‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 25 sur 32 · LA CONFESSION · texte numérisé non relu

LA CONFESSION

renverser ; c'était une preuve de son courage et un devoir de sa position.

Mais qu'il eût promis sa protection à une faible fille , innocente envers lui , et qu'il la traitât avec la même rigueur qu'un puissant ennemi , c'eût été une lâcheté qui ne se présentait pas comme chose possibleàcet espritingénu. Gomme les enfants, Alidah avait confiance en sa faiblesse; cependant , malgré tout ce qu'elle pouvait se dire, elle éprouvait un effroi insurmontable , en pensant qu'elle allait rentrer dans la maison de son père. Tous les objets qu'elle devait y revoir lui semblaient autant de té-

moins qui allaient l'accuser de sa faute , et, malgré les refus obstinés du cocher de répondre à ses questions, elle était sur le point de lui en adresser de nouvelles , lorsque la basterne s'arrêta à la porte de la tour occupée par le moine Barthélemi.

Cette porte était ouverte , et Alidah, d'après l'ordre du cocher , entra aussitôt dans la tour. La crainte qu'elle avait éprouvée de se revoir dans la maison paternelle lui fit accepter avec joie ce singulier asile. £n effet, Alidah savait, comme tout le monde , que la première loi des humbles anachorètes qui occupaient ce monastère isolé était que jamais une femme n'en franchirait le seuil. A peine fut-elle entrée que la porté se referma [derrière elle et qu'elle entendit la basterne s'éloigner; alors se retournant pour remercier Barthélemi , qui sans

qu'elle aperçut fut le regard implacable de l'eunuque. Sathaniel le supporta avec un calme singulier, elle sembla mesurer ce qu'il avait de force; puis après avoir laissé échapper un sourire de mépris , elle fixa à son tour sur l'esclave ses yeux qui semblaient être doués de la puissante fascination des serpents de l'Afrique et vit bientôt le regard d'Éros se troubler et se baisser devant le sien.

Elle sourit.

L'eunuque s'éloigna et se posa à l'autre bout de la chambre ; de là il osa lever les yeux sur Sathaniel , et retrouva lés yeux de Sathaniel attachés sur lui. II en sortait comme une flamme sinistre qui dévorait. Ces yeux semblaient avoir la profondeur d'un abîme. On prenait le vertige et la peur à les regarder. Dix fois Éros voulut éviter ce regard qui vibrait comme une étoile, et dix fbis il fut ramené par une force invincible à chercher ce regard qui le fascinait et semblait l'enlacer comme les plis d'un reptile. Dans un dernier effort , il saisit le flambeau qui éclairait la chambre et Féteignit; et alors il osa rouvrir ses yeux qu'il tenait fermés ; mais alors au milieu de l'obscurité, il vit reluire les yeux de Sathaniel comme ceux d'un tigre ou d'un démon. Sathaniel entendit ses dents claquer de frayeur et son corps trembler d'épouvante , et elle murmura :

— Euric, Euric, prends garde; mes regards

LA HDIT DK8 H0CI8. 92S

font naître la terreur comme l'amour : ce n'est pas Tainement que je m'appelle Sathaniel.

Cependant Théodoric avait quitté le palais de son frère, et il regagnait le château Narbonnais , accompagné d'esclaves armés de torches. Il marchait en s'appuyant sur le bras de Léon , et causait avec lui en se félicitant du succès que ses mesures avaient obtenu.

— Il me semble qu'Euric , lui disait-il, a été admirablement pris dans tous les pièges qu'il nous avait tendus.

— Oui , dit Léon , la réussite a été complète ; et un seul jour a suffi pour perdre à jamais tous vos ennemis.

~ Vraiment , dit le roi , le plan de mon frère Euric était assez habile , et il nous a merveilleusement servi; lorsque j'ai appris que son mariage avec Sathaniel cachait ses projets d'union avec la fille de Bold , sa ruse m'a semblé assez adroite.

— Elle n'est pas nouvelle , dit Léon (66); et Eutrope , le premier eunuque d'Arcadius , s'en servit , il 7 a à peu près un siècle , pour substituer la belle Eudoxie à la fille du premier ministre Ruffin. Tandis que celui-ci attendait le cortège impérial qui devait prendre sa fille et la conduire à l'église , Eutrope s'arrêta devant la maison de la belle Eudoxie , la revêtit de la robe nuptiale et de la couronne d'impératrice , et la conduisit en

3âô UVB£ II.

triomphe au palais et au lit d'Arcadius ; il en eût été de même ^ si ton frère n*eût pas été obligé d'annoncer publiquement son mariage ; et tandis que Sathaniel Feùt attendu , sans doute Alidah eût pris sa place dans le cortège nuptial.

— Et il en a été de même, reprit Théodoric en riant ; j*ai trouvé la ruse de mon frère si excellente, que je m'en suis servi , et Sathaniel a remplacé Âlidah. Mais j'ignore encore tout le résultat de cette journée, et il te reste maintenant à m'apprendre ce qui est arrivé chez le comte Bold, car Gandoin a dû t'en instruire.

— D'après votre ordre , Gandoin se détacha du cortège et entra dans la maison du comte Bold, à la tète de quelques soldats ; il trouva le vieillard cloué pour ainsi dire à sa place par la colère et le désespoir. Sa stupéfaction était si grande, qu'il n'entendit pas l'ordre que Gandoin donna aux esclaves de rejoindre la marche du cortège. Alidah , que la présence de Sathaniel n'avait point frappée au milieu de son propre désespoir , Alidah qui ne comprenait rien à la stupéfaction de son père, poussa un cri d'efiroi en apercevant Gandoin, s'imaginant qu'il venait la chercher pour la mener à l'église. Elle crut que tout espoir était perdu pour elle ; et, se rattachant à la dernière chance de salut que tu lui avais offerte, elle se précipita hors de la maison de son père, monta dans labastierne qui l'attendait ,

et, selon tes ordres, le cocher mit aussitôt ses chevaux au galop et remmena hors de la ville.

