‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 13 sur 32 · LIVRE · texte numérisé non relu

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qui l'entendirent, et plusieurs voix s'écrièrent:

— Continuez , roi , continuez , le danger est grand et votre main seule peut vous en tirer.

Théodoric reprit aussitôt :

— Majorien n'est plus , et un homme , inconnu même à l'armée qui a renversé Majorien , a été choisi par Ricimer qui s'est fait déclarer patrice. Cet homme s'appelle Sévère , et bien que Ricimer lui ait laissé le nom d'empereur et n'ait pris que celui de père de l'empire (48) ? c'est le patrice qui commande et l'empereur qui obéit. Tant que Majorien a vécu , on pouvait s'abuser sur l'ambition du Franc qui marchait à son ombre; mais elle perce trop ouvertement aujourd'hui , et les plus aveugles peuvent la reconnaître à travers ce fantôme d'empereur. Cette ambition embrasse le monde en espérance, et nous compte d'avance parmi les vaincus ; les paroles orgueilleuses de Ricimer ne l'ont laissé ignorer à personne. Il est vrai que le comte Agrippin et le comte Gilles , qui occupent encore la Gaule depuis le Rhône jusqu'à Narbonne, ont jusqu'à présent refusé de reconnaître ce nouveau chef; mais nous avons l'expérience de la fidélité romaine et de sa fermeté. Une trahison ou un revers peut'livrer demain Narbonne à Ricimer, et les Francs sont à nos portes. Lorsque Majorien n'existe plus , les traités qu'il a signés n'existent plus , et cette province que j'a-

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vais juré de respecter , je jure maintenant de la conquérir. Pour notre nation , elle sera un accroissement nécessaire de territoire , pour chacun de TOUS une source de richesses dont quelques-uns n'ont pas reçu un suffisant partage. Mais pour arriver à ce but , compagnons , ce n'est pas aux préparatifs d'une chasse, quelle qu'elle soit, qu'il faut appliquer votre courage ; et je pourrais maintenant vous faire de justes reproches d'oublier , dans des occupations frivoles , le soin de la grandeur de la nation dont vous êtes les premiers.

En ce moment , la voix de Théodoric prit un accent de sévérité qui prouva à tous qu'il connaissait leurs projets , et il continua :

— Vous abandonnerez donc cette fêle préparée avec tant de myslère et où je n'avais pas été appelé, pour les nobles combats livrés au grand jour et auxquels je vous appelle.

— Roi , nous sommes prêts à vous suivre , s'écria- t-on de toutes parts.

Puis Théodoric reprit avec le regard bienveillant et le sourire railleur qu'il avait affecté d'abord :

— D'ailleurs j'ai quelques torts à réparer envers plusieurs d'entre vous. Envers toi d'abord , comte Bold. Qu'est-ce donc que cette demeure que tu occupes? c'est une honte qu'un noble guerrier comme toi soit perdu dans ces murs humides et

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tristes. Je Teux te donner une habitation digne de ton grand nom. Narbonne et ses campagnes t'en offriront â choisir qui n'auront pas l'air d'une citadelle. Il semble que tu aies peur , comte Bold ; je n'ai pourtant pas habitué mes sujets à craindre les attaques d'aucun ennemi, quand ma sollicitude les défend; et, jusqu'à ce que la province où tu dois trourer ta récompense soit en notre pouvoir , je t'invite à habiter Toulouse , et je t'offre un asile dans un de mes palais.

— Roi , dit le comte Bold , celui-ci me convient, tout sauvage qu'il est.

— Mais il ne me convient pas à moi , reprit sévèrement Théodoric, et je ne veux pas, quand j'aurai besoin de ton appui, être obligé de t'envoyer chercher dans une retraite inaccessible.

Le comte Bold courba la tète , et Théodoric reprit avec un accent encore plus amer, en s'adressant à Garpt. i

— Quant à toi , Garpt , que pourrais-je te donner ? tu es noble , tu es jeune , tu es riche , tu es beau. Tu possèdes tant d'avantages que la puissance d'aucun roi ne semble pouvoir y rien ajouter ; cependant j'ai fait un effort enta faveur; et ne sachant que t'offrir des trésors de ce monde , ne connaissant rien dont le sort ne t'ait déjà comblé , j'ai cherché ailleurs quelque chose qui te manquât.

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— Qu'est-ce donc? dit Garpt en se relevant avec une superbe insolence.

— C'est une vertu.

— Roi, c'est un outrage, même sorti de ta bouche.

— Calme-toi, Garpt, c'est une seule vertu qui te manque parmi celles que tu possèdes, reprit Tbéodoric en riant ; et cette vertu c'est l'économie.

