ROTES
trente satires ^ dont les fragmens ont été recueillis par François Douza, et imprimés à Leyde, avec des notes , en 1597. Quelques savans Font regardé comme Tinventeur de la satire ; mais M. Dacier a prouvé qu'il n a fait que perfectionner ce^genre de poésie. Pompée étoit petit-neveu de Lucilius du côté maternel.
Decurrere campa, etc. Cette métaphore est empruntée, soit de Vexercice militaire nommé par les anciens decursio, soit de celui qu'ils appeloient le Jeu troyen, Tite-Live, Aulu -Celle et Suétone font mention de cet exercice, que l'on trouve représenté sur plusieurs médailles de Néron, où l'on voit une ou deux figures équestres, et d'autres à pied, avec le mot decursio,
* Quand un échappé des bourbiers d'Egypte , un Crispinus, etc., v. 26.] Ce Crispinus étoit favori de Domitien, qui le combla d'honneurs et de richesses. Il paroit que c'est le même que Martial a lâchement célébré dans ses épigrammes.
9 Rejette nonchalamment sur ses épaules la pourpre tyrienne, v. 27.] La pourpre se tiroit de deux petits coquillages de mer nommés murex et purpura. Les Tyrîens excelloient .dans l'art de teindre la pourpre ; de là vient qu'on lit dans les poètes :
Tjrrioque ardehàt muriee lana,
Horace appelle la pourpre par excellence lana tyria ; et Juvénal, satire viii, l'appelle sarrana. La beauté et la rareté de cette couleur en avoient rendu l'usage particulier aux rois de l'Asie, aux empereurs romains et aux premiers magistrats de Rome. Les dames même n'osoient l'employer dans leurs habits : elle étoit réservée pour les robes pré-> textes de ta première magistrature. De là cette expression
SUR LA 5ATIRB I. 21
'vestis purpura, pour signifier une robe éclatante, et au figuré un sénateur, un consul,
'<* Jgite ses bagues d'été, etc, , v. a8.] D'abord on ne porta qu'un seul anneau^ puis un à chaque doigt (Martial, liy. XI , épigr. lx), enfin à chaque jointure du doigt. Peu à peu le luxe s'augmenta au point qu'on eut des anneaux pour chaque semaine. On verra dans la satire vu qu'il y est question d'anneaux semestres. On eut aussi des anneaux d'hiver et des anneaux d'été. Lampride remarque , chap. 32 , que personne, à cet égard , ne porta le luxe aussi loin qu'Héliogabale , qui ne mit jamais deux fois le même anneau, non plus que les mêmes souliers. Il semble que depuis quelques années nous ayons à peii près rappelé cet usage.
Les Romains avoient trois différentes sortes d'anneaux; la première servoit à distinguer les conditions, la seconde consistoit en anneaux d'épousailles ou de noces , et la troisième étoit destinée à servir de sceaux : ces derniers s'appeloient chirographi. Les empereurs romains, et Néron entre autres, firent plusieurs règlemens à ce sujet; mais on cessa bientôt de les observer.
" Remplissant d* aujourd'hui une litière de sa rotondité , Y. 32.] Je n'ai point cru devoir rendre nova lectica par nouvelle litière : j'aurois fait passer l'amphibologie latine dans le français. Il est bien plus satirique de dire que Mathon étoit porté pour la première fois en litière, que de iui reprocher d'en changer souvent, ou d'en avoir d'une forme nouvelle.
^^ A la rencontre de ce délateur, etc. , v. 33^.] Il s'agit ici d'un certain Régulus qui vivoit sous Domitien. Les proscriptions de Marins, de Sylla, et le triumvirat, infectèrent Rome de ces perfides qui, par avarice ou pour se venger, se rendoient accusateurs déclarés ou secrets de leurs conei-
aa NOTES
toyens. Cette peste,, qui fit tant de ravages , oe cessa que sous le règne de quelques bons princes ; car ils n'ont poin^ de d/élateurs.
