‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 24 sur 32 · LA NUIT DK8 1I0CK8. 22S · texte numérisé non relu

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font naître la terreur comme l'amour : ce n'est pas vainement que je m'appelle Sathaniel.

Cependant Théodoric avait quitté le palais de son frère, et il regagnait le château Narbonnais , accompagné d'esclaves armés de torches. Il marchait en s'appuyant sur le bras de Léon , et causait avec lui en se félicitant du succès que ses mesures avaient obtenu.

— Il me semble qu'Euric , lui disait-il, a été admirablement pris dans tous les pièges qu'il nous avait tendus.

— Oui , dit Léon , la réussite a été complète ; et un seul jour a suffi pour perdre à jamais tous vos ennemis.

— Vraiment , dit le roi , le plan de mon frère Eurîc était assez habile , et il nous a merveilleusement servi ; lorsque j'ai appris que son mariage avec Sathaniel cachait ses projets d'union avec la fille de Bold , sa ruse m'a semblé assez adroite.

~ Elle n'est pas nouvelle , dit Léon (66); et Eutrope , le premier eunuque d'Arcadius , s'en servît , il y a à peu près un siècle , pour substituer la belle Eudoxie à la fille du premier ministre Ruffin. Tandis que celui-ci attendait le cortège impérial qui devait prendre sa fille et la conduire à l'église , Eutrope s'arrêta devant la maison de la belle Eudoxie , la revêtit de la robe nuptiale et de la couronne d'impératrice , et la conduisit en

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triomphe au palais et au lit d'Ârcadius; il en eût été de même , si ton frère n'eût pas été obligé d'annoncer publiquement son mariage ; et tandis que Sathaniel Teût attendu , sans doute Alidah eût pris sa place dans le cortège nuptial.

~ £t il en a été de même, reprit Théodoric en riant ; j'ai trouvé la ruse de mon frère si excellente, que je m'en suis servi , et Sathaniel a remplacé Âlidah. Mais j'ignore encore tout le résultat de cette journée , et il te reste maintenante m'apprendre ce qui est arrivé chez le comte Bold, car Gandoin a dû t'en instruire.

— D'après votre ordre , Gandoin se détacha du cortège et entra dans la maison du comte Bold, à la tète de quelques soldats ; il trouva le vieillard cloué pour ainsi dire à sa place par la colère et le désespoir. Sa stupéfaction était si grande, qu'il n'entendit pas l'ordre que Gandoin donna aux esclaves de rejoindre la marche du cortège. Alidah , que la présence de Sathaniel n'avait point frappée au milieu de son propre désespoir , Alidah qui ne comprenait rien à la stupéfaction de son père, poussa un cri d'effroi en apercevant Gandoin, s'imaginant qu'il venait la chercher pour la mener à l'église. Elle crut que tout espoir était perdu pour elle ; et, se rattachant à la dernière chance de salut que tu lui avais offerte, elle se précipita hors de la maison de son père, monta dans la bastbrne qui l'attendait,

et, selon tes ordres, le cocher mit aussitôt ses chevaux au galop et remmena hors de la ville.

— Tu es sûr de cet homme, n'est-ce pas? dit le roi, et il la conduira directement au monastère de Barthélemi qui doit la tenir cachée jusqu'à ce que j'aie décidé de son sort ?

—Le cocher exécutera fidèlement tes intentions.

— Et Firmin, reprit le roi, a été sans doute arrêté par Gandoin?

— Ce n'est pas Gandoin qui l'a arrêté. Au moment où Alidah s'est enfuie, il s'est élancé pour la suivre ; mais le vieux Falrik l'a retenu ; Firmin a voulu se débarrasser de lui et a essayé de le frapper de son poignard , mais Falrik ne lui en a pas donné le temps et l'a renversé d'un coup d'épée.

— Ainsi, il est mort! s'écria Théodoric en s'arrêtant soudainement.

— Il est blessé assez légèrement pour qu'on ait pu le transporter dans la prison où il doit demeurer, comme accusé de projet de meurtre sur la personne du prince Ëuric.

