‹ SathanielChapitre 4 sur 17 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

THEODOKIC.

Les occupations do Théodoric étaient ordonnées avec une régularité dont il se départait rarement ; il prétendait que l'ordre, dans la vie d'un roi, est une économie pour ses sujets. Grâce à ceUe régularité , ceux-ci savaient l'heure précise où ils pourraient s'approcher de leur souverain elle moment destiné à chaque espèce d'affaires. Il ne fallait pas moins que des circonstances très graves pour apporter le moindre changement dans les habitudes de Théodoric ; et, lorsque par basar^l •une partie du jour était consacrée à quelques occupations imprévues ou à quelques cérémonies extraordinaires, Théodoric conservait à l'autre part de cette même journée les travaux auxquels étaient consacrées les heures qui lui restaient libres.

Cette conduite du roi était tellement connue, qu'on ne s'étonna pas de le voir suivre ses habitudes le jour même du mariage de son frère. D'après la route qu'il avait prise, le cortège ne devait arriver au palais que vers la cinquième heure ( onze heures avant midi ) , et ce que nous pourrions appeler la journée royale de Théodoric était à peu près finie à cette lieure. Il la remplit donc comme d'ordinaire : d'abord les soins religieux, puis les affaires publiques de son peupje , ensuite le jugement des discussions des particuliers. Ainsi , en sortant du conseil .qu'il avait tenu avec Léon et Gandoiii t .il se rendit, selon son habitude , dans la chapelle de son palais , et assista aux oflices ou nocturnes 1 que ses chapelains chantaient avant le jour.

» « Autelucanos» . sncwdotum suoruiii cœlus miniuio comitatu oxpolit, grandi swltilitnlc venoratur : quanquain, si sermo secro

L'écrivain romain , qui nous a laissé les détails les plus précis sur la vie de ce prince, accuse cette assiduité de politique, quoiqu'il soit permis de penser, d'après le témoignage même du plus chaud panégyriste des Visigolhs, que le remords entrait pour beaucoup dans cette piété royale, et que les prières de Théodoric imploraient plutôt de Dieu le pardon du passé que la bénédiction de l'avenir.

Après avoir quitté la chapelle royale, il se rendit dans la salle d'audience dont les portes s'ouvraient à la première heure du jour. Celte salle était partagée en deux par une balustrade; d'un côté , se tenaient tous ceux qui Tenaient réclamer la justice du roi ; de l'autre , siégeait le roi lui-même assisté de ses ministres et toujours accompagné de son écuyer qui portait ses armes. Le tribunal n'occupait point toute la moitié de la salle où il était placé; il était entouré par un voile, derrière lequel se trouvaient les gardes de Théodoric , vêtus, comme le dit l'écrivain romain, de leurs habits de fourrure et chargés de leurs armes. De celle manière , la force brutale ne paraissait point à côté de la loi et ne semblait point l'intimider; maison même temps invisible et présente, on savait qu'elle ne manquerait pas aux arrêts qui allaient être rendus.

D'abord Théodoric reçut les ambassadeurs des diverses nations qui étaient liées d'intérêt avec lui , ou à qui leur admiration pour un si grand roi inspirait le désir de lui envoyer des présens. Nous n'avons pas le dessein de montrer par quelle relation tous ces peuples étaient unis au peuple visigoth ; qu'il nous suffise de dire qu'à cette audience il se présenta des ambassadeurs francs, sicambres, bourguignons, 'hernies, sollicitant l'appui de Théodoric ou sa médiation ; en même temps, les Romains venaient l'implorer contre les barbares qui dévastaient l'empire; les Perses eux-mêmes lui demandaient «les auxiliaires, et l'engageaient à faire une diversion en leur fa-

tus, possis animadvertere, quod servet istam pro consuetudine potiusquam pro religionc reverentiam. »

{AppoL, ep*u,l.i.)