* Il est fort incertain que Juvénal parle ici de Régulus, suivant Topinion de Britannicus, que M. Dusaulx a suivie. L'ancien scholiaste veut que ce soit un philosophe, ou prétendu tel , nommé Héliodore , le délateur de licinius Silanus ; d'autres disent Égnatius , d'autres l'avocat Démétrius. • Je pencherois pour Héliodore, parce qu'en effet Massa et Carus furent mis à mort sur sa dénonciation. ( Note de i* Éditeur.)
"' Ou qu'un rhéteur prêt à monter à la tribune de Lyan^ V. 44*] Après que Caligula eut reçu dads Lyon l'honneur de son troisième consulat, il y fonda toutes sortes de jeux, et en particulier cette fameuse académie, Jthenceum, qui s'assembloit devant l'autel d'Auguste , ara Lugdunensis. C'étoit là qu'on disputoit les prix d'éloquence grecque et latine , en se soumettant à la rigueur des lois que le fondateur avoit établies. Une des conditions singulières de ces lois étoit ^e les vaincus, non-seulement fQurniroient à leurs dépens les prix aux vainqueurs , mais de plus qu'ils seroient contraints d'effacer leurs propres ouvrages avec une éponge : en cas de refus, qu'ils seroient battus de verges , et même précipités dans le Rhône. De là le proverbe de Juvénal. Pour moi , je n'en crois rien, et voici mes motifs.
Selon l'histoire, Caligula paroît n'avoir fondé à Lyon ni jeux, ni académie; Dion Cassius dit seulement qu'il y donna quelques jeux (liv. lix, § 22). On lit aussi dans Suétone, in Càlig.y cap. 20 : Edidit peregre spectacula; in Syracusis asticos ludos , et in Gallia Lugduni miscellos. Or le mot edidit n'a jamais signifié institua, La suite de ce passage, où \\ est question des prix d'éloquence grecque et latine que l'on se disputoit, et de la manière dont les vaincus étoient traités, ne prouve pas non plus que cela se soit passé à Lyon; car Suétone n'en dit rien. Il est certain, au contraire ^^
SUR LA SATIRE I. a3
qu'Augaste avoit institué dans cette ville un combat d'élo* ' quence > lequel subsista très-long-temps ; au lieu que celui dont parle Suétone, dans le passage précédent, ne subsistoit plus de son temps, puisqu'il dit : Quo certamine feront, etc* V Si Ton considère à présent que les députés de la Gaule entière s'assembloient quelquefois à Lyon; qu'on y voyoit une très-grande afBuence de citoyens romains attirés par le commerce ou par d'autres affaires , et qu'on y célébroit , ' selon Dion Casûus (liv. vi,;^§ 54), une fête auprès de l'autel d'Auguste, où les orateurs lyonnais, qui étoient trèscélèbres, comme pn le voit dans Ausone, récitoient leurs ouvrages, on sentira que de pareilles séances étoient assez imposantes pour déconcerter un débutant et le faire pâlir, car ' Juvénal ne dit rien de plus :
Palleat , ut nudis pressit qm caîeibus anguem , Aut lugdunensem rketor Jicturus ad aram.
Le temple d'Auguste , son ^utel , et la prétendue académie de Caligula étoient, dit-on, dans l'endroit où est aujourd'hui l'abbaye d'Aisnay, nom corrompu du mot Athenœum,
'^ D'un pupille réduit au dernier opprobre, v. 4 7] Jouvenci , dans sa paraphrase de Juvénal , dit que pupilli prostantis doit s'entendre d'un pupille exposé dans la place publique pour y être vendu comme un esclave ; mais il s'est trompé : le vers 164 de la satire 11 , et le 3o6 de la satire x , expliquent ces deux mots.
