser combattre vos esclaves , vous qui tremblez à la fois devant vos ennemis et devant vos serviteurs ?

— Il nous reste l'espoir d'un traité avantageux , répondit Agrippin; et l'exemple de Toulouse, le bonheur dont elle jouit sous le règne du roi Théodoric , seront notre excuse.

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— Il n'y en a pas , s'écria l'évèque , pour celui qui , pouvant défendre sa patrie et sa religion , les sd>andonne lâchement ou les trahit en secret.

— Qu'oses-tu dire ! s'écria le gouverneur en se levant avec colère.

— Je dis ce que tu fais, reprit l'évèque; et ce que tu fais m'autorise à soupçonner ce que tu espères.

— £n effet, dit Maximius , qui devenait plus sérieux ainsi que l'assemblée , à mesure que la discussion avançait; en effet, je ne t'ai jamais vu désespérer si facilement , et je n'ai pas oublié que tu as déjà défendu cette ville avec moins de ressources contre des attaques plus SPormidables. Ne t'emporte done point contre l'accusation du vénérable Herme , je veux la croire injuste ; mais assu-^ rément tout autre l'eût faite à sa place.

Agrippin reprit son siège d'un air mécontent , et répondit avec aigreur :

— Je répondrai sur les remparts de Narbonne à cette accusation : quand vous aurez décidé qu'il faut défendre Narbonne, je la défendrai, mais j'avoue que je n'ai point un génie assez profcmd pour comprendre comment on peut la défendre.

— Comme Maximius vient de te le dire , répondit Herme, en soldant des troupes étrangères ; et ces troupes sont à nos portes , et pour la moitié de l'or que vous auriez donné aux Alains et aux

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Snèves, les Bagandes combattront pour vous.

— LesBagaudes! réponditH>Dde tous côtés; ces brigands indisciplinés qui obéissent aveuglément au chef féroce qu'ils ont choisi ?

— S'ils obéissent fidèlement à ce chef, reprit Herme, ils ne sont donc point indisciplinés?

— Mais ce chef, dit Agrippin, qui nous répondra de sa volonté?

— Moi , répondit l'évèque.

— Et en quel lieu le trouveras-tu?

~ A Narbonne s'il le faut ; ici si vous le voulez.

— Décidément , s'écria Agrippin , les évèques se font généraux, et si tu as besoin d'une cuirasse et d'un casque, dit-il, en s'adressant au vieillard, je te les prêterai , car je vois bien qu'ils me deviennent inutiles.

— Trêve de plaisanteries , dit Maximius; remercions plutôt le vertueux Herme d'avoir pris pour nous le soin qui nous était confié. Mais il serait né«> cessairede nous entendre avecce chef des Bagaudes.

— S'il a suivi l'ordre que je lui ai donné , dit l'éyêque , il doit être aux environs de cette maison de campagne, et si tu as un esclave, parmi les tiens, qui sache imiter le chant du coq, tu le verras bientôt accourir.

Il est difficile de le croire, mais ces derniers mots portèrent un trouble singulier dans l'assemblée ; chacun se leva aussitôt :

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— Qu'est-il nécessaire d'un esclave? dirent deux ou trois patriciens en même temps, j'imite parfaitement le chant du coq , et vous allez le voir.

— Et moi aussi , reprit un autre.

— Je suis sûr que je suis plus habile que vous , dit un troisième; écoutez.

— Je parie que je m'y entends mieux que personne , s'écria un homme grave qui remplissait les fonctions de censeur , j'ai appris à imiter le chant de tous les animaux, à Milan. J'ai eu des leçons du Grec Narsès qui avait donné ce talent à Pempereur Arcadius, qui , vous le savez, s'occupait fort à élever des poulets et qui se faisait suivre par un troupeau de poules , tant il imitait bien le cri du coq , leur maître.

— Je n'ai pas reçu de si savantes leçons , mais je suis sûr de moi, dit l'un.

* — Écoutez-moi d'abord , s'écria l'autre.

— Non , c'est moi , dit un troisième , écoutez. £t il poussa un long cri , cherchant à imiter celui

du coq , quand cet oiseau annonce l'approche du jour.

— Ce n'est pas cela, reprit le censeur, et voici un cri admirable.

Et il se mit à crier.

— Ce n'est pas meilleur , reprit l'un des autres prétendants , et voici qui vous passe tous.

Et il se mit à crier.

£t chacun , voulant montrer son talent , se prit à imiter le cfaant du coq avec un enthousiasme croissant; c*était un m^ange de cris aigus où les uns cherchaient à dominer les autres, et Ton ne peut prévoir où se serait arrêté ce bizarre concert , lorsque Vobiscus parut à la porte de la salle.

— Que les furies vous déchirent de leurs serpents , s*écria-t-il , et que les bourreaux vous arrachent la langue, pour le tapage infernal que vous faites! quel est ce nouveau jeu? quelle est cette nouvelle musique? Maximius, n'est-oii plus en sûreté chez toi? a-t-on décidé de m'y assassiner?