— Tu es sûr de cet homme, n'est-ce pas? dit le roi, et il la conduira directement au monastère de Barthélemi qui doit la tenir cachée jusqu'à ce que j'aie décidé de son sort ?

•—Le cocher exécutera fidèlement tes intentions.

— Et Firmin, reprit le roi, a été sans doute arrêté par Gandoin?

— Ce n'est pas Gandoin qui l'a arrêté. Au moment où Alidah s'est enfuie, il s'est élancé pour la suivre ; mais le vieux Falrik l'a retenu ; Firmin a voulu se débarrasser de lui et a essayé de le frapper de son poignard , mais Falrik ne lui en a pas donné le temps et l'a renversé d'un coup d'épée.

— Ainsi, il est mort! s'écria Théodoricens'arrêtant soudainement.

— - 11 est blessé assez légèrement pour qu'on ait pu le transporter dans la prison où il doit demeurer, comme accusé de projet de meurtre sur la personne du prince Euric.

— Blessé ! reprit le roi, profondément abattu : il faudra donc que ce sang coule toutes les fois que mon trône sera en danger ! Blessé ! répéta -t-il en poussant un long soupir. Tu iras voir ce jeune homme. Léon ; tu lui donneras les secours les plus empressés , tu lui diras que son arrestation n'est

Durant tout cet incident , Sathaniel avait tenu les yeux baissés vers la terre ; mais quand Euric s'approcha d'elle , elle leva sur lui ce même regard qu*elle avait envoyé à Alidah , et continua sa marche sans prononcer une parole.

Puis vinrent le festin , les chants des Huns , les chœurs des Romains , les danses des esclaves ; et quand la nuit fut assez avancée pour que tout le monde dût se retirer, Sathaniel fut conduite à sa chambre nuptiale par les femmes qui avaient assisté le matin à la cérémonie du mariage. Un moment après qu'elles l'eurent quittée, Euric, qui était resté dans la salle du festin avec son frère et quelques autres Visigoths ; Euric , dont l'enjouement et la gaieté ne s'étaient pas démentis un seul moment pendant toute cette journée, Euric se leva tout à coup , et dit à ses convives en prenant au mur une épée et un poignard qui y étaient suspendus :

— Il est temps que je vous quitte.

— Où vas-tu? s'écria le jeune Frédéric, épouvanté de l'usage qu'Euric semblait vouloir faire de ces armes.

— Je vais dans la chambre nuptiale où Sathaniel m'attend.

Puis il s^éloigna au milieu de la stupéfection générale, en lançant à tous ceux qui Tentouraient un regard de haine et un sourire de mépris.

LA nVIT D£9 NOCES. 319

— Mon frère , mon frère , reprit vivement le jeune Frédéric , en s'adressant au roi ; le laisserezvous sortir ainsi ?

Euric se retourna à cette parole , pendant que Théodoric répondait à son jeune frère :

— II est le maître d'accomplir ce crime.

— Et vous êtes le maître de le punir, dit Euric du seuil de la porte où il était arrivé. Vous êtes un juge trop juste , pour que je sois jaloux de recourir encore à votre équité. Je connais la loi sur les homicides.

II disparut alors et se rendit à la chambre de Sathaniel. Elle était seule; et, selon l'usage , les femmes qui l'avaient accompagnée l'avaient laissée dans le lit nuptial. Lorqu'Euric entra tenant son épée nue à la main , elle se leva sur son séant, et , malgré la froide résolution qu'elle avait montrée pendant toute cette journée , elle ne put s'empè* cher de pâlir. Euric s'aperçut de ce mouvement ^ et lui dit sans en paraître irrité :

— C'est ma coutume d'aller chez mes ennemis avec des armes.

Sathaniel maîtrisa sans émotion et dit à Euric :

— C'est donc en ennemie que vous voulez traiter votre épouse?

— Mon épouse? repartit le prince d'un ton ironique.

— Ne la suis-je pas? reprit Sathaniel.

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qu'aucun de ces charmes qui te font si vaine puisse te servir à rendre moins pesant le fardeau que tu as choisi» Je sais qu'il ne manque pas parmi les nobles visigoths , et jusque dans ma famille, de beaux jeunes gens qui ne demanderaient pas mieux que de te consoler des ennuis d'un si triste mariage;; mais à partir de ce jour , j'ai juré de fermer la porte de ma maison sur notre bonheur.

— Je ne crains point la solitude , dit Sathaniel.

— Sans doute , reprit Euric, la solitude n'est pas une si bonne gardienne qu'on ne puisse quelquefois y introduire un amant en l'absence de l'époux ; aussi je t'ai choisi un compagnon qui tiendra dans cette cham!»re la place que je devrais y occuper.

— Soit , dit Sathaniel ; mais dis-moi , es-tu bien sûr de la femme que tu as choisie? Et puisque tu me connais si bien , n'as-tu pas prévu que j'ai assez de larmes feintes pour la tromper et l'attendrir?

— Fussent-elles véritables , répondit Euric avec une expression cruelle , et j'espère qu'un jour elles le deviendront , fussent-elles vraies et sincères , le compagnon que je te donne a un cœur de glace que toutes tes douleurs n'amolliront pas.