*30 uvrr n.

veur en poussant sa conquête contre les Parlhes qui les menaçaient. 1

Si Ton compare nos relations politiques actuelles à celles qui existaient alors entre des peuples si éloignés les uns des autres , on jugera facilement de la puissance des Visigoths • et peut-être perdra-t-on l'idée fausse qu'on a de ces temps recules, et surtout de ces peuples dont les noms sont devenus synonymes d'ignorance et de barbarie. Non seulement on verra, dansées temps et chez ces hommes, des pouvoirs réguliers et constitués, mais encore une politique extérieure habile, éclairée , et qui faisait entrer l'action des nations les unes sur les autres dans les calculs de sa conquête

Tandis que dans nos idées générales; nous sommes accoutumes à les considérer comme un immense ramas de barbares, de soldais indisciplinés, allant et vaguant à travers les empires; tandis que nous ne voyons en eux qu'un troupeau de bêtes féroces , se repaissant du sang versé, se couchant sur les ruines faites, sans aucun sentiment de prévoyance ni de conservation, nous trouvons, en lisant l'histoire, des hommes aussi adroits politiques qu'habiles guerriers. On reste honteux de ce qu'on appelle la finesse de nos fameux diplomates lorsqu'on lit les dépêches d'Attila et qu'on assiste à la récent lion des envoyés romains par ce barbare , à qui l'histoire accorde a peine une face d'homme. '

Toutefois ce n était point dans ses audiences publiques oue Théodoric traitait ces graves affaires. II ne discutait pas en présence de son peuple les traités par lesquels il assurait sa grandeur, mais il aimait à lui donner une haute idée de sa puissance, en lui montrant de quel poids elle était dans les

8 Nous avons emprunté ces détails des audiences de Théodoric à Sidoine Appolinaire :

« Inter luec , intromisis gentium legationiLus, audit nhirinvi pauco respondet. » ( Si Uonius y lib. r, ep. ir.)

Bien que ce poète ne parle de ces nombreuses ambassades qu'à propos d'Eunc, nous avons pensé pouvoir les attribuer à» Théodoric, son prédécesseur, afin de montrer quelle était alors la nuis, sance des rois visigoths. V puis

destinées du monde. Après celle solennelle réception, venait Thcure de la justice , et c'est alors que Ton appelait les causes qui devaient se plaider devant lui.

Au moment où on allait faire cet appel, un homme se présenta à la barre. Au milieu des hommes de toutes nations qui étaient alors rassemblés dans la ville de Toulouse, le visage de cet homme et son costume étaient remarquables. Son teint huileux et jaune, sa longue barbe noire et ses longs cheveux noirs lui donnaient un aspect particulier. Une longue robe de soie serrée à la taille par une ceinture crasseuse, et une espèce d'echarpe qui lui entourait la tète, lui formaient un costume qui ne ressemblait à aucun de ceux que Ton rencontrait ordinairement. L'huissier chargé de faire avancer les plaideurs, demanda à cet homme ce qu'il voulait. * *

— Je viens, dit-il, dénoncer un homme qui médite un meurtre.

— Prends garde, dit Théodoric, en l'arrêtant: tu sais que la loi est implacable contre les dénonciateurs; tu n'ignores pas, sans doute, le jugement qui a été rendu , il y a quelques mois, contre deux prêtres qui voulaient accuser une femme d'adultère , et qui , n'ayant pu prouver leur accusation , furent condamnés au supplice qu'ils voulaient lui faire hdliger. 1 Comme il ne s'agissait que de deux esclaves iiscalins, 2 la punition ne fut que de cent coups de fouet, comme clic eût été contre les coupables si l'adultère eût été prouvé ; mais songe que, lorsqu'il s'agit d'un meurtre, le châtiment est plus grave, et crains qu'il ne retombe sur ta tète.

