‹ Satires, contes et chansonnettesChapitre 21 sur 28 · SATIRE SIXIEME · texte numérisé non relu

SATIRE SIXIEME

On m'a ^t qu'autrefois un certain Aristide, ' Juste comme on n'est plus j et soldat intrépide y Pour avoir trop souvent au prône e'të cite , Fut par les citoyens chasse de la cite ; Et (pie Socrate im jour fut traduit sur la scène , Et livré poings liés aux histrions d'AthènC; Parce qu'on admirait ses vertus^ son savoir , Et que les beaux esprits se plaisaient à le voir» Ah ! qa'auraient £ait les Grecs si le juste et le sage A.vaient tourné la tête à tout l'aréopage?

Si les dames s'étaient prises de passions

Pour les lois de la presse et des élections?

Si l'on n'eût pu s'asseoir au cirque , au céramique ,

Sans y gagner soudain la fièvre politique?

Depuis que cette peste a para dans Paris ^

La paix et le plaisir ont quitté le pays.

Il n'est pas de bourgade au fond de la province ,

Pas de méchant hameau , de bicoque assez mince ,

Qui n'ait son Démosthène ^ Ëschiue y ou son client ,

Qui , du matin au soir, l'un sur l'autre aboyant ,

Déchirent sans pitié de leurs voix glapissantes

Des malheureux voisins les oreilles saignantes.

N'est-il donc pas de lois, de juges, de sergens?

N'est-ce plus un délit que d'ennuyer les gens^

Et sans but, sans profit, leur rompre la cervelle?

Que de nos intérêts Timogène se mêle ,

Qu'il donne en bon français, ou tout haut ou tout bas^

Des conseils à celui qui n'en demande pas ,

On peut le lui passer, il veut être ministre ,

Et dans certain faubourg son esprit s'enregistre.

Mais barbouillé de lie et marchant de côté^

LA POLITIQUE. iZl

Que Luc nous prêche Tordre et la sobriété ;

Que Jean soit un Solon , qu'il s'avise d'écrire ^

Sur Thomme , sur ses droits , avant de savoir lire y ^

Je crois <pie de bon cœur je leur romprais les os.

Th! mes pauvres amis, tenez-vous en repos ^

Faites-nous des enfans^ non de la politique.

Que uous a jons Tenipire ou bieu la république ,

Vous n'en serez pas moins ^ à présent et .toujours ^ ^

La pâture servie aux banquets des vautours.

Pourquoi donc vous troubler et vous mettre en colère?

Est-ce afin de savoir si c'est pour Paul ou Pierre ®

Que le bon Dieu vous fit? ou bien pour décider

Comment ou Pierre ou Paul doit vous accommoder?

Sur l'un de ces deux points si votre esprit s'agite ^

Je vous engage fprt à vous calmer bien vite.

La poule et le chapon , dans votre basse-cour^ 7

Ecartant la clôture ou bien Tordre du jour ,

Biscutent-ils la sauce où tous allez les mettre?

A l'opération puisqu'il faut se soumettre ,

Puisqu'on doit vous manger, il vous importe peu

Que Ton vous mange au blanc^ ou qu'on vous mange au bleu:

Retenez donc ces cris dont l'oreille se lasse , ^ Et laissez-vous manger sans faire la grimace.

Mais tâchons d'expliquer d'où vient le brouhaha ; Qu'est-ce qu'un libéral ^ et qu'est-ce qu'un ultra?

Ce sont des furieux qui menacent nos têtes , Dira-t-K>n. Pqint du tout, ce sont des gens honnêtes Qui vont à Charenton par chemins difFërens y L'un est à droite et l'autre à gauche du bon sens. 9 J'entends y à ce propos, tout un peuple en furie '^ Crier au doctrinaire ! au ventru ! Sur ma vie, - Je ne suis pas ventiii , mes amis, tant s'en faut, Et je vais clairement vous le prouver bientôt. Or, voulez-vous savoir quel est le caractère De^ces fameux rivaux?] Un ultra, d'ordinaire, Est, si je m'j connais, un homme d'autrefois. Noble, à ce qu'il prétend, et que le sang bourgeois N'a jamais dégradé de sa haute origine : A l'en croire, on devrait le connaître à la mine. Certain air de grandeur, à sa taille assorti ,

De la côte d'Adam prouve qu'il est sorti;

Et ses vieux parchemins de gothique écriture ' '

Sont tous en traits dores gravés sur sa figure.

Puisqu'il le dit , eh bien î j'y souscris , et fut-îl

Bizarre, ennuyeux, sot, je veux qu'il soit gentil;

Mais tout gentil qu'on soit, faut- il être maussade?

Quand cet en£suit gâté qui bat son camarade

Vous donne pour raison qu'il est borgne ou bancal ,

Est-il plus insensé que cet original?

Or ça, mon gentilhomme, où donc la politesse ■*

A-t-elle jamais fait déroger la noblesse?

Vous êtes orgueilleux, nous direz- vous pourquoi?

Votre premier parent fut vilain comme moi ; A moins que, selon vous, le ciel en sa prudence, Vous réservant l'honneur de la prééminence , Le don de la raison et les faveurs du sort, ^ limon le plus fin vous ait formé d'abord, £t qu'ayant en vous seul épuisé la matière , ^ m'ait fait du rebut d'un reste de poussière ; Qu'en un mot je vous sois , misérable animal , *^ ^ que l'oie est an cygne et l'âne est att cheval ;

Ëncor serail-il bon , avec ce droit d'aînesse , Que vous ayez celui de me tenir en lesse ; Et que des animaux roi par hérédité^ '4 Dieu m'ait fait le sujet de votre majesté. Ah ! s'il en est ainsi , je l'avoue^ il est juste Que j'honore en vassal votre personne auguste; Qu'à la ville , à la cour, je vous cède le pas y Que j'attende la gloire au rang de vos soldats ; Et baisant humblement la main qui me châtie ^ Je prouve , par mon zèle et par ma modestie , Que vous êtes mon maître et de fait et de droit.

Mais on n'est pas ultra , quelque noble qu'on soit, Si de nos mécontens on ne grossit la liste. Il faut haïr le roi pour être royaliste, A plat ventre ramper dans le chemin tracé , Rajustant le présent aux lambeaux du passé, Repoussera grands cris les modernes pratiques; Et fier admirateur des sottises antiques, >^ Honorant nos aïeux à nos frais et dépens, A la gloire des morts immoler les vivans.

> Bien , dît un libéral y vous parlez comme un livre ;

De ces nltras maudits que le ciel nous délivre ^

Et soudain le bonheur renaîtra parmi nous.

Vous conviendrez , monsieur, que ces gens-là sont fous.

Ils osent comparer aux exploits de nos braves

L«s misérables faits d'une troupe d'esclaves,

Ou les votes brillans des loyaux députés ,

Aux arrêts que vendaient des jnges patentés.

La révolution a retrempé les hommes.

L'on voudrait vainement, dans le siècle où nous sommes,

Nous prêcher la vertu, la férule à la main, '^

Nous traîner aux genoux d'un frère ignorantin ,

Troubler notre raison de sinistres chimères ,

Et nous damner enfin comme l'étaient nos pères.

Grâce au ciel, nous avons trop d'esprit pour cela ;

Qu on envoie à grands frais les fils de Lojola

Colporter leurs sermons de bourgade en bourgade ,

E-t des prédestinés recruter la brigade ,

Nous n'en dirons pas moins : Point de maître éternel ,

Point de dieu doctrinaire pu ministériel. '7

Si nous en voulons un , qu'il règne sans mystère ,

Qu'il marche à la hauteur du siècle des lumières ;

Qu'il ne gouyerne plus dans l'ombre et le secret ,

Qu'il présente son compte et ûisse son budget.

Craint-on l'œil du public lorsque l'on veut bien Caire?

Ne pourrons-uous donner un avis salutaire?

Le vote n'est-il pas le droit conservateur?

Quand le ciel créa l'homme il le fit électeur;

Sa carte , qu'un préfet et commente et rature y

Cette carte il la tient des mains de la nature.

La nature a fait libre et la presse et le cœur;

Or donc^ j^s de préfet , de chaîne 9 de censeur,

Plus d'avides douaniers , de féroces gendarmes ,

De commis engraisses et de sang et de larmes ^

Plus de ces courtisans^ ces prêtres de Baaly

Loin de nous ce cortège impur et féodal l

Voilà comme l'on sent, voilà comme l'on pense ^

C'est le vœu du bon sens^ c'est le cri de la Fraiïce.

Kt si quelqu'un ici ne dit pas comme nous ,

Qu'il soit honni , sifHé , déshonoré. — Tout doux !

Tout doux! l'homme de bien^ et ne sifHons personne:

D'être ultra philosophe au fond je te soupçonne.

Je me souviens encor de feu monsieur Maint ^ **

Très philosophe aussi, très |;rand homme d'Àat ;

Da philantrope Clootz^ et du père Duehéne, *9

Chapitrant la montagne et flagellant la plaine.

Que ce bon Bas-Breton, qui se croit un Romain, *^

Aille, le cor en bouche et le chaudron en main.

Régalant le quartier d'une brillante aubade ,

Au grand homme du coin donner la sérénade; *'

Par un charivari riche de tons les tons ,

Qu'il fasse à sa manière entendre ses raisons , **

Je n'j vois en tout point qu'un sujet ridicule ;

Aussi de le troubler je me ferai scrupule ,

Et je laisse en repos ces Gracques innocens

De leur sédition égayer les passansr.