En disant ces paroles , il frappa à une porte , et un esclave noir entra dans la chambre de Sathaniel. Elle se réjeta dans son lit en s'écriant :

— Quoi ! c'est cet homme qui doit me garder !

— Oui, dit Euric en riant; voilà le compagnon

LA HUIT DBS NOCBS. 223

que je t'ai destiné ; et il est assez hideux pour que tu ne tentes pas de le séduire.

— £t si je le tentais? s'écria Sathaniel révoltée de Tinsolence d'Euric.

— Essaie ! répondit celui-ci , avec un rire méprisant.

Puis il ajouta après un moment de silence :

— Eunuque , je t'ai commandé de rester debout au pied du lit de ta maîtresse et de la garder l'œil ouvert sur elle; demande -lui si elle a une meilleure place à t'offrir.

En disant ces paroles , Euric fit un geste pour s'éloigner , et Sathaniel s'écria :

— Tu sors?

— Oui , répondit-il ; je vais chez le comte Bold demander à la belle Alidah de me garder son amour.

— ÉroSy ajouta-t-il en s'adressant à l'eunuque « songe que cette femme est la mienne !

Alors il quitta la chambre, et Sathaniel demeura seule avec l'eunuque, qui alla se placer debout au pied de son lit , en attachant sur elle son regard insolent. Sathaniel abaissa d'abord ses paupières sur ses yeux comme un voile devant ses peqsées, et durant près d'une heure elle se tiqt imn^obile. Renfermée en eUe-même , elle y discuta sa vie , et ne sembla s'éveiller de sa réflexion que lorsqu'elle eut à commencer la lutte. La première chose

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qu'elle aperçut fut le regard implacable de l'eunuque. Sathaniel le supporta avec un calme singulier, elle sembla mesurer ce qu'il avait de force; puis après avoir laissé échapper un sourire de mépris , elle fixa à son tour sur l'esclave ses yeux qui semblaient être doués de la puissante fascination des serpents de l'Afrique et vit bientôt le regard d'Éros se troubler et se baisser devant le sien.

Elle sourit.

L*eunuque s'éloigna et se posa à l'autre bout de la chambre ; de là il osa lever les yeux sur Sathaniel , et retrouva lés yeux de Sathaniel attachés sur lui. Il en sortait comme une flamme sinistre qui dévorait. Ces yeux semblaient avoir la profondeur d'un abîme. On prenait le vertige et la peur à les regarder. Dix fois Éros voulut éviter ce regard qui vibrait comme une étoile, et dix fois il fut ramené par une force invincible à chercher ce regard qui le fascinait et semblait l'enlacer comme les plis d'un reptile. Dans un dernier efibrt , il saisit le flambeau qui éclairait la chambre et Téteignit; et alors il osa rouvrir ses yeux qu'il tenait fermés ; mais alors au milieu de l'obscurité, il vit reluire les yeux de Sathaniel comme ceux d'un tigre ou d'un démon. Sathaniel entendit ses dents claquer de frayeur et son corps trembler d'épouvante , et elle murmura :

— Euric , Kuric , prends garde ; mes regards

LA HUIT DK8 HOGIS. 925

font naître la terreur comme l'amour : ce n'est pas vainement que je m'appelle Sathaniel.

Cependant Théodoric avait quitté le palais de son frère, et il regagnait le château Narbonnais, accompagné d'esclaves armés de torches. Il marchait en s'appuyant sur le bras de Léon , et causait avec lui en se félicitant du succès que ses mesures avaient obtenu.

— Il me semble qu'Euric , lui disait-il, a été admirablement pris dans tous les pièges qu'il nous avait tendus.

— Oui , dit Léon , la réussite a été complète ; et un seul jour a suffi pour perdre à jamais tous vos ennemis.

— Vraiment , dit le roi , le plan de mon frère Euric était assez habile , et il nous a merveilleusement servi ; lorsque j'ai appris que son mariage avec Sathaniel cachait ses projets d'union avec la fille de Bold , sa ruse m'a semblé assez adroite.

— Elle n'est pas nouvelle , dit Léon (66) ; et Eutrope , le premier eunuque d'Arcadius , s'en servit, il 7 a à peu près un siècle, pour substituer la belle Eudoxie à la fille du premier ministre Ruffin. Tandis que celui-ci attendait le cortège impérial qui devait prendre sa fille et la conduire à l'église , Eutrope s'arrêta devant la maison de la belle Eudoxie , la revêtit de la robe nuptiale et de la couronne d'impératrice , et la conduisit en

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triomphe au palais et au lit d'Arcadius ; il en eût été de même , si ton frère n*eût pas été obligé d'annoncer publiquement son mariage ; et tandis que Sathaniel l'eût attendu , sans doute Alidah eût pris sa place dans le cortège nuptial.

— Et il en a été de même, reprit Théodoric en riant ; j'ai trouvé la ruse de mon frère si excellente, que je m'en suis servi , et Sathaniel a remplacé Alidah. Mais j'ignore encore tout le résultat de cette journée, et il te reste maintenant à m'apprendre ce qui est arrivé chez le comte Bold, car Gandoin a dû t'en instruire.

