‹ Satires et chantsChapitre 109 sur 148 · HYMNE A L'AMITIE · texte numérisé non relu

HYMNE A L'AMITIE

De dénouer parfois les divines ceintures

Des filles d'Apollon aux voix tendres et pures!

Il est vrai que le ciel n'est pas toujours serein. Que très-peu de beaux jours finissent sans tempêtes. Que la neige des ans et le vent du chagrin

Tôt ou tard passent sur nos tètes : Mais las! quelles que soient les rigueurs du destin Rt les longues douleurs de l'âge impitoyable. Dans ce monde changeant, il est encore heureux De vieillir côte à côte et surtout d'être deux

Contre le mal inexplicable.

Et tel fut ce troupeau de sublimes mortels A qui l'on dresserait volontiers des autels,

Tant leur mémoire est chère ; Achille aux pieds légers, Patrocle à l'âme fière. Oreste et son Pylade, et Damon, Pithias, Et le grand roi David et son cher Jonathas, Des cœurs aimants admirable exemplaire : Ils croisèrent leurs mains aux luttes d'ici-bas ; Aussi dans les revers et sous l'œil du trépas L'infortune leur fut moins qu'à d'autres amère.

0 belle et charmante Amitié!

Fille des doux accords et sœur de la Pitié, Sainte union des cœurs, amour chaste et sans voile. Feu paisible et constant, blanche lueur d'étoile Qui chauffe sans brûlure et pour l'éternité, Va, sans toi tous les biens sont peu dignes d'envie ;

Gloire, fortune et liberté Ne sont que les accès d'une courte folie,

Les rêves creux d'un sommeil agité, Et l'homme assurément jamais n'aurait tenté

De boire jusqu'au fond le calice de vie,

Si le roi du céleste azur N'en- eût point parfumé les bords de ton mierpur.

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