Mais je te poursuivrai , bourreau folliculaire ,

Toi qui troubles la paix, toi qui souffles la guerre;

Que viens-tu nous parler de dîme, de châteaux,

De serfs, de privilège et de droits féodaux?

C'en est lait du pauvre homme : un seigneur, à l'en croire,

Va le mettre au marché, le conduire à la foire.

Ëh ! mon Dieu , mou ami , calme donc ton cerveau ^

Il ne trouverait pas un ecu de ta peau ;

Tu peux à ton profit l'escompter à ta guise ^

Et comme tu l'entends vendre ta marchandise. '^

Mais reponds ^ je te prie y est-ce de bonne foi

Que tu trembles si fort^ que tu pâlis d'effroi?

Et dans cette terreur dont ta vertu se pique , '4

Dis-moi; n'entre-l-il pas un peu de politique?

Ne nous montres-tu point un inteVét si grand

Pour rendre ton journal plus vif et plus piquant?

Ne veux-tu pas prouver que la fièvre nous mine ,

Pour nous faire en douceur prendre ta médecine?

Bref; n'es-tu pas pour nous ce marchand d'elixir

Qui blessait les passans afin de les guérir?

Mais il parle y écoutons I — « Souverains de la terre ,

« Les hommes sont égaux , et l'enfant et son père^

« Jeune ou vieux, faible ou fort; tous deux sont citoyens.

« Or, supposons qu'un père ; abusant des moyens ;

« Imprime au nourrisson une terreur secrète ;

« Sans égard pour ses droits, le menace, le fouette ^

« Et force méchamment ce jeune infortune

« An malheur d'obéir dès l'instant qu'il est ne^

• £n conclurai-je donc qu'il a droit de le faire?

• Non, le fils ne doit pas obéir à son père. »

Peut-être croyez-vous que c'est à demi-voix Qu'il endoctrine ainsi l'héritier de ses droits? Ah ! détrompez- vous bien , au nez de l'auditoire Il a déjà jeté la plume et Técritoire , Défiant en ebamp clos, au premier feuilleton y Quiconque douterait qu'il eût parlé raison.

Gaucbe ou droite , ergoter n'est pas dans Aristote i Enivrer ce rustaut pour escroquer son vote , N'est pas plus libéral que de dire au commis : «Ou ta voix ou ta place; on est libre , choisis. » '^ Quoi î vous , c'est à l'ivresse à qui votre prudence Veut confier le choix des élus de la France ! Et vous , au malheureux que vous livra la faim y Qui vous vendit sa vie au prix d'un peu de pain y Veuez après vingt ans dénier son salaire ! Changera-t-il d'esprit à chaque ministère? Avant d'être commis il était citoyen.

Clodius est votre homrtiei et s'il n'est pas le sien ^ S'il craint d'nn tel àttii la famélique audace , Trahira-t-il sa foi pour conserver sa place ? S'il le Msaity bientôt par Vous-même accuse ^ A ses yeux méprisable il serait méprise.

Ultras ou libéraux^ respectez lu morale ; Bayonne a vu sécher la -main impériale ; L'aigle ferme les yeux devant la vérité , Dans l'abîme soudain Taigle est précipité. Ministres y gouvernails, croyez l'expérience ^ La bonne loi toujours afEermit la puissance \ Quand le prince au mensonge a confié ses drôft». Son nom n'est déjà plus sur la liste des rois. Honte, opprobre à jamais au conseiller inique Qui, sur Pimprobité fondant sa politique, Du noble peuple franc a dégradé les mœurs ; La pourpre eut des Séjàn, le chaume a ses flatteurs.

' Tel ne veut que du bruit, lé scandale le tente \ Il veut que le badûud, une bouche béante,

En le Yojaiit passer plus gounoé qu'un tribun ,

Dise : «C'est loi ! — Qui? — L'un des deux cent vingt et nn .

—Ail ! bah ! qu'a-t-'illait? — Rien, mais'il a la Toix Ibrte j

Il crie I il gestîciilie f et tonrjours à la porte

Il force tout venant à crier avec lui.

La liberté jamais n'eut un plus ferme appui. »

Je m'étonnerais peu si cette frénésie^

Cet amour d'imprimer sa rage et sa folie , *^

N'avait gagné chez nous que qnelqu'esprit malsain

Né pour vivre de mal ou pour mourir de faim.

Que maître Blafardin, de sottise et d'injure,

Tienne bouticpie ourerte et vende l'imposture ;

Que, bravant le public, le droit et la raison,

Il mente, calomnie et verse le poison,

C'est son pain , et pour \m te métier est honkiéte,

Il ne déroge pas en dansant à la fête ;

Mais qu'un homme de bien , noir ou blanc tour à tom*,

Flagornant sans pudeur lès passions du jour ,

Vienne chaque matin, atMète littéraire,

Prostituer sa plume aux gagea d'un libraire,

Gounner le séné commun , el se prendre au toupet

Avec le premier gueux qui lui prête collet;

Non y je n'ai pas d'orgueil ^ roais^ pour gagner ma vie ^

S'il fallait m'abaisser à tant d'ignominie ,

Certes, j'aimerais mieux , comme Job autrefois ^

Expirer de misère à la porte des rois.

Et c'est vous, Doricourt; vous encor plus blâmable ,

Vous, ô noble Damis, dont la plume coupable. . .

Si j'en appelle en vain à votre dignité',

Songez au jugement de la postérité'.

Le ciel vous donna-t-il le talent , le génie

Pour fronder la raison , pour prêcher la folie ,

Pour faire ce métier, le moins noble de tous ,

Qu'Hébert dans son grenier fit aussi bien que vous?

A vendre du poison on gagne peu d'estime , ^

Politique et menteur , c'est presque sjnonjme^

Ah! dans vingt ans d'ici qu'est-ce qui parlera

De Pierre, de Simon, de libéral, d'ultra?

Oubliés , confondus , traînés dans la poussière ,

Ces pamphlets qu'aujourd'hui prône la France entière ^

A la livre vendus au droguiste du coin ,

Auront enveloppé la manne et le benjoin.

SiTaeil du curieux par un hasard s'y jette ^

Il dira seulement en secouant la tête :

• Helas î les gens d'alors étaient fous à lier. • •?

Mais ëchappât-il même un exemplaire entier |

Gardez-vous de penser qu'il serve à votre gloire ;

Il sera repousse par la main de l'histoire.

Tel qui voudra du temps ëclaircir quelque point ,

Dans le cri d'un parti ne le cherchera point;

Il vous pre'fèrera la plus mince chronique ,

Quelque mémoire obscur , mais au moins véridique^

Où les faits, expose's avec simplicité ,

oans grâce, sans talent, seront la ve'rite,

Voulçzrvous être crus? dites des faits croyables.

Hors vous et vos amis point de gens raisonnables,

Point d'honneur, de vertu, c'est votre sentiment;

l^t quand nous appelons de votre jugement,

'>ous menaçons le prince et la chose publique;

^ous voulons Bonaparte ou bien la république ;

Nous nous moquons des lois, n^us renions le ciel,

jNous ébranlons le trône et renversons l'autel.

Je pleure sur le sort du Grec que l'on égorge , ■•

Turcaret m'apostrophe et me prend k la gorge , Et Philocrite veut qu'on me mette au carcan Pour avoir sans respect parle du grand Sultan. Ah ! que Tîntolérance est un vice incommode ! ^ Que nous serions heureux s'il n'était plus de mode ! Si l'on pouvait chefc nous penser à sa ^çon, ^** Sans risque de se voir à cinq ans de prison ^ Aux dépens du procès , dix mille francs d'amende , Condamné par Robin ^ que le ciel le lui rende ! Ce drap vous paratt blanc, à mes yeux il est noir; Chacun a sa couleur et sa façon de voir. J'y vois mal y j'y consens; adcusezr-en ma vue^ Dites que je suis borgne où que j'ai la berlue ; Mais ne m'appelez pas un traître^ un scélérat : On est homme de bien sans se connaître en drap.

Halte-là^ dirait-on, vous êtes en délire. Je vous prends sur le fait , monsieur, de la satire. Vous BOUS prêchiez d'abord le silence , et voici Que vous dites : parlez! Parler! qu'est-ce ceci? Quand on fait le doeteur, il faut de la mémoire ;

Vous dites noir et blanc , lequel nous faut» il croire?

— Tous les deux, mon ajiai^ c'est où j'en Teox renir;

Et si le ridicule aujourd'hui doit flétrir

Tous ces convertisseurs anarchistes à gage , ^*

De qui l'opinion se paie à tant la page ;

Si je dis taisez^yous au bavard mal sëant.

S'il ne but pas qu'un i)ain se prétende un géant ,

Et que cet Erostrate allume Hncendie ^'

Pour qu'on mette son nom dans la Biographie f

Applaudirais-je h Luc , avi4e de prooès ,

Espion amateur y mouchard ad honores ^

Allant^ du eœur humain dépouillant l'enveloppe ,

Rechercher les délit9 av^c un microscope ;

Et prouver comnvc Albin , c(Ç savant ftra^jhieteury

Que vive le tondu c'est vive reropereur!

Non, je ne pare pas, dans ma sotte furie ,

Du titre de réyolte u^e plaisanterie.

Kire est-ce conspirer? Voyez le beau malheur

Quand Bull aura sifflé Bapin le procureur !

Est-ce un bomme si grand et de telle importance '

Qu'il tienne dans sa mitin les destins de k^ France?

