UNE DKS PORTES DE LA VILLE DU COTE DE FANO
Les confédérés sont ik cheval devant la porte et attendent.
PAGOLO ORSIM.
Le voilà, le voilà, suivi de ses soldats. Amis, attention!... Les trompettes résonnent, Et sa cavalerie apparaît en premier; Des deux côtés du pont en ligne elle se range.
J,E DlC.
A combien portes-tu le nombre des chevaux?
PAGOLO ORSINI
A deux cents tout au plus.
LE DUC
Et son infanterie ?
CKSAR BOHGIA.
PAGOLO ORSIM
N'étant pas déployée , il serait malaisé D'en compter les soldats; mais nous allons connaître Leur chiffre véritable à quelques hommes près. Hé, hé ! Vitellozo, vous ne nous parlez guère.
VITELLOZO.
Ma foi, je n"ai, seigneur, à dire rien de bon.
PAGOLO ORSIM.
Comme vous êtes pâle! auricz-vous froid?
VITELLOZO.
Peut-être; Quoique doublé de vair, ce manteau n'est pas chaud; J'aurais mieux fait, je crois, de prendre mon armure.
PAGOLO ORSlM.
Allons donc! Vitelli, point ne vous reconnais,
Vous si brave et si ferme. — Eh ! qu'avons-nous à craindre?
C'est à votre désir, votre excitation ,
Que j'ai quitté mon fief pour venir vous rejoindre.
Mais, par le corps du Christ, comme je m'en repens !
PAGOLO ORSINI
Là, de votre cervelle éloignez ces chimères: N'avons-nous pas nos gens et puis Liverotto Pour nous mettre cà l'abri de toute noire embûche?
VITELLOZO.
Oui, mais ce que je sais, c'est que j'aimerais mieux
Passer devant le front de cinquante bombardes Que sous l'œil de cet bomme.
PAGOLO ORSINI
Allons I Vitellozo , Bonne mine! il paraît; marchons à sa rencontre.
VITELLOZO.
Via tiré, faut le boire. — Ah! ma femme! ah! mes fils! Tous s'avancent vers le prince.
Illustre Gravina, bon duc, je vous salue De parfaite amitié.
LE DUC
Prince , j'en fais autant.
Aimable Pagolo, je vous embrasse en frère; Donnez-moi votre main.
PAGOLO OR SIM
La voici, monseigneur, Avec mon cœur.
CÉSAR
Et vous, très-noble capitaine, Je suis vraiment heureux de vous revoir ici, Et de pouvoir serrer une main si vaillante... Où donc est votre ami, le seigneur de Fermo?
PAGOLO ORSINI
Dans le bourg, exerçant de nouvelles recrues.
CESAR BORGIA
CÉSAR, se tournant vers don Miguel.
Commandant don Miguel , allez vite trouver Le seigneur de Fermo... dites-lui que j'ai hâte De causer avec lui.
Bas.
Par tous moyens qu'il vienne.
Haut.
Et votre second fils, illustre Gravina, Votre cher Fabiano serait-il aux écoles , Que je ne le vois point?
Non , prince , il a quitté Les classes , mais plus fou de vers encor que d'armes, Le pauvre garçonnet au logis est resté A lire l'Arioste... il viendra nous rejoindre.
Allons, seigneurs, en marche et dans la ville entrons.
Mais avant de bouger, il faut que je vous dise
Que vous êtes par moi retenus à souper,
Tous, ce soir... C'est le moins ainsi que je vous paye
L'honneur que vous m'avez généreusement fait
En venant par uu temps si froid , hors des mui-ailles,
Comme de vrais amis , au-devant de mes pas.
Seigneur, excusez-moi : mon âge, la fatigue, Ne me permettent pas d'accepter.
Cher soigneur.
C'est un malheur pour moi... mais votre fils me reste.
PAGOLO OR SI M
Certainement.
CES An.
Fort bien... et vous, Vitellozo?
VITELLOZO.
Monseigneur, j'ai Ijcaucoup de lettres importantes A dicter aujourd'hui; je ne pourrai donc pas Répondre à vos désirs, et même je vous prie De me laisser partir sur-le-champ...
Quoi, déjà?
Brave Vitellozo, je n'ai guère de chance, Pour la première fois que nous nous revoyons. Puisque vous nous quittez , voulez-vous nous permettre De vous accompagner jusqu'à votre logis?
PAGOLO ORSINI
Nous ne souffrirons pas, monseigneur; — au contraire, Il viendra comme nous jusqu'à votre palais, Puis après il pourra vous fausser compagnie.
C'est trop d'honneur vraiment .. Mais, illustres seigneurs. Puisque vous refusez pour ce soir mon invite, Nous boirons bien, j'espère, une coupe de vin A notre heureux accord et nouvelle alliance.
PAGOLO or. SIM.
Prince, avec grand plaisir... il est d'excellent goût De fêter ce beau jour; ayez donc certitude Que mes amis et moi nous vous ferotis raison.
CESAR BORGIA
Mille grâces, seigneurs : c'est parole donnée;
Nous viderons ensemble une coupe de vin ,
Et puis libre à chacun de s'en aller.,. En marche.
Ils francliissenl la porte de la Tille à la suite du prince.
VITELLOZO, bas au chevalifr.
Pagolo, PagoloI nous sommes tous perdus.