‹ Satires et chantsChapitre 58 sur 148 · IMITATION D HORACE · texte numérisé non relu

IMITATION D HORACE

Robert Macaire et Bertrand causent ensemble sur !e boulevard du Temple.

BERTRAND

Allons, encore un mot, Robert, et je te laisse... Appreuds-moi le moyen d'attraper la richesse ? Tu ris...

Oiii-da, Bertrand ! n'est-ce donc pas assez, ^près tant de périls, tant de pièges dressés. D'avoir heureusement dérouté la police Et revu de Paris l'enceinte protectrice?

BERTRAND

O sublime Robert! ton esprit merveilleux

A prédit sans mentir mon retour en ces lieux,

C'est vrai, — mais pour combler cette chance opportune

Donne-moi le secret d'y trouver la fortune...

Je la veux cependant d'une honnête façon ,

Résolu que je suis à n'être plus fripon ,

A n'avoir plus jamais, quel que soit l'iu-tifice,

De rapports trop directs avec dame Justice;

Oli ! fais- la-moi trouver, car pour moi la vertu

A Paris sans un sou ne vaut pas un fétu.

Eh bien, puisque tu ciains la débine livide.

Que tes basques d'habit ont en horreur le vide ,

Mais puisqu'aussi tu veux vivre en homme de bien ,

Voici pour t'enrichir un honnête moyen.

De même qu'un furet mis dans une garenne,

Flairant l'air et cédant à l'instinct qui l'entraîne,

A bientôt dans son fort dépisté Jean lapin

Et du leste animal terminé le destin,

De même, au sein confus de cette énorme ville,

Tu sauras découvrir quelque vieil imbécile.

Quelque épais fournisseur, quelque gras épicier,

Riche d'ans et d'écus, mais pauvre d'héritier;

Alors , ami Bertrand , ta fortu ne est certaine ,

Si tu t'y prends, morbleu ! comme ilfautqu'on s'y prenne.

BERTRAND

Je saisis ton idée et comprends clairement : Tu veux me faire ici courir le testament.

MAC A IRE

Pylade, tu l'as dit! la course à l'héritage Vaut la course au clocher et produit davanta Tout le monde aujourd'hui s'y livre plus ou moins. Tant le luxe à Paris a créé de besoins.

UN VIEUX MOYEN DE S'ENRICHIR. lî

Le chemin du travail est sûr, mais rude, immense,

Et, dans ce temps maudit de folie concurrence.

Soit comme médecin, commerçant, avocat,

C'est bien lourde charrette à tirer qu'un état !

Au contraire, il est doux, sans avoir rien à faire.

De s'entendre un matin nommer millionnaire,

Et de se réveiller avec le sentiment

Qu'on est à tout jamais sauvé du dénùment;

Et cela, cher Bertrand , parce qu'un benêt d'homme,

Avant de fermer l'œil pour faire le grand somme,

Aura mis votre nom sur un bout de papier.

Pas davantage, ami; vous êtes héritier,

Et soudain vous voilà riche propriétaire ;

A vous laquais, chevaux, maisons, châteaux et terre,

Vous êtes homme grave et de capacité

En passe d'être tout... A moins serait tenté

Le diable; aussi ce titre est l'appât des familles,

Et, roses du printemps, les plus charmantes filles

N'ont de sourires frais et de clignements d'yeux

Que pour h s cheveux gris et les visages vieux.

BERTRAND

Peste ! c'est séduisant : mais que me faut-il faire?

MAC A IRE

Presque rien, mon ami, toucher le cœur et plaire.

BERTRAND

C'est difficile.

MAC AIR E

Non, de l'esprit, quelques pas Et nombre de discours que l'on ne pense pas, Donner de l'encensoir aux gens; — la flatterie Est un fusil chargé de grosse menterie Qu'au visage d'un sot l'on tire à bout portant

190 SATIRES CUMIQUES.

Et qui , loin de tuer , le fait vivre d'autant. De son feu bien nourri jamais on ne se lasse, Et le tiré toujours au tireur en rend grâce. Use donc de cette arme avec brutalité , Sans crainte d'être extrême en ta duplicité. Tu connais Filoutin, ce vieux célibataire Qui demeure au Marais en hibou solitaire?

Oui, c'est un fier coquin , des écus amoureux, Qui trente ans monnaya le cœur des malheureux, Et qui, fourré souvent dans mainte sale affaire. Au dire du Palais empoisonna son frère , Un gueux qui plus que nous mérite sûrement Les charmantes douceurs de l'emprisonnement.

Eh bien , si le destin jamais te fait la grâce,

Cher Bertrand, d'amener pareil homme en ta nasse.

Il faut effrontément être son louangeur

Et jusque sur les toits soutenir son honneur.

BERTKAM).

Robert, quoique je sois large de conscience. Ce rôle-là pourtant passe ma complaisance.

MACAin E.

Alors va mendier ! comme un chien, jours et nuits T'abreuver aux ruisseaux...

BERTRAND

Vivre ainsi ! je ne puis...

MACAIRE

Soumets-toi donc, mon cher, sans scrupule et sans glose.