— D'après votre ordre , Gandoin se détacha du cortège et entra dans la maison du comte Bold, à la tête de quelques soldats ; il trouva le vieillard cloué pour ainsi dire à sa place par la colère et le désespoir. Sa stupéfaction était si grande, qu'il n'entendit pas l'ordre que Gandoin donna aux esclaves de rejoindre la marche du cortège. Alidah , que la présence de Sathaniel n'avait point frappée au milieu de son propre désespoir , Alidah qui ne comprenait rien à la stupéfaction de son père, poussa un cri d'effroi en apercevant Gandoin, s'imaginant qu'il venait la chercher pour la mener à l'église. Elle crut que tout espoir était perdu pour elle ; et, se rattachant à la dernière chance de salut que tu lui avais offerte, elle se précipita hors de la maison de son père, monta dans labastterne qui l'attendait,

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et, selon tes ordres, ie cocher mit aussitôt ses chevaux au galop et l'emmena hors de la ville.

— Tu es sûr de cet homme, n'est-ce pas? dit le roi, et il la conduira directement au monastère de Barthélemi qui doit la tenir cachée jusqu'à ce que j'aie décidé de son sort ?

•—Le cocher exécutera fidèlement tes intentions.

— Et Firmin, reprit le roi, a été sans doute arrêté par Gandoin?

— Ce n'est pas Gandoin qui l'a arrêté. Au moment où Alidah s'est enfuie, il s'est élancé pour la suivre ; mais le vieux Falrik l'a retenu ; Firmin a voulu se débarrasser de lui et a essayé de le frapper de son poignard, mais Falrik ne lui en a pas donné le temps et l'a renversé d'un coup d'épée.

— Ainsi, il est mort! s'écria Théodoric en s'arrêtant soudainement.

— - 11 est blessé assez légèrement pour qu'on ait pu le transporter dans la prison où il doit demeurer, comme accusé de projet de meurtre sur la personne du prince Ëuric.

— Blessé! reprit le roi, profondément abattu : il faudra donc que ce sang coule toutes les foi s que mon trône sera en danger ! Blessé ! répéta -t-il en poussant un long soupir. Tu iras voir ce jeune homme. Léon ; tu lui donneras les secours les plus empressés , tu lui diras que son arrestation n'est

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j'ai été le complice de tous les crimes qui se sont commis au uom du roi Théodoric. Oui, mon père, reprit-il en s'adressant à Tévèque , c^est par ordre du roi que j'ai amené cette jeune fille à notre sainte religion, parce qu'elle aussi avait au trône des droits qui épouvantaient le souverain; lorsque je l'ai averti du hasard qui avait mis dans le cœur du fils de Thorismond et d'Alidah un amour qui n'était pas encore coupable, c'est par son ordre que je leur ai conseillé de s'abandonner à cette fatale passion ; et c'est par son ordre aussi que j'ai refusé de bénir leur union , quand il ne leur restait plus que cette espérance de rendre moins honteux le crime auquel je les avais poussés.

— Oh ! malheureux ! malheureux ! dit Herme ; qui t'a inspiré de souffler la corruption dans ces cœurs innocents? C'est l'ambition , c'est le désir d'occuper cette place où tu me vois, et qui n'est , sache-le bien , qu'une croix plus élevée où Ton souffre davantage!

— Non , mon père , reprit Barthélemi ; ce n'est pas l'ambition qui m'a égaré ! Ou bien, si c'est ce sentiment, ce n'est pas pour moi queje l'ai éprouvé : je ne pensais qu'au triomphe de notre sainte religion , à laquelle Théodoric m'avait juré de prêter son appui.

— La vraie religion du Christ, dit Herme, ne marche pas par des voies souterraines «t perfides :

LA coNf issioir. %49

c*est au grand jour qu'elle fait ses conquêtes , c'est sous le ciel qu'elle fait triompher sa parole , c'est en plein soleil qu'elle combat.

— Hélas ! mon père, reprît Barthélemi, je le vois maintenant ; mais parmi toutes ces fautes que j'ai commises, peut-être la conversion de cette jeune fille me sera-t-elle comptée devant Dieu comme une œuvre sainte.

~ Tu te trompes encore, répondit l'évèque; Dieu n'accepte pas les cœurs qui ne sont liés que par des attachements mondains. Réponds, jeune fille : n'est-ce pas ton amour pour Firmin qui t'a fait abandonner ta religion ? n'e$t-<ce pas ton amour pour ce jeune homme qui a fait ton amour pour le vrai Dieu?

— Oui, mon père, répondit la jeune fille en cour* bant le front; mais ce que ses paroles d'amour ont commencé , vos saintes paroles viennent de l'achever ; bénissez-moi, mon père, et parlez-moi, car je suis digne de pardon, digne de vous entendre !

— £h bien ! dit le vieillard , résigne-toi , pécheresse, car ta vie ne sera plus qu'une longue pénitence; renonce à t'armer du secret que tu viens d'apprendre pour susciter , grâce à tes droits et à ceux de Firmin, la discorde civile parmi tes frères.

— J'y renonce.

— Ne garde qu'une espérance en ton cœur, et celle-là ta faute même te la commande ; ne garde

Î50 LIVRB II.

que Tespérance de voir légitimer un jour l'amour fatal auquel tu t'es abandonnée.

— C'est un bienfait que je n'espérais pas.

— Mais une f6is ce jour passé, une fois la loi des hommes satisfaite, ton expiation ne sera pas accomplie ; si le spectacle que tu Tiens de voir t'a touchée, tu dois renoncer à celui qui n'aura que le nom de ton époux.

— Mon père! mon père ! s'écria Alidah, faut-il le perdre à jamais?

— Où serait donc la vertu , dit l'évèque , si le crime avait lamème récompense?... Tu ne reverras Firmin qu'une seule fois en ce monde.

— Eh bien ! s'écria Alidah, une fois encore !