■^ Quand je vois cet autre vainement condamné ,. v. 47«] Ce Marins , différent de celui qui défit les. Cimbres et les Teutons , ayant été * proconsul d'Afrique , fut accusé de concussion la troisième année du règne de Trajan. Le sénat le condamna, l'exila; mais la province ne fut point indemnisée; la moitié des dépouilles qui lui avoient été ravies^
. a4 NOTES
fut portée au fisc : le coupable retint l'autre ^ et mena une vie plus commode encore et plus licencieuse que dans son gouvernement. C'est à quoi il faut a^voir égard pour entendre le sens de ces mots : « Et jouit de ses rapines en dépit de la colère des dieux. » — Proçincia victrix signifie que la province, après avoir gagné son procès, n'en étoit pas moins obérée.
** Commence à boire dès la huitième heure, v. 49.] Les heures qui partagent le jour en vingt-quatre parties égales furent long-temps inconnues aux Romains. Ils ne régloient leur jour que par le lever et le coucher du soleil. Ils divisoient les douze heures du jour en quatre parties : prime ou la première , qui commençoit à six heures du matin ; tierce ou la troisième, à neuf; sexte ou la sixième, à dduze ou midi; et none ou la neuvième, à trois heures après midi. Ils divisoient aussi les heures de la nuit en quatre veilles , dont chacune contenoit trois heures. Ils parvinrent ensuite, à l'aide d'une horloge hydraulique, à distinguer à peu près les douze heures du jour et celles de la miit. La première heure du jour conunençoit à nos six heures du matin; ainsi des autres. Le temps du souper, leur principal repas, étoit ordinairement entre la neuvième et la dixième heure du jour, suivant leur manière de compter, et selon la nôtre, entre trois et quatre heures après midi ; de sorte qu'il leur restoit assez de temps pour la digestion, les amusemens, les -soiiis domestiques, et même quelquefois pour un régal extraordinaire qu'ils appeloient comessatio. Il étoit indécent et de mauvais exemple de prévenir l'heure fixée pour le souper.
'7 Lorsqu'un ir^âme , feignant de compter les solides, v. 56.] Mécène rendoit souvent visite à la femme d'un certain Sulpicius Galba, qui, pour faciliter ce commerce galant, feîgnoit de s'endormir en sortant de table. Un esclave , vqut
lant profiter de cette occasion pour goûter du vin de Falerne, Galba lui cria : Heu ! puer, non omnibus dormio : « Holà ! enfant , je ne dors pas pour tout le monde. » Cicéron (épit. xxiv, liv. vu) attribue ce bon mot à un certain Capius, antérieur à Galba ; mais celui-ci peut fort bien l'avoir répété dans la même circonstance.
»* Hérite des amans de sa femme , inhabile à de telles successions, v. 56.] Avant Tan de Rome 578, les femmes héritoient comme les hommes; mais la loi Yoconia y mit des restrictions. Plus de deux siècles après, Domitien priva de la litière et des successions celles qui se prostituoient : Probrosis feminis lecticœusum ademit : jusque capiendi legata hereditatesque, Suet. , Fita Domit, , capl viii.
'9 Pour avoir consumé le bien de ses ancêtres à nourrir des chevaux, v. 69.] Les sa vans sont partagés sur le nom de l'individu qui est désigné ici ; les uns veulent que ce soit Tigellin , dont il sera parlé plus bas; les autres Cornélius Fuscus , qui, dans sa jeunesse , quoique sorti d'une illustre famille, conduisoit les chars de Néron , se ruina en dépenses folles qu'il fit pour les chevaux, et depuis fut fait préfet du prétoire sous Domfticn, et périt dans la guerre des Daces. Il est peu important.de faire une semblable recherche, un palreil personnage étant alors fort commun à Rome parmi la noblesse.
{Note de r Éditeur,)
*** Dans lequel Néron caressoit sa bizarre maîtresse , v. 6a.] Sa bizarre maîtresse désigne Sporus, que Néron épousa publiquement, et sur le corps duquel il exerça des cruautés non moins affreuses qu'extravagantes : il vouloit changer son sexe.