Aux utiles conseils que mon cœur te propose.

De plus riches que toi, des gens plus relevés

N'ont pas été si fiers et s'en sont bien trouvés.

Que t'importe après tout une insolente phrase

Et les lourds quolibets des grands faiseurs d'emphase !

Si quelqu'un te rencontre et vient dire tout bas :

« Quoi! vous voyez cet homme et lui donnez le bras!

Vous ne savez donc point ce qui court sur son compte ? »

Tu répondras tout haut : « Oui , je sais... plus d'un conte;

Mais rien n'étant prouvé, je n'en crois pas un mot.

D'ailleurs, ce monstre d'homme est pour moi sans défaut :

Dans mainte occasion où j'étais sans ressource.

Fort libéralement il me prêta sa bourse. »

Qu'ajouter à cela? rien: c'est un argument

Sans réplique en nos jours de grand resserrement.

Et le gloseur penaud, muet, baissant la tête.

S'éloignera honteux de sa phrase indiscrète.

Tandis que ton propos au vieillard rapporté

Excitera pour toi sa générosité.

« Ce cher ami Bertrand, que son zèle me touche !

Dira-t-il, en pressant ton museau sur sa bouche.

Voilà de mon honneur l'inébranlable appui:

Aussi, plus qu'il ne croit j'ai su penser à lui... »

Et soudain il ira tirer du secrétaire

Son testament, duquel lecture il voudra faire;

Mais d'y prêter l'oreille, oh! ne sois pas si sot.

Halte-là, n'en permets point le plus petit mot ,

Des mains et de la bouche empêche la lecture,

Disant: « Ce que j'ai fait, c'était amitié pure;

Je le ferais encor , car c'est la vérité.

D'ailleurs, pourquoi de moi s'être tant tourmenté?

Me léguer quelque chose est un soin inutile,

Dans mon sein maigre couve une flamme subtile

Qui, déployant'sous peu son pouvoir destructeur.

M'enverra chez les morts avant mon bienfaiteur. »

192 SATIRES COMIQUHS.

Cependant, cher ami, conduis-toi de manière

A maintenir toujours le riclie octogénaire

Dans l'aimable penser de te laisser du bien.

Pour cela, mets en jeu plus d'un adroit moj-en

11 n'est point bon d'user toujours de flatterie;

Il faut aussi parfois darder la calomnie,

Noircir de son venin tout parasite ardent

Que tu verras rôder au logis trop souvent.

Pour sa racé surtout, inquiète et lointaine,

Excite constamment le levain de sa haine;

Car chez les vieilles gens, cœurs secs et sans pitié,

La haine est plus donnante encor que l'amitié.

Un vieillard est souvent aux mains d'un domestique

Qui le tient et surveille en geôlier despotique.

Garde-toi de heurter cet insolent pendard ;

Fais chorus avec lui sur le barbon, plus tard

Tu pourras lestement à la porte le mettre ,

Quand de l'âme du vieux ton esprit sera maître.

Car c'est là l'important... Dans cette honnête tin

Pénètre tout d'abord , avec un coup d'oeil fin ,

Les goûts prédominants, les passions vivaces

Que les ans n'ont point su refroidir de leurs glaces

Et qui brûlent encore en ses sens vigoureux.

Est-il gourmand, bravo! c'est un défaut heureux

Dont facile il sera de tirer avantage.

De termes de cuisine épice ton langage;

Nuit et jour, lis Carême et sois bien au courant

De tout ce que Chevet de fameux entreprend.

S'il t'arrive jamais du fond de la province

Quelque faisan doré, gibier digne d'un prince,

Ou quelque gros pâté de fine venaison.

Il faut, mou cher ami, montrer de la raison,

N'y pas toucher et vite en faire sacrifice

Au ventre que tu veux rendre à tes vœux propice.

Aux soins de l'avenir il faut beaucoup donner

Et pour bien vivre un jour parfois savoir jeûner.

Mais si notre homme, exempt du feu de gourmandise,

Sous sa peau sent courir celui de paillardise ,

Si Vénus, chatouillant ses reins luxurieux,

Vers son astre lui fait encor tourner les yeux ;

Alors, ami Bertrand, victoire! sans partage,

En tes heureuses mains passera l'héritage.

Un vieillard libertin, c'est l'ogre SEvns pitié

Qui demande à tout prix d'être rassasié ;

Il faut de la chair fraîche à cet affreux vampire.

Donc, par un coup de maître assure ton empire ;

Avant qu'il ait sondé ton regard complaisant.

Amène-lui ta fille et livre-lui ton sang.

BEllTHAND.

Que dis-tu là, Robert? Quoi! tu veux qu'Élodie...

MAC A IRE

Sans intrigue il n'est point de bonne comédie.

Et je ne sache pas de meilleur dénoùment

Que celui qu'une femme amène dextrement.

Or, si j'en crois les bruits qui courent sur ta fille,

La rose est sur sa joue et son œil noir pétille ;

Elle est jeune surtout, point capital et bon

Pour faire en son honneur chanter un vieux pigeon.

BERTRAND

-Mais ma fille, Robert, est une fille honnête!