— Et maintenant que Dieu te prenne en pitié, car tu n'a plus d'autre protection que la mienne î Quant â toi, Barthélemi, ajouta-t-il en s'adressant * au moine, ta pénitence sera plus rude, car je te condamne à témoigner de la vérité comme tu as longtemps témoigné du mensonge; mais, avant que je t'explique par quels moyens tu peux racheter les fautes que tu as commises, dis-moi, est-ce encore l'ordre du roi Théodoric qui a amené cette jeune fille dans ce monastère?

— Oui, mon père, répondit Barthélemi $ et bien* tôt un messager envoyé par lui doit venir m'apporter ses dernières intentions.

— Les chevaux du roi .Théodoric sont rapides ,

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dit la Toix d'Armand, qui s*approcka alors, du vénérable évèqne; et quoiqu'ils passent par les sentiers battus qui tournent autour de nos montagnes , ils ont parcouru la distance qui nous sépare de Toulouse presque aussi vite que moimême, qui les ai franchies à vol d'oiseau et par des sentiers qui leur sont inconnus. Hâte-toi donc si tu veux sauver cette jeune fille , et n'oublie pas que tu es sur le territoire du roi Théodoric , et que tu ne pourrais arracher cette jeune fille à ses projets s'il la trouvait encore dans ce monastère.

— Tu as raison, repartit l'évèque; et je veux que l'innocent et le coupable échappent également à sa volonté. Barthélemi , tu vas conduire cette jeune fille à Narbonne ; tu la remettras dans mon palais , et toi-même y attendras mon retour.

— Oui^ dit Armand ; qu'il parte sur-le-champ : pour lui qui connaît tous les sentiers cachés de ce pays , pour lui que mes compagnons sont habitués à vénérer, cette heure est la meilleure qu'il puisse choisir; il trouvera peu de Romains et de Yisigoths dans ces collines , et mes frères le laisseront passer.

— Ne peux-tu l'accompagner, reprit l'évèque , pou rassurer encore mieux sa marche dans la nuit?

— N'est-ce pas assez que je laisse sortir cette jeune fille? répondit Armand ; et ne crains-tu pas de me la voir suivre ?

— Non, répondit le yieillard; car je crois que ton cœur a été touché du triste spectacle que tu tiens de voir ; je crois que tu as renoncé à tes projets de vengeance contre les Visigoths.

— Tu te trompes ^ dit Armand ; car je vais attendre ici l'envoyé du roi Théodoric.

— Soit, dit le prêtre; je vais donc l'attendre avec toi.

Le Bagaude haussa les épaules, et ouvrit la porte qui donnait sur la route.

— Allez , dît-il , et n'oubliez pas le sentier qui tourne dans le bois, à deu]( pas de cette maison.

Alidah et Barthélemi s'éloignèrent ; les auti^es moines rentrèrent dans l'intérieur de la tour sur un signe de leur évèque , en emportant le corps de Kamal, et le vieillard et le Bagaude demeurèrent seuls enfermés dans cette salle basse.

FIN DU TOHB PRtMIIR.

(1) — Julet-César envoya Crassus pour soumêltre les Sotiates. {Cassar, de Bello GalUco, lib. I. )

Ge^fut avec le secours que lui fournirent NarbOkine , Toulouse et Garcassonne , que ce lieutenant de Gésar alla attaquer les Sotiates, et les soumit avec Âdcantouin leur prince. On place en différents lieux Thabitation de ces peuples , parce qu*il y a plusieurs pays en Gascogne qui portent le nom de Sots , mais Ton s^accorde généralement à reconnaître le Yic-de-Sos comme le lieu d*où ces peuples sotiates ont tiré leur nom , ou comme celui auquel ils Tout donné.

(2) — J'ai mangé , sur les bords du CUtumnus , les taureaux blancs réservés aux sacriflces.

Hinc albi CUtumni grèges et mcLxima taurus Victima : sœpe suo pertusi flwnine sacro , Romano* ad templa deum dtueéne Mumphos,

Outre Virgile , la plupart des poëtes latins , Properce, I aa

Lucain , ont célébré les yictimes triomphales du Clitumnus. Les Goths s*en nourrirent lors de Tinvasion d*Âlavis. Gibon rapporte le fait.

(3) — Ils allèrent porter en Espagne la désolation qui accompagnait leur marche vagabonde.

Saint Prosper , connu sous le nom de Tiro Prosper , et qui vivait à cette époque , nous a laissé un tableau fort touchant de cette désolation apportée par les Vandales : a Quand tout TOcéan , dit cet auteur , aurait inondé les Gaules , il nV aurait pas fait de si horribles ravages : nos bestiaux , nos ft'uits et nos grains ont été enlevés ; nos vignes et nos oliviers désolés ; nos maisons de campagne ruinées ; et à peine reste-t-il encore quelque chose dans les campagnes *. mais tout cela n^est que la moindre partie de nos maux. Depuis dix ans les Vandales et les Goths font de nous une cruelle boucherie. Les châteaux bâtis sur les rochers, les villes les plus fortes, les bourgs situés sur les plus hautes montagnes n*0Qt pu garantir leurs habitants de la fureur de ces barbares, et Ton a été partout exposé aux dernières calamités. Ils n'ont épargné ni le sacré ni le profane , ni la faiblesse de rage, ni celle du sexe ; les hommes et les enfants, les gens de la lie du peuple et les personnes les plus considérables , tous ont été sans distinction les victimes de leur glaive. Us ont brûlé les temples , dont ils ont pillé les vases sacrés , et n'ont respecté ni la sainteté des vierges ni la piété des veuves; les soliti^res n'ont pas éprouvé un meilleur sort. C'est une tempête qui a emporté indifféremment les bons et les mauvais , les innocents et les

coupables. Le respect dû à Tépiscopat et au sacerdoce n'a pas exempté ceux qui en étaient honorés ; ces barbares leur ont fait souffrir les mêmes indignités et les mêmes supplices : ils les ont enchaînés , déchires à coups de fouet , et condamnés au feu comme les derniers des malheureux. »