'JSS LA POLITIQUE.

Et que pour expier le crime des sifflets ^ Pour arrêter sa plume et calmer ses accès , De maires et d'adjoints il faille une hécatombe? Que l'encre qu'il versa sur sa tête retombe !

Rire est le droit du peuple ; il a son franc parler : ^^ Pour des mots, des vains cris, pourquoi le désoler? Laissez-le librement vous lancer anathème , Crier contre la dîme en payant le cinquième , Redouter la glabelle et ses antiques droits , En achetant son sel trois fois plus qu'autrefois. Tant qu'il fera du bruit, ne craignez rien de pire , La liberté qu'il veut est celle de tout dire. Vous pouvez le brider et le moraliser, En lui laissant sa langue et le droit d'en user. Mais je le dis encor, haine à l'hypocrisie ! Haine à tous ces brouillons, bourreaux de la patrie. Fanatiques à froid, firutus calculateurs, ^4 Achetant la fortune au prix de nos douleurs. Entoures d'un brouillard de phrases, d'hyberpoles , Par eux notre budget s'ëvapore en paroles.

Par eux plas rien de clair, et chez nous tous les jours Pour découvrir un fait on défait deux discours. Est-ce donc pour jaser, messieurs, que je vousnomrnc? '^ Quoi î le plus grand parleur est-il le plus grand homme? Quaud je donne ma voix , est-ce afin qu'à mes frais Vous fassiez à Paris votre cours de français? Hé bon Dieu ! raisonnons sans tant de verbiages; Des chiffres, s'il vous plaît, et non pas des images: Qui de trois ôte deux, reste un; cela suffit; Quand le compte s'y trouve on montre assez d'esprit. Et le silence encor a son heureuse chance, Celui qui ne dit rien on peut croire qu'il pense : Mutus s'est ainsi fai{ un très joli renom. Parlons peu, parlons bien, le proverbe a raison. Otezr-moi ces cahiers dont le poids nous assomme, J'aime les impromptus, là je reconnais l'homme. Votre langue dût-elle, estropiant Restant,

D'une S inopportune amuser le badaud,

Je n'en dirai pas moins : Pas de vaine dépense,

La vérité n'a pas besoin de l'éloquence.

A quoi sert au budget ce cliquetis de mots ?

Voulei-vous déclamer, montez sur les tréteaux.

Freférez-vous chaater, allez, nouveau Titjre,

Aux pipeaux de Tibulle accorder votre Ijre.

Mais homme, s'agit-il d'éclairer »od pays,

De défendre ses droits , de réveiller'ses fils ,

Du vifil booueui éteint de ranimer la flamme ,

Ce n'est pas de l'esprit que je veux , c'est de Tame,

C'estd'un cœur tout français le généreux essor,

C'est In soif de bien (aire et non celle de l'or.

Vous voulez vous inscrire aux pages de l'histoire !

Songez qu'on est fameux sans l'état pour la gloire.

La honte peut avoir son immortalité ;

Et si de la vertu l'avenir est compté,

Si le temple est ouvert à de nobles génies ,

Pour l'iAvide intrigant il est des gémonies.

'SiÀ S(i)iiiava(d^si«

oU$.

Des fragmens de cette satire ont déjà été imprimés, et quelques journaux ont réalisé des personnages purement imaginaires. L'auteur déclare ici qu'aucune de cesinterprétations n'est fondée : le but de la satire doit être d'attaquer les vices et les ridicules, et non les individus.

'page a35, v«rt i.

On m'a dit qu'autrefois un certain Aristide Juste comme on n'est plus , et soldat intrépide , Pour avoir trop souvent au prône été cité , Fut, par les citoyens, chassé de la cité.

L'Athénien Aristide , surnommé le Juste , (ut en- Toyé en exil par jugement de l'ostracisme» vers l'an 483 avant J.-C. Un de ceux qui l'avaient condamné , interrogé sur le motif de son vote, répondit : J'étais fatigué de l'entendre appeler ie Juste.

' page ï37 , wr# a.

Que Jean soit un Solon , qu'il s^avise d'écrire.

«Le cliien de chasse ne se (kit pas chien deberger,» racontait le prince de Ligne. Qu'on propose un évéché â un sous-lieutenant de hussards propre à son métier» il le quittera tout de suite pour dire la messe.

^ page a37 , vws 3.

Sur rhomme, sur ses droits

L'homme fait souvent consister ses droils dans de singulières habitudes. On lit dans une histoire d'Espagne que, jusqu'en 1760, toutes les ordures étaient déposées à Madrid dans les rues. Le roi ordonna à chaque propriétaire de bâtir des lieux privés. Les Espagnols regardèrent cet édit comme une infraction au droit commun du genre humain , et s'opposèrent fortement à son exécution. Les médecins mêmes prétendirent que la santé du peuple souffrirait si l'on ne jetait rien dans la rue , et le peuple manqua de se révolter pour conserver ce beau privilège.

En Angleterre, un voyageur débarque du paquebot: deux aubergistes le saisissent pour l'emmener chez eux; c'est leur droit. L'un dit qu'il l'a vu le premier, l'autre prétend qu'il l'a touché. Le voyageur veut les mettre d'accord, tous les deux l'injurient et l'accusent de partialité : ils se battent , une par|ie des coups tombent sur l'étranger dont ils déchirent les habits ; ils vont tous trois chez le constable : « C'est donc vous, dit-il à l'étranger, qui apportez la discorde parmi les citoyens?» et il le fait conduire en prison. Cependant, les deux aubergistes plaident la propriété du voyageur, qui, par sentence, est adjugé à l'un, d'eux ;

mais, ayant été enfermé avec des filous, qui lui ont volé son argent, personne ne veut plus de lui, et, ne pouvant loger nulle part, il est chassé de la- ville comme vagabond.

En Turquie, le droit consiste en un bâton et une corde , et le peuple s'insurgerait si on voulait y changer quelque chose. Un sultan à qui on annonçait la mort d'un de ses pachas disait : a C'est dommage , j'allais le faire étrangler. » C'était son droit. .

Un autre fit donner la bastonnade à un oculiste parce qu'il ne voyait pas avec l'œil de verre qu'il lui avait mis.

Ali-Pacha conseillant au jeu M. de P.... Jui disait : « Joue cœur , ou je te coupe la tête. »

Un porc ayant avalé , sur la côte des Esclaves » le serpent adoré dans le pays, le sultan condamna à mort tous les porcs.

page iZj , vers 8.

Voui D^en serez pan moins, k présente! toujours, La pâture servie au banquet des vautouri.

On connaît cette pétition : a Nous, par la disgrâce de Dieu , manœuvres , serfs, nègres, esclaves ^ etc. »

Pierre , mes lapins sont malades ; Vous les laissez mourir de faim.

Pourquoi sont-ils tristes, maussades?

Pourquoi n'ont-ils ni choux ni thym?

Vous les conduisez à l'herbage Quand ils ont besoin de dormir ; Puis vous voulez les mettre en cage Lorsqu'ils demandent à courir.

Un mois ils sont restés sans boire , Et, quand ils étaient morts , hélas !

Vous prétendiez me faire accroire Que les lapins ne buvaient pas. .

Loin de maintenir le bon ordre , Les défendre., les protéger, Vous laissez votre chien les mordre Et le renard les égorger.

La paix rendrait leurs peaux plus belles Et leur ferait aimer la cour ;

Vous les mettez en sentinelles.

Leur faites battre du tambour.

Sous prétexte de quelqu'injure Vous fustigez les innocens , Et du débris de leur fourrure Vos bons amis se font des gants.

Même on prétend chez la voisine.

Soit dit ici sans vous fâcher.

Que pour vous habiller d'hermine On TOUS a tu les écorcher.

^ page «37 * vert 1 1 .

Est-ce enfin de layoir si c'est pour Ptul ou Pierre Que le bon Dieu tous fit

Tout est fait pour l'homme; et le bon Dieu a doime la forme aux soles d'après celle des poêles à frire.

7 page 337 , vert 16.

La poule et le chapon, dans votre liatae cour. Ecartant la cldtare ou bien Tordre du jour....

Mes bons amis , disait un jour un fermier à la tolaille de son poulailler, je vous ai rassemblés ici pour ({ue vous décidiez à quelle sauce tous voulez que je TOUS mange. — Mais nous ne voulons pas qu'on nous mange! — Vous vous écartez de la question ; je vous demande à quelle sauce , etc.

( Extrait <f un journal, )

J'ai vu des cbiens qui portaient la pierre avec laquelle on devait les jeter à l'eau ; d'autres qui allaient chercber le collier de force que leur maître avait perdu. J'ai vu des écoliers qui se querellaient et s'arrachaient les cheveux , pour être fouettés par Sylla au lieu de l'être par Marins. Quelqu'un leur dit : « 11 vaudrait mieux ne l'être ni par l'un ni par l'autre. » Ils n'ont pas voulu le croire , et ils l'ont été par tous les deux.

• page a38 , vers 1.

Retenex donc ces cris dont l'oreille se lasse, Et laissez.yous manger sans faire la grimace.

L'auteur n'a pas besoin d'expliquer le but de cette

phrase et de ce qui la précède : le silence des peuples fait le despotisme des rois.

( Voir la 3* partie de V Opinion de M. Cristophe, )

9 pag» a38 , vtrs 8.

L'un est à droite et l'autre à gauche du boo sens.

On lit dans un yieux poème anglais de Samuel Butler :

Sir Hudibras avec raison Se chaussait d'un seul éperon , Ayant preuve démonstrative Qu'un côté marchant l'autre arrive.