* ■ Dans sa litière ouverte des deux côtés , v. 65.] Il y avoit deux sortes de litières , l'une ouverte , comme sont les nôtres ;
26 IfOTBS N
Tmitre couverte et à Y^bti des injures de Tair. Il s'agit de cette dernière espèce , que Pline appeloit cubiculum viatarium ; celle-ci étoit suripontée d'un dais pu baldaquin , duquel descendoient de quatre côtés des rideaux qui s'ouyroient et se fennoient à volonté. Le ciel même du dais se découvroit quelquefois , comme le prouve ce passage de Suétone, Fit. Tit.^ cap. lo : Cum lectica transferretur , suspexit dimotis plagulis cœlum. Celui qui se trouvoit dedans étoit mollement couché sur un matelas , avec des oreillers et des coussins , souvent parfumés d'essences et jonchés de roses. Cicéron, Ferr, v : Nam ut mos fuit Bithyniœ regibus, lectica octophoro ferebatur, in qua erat pulnnus pellucidus rosafartus. Cette espèce de litière ^ ou plutôt comme on la désigne dans l'Orien^ , de palanquin , étoit portée par deux hommes quand elle étoit petite, et s'appeloit sella; mais il y en avoit de fort grandes portées par six , même par huit hommes : cette dernière prenoit, à ce qu'il paroît par le passage de notre auteur, le nom de cathedra. Il s'agit ici de cette sorte de litière. [Note de V Éditeur^)
'* Foulez -vous parvenir, bravez Gyare et les cachots , V. 73.] Gjrare ou Gyaros , petite île de l'Archipel , dont presque tous les anciens font mention. Pline lui ^onne douze mille pas de circuit, et la place à soixante-deux mille pas d'Andros ; elle est couverte de rochers , et par conséquent fort stérile. Rome y envoyoit.ses plus fameux criminels. On la nomme à présent Joura, Elle est toujours aussi déserte qu'autrefois.
Au lieu de voulezrvous parvenir , j'aurois pu mettre voulez^ vous être quelqu'un ; mais on n'auroit pas approuvé cette expression proverbiale, qui cependant appartient à notre langue. Elle a vieilli, et il suf&t de l'avoir indiquée.
*' C'est le crime qui donne,,, ces palais, etc., v. 76.] Nous ne pouvons, dans notre langue, rendre le motprcetoria
que par équivalent. Les Romains appeloient prcetorium la partie du prcedium rusticum occupée par le maître : c'étoit ce que nous nommons le château; le reste, c'est-à-dire rustica œdifieiay répondoit à nos fermes, à nos basses-cours. Palladius, en parlant du prœtorium , dont il assigne les dimensions et les propriétés , dit qu'il étoit plus facile de le construire que de l'entretenir, à cause du luxe qui régnoit jusque dans les jcampagnes. De Re rustica , i , *8.
^ Ces coupes y du contour desquelles on voit saillir un chevreau, v. 76.] Juvénal met autour de la coupe qu'il décrit le relief d'un chevreau ou d'un bouc fortement prononcé , stantem extra pocula caprum. Il y met ce bouc à l'imitation des anciens artistes, qui représentoient sur les coupes destinées aux festins tout ce qui avoit rapport aux vendanges et au culte de Bacchus, auquel on sacrifioit ordinairement cet animal. Foyez Virgile et ses interprètes, Géorg, , liv. II, V. 376.
** Des épouses infâmes , etc,, v. 78.] Il n'est pas douteux que par sponsœ turpes , Juvénal n'ait voulu désigner ces alliances monstrueuses et ce crime contre nature dont il parlera plus ouvertement dans la satire 11, v. i34.
*** La manie des jeux de hasard , plus téméraire , v. 88.] Les lois portées contre les jeux de hasard furent assez bien observées jusqu'à la fin de la république; mais bientôt cette fureur ne connut plus de bornes. On trouve dans Suétone cette épigramme, qui se rapporte au temps où Auguste faisoit la guerre en Sicile contre Pompée.