— Blessé! reprit le roi, profondément abattu : il faudra donc que ce sang coule toutes les fois que mon trône sera en danger ! Blessé ! répéta-t-il en poussant un long soupir. Tu iras voir ce jeune homme. Léon; tu lui donneras les secours les plus empressés, tu lui diras que son arrestation n'est

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qu*une mesure de sûreté ; tu lui diras qu'Alidah est sauvée, et que tous deux ils recouvreront leur liberté , s'ils veulent quitter les Gaules et aller se cacher dans quelque contrée éloignée.

— Ne doute point qu'il n'accepte avec reconnaissance , menacé qu'il est pour un crime que la loi punit sévèrement ; séparé d'AIidah, le sort que tu lui offres dépassera de beaucoup les espérances qu'il peut encore concevoir.

— Que Dieu fasse qu'il en soit ainsi , dit Théodoric, et je n'aurai plus rien à lui demander! car j ai mis un terrible frein aux ambitions qui s'agitaient autour de moi ; Euric, l'époux de Sathaniel, n'est pas un roi que l'orgueil des Visigoths accepte désormais. Âlidah etFirmin emporteront dans leur fuite, elle les droits déshonorés de la famille des Baltes, lui les droits inconnus d'un descendant de Thorismond ; et le vieux comte Bold ira cacher dans le fond du château , que je lui rendrai bien volontiers, l'ambition qui lui a fait perdre sa fille et qui l'a perdu lui-même.

— Oui, dit Léon, chacun de tes ennemis particuliers est désarmé , mais il reste encore contre toi le mécontentement de la nation qui se fatigue du repos où tu la tiens.

— Ëh bien ! dit Théodoric, que demain, au point du jour, on proclame dans toute le ville que la guerre va être déclarée, et demain, ajouta-t-il avec

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un accent de triomphe, demain je serai tranquille.

Comme ils parlaient ainsi, ils arrivèrent devant la maison du comte Bold; elle était sombre et silencieuse , et par un instinct de respect pour le malheur d'un vieillard, Tescorte du roi, qui jusque-là avait entouré d'une conversation bruyante et animée l'entretien discret du roi et de Léon, l'escorte devint silencieuse et passa à petit bruit devant cette maison.

Lorsque le roi arriva devant la porte, il s'arrêta un moment pour la considérer , et il ne put s'empêcher de dire à Léon :

— L'orgueil de ce fier comte doit bien souffrir à cette heure ; déchu de ses espérances , abandonné par sa fille , quel supplice il doit souffrir, l'humiliation et le remords !

A peine avait-il prononcé ces paroles que cette porte s'ouvrit et que Bold sortit ayant Falrik et Dicenée à ses côtés.

— Roi , lui dit-il , je t'attendais , j'ai à te demander justice.

— Viens demain , à la pointe du jour , dit Théodoric, et tu seras admis à plaider ta cause, comme tous mes autres sujets.

— Demain , au point du jour , il sera trop tard, reprit le comte Bold , et c'est sur l'heure que je te demande k justice que j'attends de toi.

— Cela se peut, répondit Théodoric sévère-

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ment, mais ce n'est pas l^heure où j'ai coutume de la rendre , et tu attendras.

— En ce cas , dit le yieillard , j'en appellerai à un roi plus puissant que toi , car sa justice veille la nuit comme lejour: j'attendrai ma vengeance de Dieu.

— Elle viendra , dit une voix railleuse qui se mêla à l'entretien. Et presque aussitôt Euric parut à côté du comte Bold , qui recula en tirant son épée, lorsque le prince Euric répondit froidement:

— Entrons dans ta maison , comte Bold , et là je t'apprendrai à qui ta vengeance doit s'adresser.

Et, sans attendre , il franchit le seuil de la maison, le comte Bold le suivit, la porte se referma, et Théodoric se remit en marche.

Un moment après le roi était dans son palais , dévoré de nouvelles inquiétudes, malgré tous les succès qu'il venait d'obtenir ; et après deux heures d'entretien, Léon, demeuré avec lui, ainsi que Gandoin , lui disait :

— Ainsi , ton frère ne se tient pas pour battu , et il va sans doute nouer de nouvelles intrigues et de nouvelles conjurations.