Les expressions de Jornandès, ou plutôt de Gassiodore, sont très-fortes : « Bellum atrox , multiplex , immane , pertinax , cui simile nulla usquam narrât antiquitas : ubi talia gesta referuntur , ut nihil esset quod in vita sua conspicere potuisset egregius qui hujus miraculi privaretur aspectu. »

(4) — Comme une aigrette de plume sur le cimier d'un casque.

Comme on pourrait nous chicauer plutôt sur le terme de sa comparaison que sur sa justesse, nous croyons devoir citer ce passage de Polybe , qui prouve que le casque était surmonté d'une aigrette de plume :

tt Prseter h^c omnia , adornantur coroUa plumea ^ pennisque tribus puniceis aut nigris erectis, longitudinis ferme cubitalis , quae quum in summo vertice cseteris armis addiderint, vir quidem apparet duplo mayor quam sit : ejusque aspectus pulcher , hostibusque terribilis. »

(5) — alla fonder un empire sur la c6te africaine , après avoir traversé la Germanie, les Gaules, l'Espagne et la Méditerranée.

Procope, dans son ouvrage de Bello Fandalico,

donne des détails assez longs sur ces Maures , qui embrassèrent le parti des Vandales contre les Romains , et sur les tribus indépendantes qui avaient résisté à toutes les conquêtes ; ils sortirent du désert et du mont Atlas par bandes innombrables. Quant à rétablissement des Vandales en Afrique , c'est un fait historique tellement connu que nous n*aYons pas besoin de le justifier.

(6) — G'éUit un fustibale.

La fronde ouïe fustibale était un bâton long de quatre pieds , par le milieu duquel était attachée une lanière de lin ou de cuirs d'animaux. On s'en servait avec les deux mains pour lancer des pierres presque aussi rapidement qu'avec l'Onagre.

( Fégèce.)

(7) — Cet homme était ce qu*on appelait a^ors un Bagaude.

De Bagaudœ,.. Le Glossaire de Ducange définit les Bagaudes la réunion d'hommes factieux et mutins : foctiosorutn et rebellium homtnum cohors, Aurélius Victor les appelle hommes des iTois : Bctgaudcç quctsi silvicolœ (a voce gau quœ gallis silvam sonat) : ails réclamaient les droits naturels de l'homme ; mais ils réclamaient ces droits avec la cruauté la plus farouche. « ( GiWon, l. Il, p. 470.)

Quant au nom d'Armand que nous avons donné au chef des Bagaudes, c'est Aurélius Victor qui nous l'indique : « Valerius Diocletianus ubi comperit Heu au os

Arhandumqde, per Galliam, excita manu agrestium et latronum quos Bagaudas incolœ yocant... »

Les Bagaudes d'Espagne livrèrent plusieurs batailles aux troupes romaines. Idacius en parle dans plusieurs articles de ses Chroniques, Salvien a décrit très-énei^ giquement leurs souffrances et leurs révoltes : « Itaque nomen civium pomanorum... Nunc ultro repudiatur ac fugitur, nec vile tamen sed etiam abominabile pêne ha* betur... Et hinc est ut etiam hi qui ad barbaros nonconftigiunt 9 barbari tamen esse coguntur , scilicet ut hœc pars magna Hispanorum, et non minimaGallorum.., De Bagaudis nunc mihi sermo est, qui per malos judicesel cruentos spoliati, afflicti, necati, postquamjus romanae libertatis amiserant , etiam honorem romani nominis perdiderunt... Yocamus rebelles, vocamusperditosquos esse compulimus criminosos. » (De Gubematione Dei, )

(8) — Vers l'an 411 , leur cbcf Omar se voua au service de Constantin , soldat romain , qui s'était fait proclamer empereur dans les Gaules.

Dans la chronique d'Idace il est dit que Tusurpateur Constantin appela à son secours les hommes de toutes les nations , les Français , les Allemands , les Écossais et les Maures. On les voit figurer de même dans le dénombrement des troupes du vandale Genséric , et dans les légions honoriennes qui avaient passé au service de Constantin. Ces légions honoriennes , honorianf ou honoriaci j consistaient en deux bandes d'Écossais ou Attacotti , deux de Maures , deux de Marcomans , les

Victores, les Ascarii et les Gallicanti. ( Notifia imperii, sect, 38, €di$. Lab, ) — Ils faisaient partie des soixantecinq aumlta palaiina, et sont proprement dénommés par Zoâme (1. vi , p. 574).

(9)*>... Kn roulant «on manteau autour de son bras «et en «'apprêtant à combattre. '

« Mais le Maure qui commandait les légions d'Honorius connaissait trop bien le caractère et les usages de ses compatriotes pour craindre une multitude confuse de barbares presque nus , dont le bras gauche , au lieu de bouclier , n*était couvert que d'un manteau , etc. »

Orose , dans le récit qu'il fait du combat de Mascezel avec son frère , signale cette circonstance.

(10) — Dont il avait souvent raillé la faiblesse.