Postquam bis clause rictus naves perdidit , Aliquando ut wncai, ludU assidue aleam.
« Battu deux fois sur mer, que fait Octave? pour vaincre f^ à Son tour, il ne cesse de jouer. »
a8 NOTES
Néron hasardoit josqu à quatre cent mille sesterces sur un coup de dé. Claude jouoit même en Toiture. • Les Romains avoient trois sortes de jeux de hasard : celui des osselets , ludus talorum; celui des dés, ludus iesserarum; et le jeu appelé duodena seripta, qui étoit une espèce de trictrac.
J'ai traité cet article dans un ouvrage intitulé de la Passion du Jeu depuis les temps anciens jusqu'à nos Jùurs ; à Paris y chez Moutard , 1779.
'7 Dès que les instrumens du jeu sont distribués , etc. , y. 91.] JuTénal appelle armiger Vesclave qui foumissoit les dés 9 par allusion aux écuyers, qui, dans les combats, donnoient de nouvelles flèches à leurs maîtres.
'^ Perdre cent mille sesterces , y. 92.] L'adjectif masculin sestertius ( sous-entendez nummus) étoit une petite monnoie courante d'argent. Le même adjectif au neutre, sestertiuin ( suppléez pondus) , et de là le pluriel sestertia , signifie le poids de mille sestertii nummi , et par conséquent une somme de mille foi^ un sestertius.
Selon l'opinion de Gass^idi, l'as romain valoit neuf deniers de notre monnoie (l'once d'argent étant estimée, de son temps, sur le pied de soixante-dix sous); le denier romain valoit dix as, c'est-à-dire huit sous de notre monnoie, et le sestertius valoit, suivant ce calcul, deux sous; le sestertium valoit environ cent et une livre dix-sept sous. Aujourd'hui (1769) que l'once d'argent est estimée sur le pied de'six livres, et le marc sur le pied de cinquante livres , le sestertius vaudroit un peu moins de quatre sous, et les mille environ cent quatre-vingt-sept livres. Il est aisé de faire cette évaluation en tout temps, d'après la valeur fixée de l'once d'argent. Ainsi les centum sestertia de Juvénal répondroient à présent à dix-huit mille sept cents de nos livres. Au reste , la fureur du jeu, loin de s'être amortie, offre de nos jours bien d'autres excès.
SUR LA SATIRE I. 2g
* Nous verrons à la satire iv, vers 29 , à donner une évaluation plus juste des monnaies romaines.
( Note de l'Éditeur.)
*9 Leurs soupers clandestins étoient4ls à sept services ? y. 94.] Voici de quelle manière se faisoit le service de la table chez les Romains. Après la distribution des coupes on servoit les viandes, non pas toujours chaque plat séparément , comme le marque ce vers d'Horace :
Adfertur sfuUUu inter murœna notantes Ift patina porrecta;
Et cet autre :
Tum psetore adttsto ,
Fidimuâ et meruhu poni, et sine clune palumhes.
Mais souvent plusieurs plats étoient servis ensemble sur une table portative, comme le marque ce vers de Virgile :
Postquam exempta fumes epulis, mensœque remotœ.
Servius assure qu'on apportoit les tables toutes garnies r Athénée est conforme à Servius. Tel étoit le premier service. Ensuite les services se multiplièrent; et quoiqu'on retînt toujours les mêmes expressions de premier et second service, primœ et secundœ mensœ, pour tout le souper, ces deux services se subdivisoient en plusieurs autres. Le premier contenoit les entrées , qui consistoient en œufs , en laitues, et en vins miellés, suivant le précepte :
Faeuis eommittere verus
NU nui Une decet.
Après cela venoient les viandes solides , les ragoûts , les grillades. Le second service comprenoit les fruits crus, cuits
3o HOTES
et confits y les tartes et les autres friandises que les Latine appellent dukiaria et belfaria.