— Oh ! s'écria Gandoin , rien ne te fera-t-il ouvrir les yeux, Théodoric? ne . comprends-tu pas que ta sûreté est au prix de sa mort? et ton frère ne t'a-t-il pas assez bravé pour qu'enfin tu lui imposes un silence éternel ?

Théodoric secoua lentement la tète , et répondit encore avec une profonde tristesse :

— Non, Gandoin , je ne le frapperai point comme j*ai frappé mon frère Thorismond.

— Eh bien , ce sera lui qui te frappera ! s'écria Gandoin.

— Qu'il le fasse , s*il Fose , lui qui ne sait pas ce que c'est que le remords; moi qui le connais depuis de longues années, je ne l'oserai pas ! Je lutterai pour mon trône ; mais je ne tirerai point l'épée.

— Mais à présent, reprit Léon, à présent que Kamal, pour échapper à la vengeance d'Ëuric, s*est retiré avec le Bagaude Armand dans les montagnes des Pyrénées , tu n'as plus personne pour surveiller les projets de ton frère.

— Qui sait? dit Théodoric, il me reste une espérance.

— Laquelle ?

Comme Théodoric allait répondre , le chaml)ellan, qui veillait nuit et jour pour avertir le roi de ce qui se passait autour du palais , vint le prévenir qu'un esclave demandait à lui parler sur-lechamp.

— Qu'il entre ! s'écria Théodoric.

Le chambellan introduisit un nègre vêtu de blanc. — De quelle part viens-tu, eunuque? lui dit le roi.

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— Je viens de la part de Sathaniel , répoodit celui-ci.

Un sourire de triomphe passa sur le visage du roi ; les ministres se regardèrent d'un air surpris , et Théodoric , devinant leur pensée , leur dit tout bas:

— Cela vous étonne? un jour je vous dirai rhistoire de Sathaniel ; du moins vous dirai-je celle que je lui ai entendu raconter, et vous compren* drez comment en une heure elle a trouvé un complice dans l'esclave le plus dévoué de son mari.

— Oui , repartit Léon d'un air incrédule, je sais qu'elle se dit magicieiine.

— Et je jurerais qu'elle l'est, dit Gandoin; le jeune Frédéric en est déjà épris.

— En effet, ajouta Léon, je crois qu'elle est magicienne , comme toutes les belles femmes le sont 9 près des jeunes gens.

— Eh bien ! prudent Léon , dit Éros , que Dieu te garde d'un entretien avec Sathaniel !

£a €onUBBion.

Gomme nous Tavons dit dans le chapitre précédent , le cocher qui conduisait la basterne envoyée par Théodoric enleva Âlidah au galop de ses che* vaux. Il eut bientôt dépassé les portes de la ville, et en moins d'une heure , il en fut assez éloigné pour ne plus craindre aucune poursuite. Dans le premier moinent , Alidah avait été tellement troublée , qu'elle ne s*était point aperçue qu'elle fût partie seule. Lorsqu'elle reconnut que Firmin n'était point monté près d'elle , elle essaya vainementde faire arrêter la course rapide de la basterne , le cocher lui répondit que les ordres du roi lui en-

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qu'aucun de ces charmes ijui tcfonlsi vainepuisse te servir à rendre moins pesant le fôrdeau que tu as choisi. Je sais qu'il ne manque pas parmi les nobles risigoths , et jusque dans ma Famille, de beaux jeunes gens qui ne demanderaient pas mieux que deltrconsolerdes ennuis d'un si triste mariage; mais à partir de ce jour , j'ai juré de fermer laporte de ma maison sur noire bonheur.

— Je ne crains point la solitude , dit Sathaniel.

— Sans doute , reprit Euric, la solitude n'estpas une si bonne gardienne qu'on ne puisse quelquefois y introduire un amant en l'absence de l'époux; aussi je t'ai choisi un compagnon qui tiendra dans cette chambre la place qne je devrais y occuper.

— Soit , dit Sathaniel ; mai» dis-moi , es-tu bien

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