— Non, illustre Vobiscus, répondit Herme, avec un accent dont la charité ne put exclure le mépris ; ces braves citoyens s'occupent du salut de la patrie.

— ^Eh ! voilà qui est excellent, répondit Yobîscus en se mettant à rire aux éclats, et s'il en est ainsi, j'en veux être.

Tous ces patriciens, honteux du mouvement puéril auquel ils s'étaient laissé entraîner , répondirent à Vobiscus , en lui expliquant ce qui avait amené les cris étranges qu'il avait entendus.

Par Bacchus ! s'écria-t-il, c'est un emploi qui me revient, et il ne sera pas dit que le plus riche citoyen de Narbonne aura quitté cette ville sans avoir tenté un grand effort pour la défendre; conduisez-moi donc à l'endroit où je dois pousser ce

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cri sauveur , et , j'en jure par Jésus-Christ et le dieu Mars, je veux, après cet exploit, me faire dresser une statue avec une couronne de crêtes de coqs. Venez , venez , continua-t-il en sortant de la salle et en poussant de grands éclats de rire, suivez-moi , je vais devenir un dieu , je vais devenir un être sacré, je vais monter au rang des oies du capitole.

£n parlant ainsi , il sortit de la maison, gravit l'éminence où était situé le réservoir des bains , et poussa un cri qui méritait véritablement une grande admiration par la vérité de l'imitation.

Presque aussitôt on vit Armand descendre du sommet de la colline ; sa course rapide , sa taille gigantesque qui paraissait et disparaissait à tra* vers les arbres de la forêt , le faisait ressembler à une colonne détachée de sa base et roulant sur le penchant de la montagne. Arrivé à une certaine hauteur , il franchit d'un bond l'espace qui le séparait du patricien Yobiscus et tomba soudainement à ses cùtés. Celui-ci le regarda d'un air curieux , puis charmé , et , ayant mesuré de l'oeil la hauteur de sa taille , il lui dit sans autre préambule :

— Veux-tu te vendre , je te donne mille , deux mille , trois mille , dix mille sesterces ; j'ai une petite esclave nubienne que je chéris tendrement; elle n'a pas plus de trois pirds de haut; j'ai un

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nain d'Afrique encore plus petit; je les ferai mettre chacun dans une cage d'or , je ferai suspendre ces cages aux deux extrémités d'un bâton , et tu les porteras ainsi dans tes dents comme un chien d'Espagne bien dressé; ce sera fort gracieux à voir.

 cette singulière proposition, le Bagaude fronça le sourcil, et, prenant le jeune efiFéminé par la ceinture de sa robe , il lui dit brutalement :

— Les bains froids sont excellents pour les feus.

Et sans autre parole , il le plongea à plusieurs reprises dans le réservoir, malgré sa résistance et ses cris. Alors on put voir un singulier spectacle : le fard qui couvrait les joues de Vobiscus descendit le long de son visage et alla tacher sa tunique , l'onguent qui teignait ses cheveux se répandit sur sa toge, et ce visage qui semblait si frais et si jeune parut, â tous les yeux, flétri par la débauche, usé , décrépit ; cette chevelure noire était déjà mêlée de cheveux blancs , et les sourcils épais qui couronnaient ses yeux se décollèrent et disparurent.

Tous les nobles romains ne purent s'empêcher de rire à cette plaisante métamorphose , et Vobiscus s'éloigna au milieu de leurs railleries, en les vouant à tous les malheurs , et en les menaçant tous de sa vengeance.

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Cependant, Taspect du Bagaude avait amené plus de réserve dans la tenue des patriciens ; la honte de paraître si vains et si ridicules devant un homme qu'ils regardaient comme une brute sauvage les força à se montrer plus sérieux , et bientôt , grâce â Maximius et à Tévèque , on convint du nombre d*hommes qu'Armand devait amener â Narbonne , de la solde qui leur serait payée , et du temps que durerait leur service.

Toutefois , on ne voulut point laisser ces étrangers presque maîtres de la ville sans y mêler des hommes qui pussent surveiller leur conduite , et il fut décidé qu'on appellerait tous les bénéficiaires (M) qui possédaient des terres aux environs de Narbonne , et que chacun de ces bénéficiaires , élevé, pour cette circonstance seulement, au grade de décurion , commanderait à dix Bagaudes, et qu'Armand lui-même serait soumis à l'autorité du comte de la ville.

^rO^-

£t 0trge.

Depuis pins de douze jours les Visigotbs étaient arriyés devant la ville de Narbonne; mais Théodoric avait trop compté sur leur sauvage valeur; toutes leurs attaques venaient se briser au pied de ces murs, dont quelques-uns avaient près de soixante pieds de haut. Leur fureur n'avait pu venir à bout de briser ces portes revêtues de fer et contre lesquelles ils ne savaient faire mouvoir que des béliers quils balançaient sur leurs bras. Les Yisîgoths étaient trop ignorants dans Fart d'élever des machines redoutables, pour pouvoir emporter une ville si redoutable que Narbonne. Vainement plu-

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