«Tertio anno postquam Gallias Hispaniasque domuisset ^ occubuit i gladio ilio perforatoYernulfî, decujus solitus erat ridere statura. » {Jornandès de Rébus Geticis,)

(11) — ... Tous les assassins qui avaient pénétré dans sa tente...

Jornandès, qui fut véritablement Tesclave des Visigotbs, parle de cette mort sans en dire les auteurs ; mais une chronique attribuée à Idace les rapporte tels que nous les avons donnés , et Isidore , archevêque de Se* ville , qui était lui-même membre de la famille royale des Goths , avoue le crime de Théodoric , qui, du reste, chercha à s*en justifier en accusant Thorismond d'avoir voulu rompre son alliance avec l'empire.

KOTKS. 359

Marciani imp. primo Turismodus filius Theudoridi regnavit anno uno : qui postquam de Uunnis triumphavit , dum multa ageret insolentius , a Tbeudorico et Frigdarico est fratribus intersectus.

(Isidor, y Chronicon Gothor, , p. 169.)

Jornandès rappelle cependant le fait de Tescabelle.

« Una tamen manu , quam liberam habebat , scabellum tenens , sanguinis sui existit ultor , aliquantos insidiantes sibi extinguens. »

(12) — Le reconnut pour 1« bouffon de son niatire.

Quelques auteurs font remonter Texistence des bouffons à une fête qui fut instituée au pays d'Attique par le roi Érecthée , à Toccasion d^un sacrificateur nomm<^ Buphon, lequel, après avoir immolé le premier bœuf sur Tautel de Jupiter PoUien, ou gardien de la ville, s^enfuit sans sujet , si soudainement , qu^on ne le put arrêter ni le trouver , laissant la hache et les autres ustensiles du sacrifice par terre. On les mit entre les mains des juges pour leur faire leur procès ; ceux-ci jugèrent la hache criminelle et le reste innocent. Les années suivantes on fit le sacrifice de la même sorte : le sacrificateur s'enfUyait comme le premier , et la hache était condamnée par des juges. Comme cette cérémonie et ce jugement étaient tout à foit burlesques , on a appelé depuis bouffons et bouffonneries toutes les autres momeries et farces qu*on a trouvées ridicules. Cette histoire est rapportée dans Cœlius Rhodiginus ,1. vu , chap. vi.

Ménage , après Saumaise , dérive ce mot de buffb* On nommait ainsi en latin ceux qui paraissaient sur le théâtre avec des joues enflées pour recevoir des soufflets , afin que le coup faisant plus de bruit fît rire davantage les spectateurs.

Quant àrexistence de ces bouffons auprès des princes barbares de cette époque , nous voyons dans l'histoire de Priscus qu'Attila en fit paraître deux dans le festin où il reçut les ambassadeurs romains, et cet auteur consacre une assez longue digression au récit de leurs contorsions et des plaisanteries par lesquelles ils égayèrent le repas. ( Voir : Ex Prisci rhetoris Gothica Historia Excerpia^ p. 51 et 52. ) L'un de ces bouffons était Scythe et l'autre Maure \ et c'est encore pour nous une occasion de montrer jusqu'où avaient pénétré ces Africains , puisque Priscus en rencontra dans la cour d'Attila , dont le séjour ordinaire était situé près des montagnes Garpathiennes.

(13; — L'esclave elle domestique.

Ce fut à celte époque que commença rétablissement de ce que l'on appelle les domestiques. Ce furent d'abord des soldats qui veillaient particulièrement à la garde des palais ; peu à peu l'on augmenta ces troupes auxquelles il fallut des chefs, et ce fut alors que fut institué le titre de comte des domestiques qui était devenu une des charges les plus importantes de l'empire. En même temps il s'établit une nouvelle espèce d'esclaves : ce furent pour la plupart des hommes libres ruinés par la conquête, qui préférèrent une douce et facile servitude

et des moyens assurés de subsistance , à une liberté souvent stérile à cette époque. Ce fut surtout auprès des barbares qui envahissaient les Gaules que la plupart des misérables à qui leur patrie n^ofiFrait plus de ressources cherchèrent des maîtres. Les uns se vendirent pour un temps limité , et d'autres pour toute leur vie. Il y avait encore des domestiques chargés d'emplois particuliers dans chaque maison, et ceux-là étaient indifféremment esclaves ou simplement attachés par un marché temporaire. Parmi ceux-ci se trouvaient ceux qui remplissaient les fonctions suivantes :

Major rintendant.

Infestor le cuisinier.

Scaniio Téchanson.

Marescalus le maréchal.

Strator le cuisinier.

Faber-ferrarius, . . . le serrurier.

Aurifex l'orfèvre.

Carpentarius le charpentier.

nnitor le vigneron.

Porcarius le porcher.

Mintaterialis l'inspecteur de l'intérieur delà maison.

(14) — Les lieues gauloises vout >ilc.

Chorier , dans son Histoire du Dauphinéy livre ii , prétend que les lieues gauloises n'étaient que de quinze cents pas , selon le témoignage d'Ammien Marcellin ,

tandis que , selon Gatel , Hiêioire du Languedoc , livre n , ces lieues auraient eu près de quatre mille pas. La supputation que Jornandès fait de la campagne de Ghâlons , où Attila fut vaincu, semble donner raison à Chorer. Quant aux milles romains , il y en avait de grands et de petits ; il y en avait de cinq mille pieds, tes peuples du nord comptaient par marches et par portées. La marche bourguignonne comptait soixante portées , la portée douze cordes , la corde douze aunes, Taune deux pieds et demi , le pied douze pouces. Du reste, c'est cette confusion dans la mesure des distances qui rend souvent si difficile TinteUigence des auteurs anciens quand ils parlent de la marche des armées. Ainsi la plupart des auteurs voulant désigner retendue de la forêt Hercinie , disent qu'elle avait trente jours de marche , dans le sens où elle longeait le Danube 3 mais ils ne disent point ce qu'ils entendaient par une journée de marche. Les Africains n'ont pas d'autre mesure de l'espace que le jour ou station , et ils le divisent par heure.