La table de l'empereur Pertinax n'étoit ordinairement que de trois services , quelque nombreuse que (ùt la compagnie ; au lieu que celle de l'empereur Héliogabale alloit quelquefois jusqu'à vingt-deux; et à la fin de chaque service on lavoit ses mains comme si l'on eût fini le repas , car l'usage étoit de les laver aussi bien à la fin qu'au commencement £xhibiut aUquando taie comhiam , ut haheret vigenti-' duo ferculo ingerUium epidarum ; et per singula lat^arent , dit Capitolin.
'<* Une mince sportule , etc. , v. 9 5.] Sportula est le diminutif de sportay du verbe asportare ; l'un et l'autre ont signifié originairement, dans la langue latine, une corbeille^ ou panier fait de joncs, de roseaux, ou de branches d'osier tissues et entrelacées.
On s'est servi de ce mot pour signifier les vases ou mesures propres à contenir les pains, les viandes, et les autres mets que l'on distribuoit en certaines occasions , et lorsque l'usage se fut introduit chez les grands de Rome de faire donner à leurs cliens, et à ceux qui leur faisoient la cour , de certaines portions pour leur nourriture. Ces portions , que l'on mettoit dans des corbeilles, furent appelées, par métonymie, sportulœ. Ensuite on l'employa pour désigner une sorte de reptis public différent de ceux qu'on appeloit cenœ rectœ y qui étoient des repas servis par ordre ^ où l'on n'admettoit que les gens choisis ; tels étoient les repas que donnoit Auguste, au rapport de Suétone : Connvabatar et assidue , nec unquam nisi recta,
Lei distributions des particuliers à leurs cliens se faisoient tantôt en argent, tantôt en viandes, quelquefois même de ces deux manières, et s'appeloient également du nom de spoTtuUe, Ces présens étoient souvent de petites médailles d'argent qui servoient de monnaie; mais les èmpereors et
St7R LA SATIRE I. 3l
les grands donnoient des médailles d'or. Aussi Trébellius PoQio, parlant des petits présens que l'empereur Gallien fit k son consulat, dit qu'il donna une sportule à chaque sénateur y et à chaque dame romaine quatre médailles d'or : Senatui qxfrtulam sedens erogapit, Matronas ad œnsulattun rogavity us denique, manum sibi osculantibus , quatemos awreot sui nominis dédit,
G'étoit aussi la coutume que ceux qui entroient dans le consulat envoyassent à leuf's amis de ces présens : Sportulam consulatu$ mei et amicitiœ nostrœ et honori tuo deheo , kanc ihsoUdo misiy dit Symmachus. Le mot sportula, qui signifie une petite corbeille, fut donné à ces présens parce qu'on les bnvoyoit dans une corbeille. Les vers suivans de Coripus (liv. IV ), sur le consulat de l'empereur Justin, nous le confirment :
Dona caUndarum, quorum est ea curuy parabant. Officia , et turmis implent felicibus aulam , Connectant rutilum sportis capacihus aurum.
Outre ces sportules, les consuls donnoient de petites tablettes de poche, d'argent ou d'ivoire, dans lesquelles étoient leurs noms : c'est c^ qu'on appeloit les fastes, Sidonius (liv. viii, chap. 6), parlant du consulat d'Astérius, nomme les sportules et les fastes qui furent distribués.
Enfin le mot sportulœ s'est appliqué généralement à toutes sortes de présens, de gratifications et de distributions, de quelque nature qu'elles fussent.
^' Mais les cinq boutiques me produisent ^ etc,^ v. io5.] Une partie du Forum , où s'assembloient les banquiers , les usuriers , et ceux qui faisoient travailler leur argent , s'appeloit quinque tabemœ. Ce lieu a changé de nom plusieurs fois. Septem tabemœ , dit Tite-Live , quce postea qumque et argentariœ, qiue nunc novœ appellantur arsere (lib. xxvi , cap. 27). Le même auteur dit dans un autre endroit qu'Annibal
étant campé près de Rome, fit vendre tabemàs argentarias quœ circa forum romanum tune essent (lib. xl, cap. Çi). Il ne faut donc pas suivre l'interprétation des commentateurs, qui se sont figuré que raffranchi en question possédoit en effet cinq boutiques qui lui produisoient quatre cent mille sesterces de revenu , ce qui répondoit au census equestris , c'est-à-dire à une fortune considérable.