»o page a38 , vers 9.

J'entends à ce propos tout un peuple en furie Crier au doctrinaire, au ventral!

J'entre dans la grande Babylone; quand je passe la porte f on me bat, et on me met une coquille de noix

au bout du nez; je n'ai pas fkitcent pas qu'un homme, en me donnant un grand coup de massue , m'apostrophe, arrache la coquille de noix el la moitié de mon nez, et met en place une coque d'œuf. Je suis bientôr rencontré par des gens à la noix , qui me cassent ma coque d'œuf, et me remettent celle de noix; puis ceux à l'œuf en font de même. Enfin, régulièrement, à tous les coins de rues j'étais battu ou par les uns ou par les autres. Pour me sauver de leur fureur je mis l'écaillé d'œuf sur l'écaille de noix ; ils se sont alors réunis pour me pendre.

Il page 339, vers a.

Et tes vieux parchemiDS , de gothique écriture , Sont tous en traits dorés gravés sur sa figure.

En signalant les prétentions ridicules de certains fous qui, souvent , n'ont pas même la qualité dont ils se parent, l'auteur n'a pas voulu attaquer un principe éminemment conservateur de toute société et de toute morale; il pense que le souvenir des a!eux est la première base d'un gouvernement libre, qu'aucune république ou monarchie représentative ne peut exister sans une noblesse : il a (ait connaître ailleurs son opinion à cet égard.

(Voir l'ouvrage cité plus haut.)

" f»^ 339, vers 10. *

Or çà , mon gentilhomme , où donc la politesse A-t'elle jamais fait déroger de noblesse ?

On demandait à M. B..... s*il était gentilhomme ou roturier; il répondit : Je suis trop modeste pour dire que je suis gentil , trop fier pour convenir que je suis yilain, jeme contente donc de penser que je ne suis pas mal.

•' page î39 , vers ao.

Qu'en un mot je tous sois, misérable animal, Ce que Toie est au cigne, et l'âne est au cheyal.

Les animaux qui approchent par quelque point de ressemhlanced* une espèce supérieure sont, avecgrande injustice, voués au mépris et au ridicule. L'âne est certainement un noble animai ; sa forme est élégante, son œil est expressif; il est sobre , patient et courageux : cependant son nom est. devenu une injure , pourquoi? parce qu'il est moins beau que le cheval. Il existe une loi anglaise par laquelle les propriétaires d'ânes sont obligés de leur couper les oreilles , pour qu'il n'effraient pas les chevaux. Le cheval a sur lui l'avantage de la taille, mais il a moins d'intelligence. L'âne est

susceptible d'amitié. M. P.... possédait une ânesse f^, lorsquelle pouvait s'échapper, faisait deux lieues pour aller Toir une autre ânesse arec qui elle avait été élevée. L'âue n'oublie ni les bons ni les mauvais traitemens; il pardonne les uns et vous sait gré des autres. Il est sensible à l'émulation; atteler un âne à coté du limonier le plus vigoureux , l'âne ne voudra pas faire moins que son compagnon ; il tirera de toute la force de ses reins, et mourra pour le suivre. Son caractère est ferme; il ne désespère jamais des circonstances , il se gare d'un mauvais pas , et montre du courage ^and il le &ut. On connaît ce combat de l'âne contre le lion ; l'âne s'étant placé dans un angle , tourna le derrière au roi des animaux et se défendit si bien à coups de pieds , qu'il le força à battre en retraite. L'âne sauvage l'emporte en légèreté sur les coursiers les plus rapides. Dans une de leurs colonies d'Asie, des Anglais avaient préparé à grands frais une partie de chasse; les chiens se mirent sur la piste d'un animal sauvage , que l'on suivit toute la journée à travers les monts et les forêts ; enfin il fut forcé : mais, au grand désappointement de toute la troupe , on reconnut que c'était'Un âne : on avait crevé vingt chevaux à sa poursuite.

fin 1810, une baleine vint échouer à l'embouchure delà Somme : les riverains s'y portèrent en foule pour i^ dépecer ; ils travaillaient depuis |^lusieurs heures dans le lard ; l'immense cétacée restait immobile et

partîasait mort : mûa au premier coup de pîoc^ q«i pénétra dans la chair , il fit un bond qui etfraja telioment les Ânes sur lesquels on chargeait sa dépouille , qu'ils prirent tous la fuite au çalop , et ne purent éu»e rattrapés qu'à plusieurs lieves de là : acte do pré- ▼oyaace et de si^gesse.

Lisez la description ée Téne dans Buffon; voyez dans le Foyage lentànenial de Sterne le cas qu'il en faisait; lisez aussi la bible, et la haute idée qu'en, avaient Job et David. Il est vrai qu'il y a loin d'un onagre du désert, à ce pauvre animal pelé dont nos jardiniers se servent pour porter des choux au marché , et que nous appelons bourrique. À ce sujet, on- se ra^yslle que c'était la mode à la cour , en 1770 , d'établir àeè portraits et des comparaisons ; on ne pouvait plus entrer dans un salon , que les dames ne vous demandassent une similitude. R fit torabcf cette manie, en

publiant une pièce intitulée de l'ànesse et de la bourrique. Lichtenbei^, aussi injuste que les autres , disait qu'un âne était un cheval traduit en hollandais.

Nous méprisons également l'oie parce qu^il y a im oigne. Si l'on dit têtu comme un éne, on dit béte connue imo oie. Gensonné tançant quelques députés bavards qui se vantaient d'avoir sauvé la patrie, s*écriait : Oui, comme les oies du Capitole.

i4 pag» a4o , vers 3.

Et que det aDÎttftux roi

C'est un titre dont on a étrangement abusé, depwB le roi <te la Basoche et celui des Ribauds.

Gésâr, un beau matin se dit : Je me fais roi. — Pourquoi le serais-tu, faquin , plutôt que moi? — Je le suis. — Abl tu l'es! eh bien! moije veux l'être; Qu'on apporte le bât : vive le nouveau mailre !

A Roioneau, petite Ile vis-à-ris de Marseille, étaient dcnxTétérans qui gardaient le fbrt; l'on rint à mourir, l'autre se déclara roi de l'île. A l'aide d'un canon , il mnçimnait les bâtimens; il resta roi environ un mots , on fut obligé d'envoyer contre lui une compagnie : il se défendit et capitula ; on le mit à l'hôpital des fbus.

Cristophe , roi d'Haïti , fut sacré par le capucin Corneille Brell, avec de Thuile de cacao.

L'histoire prouve, dit Rivarol, que s'il y a quelques rois qui ont le diadème sur le front, il y en a beaucoup qui l'ont sur les yeux.

Swift, dans le conte du Tonneau, assure qu'un empereur s'amusa pendant trente ans à prendre et perdre des ville», abattre des armées et 4 en être battu, à chasser les prinees de leurs états , à brûler , saccager»

piller, massacrer ses eunemis et ses sujets. Tout à coup il lui Tint un abcès au derrière; alors ce roi (îit doux et pacifique, les vapeurs qui agitaient son cerveau s'étaot portées ailleurs.

Le souverain de Daliomay ayant fait prisonniei* l'anglais Lamb , lui prit tout ses papiers pour faire un cerf- volant.

On avait représenté je ne sais quel empereur d' Autiîche ayant sur son dos le pape qui disait : « Ah 1 me voila enfin remonté sur ma béte. »

Zoroastre vit en enfer un roi auquel il manquait un pied; il en demanda à Dieu la raison; Dieu lui dit : « Ce roi pervers n^a fait qu'une action de bonté dans sa vie: il aperçut , en allant à la chasse , un dromadaire qui était lié trop loin de son auge , et qui voulant y manger ne pouvait y atteindre ; il approcha l'auge d'uu coup de pied; son pied est dans le ciel, tout le reste est ici. » ^

L*an i83i n'a pas été l'an de grâce pour les souve» rains.

** page » io , x>«rs i8.

Et fier admirateur des sottiaei antiques.

Le philosophe Anaxagore assurait que le soleil était un peu plus grand que le Péloponèse.

Heraclite soutenait qu'il n^ayait réellement qu'un pied de diamètre.

Et en i83a nous avons entendu faire publiquement réloge de l'ignorance.

Gardons-nous d'être sàrvans , C'est dangereux, quoi qu'on dise. Mes amis , guerre au bon sens , Vive à jamais la sottise !

De tout ce que nous savons, Faisons d'beureux sacrifices; Reculons donc , reculons , Comme font les écreyisses.

Grâce à ces jours de clarté ,

Nous avons , pour désapprendre ,

La grave Université

Qui sait comme il faut s'y prendre.

A Paide de ses leçons.

Nous redeviendrons novices;

Reculons donc , reculons ,

Comme font les écrc visses.

Pmir fiinre notre lalut Il fiiut marcher dans l'omière ; Kn courant trop tite au but , Nous Tavons laissé derrière.

Sur nos pas donc revenons.

Profitons de jours propices ; Reculons donc , reculons , Comme font les écrevisses.

Un docteur a^fant emploi De maître de l'ignorance , Chaque jour veut une loi Pour empêcher qu'on avance.

A ce grand homme rendons Grâce de ses bons offices; Reculons donc , reculons , Comme font les écrevisses.

Pour aller comme le veut, La poste a pris la m&niére ; Au lieu de chevaux devant On les attelé defriére.

On dit que nous arrivons , Et j'en vois tous les indices ,

Reculons donc, reculons, >

Comme font les écrevisses.

