‹ Satires et chantsChapitre 43 sur 148 · FANO · texte numérisé non relu

FANO

Une >alle du palais de ville.

CESAR BORGIA

Il a le front collé aux vitres de la feuètre, et après quelques minutes d'observation, il s'éloigne et se promène.

Le piège est bien dressé, mais y tomberont-ils?

Ils ont un pied dedans, y poseront-ils l'autre?

Me voilà délivré, grâce à ma fausse paix.

Des seigneurs de Bologne et de Sienne et Pérouse.

Je me sens moins tranquille avec les Orsini,

Surtout les Vitelli... Par bonheur leur triomphe

Les a tant aveuglés , que ces rusés soudards

Ont enfin accepté ce que je leur propose.

Sur mes ordres ils ont forcé Sinigaglia :

La citadelle fait quelque peu résistance ;

Elle ne veut, dit-on, rendre qu'à moi ses clefs.

CESAR BORGIA. 113

Aussi Ifur ai-je écrit qu'en ces lieux ils m'attendent. Le feront-ils? C'est là toute la ([uestion.

Il sonne.

Que voudrait monseigneur?

CÉSAR

K'est-il venu personne De Sinigaglia?

AGAPIT.

Non, personne, monseigneur.

C K s A lî .

Personne... De ce fait vous avez certitude?

AGAPIT.

Personne, j'en suis sûr.

CKSAR.

Aussitôt qu'un courrier Viendra de cet endroit, il faut que ses dépêches Me soient entre les mains remises sans délai; Vous entendez cela ?

AGAPIT. •

Seigneur, j'y prendrai garde.

Agapit sort.

CÉSAR

Diavolo ! le jour baisse. Il serait malheureux D'arriver près du but sans que mon pied l'atteigne. J'ai pourtant combiné mes projets de façon A ne donner sur rien l'éveil ou de l'ombrage.

D'abord j'ai renvoyé très'ostensiblement

Le secours que m'avait fourni le roi de France,

Tout en me réservant de vigoureux moyens,

Dix mille fantassins et deux mille gendarmes

Que dans Sinigaglia je compte faire entrer.

Mais, encore une fois, les y rencontrerai-je

Tous ces fiers batailleurs : Gravina, Vitelli,

Et messer Olivier? — Ils ne sont pas semblables

A ce jeune roquet de Pagolo qu'on prend

Avec quelques ducats, un rendez-vous de femme.

Ils ont le nez plus fin, ils sont plus clairvoyants,

Vitellozo surtout, ce vieux renard du diable ,

Si je puis l'attraper, ainsi que Gravina

Et toute sa lignée, ah! quelle heureuse chasse!

Les Oursins abattus, qui nous entraverait!

Mon père et moi régnons, et gouvernons ensemble.

Lui le spirituel et moi le temporel...

Italie! Italie! ô splendide royaume,

Heureux qui te tiendra tout entier dans la main !

Mais mon cerveau se perd en trop hautes pensées ,

A de moindres succès rabattons notre espoir ;

Sais-je pas seulement si j'obtiendrai réponse !

Bon! au dehors j'entends comme un bruit de cheval

Qui hennit et s'arrrte...

Entre Agapit.

Eh bien, qu'est-ce, jeune homr

AGAPIT.

Une lettre venant droit de Sinigaglia.

CÉSAR

C'est bien , retire-toi , mais reste à ma portée.

Agapit sort.

Cette lettre en mes mains brûle comme un tison.

CÉSAR BO ROI A. 145

Il lit à demi-voiï.

" Seigneur duc,

« Jaloux de montrer que nous prenons au sérieux l'alliance conclue entre vous et nous, et désireux de conserver entre nous la bonne harmonie , nous avons satisfait à votre demande ; nos soldats sont distribués dans plusieurs forteresses éloignées d'environ six milles de Sinigaglia; reste seulement dans les faubourgs Liverotto avec sa troupe pour contenir les gens de la citadelle jusqu'au moment de la remise des clefs aux mains de Votre Excellence. Nous vous attendons demain vers l'heure de midi à Sinigaglia. Nous espérons que la marque de confiance que nous vous donnons en ce moment fera disparaître à jamais entre nous les nuages et soupçons qui avaient pu s'élever.

« Recevez, seigneur duc, l'assurance de nos hommages et de notre dévouement,

t( Les confédérés : duc de Gravina, Pagolo Orsini , « Vitclli de Castello, Olivier de Fermo.

« Sinigaglia, 30 décembre 1502. »

Les dindons, je les tiens! oui, oui, d'une main sûre. Holà, vite quelqu'un!

Il sonne.

AGAPIT.

Me voici , monseigneur.

CÉSAR

r.onds-toi vite aux quartiers, et dis aux cnpitaines,

140 SATTRES DRAMATIQUES.

A don Miguel, à don Hugues de Cardona, Aux frères Salviati, qu'ici même ils- se rendent. Tu passeras aussi chez monseij;neur d'Euna. ]1 nie faut avec eux conférer tout de suite. Tu comprends?

AGAPIT-

Oui , seigneur.

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