‹ Satires et chantsChapitre 51 sur 148 · LE PALAIS MALATESTA · texte numérisé non relu

LE PALAIS MALATESTA

Une vaste salle avec des fenêtres grillées. Les murs sont ornés de tapisseries représentant de larges bouquets de roses et des éléphants, armoiries des Malatesta.

PAGOLO ORSINI, précédant le prince.

Permettez-moi de vous servir de majordome.

Prince, et de vous montrer dans ce vaste palais

Les chambres qui vous sont par mes soins préparées.

Vrai Dieu! cher Pagolo, vous êtes trop charmant! Seigneurs confédérés, et vous, mes capitaines. Pages de ma maison, veuillez m'attendre ici, Je reviens à l'instant.

VITELL ozo, à demi- voix.

La chose est singulière.

CESAR BORGIA

Mitis je uo parviens pas à réchauffer mon corps, Et (le la tète aux pieds je reste tout de glace.

l'évêque d'el'na.

Quelle tapisserie étrange d'ornement!

D'énormes éléphants entremêlés de roses , Ces armes sont, ma foi, bizarres: noble duc, Pourriez-vous, par hasard, m'en dire l'origine?

Monseigneur, je ne sais... pour la guerre élevé, Du blason j'ai très-peu cultivé la science... Mais voici le seigneur de Fermo...

Noble duc.

Le prince, m'a-t-on dit, veut me voir et m'entendre? Où donc est-il ?

Avec mon fils et pour l'instant Dans le palais; ensemble ils visitent les chambres; Mais il va revenir... Nos hommes, que font-ils?

HVEROTTO.

Sur le désir du duc, je leur ai donné l'ordre De rentrer aux quartiers.

LE DUC

Pourquoi ?

LIVEROTTO.

Le duc craignait Que nos troupes, soudain regagnant leurs demeures.

N'y trouvassent dedans ses soldats installés, Ce qui pouvait causer une rixe fatale.

LE D t G.

Cela me paraît juste, et d'iionnôtc penser.

CÉSAR, reparaissant avec Pagolo Orsini.

Mille renierclments à mon gracieux guide ; Ce palais est des mieux approprié pour moi.

PAGOLO ORSINI

Ah ! -voilà le seigneur de Ferme.

CÉSAR, allant à lui.

Capitaine, Soyez le bienvenu :je connais vos hauts faits. Et vous estime fort. — J'avais très-grande envie De presser en ami votre robuste main.

LIVEROTTO.

C'est trop d'honneur... On dit que vous avez des ordres, Seigneur, à me donner.

Oui, d'un fait important Je voudrais vous parler; mais d'abord que je puisse Honorer vos amis ainsi que je le dois. Nobles confédérés, capitaines illustres.

Puisque vous ne pouvez en un festin joyeux Célébrer avec moi notre amitié nouvelle, Nous allons la sceller, tous ensemble, en buvant Une goutte de Chypre. — Holà! pages, des verres!

PAflOLO ORSINI.

Par le grand froid qu'il fait, ce n'est pas mal pensé.

CESAR BORGIA. 163

Pas, à Vilcllozrt.

t Le vin vous ruinetira le cœur, mon bon compère.

VITELLOZO.

Buvpz-cn , s'il vous plaît; moi , je n'y touche pas.

Les pages entrent avec des Gasqnes et des verres qu'ils remplissent et distribuent aux assistants.

CÉSAR

Buvons, seigneurs , buvons !

LE DUC, en levant son verre.

Prince, à la confiance!

PAGOLO OliSINI.

A son grand résultat, à la paix ! •

LIVEROTTO.

A bientôt La citadelle prise !

VITELLOZO.

A la perte des traîtres !

CÉSAR

C'est parfaitement dit, seigneur de Castello ! A leur perdition en ce monde et dans l'autre !

Tous boivent, excepté Vitellozo , qui feint de mouiller ses lèvres.

Le prince, après avoir vidé son verre, le jette par terre et disparaît derrière le rideau qui recouvre la porte du fond. Aussitôt les conjurés et gentilshommes de Césir se ruent l'épée au poing sur chacun des confédérés.

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