— L'économie ! répliqua Garpt du même ton ; quand le monarque en a tant, il en reste bien peu pour ses sujets.

— Et c'est pour cela que je désire, te donner un peu de cette vertu qui est le plus riche trésor de mon peuple.

— Et comment m'investiriex-vous de cette royale faveur?

•— En te priant de licencier aujourd'hui cette troupe de serviteurs maures et alains qui te suivent partout : c'est une fbule armée qui doit te coûter bien cher, et dont je me charge désormais.

— Roi , vous ne ferez pas ce que vous dites , s'écria Garpt violemment.

— Noble Garpt , répondit Théodoric avec colère, ce que j'ai dit est fait.

11 fallut que Garpt , poursuivi par les regards railleurs de ses compagnons, courbât la tète comme le comte Rold.

Pendant ce temps, Euric, penché négligemment sur son siège , écoutait en clignant des yeux , ces avertissements sévères donnés si généreusement par Tbéodoric à ceux qui voulaient le perdre. Tout le monde se taisait, et le roi semblait embarrassé de conclure cette longue conférence par un dernier acte de sa volonté, lorsque Euric, qui l'observait d'un air d'insolente bravade, lui dit en se rejetant au fond de son siège. «

— Et moi , mon frère, n'obtiendrai-je rien dans cette royale distribution de vos faveurs?

—■Vous! s'écria Tbéodoric, dont le visage se colora d'une rougeur causée par l'indignation.

— Moi , reprit Euric en se levant.

L'orage semblait prêt à éclater; mais il entrait sans doute dans les sentiments ou dans les calculs de Tbéodoric de paraître tout pardonner, car il répondit avec froideur, quoique avec amertume :

— En Yierilé, je serais plus embarrassé encore envers vous , mon frère, qu'envers le noble Garpt. Car si, d'une part, tous les désirs de celui-ci sont satisfaits , je sais que, de l'autre, les vôtres sont insatiables. Et comme je craindrais de ne pas y répondre suffisamment, je vous laisse le choix de votre récompense.

-— Il sera tel , j'espère , dit Euric , qu'il satisfera vos désirs comme les miens.

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— J'y compte.

— Ce sera le choix d'un homme à qui le sort réserve le bonheur à défaut de gloire , le repos à défaut de pouvoir , et ce choix sera celui d'une épouse.

— " Et en quoi pourrais-je m'opposer à ce choix, et comment appelez-vous récompense une liberté que personne ne peut vous disputer?

— Mon frère , lorsque je désire m'allier à une famille dont les drois incontestables à une succession qu'une autre a recueillie sont méconnus par vous et par la nation , je dois craindre qu'on né mette entrave au droit que j'ai de m'unir â elle.

— Tout droit bien soutenu triomphe toujours parmi nous , mon frère , répondit Théodoric ; et si, ajouta-t-il en regardant le comte Bold, si le noble Yisigoth dont vous parlez veut faire valoir les siens, nous sommes prêts à les discuter.

— Il n'est pas temps encore, ditEuric avec audace.

— Ou peut-être n'est-il plus temps! s'écria Théodoric à qui la colère revenait sans cesse au cœur comme un ressort mal comprimé sur lequel il lui fallait poser toujours la main.

Mais , comme si une pensée oubliée était venue tout à coup dissiper cet orage , Théodoric reprit encore une fois son calme; puis ayant jeté un reî 11

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gard ftirtif sur Firmin , qui était derrière lui , il ajouta :

— Eh bien! mon frère, si ce temps refient, vous pourrez faire valoir ces droits , car je tous jure que j'approuverai votre choix, quel qu'il soit.

— En ce cas , mes bons compagnons , s'écria Euric , je vous invite tous à la cérémonie de mon mariage avec la belle Alidah, la noble fille du comte Bold.

— Lui avez-vous déjà remis votre anneau de fiançailles , prince Euric? demanda le roi.

— Je vais le faire à l'instant.

Aussitôt il sortit de la salle en passant fièrement devant son frère , qui se pencha vers Firmin en lui disant :

— Va remettre cet anneau à Mascezel , et quMl le porte à sa sœur.

Et Théodoric donna à Firmin l'anneau d'Euric, qu'il avait reçu de Kamal ; mais le jeune homme , avant d'obéir à l'ordre du roi , lui dit tout bas :

— Et ta promesse, quand la tiendras-tu?

— A Toulouse , dit Théodoric. Attends avec pa^ tience, et tu seras récompensé avec générosité. Mais, jusqu'au jour que je t'ai fixé , ne parais point dans notre ville, ne cherche pas à voir Alidah, il y va de sa vie et de la tienne.

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