CONTE
Illusions, fantômes» doux prestiges, Qael dieu cruel, ennemi du plaisir, De l'univers est venu vous bannir?
Il est passe le bon tems des prodiges , II est passe pour ne plus revenir.
La nymphe agile a d^sert^ la plaîne; De THélicon les antres sont déserts^ On n'entend plus la voix de la sjrène,
32? hlÀlUE ET ENDTHION.
Et le triton n'iiabite plus les mers.
Peut-on assez pleurer ce siècle aimable? Dans ce bon tems, heureux tems des amours. Malgré les yeux d'un Argus intraitable, GrilleS| terrons, f0ssé»> portes et tours, Jèutoe beauté poutai't avoir recours A quelque dieu discret et charitable.
Le jeune gars qu'éveillait le désir.
Avait l'espoir qu'une tendre déesse Pour ses belRix yeux aurait une faiblesse. Nous n'avons plus un si doux avenir, Et tristement il faut vivre et mourir.
Laissons cela, point de propos frivoles; Je vous dirai qii#le maître Casti, Qu'en mon jargon je vous traduis ici, Arrive au fait en hmB moins ^ paroles.
On m'a conté que Diane autreMs, Par Aetéon surfurise au fand d'an bois Dans l'attirail de notte premtet père„ Se mit soudain en si grandie colère
BUNE £T ENDYMION. 333
Que le pauvret, ù bien je m'en âouyienS| £n devint çeri et fut mange des diienSi Comme en sçatetsps d($fiinte Jézabel!e.
Cette action, à «Mn grë, n'est pas belle ; EtCjnthia, soîl dit$ai9S compliment, Fit la bégueule, et la fit nltfchamment« Pour son kemieur unp fille jolie .
Peut bien donner quelquefois dans sa vie De r^ventail sur les doigts des galans; Mais par Its obiens Mrt iiianger les gens, C'est un peu loin pousser la pruderie.
Aussi l'amour, petit dieu chatouilleux, Jura tout bas qu'U en aurait vengeance. 11 tint paroj!», et c'est ce que Je venx Vous racontev, si m'en 4onnez Keence.
Ëndjmîon fiit jadis, un berg«r De grand renom au pays boeager ; De sa naissance on sait peu le mystère, On le croit fils d'im seigneur étranger, Mais en Carie il fiil pvopri^taire*
Ne croyez pus que les pâtres d'alors Avaient en rien les airs de ces butors. De ces bouviers à la lourde encolure, Chausses de bois et revêtus de bure.
Que dans la Flandre et le pajs de Caux On voit sifflant au milieu des troupeaux ; L'orgueil encor ne tournait pas les têtes, Chacun en paix cultivait son verger, £t noblement sans croire déroger Un gentilhomme allait garder ses bêtes.
Endymion avait seize printems :
En jolis vers je voudrais vous décrire
Du garçonnet les nombreux agréastens,
Ses cheveux blonds^ ses jeux, son doux- sonnrc ;
Mais d'un Tîbulle il me faudrait la Ijre,
Avec le don de moduler des chants,
Et point ne sais la rime ni le tems.
Au bon lecteur il sufiBra de dire
Que Ganimède et- le fils de Cynire^
X<e beau Tithon et le dieu de Délos
Auprès de lui n'étaient que des mag^ots.
Par passe-tems, à la biche craintive.
Au cerf léger, la gloire des forêts,
A la colombe amoui:euse et plaintive,
Au sanglier, la terreur des guère ts,
Sa main adroite apprêtait des filets.
C'est ce bel art que, dans le dernier âge,
Nos grands seigneurs ont nommé braconnage,
Et par lequel on avait de Temploi
De tems en teips sur les vsiisscaux du roi.
Dans nos cantons TaJOIreuse jalousie Répand souvent sa noire frénésie Parmi les gens faisant méi^e mélpier.
Ce n'était pas ainsi dans l'^^cb^ïe ; Et poliment le berger de Carie Disait bonjour sans se faire prier, Quand par basa];d sur le même sentier 11 rencontrait les nymphes de Cjntlue.
Même il aurait chassé de compagnie -
a26 DIANE ET ENDYMION.
En boQ compèpe et voisin familier.
S'il n'eût pas craint que la ce'remonie
Ne Teût force de donner son gibier.
Ce n'est pas là ce qui faisait envici
Nous dit Tauteuri à la troupe jolie.
Et je le crois. Quand de quelque moutier
Où sans espoir vingt nonnes confinées
Ont vu s'enfuir leurs plus belles années.
Le directeur, apôtre décroissant^
D'un jeune clerc, aimable adolescent.
Par aventure un matin s'est fait suivre,
Est-ce l'habit, le rabat de l'enfant
Qui fait penser le troupeau? non vraiment.
Mais qu'est-ce donc? je l'ai lu dans un livre.