^* Je suis plus riche y moi y que PàUas et Liciaius , v. io8«] PallaSy affranchi de l'empereur Claude, eut la plus grande influence dans les affaires et les intrigues de ce règne. Il avoit été autrefois esclave d'Antonîa, belle-sœur de Tibère, et avoit été chargé de remettre à l'empereur la lettre par laquelle elle lui donnoit avis de la conspiration de Séjan. Ce fut Pallas qui fit répudier Messaline , qui mit Agrippine dans le lit de Claude, et fit désigner Néron à l'empire, au préjudice de Britannicus. Il fut encore complice de l'empoisonnement de son maître. I^éron l'exila , et sept ans après le fit mourir. Il possédoit des richesses immenses , et étoît d'une insolence outrée.
Licinius, affranchi d'Auguste, avoit pillé les Gaules.
^^ Apec les pieds marqués de craie , etc. y v. m.] Il n'est point question ici de pieds poudreux : l'affranchi dont il s'agit, né sur les bords de l'Ëuphrate, natus adEuphratemy avoit été amené par mer. Ceux qui vendoient des hommes avoient coutume de leur frotter les pieds de craie blanche , gypso vel creta y pour marquer la patrie et le maître de chacun de leurs esclaves ; c'est ce qu'Ovide appelle gypsati crimen inanepedis, (Amor.y lib. i, eleg. viii.)
'* Quoique nous ne t'ayons point encore érigé de temples ni d'autels y etc., v. ii40 Si l'on en croit les auteurs anciens, il j avoit dans la seule ville de Rome plus de cinq cents temples, et dans les autres villes de l'empire à proportion.
^5 Salue son nid au retour du printemps, v. ii6.] J'ai long-temps tourné autour de ûe vers, ou plutôt de cette énigme , dont persoipe encore n'a trouvé le vrai mot; Quelques savans, rejetant la cigogne et son nid, y voient* une allusion au bruit que faisoit le sénat lorsqu'il s'asseœbloit dans le temple de la Concorde.
Le comte Silvestri, dans sa traduction de Juvénal^ imprimée à Padoue en 1 7 1 1 , donne une interprétation du vers en question, non inoihs hasardée que celle des autres commentateurs. Après avoir longuement disserté , il en conclut que le sens se réduit à ceci : Et Concordia quœ objurgat if encrantes ejus asdem , vel aram , etc,
* Un interprète manuscrit de Juvénal , qui existe à la Bibliothèque du roi sous le n*' 8294 , donne à ce passage l'explication suivante : « Nidus, nid d'oiseau, se prend quelquefois métaphoriquement pour une petite ville, une bicoque, et plus souvent pour un édifice chétif et de pauvre apparence, soit sacré j soit profane. » Or notre interprète suppose que là Concorde , dont le temple est abandonné et presque toujours désert, crépitât , pousse un cri de joie lorsque, par hasard, on vient saluer son petit réduit. Et cette Concorde qui pousse des cris de joie, lorsque , etc. Cette explidation ne me paroît point sans mérite; elle a même un sens satirique qui ne se trouve pas dans les autres.
{Note de l'Éditeur,)
^* Parmi lesquelles je ne sais quel Égyptien , quel chef d! Arabes y V. i3o.] Ce trait, purement satirique, pourroit bien regarder le Crispinus dont nous avons déjà parle, ou quelque autre favori de Domitien. Famabe n'est point de cet avis; il croit qu'il s'agit de Tibérius Alexander , Égyptien d'origine, qui présagea queVespasien parviendroit à l'empire.