(15) — Mais des barbares pareils aux Huns , et qui immolent I des hommes sur Tautel de leurs dieux.

La religion des Huns n'était point comme celle des Yisigoths sortis de la Scandinavie : elle reconnaissait un Dieu unique, auquel on immolait tous les ans neuf êtres de toutes les espèces vivantes : neuf chevaux, neuf moutons, etc., etc. Les hommes prenaient rang parmi les animaux dans cette auguste cérémonie et fournissaient leurs neuf victimes.

ROTKS. 963

(16) -> Le roi achevait uae partie de trictrac avec son frère...

Ce jeu , qne nous avons nommé trictrac , était le passetemps favori des plus graves Romains , et le vieux jurisconsulte Mutins Scœvola avait la réputation de le jouer très-savamment. On le nommait ludus duodecim scripforum, en raison des douze scripta ou lignes qui partageaient également Valveolus ou table. On plaçait régulièrement les deux armées , Tune blanche et Tautre noire , sur cette table , et chaque armée consistait en quinze soldats ou calculi, que Ton remuait conformément aux règles du jeu et aux chances ou hasards des tesserœ ou dès. Le docteur Hyde , qui détaille soigneusement rhistoire et les variations du nerdeludium, nom tiré de la langue persane , depuis Tlrlande jusqu'au Japon , prodigue sur ce sujet peu intéressant une abondance d*érudition classique et orientale. (Voyez Syntctgma, dissertât., t. ii, p. 217-405.)

ft Quibus horis viro tabula cordi est, tesseras colligit rapide. » (ApolL 1. 1, ep. ii.)

(17) — Et ft acquérir la réputation de ces tiommes extraordinaires.

L^Égypte , mère féconde de toute» le» superstiticNOis , donna l'exemple de la vie monastique. Antoine, né dans la Basse-Thébaïde , et dont Téducation avait été trèsnégligée , distribua son patrimoine , abandonna trèsjeune sa famille et son pays, et exécuta sa pénitence monastique avec toute Tintrépidité et la singuliarité du fanatisme. Après un noviciat long et pénible au milieu

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des tombeaux et dans les ruines d*une tour, il s*aTança hardiment pendant trois jours dans le désert , à Torient du Nil , découvrit un endroit solitaire ombragé par quelques arbres et arrosé par un ruisseau , et fixa sa dernière résidence sur le mont Golzim , aux environs de la mer Rouge , où un ancien monastère conserve encore le nom et la mémoire de saint Antoine.

G*est Athanase qui introduisit à Rome la connaissance et la pratique de la vie monastique.

(18) — Cet antre boufTon que mon prédéceMeur klxrjc fit empereur pendant quelques mois.

Orose , /. VI, p, 384, justifie Tépithète de bouffon que nous donnons à Attale par ces mots : « In hoc, Alaricus, imperatore facto, infecto, refecto, ac defècto... Mimum risit, et ludum spectavit imperii. »

(19) — Tu m*as fait venir de Narbonne où j*étais avocat...

Léon était d^une famille des plus illustres de Narbonne et arrière-petit-fils de Fronton , Tun des plus célèbres orateurs de son temps ; il était lui-même habile orateur, savant jurisconsulte et excellent poète , et autant recommandable par sa probité et sa sagesse que par son éloquence et son érudition , etc.

Sidoine en parle longuement dans ses lettres et dans ses poésies.

(Foir Sidoiney lih. iv, ep, xxii; lih, viii,ep. \\\\IU>, ix,ej9. xin e^xvi. Carm, xxiii, vers, 446, etseq,; carm, ix, rerê, 315.)

(20) — Soit aux dangers d'une révolte , «oit à ceux d'une disgrâce.

Les jardins et les maisons de campagne , dans lesquels on cherchait à imiter Pélégance italienne , se convertirent bientôt en forteresses , où les habitants des environs se réfugiaient dans les moments de danger {Gibbon),

Une inscription (Apud Sirmond. y noL ad Sidon, ApoUinar.y p. 59.) décrit un château , cum mûris et partis, tuitioni omnium^ construit par Dardanus dans Bt» terres près de Sisteron , dans la seconde Narbonnaise , et qu'il avait nommé Théopolis.

tt Cl. Postumus Dardanus Y. inl. et patriciaedignitatis ex consulari provinciae Yiennensis , ex magistro scrimi lib.ex quaest. exprœf.prxf Gall.; et Nevia Gallaclar. et inl. fem. materfam. lococit. nomen Theopoli est. Viarum usum, cœsis utrimque montium laterib., prsestiterunt. Muros et portas dederunt. Quod in agro proprio constitutum tuitioni onmium voluerunt esse commune. Adnitente etiam Y. inl. com. ac fratre memorati viri Cl. Lepido ex consulari Germanîae primae. ex mag. mémorise, ex com. rerum privât, ut erga omnium salutem eorum studium et devotionis publ.:: Titulus poss.:: ostendi. »

(Nota ad Sidonium, 59.)

(21) — Par des ligatures d'airain et de fer qui couvraient les lignes de Jonction...

« Quorum frons exterior grandibus lapidibus con-

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