Naguère on parlait au cœur De notre gente ëcolîére , Aujourd'hui fî'ére fouetteur Ne parle <|u'à son derrière*. •.

Ainsi ioiiteft les saison»

Ont ckez nmM leur béuéfices ; ^ Rotiulons dotse , reculons , Comme font tes écre visses.

L'éorerisse est, (Somme on sait, L'emblème de la sagesse , Comme le cancre est , de fait , Un modèle de largesse.

On la voit fuir les rayons Et chercher les précipices.

Reculons donc, reculons,»

Comme font les éoreTÎsMs.

Qii'âte&Toua done à crier toujours eontr« l'ignorance et les prèj liges, disait ub ssvant politique ? Avez- ^«uft peur ({ue le peuple ne drfieane trop sot? Plus il y aura de fou et d'ignoraos, plus ^ou» aurez d'esprirt.

10 page i4 I , vers 1 1.

Nous prêcher la Teria la fërule à la main.

Un prédicateur disait en chaire : Je ne puis concevoir, mes frères , comment le Sauveur est mort pour des espèces comme vous.

Un autre prétendait que le jour de sa résurrection , notre Seigneur avait apparu d'iid>ord aux femmes pour que la nouvelle en fût plus tât répandue.

Madame de Staël raconte qu'un individu suivait d'un air d'angoisse et de conviction tous les mouTemens d'un prédicateur qui gesticulait beaucoup. On croyait l'auditeur converti; tout à coup il s'écrie : « Comme il sue ! »

>7 page i4i , vers ao.

Point de dieu docU'inaire ou miniitëriel.

L'homme, voulant donner à Dieu une marque de son estime , le fit à son image.

Un nommé Duhalde , en 1 7 1 7 » négociant en diamans , associe Dieu à son commerce, et s'oblige par acte notarié à lui donner la moitié du profit.

Lorsque certains peuples offrent un sacrifice, ils mangent la viande de la victime, gardent la peau, et offrent aux Dieux les cornes et les os.

Quand le Toleur italien attend le voyageur, îl ne manque jamais de prier pour le succès de son entre* prise.

Les Espagnols, en mettant les Indiens à la torture, cl&antaient les litanies.

Un cbef d'aventuriers avait pris pour devise : Ami de Dieu , ennemi de tout le monde.

*• page a43 , vers i.

Je me souviens eocor de feu monsieur Marat.

Le sanguinaire Marat n'était pas un fripon ; il égorgeait , il ne volait pas, et il ne possédait rien quand il est mort. Quel était donc son but? la vengeance ? Il ne connaissait pas ceux quHl envoyait à l'échafaud. Mais que voulait-il? le pouvoir? Il était infirme et peureux. Enfin quel motif?.... Aucun. C'était son idée.

»» page a43 , vers 3.

Du philantrope ClootE , et du père Duchéne Chapitrant la montagne et flagellant la plaine.

Le Prussien Cloolz disait à la tribune : Mon cœur

est français et aion ame sani* ouloite. Il se déclara l'eniwBii personnel de J. C.

Un autre s'écria , dit-on : « Si jamais les tyrans r«»- ▼ieaaent» je me coupe la €ét«yje la leur présente, et je leur dis : Tyrans , voici l'action d'un bemme ¥àn^ l »

Au milieu de ce mélange d'inepties et d'atrocités , on remarque des mots sublimea ou pleins de finedser. Legendre disait : « Si je possédais le champ d'un con^ damné, dans chaque goutte de rosée je verrais les larmes de sa famille. »

Poultier, en parlant de Lebon, s'écriait : « Il a sué le sang. »

« Il faudra décréter que Manuel a de l'esprit, » disait ce même Legendre. — «11 faudrait mieux décrét«f , lui répondit Manuel , que je suis une béte , parce que tu aurais le droit de me tuer. » Legendre avait été boucher.

On lit dans une histoire du temps, que, lors d'une fête allégorique que donna Robespierre, les bœufs ^i traînaient le char de la Liberté s'arrêtèrent tout court à l'entrée de la place de la Révolution, répugnant à l'odeur et aux mares de sang dont elle était remplie : rien ne put les faire avancer. La populace, profondément frappée , recula comme eux et déserta la place.

*o pagB a43 , vêts 5.

Qoe co fcoB Bat-Breton

£n BvetB^fue on voit plus petit qu'ailleurs. Un petit coup d'«au-de^vie est un grand verre ; une petite heure est une heure et demie; une petite lieue', deux grandes ; une petite pluie , une averae » et un petit air de vent , une tempête. En Prorenee et en Italie c*est pré€Îsé»enr le contraire ; on y voit tout en grand : on vous annonce un palais, vous trouvez une masure; un fleuve t c'est un ruisseau ; une ville, c'est un village ; une forêt , un taillis ; un grand speoiaele, des marionnetiefl; une execUence, un lemaais.

Kn grand homme du coin donner la tër^nade.

Les grands hommes produisent orduiairMMnt un effet contmire aux règles de Toptique; plus on les voit de près plus ils rapetissent.

■■ pagt a 43, van lo.

Qu^il faste à ta manière entendre %e% raitont.

Rien de plus effrayant que la voix d'une populace mutinée ; et tel soldat avancera sur une batterie de canon, qui reculera devant une douzaine de femmes et d*enfans qui crient .

A la mort de Commode et à Télection de Pertinax à Pempire romain , Lampride rapporte les cris terribles du peuple, qui ont été ainsi traduits par Grimm:

« Que l'on arracbe les honneurs à l'ennemi de la patrie L'ennemi de la patrie! Le parricide Le

gladiateur.... Que Ton arracbe les bonneurs au parricide.... Qu'on traîne le parricide.... Qu'on le jette à

lavoirie Qu'il soit détruit l'ennemi des Dieux....

Le parricide du sénat à la voirie Le gladiateur. . . .

l'ennemi des Dieux l'ennemi du sénat...... à la

▼oirie, il a massacré le sénat.... Qu'il soit décbiré à coups de crocs.... Il a massacré l'innocent.... Qu'on le décbire... Il n'a pas épargné son propre sang, qu'on le déchire.... Pertinax, nous te le demandons, que le parricide soit traîné.... Dis avec nous qu'on traîne

l'assassin des citoyens, qu'on brise ses statues

Périsse la mémoire du parricide, du gladiateur.... César, ordonne les crocs.... Ordonne, c'est l'usage de nos aïeux.... Il a mis le poignard dans le sein de tous, qu'il soit traîné.... Il n'a épargné ni âge, ni sexe,

qu'il soit traîné.... Il a dépouillé les temples , qu'il soit traîné.... Il a violé les teslamens, qu'il soit traîné.... Il a ruiné les familles, qu'il soit traîné.... lia mis les têtes à prix, qu'il soit traîné.... lia vendu le sénat y qu'il soit traîné.... Il a spolié l'héritier, qu'il soit traîné.... etc.

On cite dans une histoire de Paris , qu'au XV* siéde, les CordelierSy accusés de peu de continence , reçurent l'avis que des évéques envoyés par le pape allaient venir à leur couvent pour opérer une réforme. Ils arrivent en e^et , les Cordeliers les reçoivent, les conduisent à leur église, et se mettent à chanter des psaumes. Les évéques essaient de parler, mais en vain , ils attendent quatre heures inutilement. Ils se retirent et reviennent le lendemain , même cérémonie , le surlendemain encore. Enfin chaque fois qu'ils reparaissaient et voulaient ouvrir la bouche, les moines tous ensemble entonnaient immédiatement un hymne en grand chœur. Ce manège dura tant, qu'on fut obligé d'employer la force.

*' page a 44, vers 3.

Et, comme tu l'entends, vendre ta marchandise.

Quand vous achetez, dites au marchand de choisir, et prenez ce qu'il n'a pas choisi.

Les marchands chinois ont pour principe que celui qui achète ne cherche qu'à payer le moins clier possi> ble, et qu'il se dispenserait même de payer s'il le pou- Tait. Ceci posé, ils surfont et trompent en toute sûreté de conscience.

*4 page «44 , vers 6.

Et d«M cette terreur dont t« verto te pique , Dit-moi, n'folre-t-il pat un peu de politique?

Tant qu'im homme n'a rien , il crie contre les accapareurs y demande la loi agraire et 1- abolition des privilèges : devient-il riche , il prêche le respect des propriétés , sollicite des lettres de noblesse, fonde un majorât et se (ait faire baron. Jamais le clinquant que npus portons ne nous fiiit mal aux yeux.

« Ne me retenez pas , disait im gros nuage A la nuée à sa suite arrivant.

Vous voyez bien cet astre si brillant A qui l'univers rend hommage ; Si je ne m'opposais à son éclat mortel ,

Du monde entier c'en serait fait, ma chère; Le soleil brûlerait la terre \

Mais j'arriTe à temps^ graoe au ciel. » Il dit ; avec effort bàtaot aa lourde maitse , 11 se traîne, il se pousse, il fait tant qu'il se plac^

Deratit le disque créateur.

La lumière d'abord en parait obscurcie ; Mais bientôt ses rayons, pénétrant la vapeur. Lui communiquent la cbaleur Et l'apparence de la rie.

La pourpre^ l'or, l'opale et le rubis » Autour de la masse éelaiircie Brillent, éclatent. Tout surpris, A cet aspect notre lourdeau s'écrie :

« Eb ! bon Dieu! qu'est-ce que je vois Je deviens soleil , je crois :

Ab! ma sœur, je tous en prie , Ne vous mettez pas devant moi. »

»■ page »<5» vtrs 19.