On n'a proposé que des conjectures sur ce passage; je vais aussi risquer la mienne. On ne voit pas que les Romains
aient jamais, dans .1 enceinte de Eotme, étevé des statues aux étrangers; mais les empereurs isomains en ont décerné plusieurs à' leurs favoris. Or je trouve dans Suétone que Claude donna le gouvernement de la Judée à Félix , frère de l'affranehi Pallas. Ne seroit-ce poipt de oe Félix ^ui épousa trois reines, ou de quelque autre afFrandii, quil s'agit ici ?
^7 Fain espoir! v. i34.] Presque toutes les éditions portent spes Aemmi; cependant cAeant, deponunt, miseris ^ exigent le pluriel. Il £iut donc écrire spes hominum! C'est une exclamation.
^' Assis au milieu de ses lits d&wés de comités, v. i36.] Les anciens ne s'asseyoient pas comme nous pour prendre leurs repa« \ ils se couchoient sur 4ies lits plus ou moins semblal)les à nos lits de repos , dont l'usage peut nous être r^té de l'antiquité. Leur corps étoit élevé sur le coude gauche, afin d'avoir la liberté dé manger de la main droite, et leur dos étoit soutenu par derrière avec des traversins quand ils vûuloient se reposer. Avant la seconde guerre Punique, les Romains s'asseyoient sur de simples bancs de boiSiScipion l'Africain fut le premier qui apporta de ces petits lits, qu'on a long-^ten^s appelés puniciatU- Un menuisier nommé Àrchias les imita, comme on le voit par ce vers d'Horace :
Si potes Archiacis eonvwa reeumbere Uetit,
On croit que l'usage des bains , qui commenta dans ce temps à sintrbduire, maintint c^ui des lit». Tant que dura la république, les femmes se contentoient de s'asseoù* sur ces lits; ma^s depuis les premiers Césars jusque vers l'an 3ao de l'ère chrétienne, elles adoptèrent et suivirent la coutiune des hommes. On retint plus long-^emps sous l'ancienne discipline les jeunes gens qui n'avoiént pas encore la robe virile.
Lorsqu'on les admettoit à uble, ils y étoient assis sur le bord du lit de leurs plus proches parens.
Le plus grand cérémonial* des Romains ctoit de n avoir que trois lit» autour d une table, afin qu un des côtés de^ meuràt yide pour le service. Le maître de la maison se plaçoit sur le Ut à droite au bout de la table : le plus honorable étoit celui du milieu.
La somptuosité particulière de ces lits de table consistoit, 1^ dans rébène, le cèdre, Tivoire, lor, l'argent, l'écaillé de tortue, et autres matières précieuses dont ils étoient faits ou enrichis; a° dans les superbes couvertures de diverses couleurs, bordées d'or et de pourpre; 3^ dans les trépieds d'or et d'argent. ^
Les lits de nos pères, dit Ovide, n'étoient composés' que de joncs et de feuillages; il n'appartenoit qu'aux riches de les couvrir de peaux :
Qui pelles poterat aédere , di»es erat. .
^9 // possède cent tables , belles , spacieuses , antiques , V. 137.] Les tables des Romains furent d'abord composées d'un bois simple et sans ornement; mais bientôt après leurs conquêtes ils se piquèrent d'en avoir de bois de cèdre que l'on tiroit du mont Atlas,, selon le témoignage de Pline , et d'un autre bois beaiicoup plus précieux, le citrum, qtii n'est pas notre bois de citronnier , mais d'un arbre beaucoup plus rare , que nous ne connoissons pas , et qu'on estimoit singulièrement à Rome. Cicéron reproche à Verres d'avoir enlevé en Sicile une table magnifique composée de ce bois précieux. Tu maximam et pulcherrimam mensam citream a LutatUo abstulisii, ( Orat. vi , in Ferrem,)
Dans la vente des meubles de Gallus Asinius, il s'en trouva deux d'une valeur si excessive , que , s'il en faut croire Pline , le prix de chacune auroit suffi pour acheter un vaste champ. Le travail l'emportoit sur la matière; elles étoient ornées