* Rustique parle, dans une lettre, d'un jugement qui avait élé rendu dans une assemblée des notables du pays , composée d'éveques et de laïques qualifié, contre deux prêtres de son églke, nommes Sabinien et Léon , qui , ayant voulu poursuivre la punition d'un adultère, avaient été trop loin. On y dit que ces deux ecclésiastiques se portèrent pour accusateurs dans les formes, sans avoir eu main les preuves nécessaires pour convaincre les coupables, quoique le crime fût certain, ce qui les engageait à être condamnés eux-mêmes comme faux délateurs.

1 Qui appartenaient à l'Etat

L'homme qui s'était présenté s'arrêta incertain de ce qu'il devait faire , puis il répondit : (

— Je te remercie de ton avis , car il ne s'agit pas du meurtre d'un esclave par un noble, meurtre qui pourrait se racheter moyennant quelques pièces d'or; il s'agit de l'assassinat d'un noble Visigolh, par un Romain, qu'à sa tunique bleue j'ai cru reconnaître pour un des esclaves d'Euric.

— Quel est cet homme? s'écria le roi avec vivacité. Sais-tu son nom, et pourrais-tu me le faire connaître? ...

— Tu m'as trop bien averti pour que je le connaisse moimême, répondit cet homme. D'ailleurs, je ne viens pas dénoncer un meurtrier, mais je viens donner avis d'un projet de meurtre , et j'espère que le roi , qui en donne de si prudens à ses sujets, accueillera avec faveur les avis que ses sujets lui donnent.

— Parle , répondit Théodoric ; je suis roi pour tout entendre , même les paroles insolentes que tu as osé prononcer. Qu'as-lu entendu et que viens-tu me révéler?

— Il y a une heure, l'un des cinquante jeunes gens qui portaient à la tille du comte Bold les présens du prince Euric, s'est détaché du cortège qui passait devant ma porte el est entré dans ma maison , car je suis marchand d'armes.

— Toi, dit Théodoric en considérant la physionomie tremblante et basse du dénonciateur, tu vends des armes? Mais lu as raison, tu peux faire ce métier impunément; car assurément ce ne sont pas des tiennes que lu trafiques, cl lu ne crains pas la loi qui punit le soldat visigolh ou romain qui vend son épée ou son bouclier.

— Non , non , répondit cet homme , ce ne sont pas mes armes, car la conquête romaine me les a arrachées comme à tous les enfans de la Judée, *

— C'est un juif, murmura-t-on de tous les côtés avec un accenloù perçait déjà la réprobation qui accueillit ce peuple infortuné dans les premiers temps de sa dispersion, qui le poursuivit à travers les siècles et que la civilisation moderne n'a pas encore fait disparaître chez tous les peuples.

««- Oui , reprit ce malheureux en se relevant , je m'appelle

Salomon , je suis juif, et je vois que j'ai eu ton d'apporter ici mon témoignage pour le salut d'un prince visigoth ; ainsi je me retire.

— Ce que tu as fait est juste , reprit Théodoric , cl je t'en remercierai lorsque lu m'auras dit enfin de quoi il s'agit.

— Eh bien ! répliqua le juif, l'esclave dont je t'ai parlé est donc entré chez moi, et m'ayant montré un poignard persan suspendu à la porte de ma maison , il m'en demanda le prix. Je lui dis qu'il coûterait dix pièces d'or; le jeune homme accepta sans marchander, et probablement il me l'eût payé beaucoup plus cher si ma probité m'eût laissé le temps de deviner le pressant besoin qu'il en avait. Il cacha ce poignard dans sa tunique, et il avait déjà pris les dix pièces d'or dans un des bassins d'argent qu'il avait déposés sur une table, lorsqu'il les y rejeta avec mépris et en murmurant à voix basse : « Il n'est pas juste qu'il paie le poignard qui doit le tuer. » Puis il s'enfnit après m'avoir remis la somme que je lui avais demandée , et rejoignit le cortège qui continuait toujours sa marche.