Ou ta vois ou ta pUce, on est libre, choisit.

Il est de mode aujourd'hui de frapper non sur les abus, mais sur les hommes. £t puis, quand on ren-

▼oie un mdmdu , c'est presque toujours pour en mettre un autre. Ces changemens continus d'administrateurs, notamment de préfets et de souspréfets, son^une vraie calamité pour les départemens, qui toujours paient l'apprentissage des nouveaux venus. Le fonctionnaire est l'homme du pays, rhommè des administrés , et non celui de tel ou tel ministre. Le maître de l'ouvrier est celui qui l'emploie et qui le paie , et non celui qui , comme l'ouvrier, est employé et payé. Qu'un chef d'atelier renvoie un homme parce qu'il ne travaille pas, bien ; mais qu'il le renvoie parce qu'il a travaillé avec son prédécesseur, c'est tout au moins fort ridicule.

*^ page î47, vers 8.

Cet amour d'imprimer, sa rage et sa folie.

La manie d'un malade est de vouloir que tout le monde soit malade comme lui. Un homme a conçu dans son cerveau fêlé une idée extravagante, il n^aura pas de cesse qu'il ne l'ait fait partager à quelqu'un, sûr qu'il est qu'elle ne peut être utile à personne. Un athée qui cherche à propager son opinion est un pestiféré qui veut communiquer la peste. Cependant il faut convenir que les fanatiques de toute espèce sont rares de nos jours : ceux qui passent pour tels n'en

ont ordinairement que le masque ; ce sont des comédiens payés pour en faire le rôle, ou des spéculateurs qui le jouent pour leur propre compte. Dés qu'il n*y a plus de profit à espérer, ils redeviennent subitement raisonnables , et mettent l'argent gagné dans leur poche, arec autant de calme et de sang-froid que les charlatans qui reviennent de la foire. L'opinion de beaucoup de publicistes n'est que du trafic : ils font de l'opposition indistinctement contre ce qui est utile ou nuisible, juste ou injuste, parce qu'ils ne sauraient que dire s'ils n'en disaient pas : ils mentent à leur conscience et à l'évidence, ti*oublent l'Europe pour quelques écus. Semblables aux frères de la résurrection d'Angleterre, qui tuent les voyageurs pour vendre leurs cadavres, ces hommes se sont fait par état les bourreaux de leurs concitoyens, les mauvais génies des peuples, et ils appellent cela gagner leur vie.

*1 page a49f vers 3.

Hâas ! les gens dMors ëtaieut fous à lier.

Un individu proposait en Angleterre, où les maladies mentales sont fréquentes, J^enfermer tous les gens sensés, et d'abandonner aux fous le reste du

pays; car» en bonne règle» lamajoriié doit toujourB l'emporter.

'* page i49 » ven si.

Je pleure sur le tort du Grec que I'od %orgeI

Un brave négociant proTeneal établi à Athènes # consulté par Lord Byron sur les Âtbéniens modernes, lui répondait : C'est toujours la même oaiiaiile que du temps de Thémistoole et d'Alcibiade.

*9 page a5o, vtrs 4.

Ah 1 que Pintolerance est un vice incommode.

Mademoiselle Leverd disait de mademoiselle Raucourt, à qui on refusait la sépulture : Si elle était ▼!vante , elle saurait bien se faire enterrer.

Si Vom pouTsit ehu notas penser à ss ftçon.

L'opinion est le seul bien que nous ayons en propre, et c'est celui qui nous est le plus contesté.

^' page i6i, vers 4.

Tous ces conTertisseurs...

Rien de plus commun que les couvert isseurs, et rien de plus rare que les conversions. Les habitans des îles Ulieser se donnaient le titre de chrétiens; « mais c'étaient, dit le narrateur, des chrétiens sauvages, car ils n'en mangeaient pas moins leurs ennemis, quand ils pouvaient les attraper. »

*.* page a5i , vers H,

Et que cet Erostrate allnme l'incendie

Pour qa'on mette son nom dsns la Biographie.

Better to reign in hell than serve in heaven.

( MiLTOnr. )

3' pag» s5« , vers 5.

Rire est le droit du peuple ; il a ton franc parler.

Un portefaix disait à ud commissaire de police qui ▼oulait l'arrêter et qui n*aTait pas sonécharpe : a Je ne reconnais les ânes que lorsqu'ils ont le bâl sur le dos. »

Au château , près de la grille , Est un sansonnet malin Qui toujours jase et babille Aux dépens de son prochain.

Voyez la TÎlaine bête !

Taisez-vous donc , malhonnête ;

Sansonnet, Sansonnet, Taisez-Tous donc, s'il vous plait.

A ce vainqueur qui s'approche

11 dit d'un air empressé :

« Monsieur, en tournant la broche

Avez-vous été blessé P >

Voyez la méchante béte !

Taisez-vous, etc.

Au trésor un personnage Vient- il , son ruban au col,

Il prétend qu'au pâturage L'âne n'a pas son licol.

Voyez la maudite béte !

Taisez-Tous, etc.

A ce gentilhomme en place.

Jadis chambellan subtil, 11 dit : « Monseigneur, de grape, Dites-moi quel yent fait-il? »

Voyez l'insolente béte !

Taisez-Tous, etc.

A ce père de l'église

Qui nous conduit en bon lieu,

Il demande avec franchise :

« L'abbé, croyez-vous en Dieu ? »

Voyez la vilaine béte 2

Taisez-vous, etc.

L'avocat fonctionnaire Vient-il à placer son mot, Il chante d'une voix claire :

« As-tu déjeuné, Jacot? »

Voyez la méchante bête 1 Taisez^vous, etc.

A cet évéque qu*aiiflamme Le zèle des sacremens, Il dit : « Comment va madame.

Monseigneur, et tos enlànsP »

Voyez l'insolente béte l Taisez-Tous, etr.

Si de la justice on cause , D'honneur et de droits acquis , Aussitôt il se dispose A chanter de profiaidû.

Voyez la maudite béte !

Taisez-Tousy etc .

11 reconnaît d'une lieue

Le docteur et l'écolier ;

Et soudain tournant la queue

Il ne fait plus que crier.

Voyez la vilaine béte !

Taisez-vous donc, malhonnête ;

Sansonnet, Sansonnet, Taisez-vous donc , s'il vous plait.

Laissez rire le peuple, mais ne lui laissez pas dc^ mander du sang, et encore moins en goûter. N'ap'>

plaudissez pas non plus à la gaieté qui attaque les mœurs et souille l'honneur national. Ces lâches pamphlets , ces ignobles caricatures qui salissent nos murs, donnent plus envie de pleurer que de rire. Dirigées contre l'infortune, elles ne déshonorent que leur auteur.

'* page a 5s, vers 17.

Fanatique* à froid, Brutos calculateurs.

Vous autres grands hommes, tous vous croyez bien au dessus de ces vertus bourgeoises appelées délicatesse, probité, bonne foi, et vous croiriez déroger, si voiis mettiez la moindre difierence entre le bien d'autrui et le vôtre.

^* page »53, vert 3.

£ai-ce donc pour jaser, messieurs, que je tous nomme ?

Pourquoi le Français n'écoute-t-il pas, ou est-il inattentif dans les discussions publiques ? C'est que sa langue n'a pas d'inversions. Lorsque Torateur a prononcé la moitié de la phrase, l'auditeur a compris le reste.

ICrt C0(^j?tt(J ^^î MUA^e^

Cette suite de couplets villageois n'est mise ici que pour le mit* sicien. Destines à être chantés , ils ne peuvent guère supporter la lecture.

LBQVBIi FAUT-IZi PRBVD&B?

Voilà que deux amans Me parlent mariage ; Tous les deux sont charmans.

Mon Dieu, que c'est dommage !

Le plus gai c'est Lycas ; Mais Bas tien est plus tendre.

Mon Dieu, quel embarras!

Lequel faut-il prendre ?

Quand lasse d'hésiter, Lorsque le terme expire, Si je veux consulter,

J'entends ehaean me dire :

Prenez qui vous plaît mieux.

Et l'on ne peut comprendre Qu'ils me plaisent tous deux.

Lequel faut-il prendre ?

Quand je choisis Bastîen, Ce n'est plus lui que j'aime ; A Ljcas je revien, Aussitôt c'est de même.

Faut-il avoir ainsi Des amans à revendre , Pour n'avoir qu'un mari?

Lequel faut-il prendre?

G»B«V AttSBS BIBV DIT.

Je vous dirai, ma mère, Que j'aime assez Bastien ; Non qu'il soit fait pour plaire.

Mais c'est qu'il parle bien.

Il^me disait : Bergère, Votre GŒur me suffit.

Qu'en dites-yous, ma inèreP C'est assez bien dit.

Le lendemain encore 11 s'approche de mpi :

Bergère, je t'adore!

C'était galant, je croi.

Et puis sur la fougère A mes pieds il se mit.

Qu'en dites-vous, ma mère ?

C'est assez bien dit.

Il me fit une histoire Où je ne compris rien.

Mais sans beaucoup y croire Je Ws que c'était bien.

Après, comme en colère , C^est ma main qu'il saisit.

Qu'en dites-vous, ma mère ?

C'est assez bien dit.

Tandis que je l'écoute, Car c'était un plaisir, A l'histoire il ajoute Poliment un soupir,

El sans jamais se taire C'est mon ruban qu'il prit.

