‹ Satires et chantsChapitre 57 sur 148 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Autrefois, indigné de voir régner le mal, Avec riambe ardent j'essayai Juvénal, Et, le poignet armé d'une plume sévère, Aux noirs excès du temps je déclarai la guerre. Aujourd'hui, moins rigide et peut-être moins bon, Je satirise encor, mais sur un autre ton. Quittant de Némésis la sublime folie.

Je prends modestement le masque de Thalie; Et soudain me voilà réglant mes faibles pas Sur ceux du tendre ami du noble Mœcenas, Et cherchant de mon mieux à retrouver la trace Que dans les champs latins laissa jadis Horace. Imiter de nos jours même Horace, à quoi bon? De votre propre vin versez-nous, dira-t-on. Imiter, pourquoi pas? Que l'on est difficile A cette heure! autrefois l'on était plus habile Avec moins de fierté; nos aïeux sans remords Savaient mettre à profit les richesses des morts. Et ces naïfs amants de l'antique science S'estimaient très-heureux si leur intelligence Réussissait à faire entrer dans leurs écrits, . Vivantes, les beautés de quelques vieux esprits.

Autre temps, autre soin. De nos auteurs la veine En ce siècle fécond est si fertile et vaine, Que tirer dos anciens le moindre petit mot C'est tomber dans le cuistre et s'appeler un sot. A trop haut prix, je crois, se cotent les modernes; lis jugent par trop vif le feu de leurs lanternes. Sans savoir si pourtant cette neuve clarté Ira comme l'antique à la postérité.

A mon sens, les anciens faisaient moins de tapage , Mais, doués par le ciel d'un esprit juste et sage, Ils aimaient la nature, et, l'observant sans fin, En rendaient les contours d'un pinceau net et fin. De là ces vers heureux que la grâce décore, Nés depuis trois mille ans et qui vivent encore. Ces écrits pleins de sens, de vigueur et de sel, Où la vérité mit son cachet immortel.

Aussi qui tient en main l'un de ces beaux génies, A-t-il d'en profiter de terribles envies, Et se sent-il tenté, par un adroit larcin. D'enlever une pierre à son brillant écrin, De découper un pan de sa pourpre divine Pour faire que la sienne un peu plus s'illumine, Pensant qu'à cette l'obe arracher un morceau N'est point se revêtir d'un stérile lambeau D'étoiTe, mais qu'avec cette pièce de laine C'est ravir une part de la nature humaine, De ce fonds immortel qui ne change jamais. Quel qu'en soit le pays et quels qu'en soient les traits. Voilà ce que j'essaye.... Ah! quand la veine s'use, Quand pour nous de baisers moins prodigue est la Muse, Il faut se départir des grands airs d'inventeur Et faire volontiers métier d'imitateur.

A cette œuvre d'ailleurs, si j'ai bonne mémoire. On peut cncor parfois grapiller quelque gloire.

VIEUX MOYEiN DE S'ENRICHIR

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