‹ Satires et chantsChapitre 110 sur 148 · CHANT DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

CHANT DES VIEILLARDS

Jeunes gens, jeunes gens! que la vieillesse envie Et qu'elle voit passer devant ses tristes yeux, Le visage empourpré des roses de la vie Et l'œil illuminé de la splendeur des cieux:

Vous que la vie emporte au milieu de l'espace, Comme un fier étalon, comme un coursier sans freins Que l'obstacle aiguillonne et que rien n'embarrasse Dans les champs entr'ouverts à ses pas souverains;

Que la force du sang qui bouillonne en la veine Entraîne avec transport aux amoureux combats , Et qu'elle mène aussi, la tête haute et vaine, Contempler sans frayeur la face du trépas !

Jeunes gens, jeunes gens, ah! que votre jeunesse Ne vous inspire pas des discours méprisants Pour les cheveux blanchis où la sombre vieillesse Amasse à flots épais ses brouillards malfaisants!

m-i CHANTS CIVILS ET RliLIGIEUX

Ne nous regardez pas, dans votre course agile, Comme des Termes froids dont l'impuissant orgueil Couvre le sol poudreux d'une charge inutile, Et de tous les chemins comble et bai-re le seuil.

Ne nous regardez pas comme plantes inertes, Comme rameaux noircis par les souffles du nord. Comme branches sans sève et déparant les vertes. Ou comme des fruits mûrs pour les doigts de la mort.

Songez, ô jeunes gens, que votre force extrême A la pâle langueur fera place à son tour. Et que vers le moment de ce déclin suprême Vos pieds tumultueux vous mènent cliaque jour ;

Que votre noble corps, votre fière stature

Se ploîra comme un arc sous le poignet du temps ,

Et que, comme l'hiver argenté la verdure.

Vos cheveux blanchiront sous la neige des ans;

Que votre main si bonne à tenir une lame, Vos genoux si puissants à dompter des chevaux, Votre bras si rapide à presser une femme. Votre langue si vive à formuler des mots ;

Tout se détraquera sous la rouille de l'âge. Tout insensiblement joûra mal, et le corps Ne se remûra plus que comme un vieux rouage Dont les siècles auront engourdi les ressorts.

Alors dans ce déclin de la force hautaine, Dans cet affaissement de la chair et des os-. Dans ces derniers éclats de la pensée humaine, Dans ce penchant rapide à l'éternel repos,

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