Qu'en dites-Tous, ma mère?

C'est assez bien dit.

ui covtmii.

Ahl Lucette, c'est un délire

De croire aux sermens de Bastien ;

Ah ! c'est un homme, c'est tout dire.

C'est un yaurien.

Je TOUS dirai tout le mystère, Car je connais son mauvais cœur ; Défiez-votts«en bien, ma chère.

C'est un menteur.

D'abord, tendrement il regarde, Et TOUS entendez un soupir ; Lucette, tenez-Tous en garde,

Il va mentir.

Après, sans vous prévenir même,

a95 SUITE DES NOTES.

A Tos pieds soudain le Toiciy Et puis il vous dît : Je tous aime l Il a menti.

Résistez-Tous, ruse nouvelle.

Voilà qu'il parle sentiment ;

II TOUS nomme ingrate, cruelle î

Ah ! comme il ment !

11 vous jure qu'il tous adore.

Oui, Lucette, il le jurera.

Mais n'allez pas le croire encore»

11 mentira.

IiÉASDRB»

Je TOUS disais donc, Léandre..*

Mais laissez-moi donc parler ;

Je disais... daignez m'entendre,

Voulez-Tous me désoler?

Je TOUS... veuillez bien comprendre »

Ecoutez un bon avis.

Je vous disais donc, Léandre..»

Je ne sais ce que je dis.

Ah i que tous êtes maussade !

Ne pouvez-Tous m'écouter ?

Ah! que vous... je suis malade A force de répéter.

Ah! que... c'est une misère^ Peut-on s'attoidre à des traits...

Ah I . . . yrai, tous me ferez ftire. . < Je ne sais ce que je fais.

Je veux quand*., je vous en prie, Qu'on obéisse à Tinstant.

Je yeux si... quelle folie!...

Voilà comme on mci comprend.

Jeyeuxy mais... c'est incroyable.

Et TOUS ouvrez de grands yeux !

Je veux, car... le plus aimable...

Je ne sais ce que je veux.

▼OVS H'T PimtBS WAM.

A moi qui suis sage, Qui le fus toujours.

Tenir ce langage.

De pareils discours !

sS.

Vous mettre enr colère, El puis dire hélas!

En vérité, Pierre, Vous n'y pensez pas.

Grand Dieu I quelle audace !

Monsieur, laissez-moi.

Que je TOUS embrasse !

Qui? TOUS ! et pourquoi?

M 'appeler ma chère, Me prendre le bras !

En vérité, Pierre, Voua n'y pensez pas.

Mais .quelle folie !

Vous à mes genoux.

Ah ! monsieur, je crie, Monsieur, levez-vous!

Que voulez-vous faire?

Quel bruit ! quels éclats ! En vérité, Pierre, Vous n'y pensez pas.

Vite, que l'on sorte, .

Sortez, je le veux;

Si j'étais plus forte . . .

Allez, c'est alfretix.

Mais quel caractère 1 Vous partez, hélas l En vérité, Pierre, Vous n'y pensez pas.

Des filles de noire yillage Je suis, et chacun le sait bien, La plus fidèle et la plus sage.

Et pourtant je n'y conçois rien.

J'aimais le frère de Thérèse, Et pour Lycas je l'ai quitté ; Voilà qu'à présent j'aime Biaise, C'est comme un sort, en yérité.

L'autre jour, en songeant à Pierre, A Simon je donne un bai^r ; Biaise yient, j.e suis «a bergère.

Je ne puis pas le refuser.

Thibaut me aùrprend «ouft l'ombrage,

Il en eut. . . je n'ai pas compté ; Et cependant je suis si sage ; C'est comme un sort, en mérité.

Ce matin, je jure à Léandre Que lui seul sera mon mari ; Lubin arrive, il est si tendre !

11 faut le lui jurer aussi ; Alexis paraît, il m'appelle , Comment aurais-je résisté? Et pourtant je suis si fidèle; C'est comme un sort, en vérité.

Vn PATSAH A HOIf

Un paysan à moi !

Ah ! fi donc ! quel outrage I Je suis trop bien, ma foi , Pour rester au village.

Non, non, j'entends, je feux, Comme ma sœur Lucile, Avoir pour amoureux Un monsieur d« la ville.

Quoi! Luciie ferait Et la dame et la fière.

Quand od m'appellerait l*a petite fermière !

TJn Claude aurait mou cttur?

Non, non, c'est inutile.

Il me faut un monsieur.

Un monsieur de la ville.

Qu'il ait des ckéFeux gris.

Qu'il sotl sot ou sévère, S'il a de beaux habits C'est lui que je préfère.

Il fera mon bonheur, Car le plus difficile.

C'est d'avoir un monsieur.

Un monsieur de la ville.

COIiAS.

Je voudrais vous aimer. Colas, Puisque vous désirez me plaire ; Mais pour y parvenir, hélas!

Dites-moi, corament (autoil fiiireP Vous êtes fidèle et discret.

Vous êtes bon, tous êtes sage, Maisy Colas, vous êtes si laid !

C'est donosage !

Quand de loin votre ehalumeau Doucement gémit et soiiiMre, Oui , Colas , TOUS me semblez beau , Et sans vous Toir je tous admire ; Mais si tous sortez du bosquet.

Si j'aperçois Totre visage, Ah I Colas , que tous êtes laid !

C'est dommage!

Si Justin aTait votre cœur, Ou si TOUS aTiez sa figure.

Colas, quel serait mon bonheur !

Je TOUS aimerais, j^en suis sûre.

Mais Justin est un indiscret.

Un perfide, un traître, un Tolage, Vous, Colas, TOUS éles si laid !

C'est dommage !

Ah 1 quel honneur, ma mère !

Je viens d'aller aux bois Où je Tais quelquefois Jouer sur la fougère :

Là j'ai TU monseigneur Qui m'a dit : Jeune fille.

Je TOUS trouve gentille.

Ah 1 mon Dieu ! quel honneur !

Puis d'un air agréable

Il demande ma main,

Que je donnai soudain.

Voyez qu'il est aimable !

Et comme j'avais peur,

Il m^a dit : Je vous aime,

Il me l'a dit lui-même.

Ah ! mon Dieu ! quel honneur !

Ce n'était rien encoi*e :

Qu'est-ce que dé l'amour Pour un seigneur de cour P Sayez-vous qu'il m'adore?

Il m*adore, ô bonheur !

G^est à genoux y par terre.

Qu'il me Ta dit, ma mère.

Ah l mon Dieu ! quel honneur .'

Mais toujours plus honnête, Voyant que j'ayais chaud, 11 Toulut aussitôt M*6ter ma collerette :

Est-ce avoir un bon cœur?

Et quand je lui rends grâce, Le voila qui m'embrasse.

Ah ! mon Dieu ! quel honoeur !

IiA HODBSTa.

Vous dites que je suis charmante, Vousjurez que j'ai mille attraits; Je n'aime pas que l'on me vante, Non, non, ne l'oubliez jamais.

Que l'on dise que je suis sage.

Que j*aî même quelques appas.

Mais la plus belle duTiUage, Monseigneur, je ne tous crois pas.

Vous assurez que ma cousine £st moins élégante que moi.

Que j'ai la taille bien plus fine, £t TOUS croyez que je tous croi.

Il se peut que je sois mieux faite.

Comme le prétendait Lucas, Mais dire que je suis parfaite, Monseigneur, je ne tous crois pas.

Tous louez, ce que je déteste.

Et ma raison et mon esprit ; ' Il est Trai que je suis modeste.

Aimable, c'est ce que l'on dit.

Mais la meilleure de la terre, Qui, moi? dites-le donc plus bas.

Non, non, cela ne se peut guère.

Monseigneur, je ne tous crois pas.

S02 SUITE DES KOTES.

▼OVl.aS-TOV« «OUI TOUS VJLOIW.

Mon Dieu ! qu'ils sont menteurs Les gens de ce village !

Tous faux, tous enjôleurs, Ils ont même langage :

Je sais déjà, Thomas, Ce que tous allez fldre :

Vous aimez, n'est-ce pas?

Voulez-vous bien tous taire !

Vous allez soupirer.

Dire : Mademoiselle, Je me sens dévorer D'iine âamme cruelle !

Et puis tombant soudain Agenouillé par terre.

Vous me prendrez la main.

Voulez-vous bien vous taire !

Si je ris de vous voir Faire ainsi le stupide.

Alors, au désespoir.

Vous m'appelez perfide ;

Et répandant des pleun.

Si cela se peut iîire»

Vous dites : Je me meurs !

Youlez-Tous bien vous taire !

Lorsque tous êtes mort, Du moins, à yous entendre»

Vous accusez le sort Qui n'y peut rieu con^rendre.

Et si je veui partir Afin qu'on tous enterre.

Je tous Tois accourir.

Voulez-Tous bien tous tair« !

Je ne puis sealette Maintenant sortir, Car sous la coudre tte Eloi Ta Tenir.

Voyez, c'est lui-aème, O Dieu ! quel destin !

a04 SUITE DES NOTES.

Il Teut que je l'aime.

Ah ! qu'il est taquin !

Il va, j'en suis sûre, Faire les yeux doux, Me dire ; Je jure De n'aimer que tous ; M'appeler sa belle, Et lever la main Qu^il sera fidèle.

Ah ! qu'il est taquin !

Parfois, sans rien dire, Il est sur mes pas, Il pleure, il soupire.

Il répète hélas !

Et puis il sait prendre Un air si chagrin.