— Ceci est étrange, en effet, répondit le roi; el quelle figure avait cet homme, quel était son âge? Parle, je l'ordonne.

Le juif liésita; mais après avoir consulté du regard la figure des juges qui récoulaient déjà avec plus d'intérêt, il

rcjJi il .

— Je peux bien le le dépeindre, mais je ne m'engage pas à le reconnaître.

On sourit de cette restriction, par laquelle le juif se mettait v à l'abri des dangers d'une fausse dénonciation ; puis il poursuivit en disant :

— C'était un jeune homme de dix-huit ans, d'une taille élevée , d'un visage noble , ayant les yeux bleus des hommes du nord , et les cheveux blonds de la race des Visigoths , quoiqu'il les portât coupés à la manière romaine.

Théodoric parut étonné.

— Et tu n'as remarqué, dit-il , aucun signe particulier qui puisse te le faire reconnaître parmi ces cinquante jeunes gens envoyés à Alidah

— Roi, je t'ai dit que je ne le reconnaîtrais pas, repartit le juif; mais si toi-même peux le distinguer à la circonstance que je vais te dire, je ne vois aucun inconvénient à te la révéler. Aucun signe particulier, aucune marque extérieure ne m'a frappé dans ce jeune homme; mais lorsqu'il s'est empare du poignard , j'ai cru reconnaître son visage. Gomme dans une subite apparition, il m'a semblé que j'avais vu autrefois ces traits, il m'a semblé même que j'avais entendu cette voix; puis , après son départ , et lorsque je cherchai à me rendre compte de ce singulier effet v j'ai été frappé d'ane soudaine lumière , et j'aurais juré presque que j'avais vu le visage et entendu la voix de ton frère Thorismond , comme si Thorismond lui-même venait de sortir de ma boutique; car ton frère était un grand amatëur Obéîtes armes; il me rendait souvent visite , et main*** totèil a admiré la forme étrangère de ce poignard. ' < * .'OÏWP.t'l •;</;•, • x v u iï$-

Le soupçon qui était entré dans l'âme de Théodoric se confirma tout à coup, et durant un moment la pensée de laisser agir , la vengeance de Firmin s'offrit à son esprit ; mais la crainte du sang répandu chassa bien vite cette pensée. D'ailleurs cette vanité que tout homme possède , cette vanité de vouloir que les événemens s'accomplissent comme il les a préparés , ramena Théodoric à son premier dessein. Cependant il profita de cette circonstance pour appeler Eurk au tribunal plus tôt qu'il ne l'eût fait peut-être, et, sous prétexte de l'interroger sur cette affaire, il lui envoya le messoge dont nous avons parlé plus haut. L'idée de se servir aussi de celte découverte contre Firmin se présenta rapidement à lui , et, à tout événement, il ordonna au juif de rester dans l'audience , puis reprit l'ordre de ses occupations et fit appeler les causes.

Selon quelles exigeaient un mûr examen ou une prompte décision , il les renvoyait à l'audience suivante ou rendait son jugement sur-le-champ. 1 Plusieurs femmes parurent, plaidant leur propre cause, ainsi que le permettait la loi visi-

1 « Si quid tractabitur, differt ; si quid expedietur, accélérât. *>

(Soton., H». z,ep. il.)

THÉ0D0R1C. MB

gothe, 1 et l une d'elles vint demander l'annulation de son mariage , attendu qu'elle était plus âgée que son mari. 3

D'ordinaire c'étaient les jeunes maris qui profitaient du bénéfice de cette loi ; mais celte femme ayant exposé que le sien avait engagé la totalité de ses biens sans son consentement , on comprit que sa fortune lui était plus cbère que son époux, et le roi Théodoric reconnut son droit en cassant immédiatement son mariage.

Pendant ce temps, le prince Euric était arrivé et s'était assis à côté de Léon qui lui avait raconté la dénonciation du juif.

