I.E PODESTAT
Ab ! notre excellent duc, ah ! notre auguste prince
VITEI.LOZO.
Oui, nous sommes amis du duc, et c'est pourquoi Il faut nous bien traiter. Si donc, en moins d'une heure. Nos soldats n'ont pas eu les choses qu'il leur faut, A tous les saints tu peux recommander ton àme.
I,E PODESTAT
Grande mère de Dieu, doux Jésus, se peut-il!
VITELLOZO.
Allez, et sur ses pas fouillez chaque demeure.
Les soldats et le podestat s'éloignent.
Mon cher duc, nous avons tort de nous arrêter, Mille fois tort, étant en aussi belle route...
LE DUC
Pourtant vous avez lu les lettres de mon fils,
136 SATIKKS DRAMATIQUES.
Celles du cardinal. — Tous les deux nous conseillent De suspendre le siège et d'écouter César; Notre fier ennemi porte moins haut la tête; 11 demande la paix, fait des concessions.
Le tigre devient cliat et nous donne la patte!
LE DUC
Très-humblement encor.
VITELLOZO.
Bon , bon , prenez-la-lui , Et tigre il redevient et soudain nous étrangle; C'est moi qui vous le dis.
Seigneur de Castello, Croyez-vous donc qu'il soit aisé de nous surprendre, Facile d'abuser des routiers tels que nous?
VITELLOZO.
J'en connais de plus fins dupés par ce chat-tigre. Pour moi, ce que je sais et je vois de plus clair, C'est que nous avons mis ses troupes en déroute, Pris son artillerie et ses deux généraux. Et que, pour le moment caché par des murailles, Le grand César en est réduit à paroler. Souvenons-nous, amis, des faits de la Maggionc; Nous devons, c'est juré, sans trêve l'assaillir.
C'est vrai, mais après tout si nos amis nous quittent,
Petrucci, Baglioni, puis les Bentivogli,
Mon cher Vitellozo, sans eux que peut-on faire?
CKSAR BOKGIA.
Le serpent, le serpent ! quelle faute sans nom A faite votre fils en recevant ses lettres !
Vous le verrez au reste, il ne peut être loin;
Sonnerie militaire.
Ah ! n'entendons-nous pas le bruit de ses trompettes*! Le voilà. •
PAGOLOOnSlIM.
Salut, duc! bonjour, Vitellozo!
LE DUC
Eh bien, mon fils?
PAGOLO ORSINI
Eh bien, il faut plier bagage.
VITELLOZO.
En vérité !
PAGOLO ORSINI
Je viens pour le traité de paix Vos signatures prendre , elles seules y manquent. Et vous ne voudrez pas en retarder l'effet.
VITELLOZO.
Ah ! que le mal français des pieds jusqu'à la tête Me ronge tout le corps plutôt que de signer !
PAGOLO or.siNi.
Voyons, Vitellozo, faut être raisonnable.
LE ULC.
Et que dit lu traité?
l'AGOLO on s INI.
Le voilà, revêtu Du bref approbatif du saint-père lui-même; Accord entre le duc et les confédérés Et tous leurs adhérents... Tenez, vous pouvez lire.
LE Dtc, prenant le traité.
C'est bien, je signerai.
\ ITELLOZO.
Pauvre Liverotto, Si tu nous entendais , tu crèverais de rage.
PAGOLO ORSINI
Mais, cher Vltellozo, pourquoi vous désoler? A cet arrangement vous ne devez rien perdre. On vous donne d'abord plein oubli du passé, Puis, aux conditions de votre ancien service. Avec le duc César vous restez engagé,
VITELLOZO.
Je perds d'abord le gain que je manque de faire, Et puis l'occasion douce de me venger.
PAGOLO ORS INI, à di:mi-VOiî.
Ça se retrouvera plus tard, va, patience!
VITELLOZO.
Occasion manquée est perdue à jamais.
CESAR BORGIA
Ainsi donc, Pagolo , toutes nos alliances, Petriicci, Baglioni, conservent leurs États...
PAGOLO ORSI^'I
Sans nul doute.
LE DUC
Et César?
PAGOLO 0 R S I N r.
Du duché do Romagne Il ne veut rien garder, rien, que le titre seul, Avec un peu d'argent et le contingent d'hommes Que pendant certain temps devront lui garantir Les seigneurs de Bologne et de Sienne 'et Pérouse.
LE DUC
Quelle chute, bon Dieu ! pour son ambition !
PAGOLO or. SINI.
Pourtant l'État d'Urbin lui reste dans les griffes Avec Camerino.
VITELLOZO.
Faut toujours ciue quelqu'un Paye les pots cassés.
PAGOLO ORSINI
C'est vrai. Le pauvre diable De duc peut dans Venise à son aise flâner, II ne retournera de longtemps sur ses terres. Malgré l'ardent amour de ses féaux sujets.
110 SATIRES PRAMATIQUES.
UN DES SOI, DAT S, ramenant le podestat.
Illustres commandants, vous aviez à cet homme
Donné quelques instants, afin de nous trouver
Ce qu'il nous faut... I^i bien, le gueux, le misérable!
Il nous a promenés de maison en maison ,
Et partout on nous a jeté ce mot terrible :
Néant. Ne faut-il pas le pendre?
VITELI.OZO.
Assurément.
LE PODESTAT
Mes bons et chers seigneurs, oh ! je vous en supplie. Vous ne causerez pas la mort d'un malheureux Dévoré, laissé nu comme Job sur la paille; Vous les amis du duc , le bon seigneur d'Urbin.
PAGOLO ORSINI
Nous les amis du duc ! que veut dire ce rustre?
LE PODESTAT
Oui , c'est la vérité , la pure vérité.
Les Borgia m'ont tout pris, tout, jusques à ma femme.
PAGOLO ORSINI
Ah çà ! fils de païen , parle mieux des Borgia, Car ce sont nos amis et nous venons ensemble Remettre le pays aux mains du duc César.
LE PODESTAT
Comment ! Mais tout à l'heure... est-ce donc que je rêve.
LE DLC.
Assez, assez, vieillard; — taisez-vous et debout!
CESAR BORGIA
Il nous faut sur-le-champ farines et fourrages En votre qualité de podestat, vous seul Pouvez nous en trouver. Nous vous donnons encore Une heure pour ce soin, sinon c'est fait de vous.
LE PODESTAT
O Seigneur Dieu! pitié, pitié du pauvre peuple!