Si doux et si tendre •' Ah I qu^il est taquin !

Au pied du grand chêne Sitôt qu'il fait noir.

Il vient d'une haleine

Près de moi s'asseoir.

Vainement je crie, Il faut dire enfin Que je suis sa mie !

Ah! qu'il est taquin !

ÉI.OI, «B MB TOUCBBI VA0.

Dans ma chambre tête à tête Si j'ai pu vous recevoir, J*ai pensé qu'un homme honnête Ne me ferait rien de noir.

Et votre ame audacieuse Ose concevoir.. . hélas !. . .

Ah I je suis si chatouilleuse ! . . .

Eloi , ne me touchez pas.

S'il faut, pour vous satisfaire,

M'asseoir à votre côté,

Je le veux bien, mais j'espère

Que j'y suis en sûreté.

Est-ce être assez malheureuse !

a06 ^SUITS OUS NOT£fi.

Voua me regar^ej^p hélan !

Ah ! je suis si diatoaUl^use ! • > • Eloi f ne me touche;^ p^.

Quoil plus près! es^-fïf «Q oeprodieP £t derrais-je y consentir ?

Voyez, lorsque T^a m'approche, Combien ça me fait soufFrir !

Ah ! quelle conduite affreuse !

Dieu ! TOUS me pressez le bras, Moi qui sub si chatouilleuse ! ...

Eloi , ne me touchez pas.

MOV nrtiv €*VMv«

Il faut donc, pour leur pl^re.

Aujourd'hui &ine ^n çhQÎi f Celui que je préfère Est ValeotÎQ, je crois.

Pourtant, si j^tJ^anMlie, J'épouserai Martin ; Mais j'aime aussi la n^ine De mon petit epusip.

SUITE DfiS NOTES. 307

St je prenan Léandre ?

Il a , dit^on» bon oceur ; Niuolftt est phii tendre Ea sau doute laeîUear.

NoB , ai| frère d'Aline Je donnerai ma main ; Mai» j '««ne aussi la nîiie De Bton petit cousin.

▲iesia^ ^luand il <Uuise»

Attire tons les yeux ; Gc^pendant , cpiand j'y pense , Gâestîn chante mieux.

Four le fils de Glau£ne Je me décide enfin ; Mais j*aime aussi la mine De mon petit oousm.

Quoi ! c'est là cet amant si tendre § Dont TOUS parlez à tout instant!

Là cet amant ^ doit me rendre

Le cœur si joyeux , si content I Ce tendre amant qui doit me plaire C'est ce monsieur qui me déplait.

Quoi ! c'est là mon mari, ma mère !

Ah ! qu'il est vieux l ah ! qu'il est laid î

C'est dites-vous , un gentilhomme Et c^est un homme comme il feut; Oiiiy je yob bien qu'il est fait comme Comme il fiiut pour être un magot.

Ne vous mettez pas en colère, 11 est charmant puisqu'il vous plait.

Il est jeune, il est beau, ma mère.

Mais qu'il est vieux l mais qu'il est laid l

Il faudra donc passer ma vie Auprès de ce vieil édenté ?

Et l'on dit que je suis jolie , Ah! c'est un meurtre, eu vérité!

Quoique douce par caractère.

Je ne suis pas du tout son (ait ; Il peut être bien sûr, ma mère....

Il est si vieux , il est si laid !

!>■ MiOISAVT.

Dieu i qu'il est médisant l Il m'appelle parjure ; Monsieur^ c'est une injure.

C'est un mot déplaisant.

Vos- cris, votre colère Ici sont superflus, Vous ne me plaisez plus, Moi je ne puis qu'y fiûre»

Selon TOUS, j'ai promis, Eticeift peut bien être ; Mais mon cœur est le maître De choisir ses amis.

Je le dis sans mystère, Oui, je Teux un amant, Je Ycux qu'il soit charmant.

Mœ je ne puis qu'y faire.

Quelqu'un de bonne foi Dirait : « Mademoiselle, Vous êtes infidèle.

Mais c'est ma fiiutc à moi.

3td SUITE I>£$ NOTES.

Quand j^aTais su tous plaire J*éuîs jeune et bien fait, A présent je suis laid ; Vous ne pouvez qu*y &ire.

En préférant Pierre à Bcstien, Bastien à qui j*étais si chère, Je croyais que je faisais bien, Mais bêlas! c'est tout le ooniraire.

Pierre «st j«lo«x, il «al fjrondeur.

Et pour un rien «l me ^erelle. Vraiment Ba^en «tait meilleur»

J'aurais mieux £iit d'«tre fidèle*^

Lorsque parfois prés de Bastien J'étais légère, un peu coquette, Il pleurait, il ne disait rien, Tant il avait famé bien &ite; Mais Pierre, hélas 1 c'est dsffiérent ; Si TOUS saines eorame il an'appe^ !

SUIT£ DES NOTBS. 311

Qu'il est bovrpn » qu'il «st H|é«hMit ! J'auraîf mieux fiuit d'être fidèle •

Hier encor avee Tlkoniaii Je causais prés de k IbAtaine, Et je causais si bas, si bas, Yraiy que ce n'était fias lapeiAei Gependaot il nous entendit» > Car il était en sentinelle ; Et, le brutal, it me battit.

J'aurais mieux fait d'être fidèle.

Ul BPII COPVIU

Je ne suis pas Lucette Infidèle & Cotas; Si je semble coquette, |i^on, je ne le suis pas ; Mais j'aime, il £iut le dire, Â le Tolr $eupirer.

Cela me faii tant nire Quand je le tois pleurer.

a 12 SUITE DES NOTES.

Lorsqu'il voudrait seulett^ Me parler au bosquet.

J'y Tiens avec Toinette, Ou Louise, ou Babet ; Et puis je me retire Dés qu'il semble espérer ; Cela me fait tant rii^e Quan^ je le vois pleurer !

Chaque soir à la danse , Lorsqu'il cherche ma main, Je la laisse d'avance Toujours prendre à Lubin, Et j'ajoute un sourire Pour le désespérer; Cela me fait tant rire Quand je le vois pleurer !

O CiaL I T SOHOBIT-TOUS , MA MÉRB?

O ciel ! j songez-vous, ma mère.

De vouloir me donner Colas?

Colas qui serait bien mon père, ' Colas si déplaisant ! hélas!

Ne saTez-YoïM pas qu'au village En me le Toyant pour époux, Chacun dira : Que c'est dommage 1 €) ciel! ma mère, y songez-vous?

On prétend que je suis jolie, Moi, je sais bien ce qu'il on est.

Pourtant je pourrais, je parie.

Trouver un amourew^ mieux fait.

Ne dit-on pas qu'à Lise même C'est en vain qu'il fit les yeux doux, Et TOUS voulez, moi, que je l'aime P O ciel! ma mère, y songez-vous?

Le soir au bal, sur la fougère.

Qui viendra me donner le bras , Si l'on dit : Elle n'a su plaire Qu'à celui dont on ne veut pas?

Et si jamais je deviens veuve.

Où trouverai-je un autre époux , Après une pareille épreuve? O ciel! ma mère, y songez-vous?

Quelle misère !

C*est lui , ma chère , Qu'on a choisi Pour mon mari.

Il veut me plaire , Ah l j'ai beau faire »

Je ne puis pas Aimer Colas.

Triste, sévère.

Hargneux , colère , Sournois , taquin Et libertin.

Jamais aimable Ni serviable :

Il est jaloux.

Puis il est roux.

En sa présence 11 faut , je pense , Ne pas pleurer , Ni soupirer.

Ah l comHMAt fittre ?

Je suis , ma dUre , Rien qu'à I» toît , Au désespoir»

Quand de son ame Il peint la flamme , Dieu i quel portrait !

Ah ! qu'il est laid 1 Et s'il veut rire , C^est encor pire ; J'en puis , d'honneur !

Mourir de peur.

Dftns le village n est , jfe gage , IHz àmbureux Que j^aiïne inîëux.

Quand je vois Biaise , Je suis bien aise , Thilmul pat'aî't, Thibaut me platt.

Si Liibin diante , Sa rmx tn'ehehmite>

Mon cœur aoudain Bat pour LuImd ; Mai8J*ai beau taire, , Hélas ! ma cbère »

Je ne puis pas Aimer Colas*

MOI 9 'B DBTB0TB TOUS LMB HOHMmi.

Lisette, soyez-en certaine, Les hommes sont tous des trompeurs ; C'est pour tous faire de la peine Qu'ils TOUS conteront des douceurs.

Âhl pauvres filles que nous sommes !

Moi je déteste tous les hommes»

J'aimais Bastien, je le confesse;

Il était jeune, il était beau ,

Mais il avait Tame traîtresse,

11 me quitta pour Isabeau.

Ah ! pauvres filles que nous sommes !

Moi je déteste tous les hommes.

Après lui j'écoutai Léandre,

11 me parlait ai bien d'amour !

Il arait le regard si tendre ,

Mais cela ne dura qu'un jour.

Ah ! pauvres filles que nous sommes î

Moi je déteste tous les hommes.

Ce fiit un monsieur de la ville

Qui sut ensuite me charmer ,

n était aimable et docile ,

Mais il ne savait pas aimer.

Ah î pauvres filles que nous sommes !

Moi je déteste tous les hommes.

Enfin, pour contenter ma mère.

Il fallut choisir un époux ; Je crus être heureuse avec Pierre , Et c'est le plus méchant de tous.

AU! pauvres filles que nous sommes î Moi je déteste tous les hommes.

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