Malgré son audace habituelle , le prince n'avait pu dissimuler le trouble que cette nouvelle lui avait fait éprouver, et le jugement de Théodoric ayant été rendu dans le procès de la vieille femme et du jeune mari , Euric dit à haute voix :

— S'il n'y a pas d'autre cause , qu'on fasse revenir ce marchand d'armes.

— Il y a une autre cause , dit une voix grave qui s'éleva du fond de l'auditoire , et il semble que la justice de Dieu en prédise le succès en la faisant appeler par celui-là même contre qui je demande justice.

Aussitôt s'approchèrent deux hommes conduisant une femme voilée; ils s'arrêtèrent devant la balustrade qui divisait en deux la salle d'audience , et Euric reconnut Haben-Moussi , Mascezel , et entre eux une femme dont il n'avait pas besoin de voir les traits pour être assuré que c'était Sathaniel.

Malgré le trouble qui se peignit sur le visage d'Euric , et malgré le calme que conserva celui de son frère, peut-être n'était-ce pas le cœur de l'accusé qui battait le plus vite* Arrive enfin en présence du projet qu'il avait conçu , Théodoric devait craindre que quelque circonstance ne vint détruire tous ses calculs , quoiqu'il fût assuré que le mariage de son frère avec la fille du comte Bold ne s'accomplirait pas. Mais ce n'était pas là le but véritable où il voulait arriver ; selon ses

1 ( Voir la note 2 , page 86. )

* ( Voir la même note , page 86. )

i 56 LIVRE II.

vues , Euric devait sortir de cette audience déconsidéré pour jamais aux yeux de tous les Visigoths. Ce fut donc d'une voix mal assurée que le roi adressa la parole au vieux Habcn- Moussi. - 1

- 1 Qui es-tu? lui dit-il, et que demandes-tu? '

— Je m'appelle Habcn-Monssi , répondit le vieillard, comme si le roi ne le reconnaissait pas, et je viens demander que ton frère tienne la promesse qu'il a faite à ma fille.

— Quelle est celte proméssc? repartit Théodoric, en regardant son frère qui, le coildeappuyé sur le bras de son siège et le front soucieux, semblait plus attentif à sa propre pensée qu'à ce qui se disait devant lui.

— C'est la promesse d'épouser ma fille , dit Haben-Moussi.

Il se fit un moment de silence, comme si Ton eût voulu donner à Euric le temps de réclamer , mais il demeura immobile. 11 se passait en ce moment dans l'esprit d'Euric une de ces révolutionssoudaines qui étonnaient souvent ceux qui croyaient le connaître. Ainsi on le voyait poursuivre avec une persévérance infatigable les projets les plus difficiles, et quelquefois les abandonner avec une insouciance qui semblait se rebuter du moindre obstacle. Si Ton eut étudié à fond ce caractère, on n'eût pas attribué , comme on le faisait , à l'inconséquence et à la légèreté ces con versions rapides et ces retraites précipitées. Euric éta'it un de ces esprits qui disputent la victoire tant qu'il y a des chances de l'obtenir, mais qui se retirent du combat 1 dès l'instant qu'ils la jugent impossible.

En cette cirsonstance , il devina qu'on l'avait amené dans un piège d'où il lui serait difficile de sortir. Sans connaître les ruses de ses ennemis , il les savait assez habiles pour être persuadé que toutes les précautions étaient prises contre lui. Il comprit qu'il allait payer le pardon accordé chez lé comte Bold, et, sûr d'être vaincu, il tenta de rabaisser la victoire de f son frère en n'essayant pas même de combattre. Il ne semMâ donc pas entendre la réclamation d'Haben-Moussi, et força le roi à lui adresser de nouveau la parole.

— Mon frère, dit Théodoric , avez-vous fait quelque promesse à cette femme? . 'iiVn -mi'Vi ri

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