Tu feras la leçon à cette jeune tête.

D'abord tu lui peindras son avenir en noir. Puis sous couleur d'hymen la chose feras voir. Et , si bête elle n'est , elle comprendra vite Que fille de seize ans qui n'est pas sans mérite

Ne peut user ses jours à ravauder les bas

D'un père infortuné qui souvent n'en a pas.

Quant au vieux , j'en i;éponds , plus prompts qu'un feu de pailles,

Les salaces désirs lui mordront les entrailles...

Mais, Macaire, je crains qu'un homme laid et vieux

Ne soit pour sa jeunesse un objet odieux ,

Qu'il n'inspire à son cœur dégoût et répugnance...

Que ta cervelle est lourde et pleine d'ignorance !

Vois-tu pas tous les jours des enfants de vingt ans

Aux glaces de l'hiver marier leurs printemps ;

Et sont-ce là vraiment les plus mauvais ménages?

Non, l'or embellit tout, même les laids visages ;

Que ta fille du vieux tàte un jour seulement.

On l'en séparera plus difficilement

Qu'un chien de l'os qu'il ronge; — alors, fût-ce le diabk

Il n'est point de rival qui vous soit redoutable,

Ni de parent adroit qui vous puisse ravir

L'héritage brillant que vous voulez tenir.

Quand je dis, cependant, que vous n'avez nul être

A craindre, ce serait vous abuser peut-être.

Car de vous peut venir le danger sérieux.

J'admets que vous soyez installés tous les deux

Au logis du vieillard : ta fille est son délice;

Le testament est fait à votre bénéfice.

De la main du barbon écrit entièrement,

Remis en lieu certain et le seul testament.

Tout va bien : mais alors , sûrs de votre conquête.

N'allez pas de bonheur tous deux perdre la tête !

Ta fille imprudemment, en public, au grand jour.

De quelque beau lion encourager l'amour.

Et toi, souvent lassé d'un radoteur qui bave,

De mauvais traitements affliger ton esclave!

Le bonhomme , en fureur de tant de dureté ,

Peut relever le front,- et d'un doigt irrité,

Sur un haut de vélin, par trois mots d'écriture.

Punir votre abandon et venger son injure.

Jusqu'à ce que la mort sur sou lit l'ait cloué,

Songes-y bien, par lui tu peux être joué!

Donc, il faut redoubler de soin, de prévenance.

Ne prendre devant lui qu'une humble contenance

Et jamais d'un mot dur lui faire apercevoir

Que vous êtes certains de palper son avoir.

J'ai connu bien des gens qui pour fautes pareilles

Ont perdu l'heureux fruit de vingt-cinq ans de veilles

Et qui, pour avoir trop tourmenté l'hameçon.

Ont vu se décrocher et s'enfuir le poisson.

Que leur exemple serve à ton expérience !

Enfin arrivera le jour de délivrance,

Le jour où le trépas te fera l'agrément

De coucher l'ennuyeux vieillard au monument.

Alors, ami Bertrand , vive , vive la joie !

Comme un requin goulu qui voit venir sa proie,

Dans ton sein haletant tu sentiras ton cœur

De volupté bondir; en effet, quel bonheur !

Quel transport que le tien ! quand le grave notaire

Lisant le testament d'une voix nette et claire ,

Au nez des héritiers lancera ce brandon :

« Je lègue tous mes biens, immobiliers ou non,

A mon ami Bertrand...» Une ivresse divine

D'une chaude sueur baignera ta poitrine.

Et peut-être iras-tu t'évanouir aux bras

Du notaire étonné : poui'tant ne le fais pas.

En acteur consommé jusqu'au bout suis ton rôle,

Maîtrise tes transports, courbe-toi comme un saule,

Et, tirant de ta poche un mouchoir, sur tes yeux

Tiens-le ferme en poussant des soupirs douloureux,

Et dis: «Pauvre cher homme, ali! quel malheur insigne!

C'était trop d'amitié , je n'en étais pas digne.

Pour le voir vivre encor je donnerais vraiment

Le bénéfice entier d'un pareil testament!» '

Ces pleurs et ces regrets sont des ruses habiles;

Jlarques d'un cœur sensible, ils te seront utiles

Pour adoucir un peu les esprits ulcérés

Des malheureux parents par tes pièges frustrés.

BERTRAND

.Mais crois-tu que ces gens s'éloiguent sans rancune Et me laissent en paix jouir de leur fortune ? Au contraire, je crains qu'aux assises bientôt Je ne sois par leurs cris envoyé comme un sot,..

Rassure-toi, Bertrand, dors là-dessus tranquille ;

Ce serait tout au plus une affaire civile.

D'ailleurs, si l'héritage est gros, tu trouveras

Assez de défenseurs pour sortir d'embarras.

Vis donc en paix, mon brave, et, voyant ce qu'on gagne

A ce joli métier, commence ta campagne.

Aux trousses des vieillards lance-toi sans délai.

Bonne chasse! pour moi je porte mon filet

Ailleurs; je me suis trop arrêté dans ma course.

Adieu donc, cher Bertrand ! on m'attend à la Bourse...

Dieu des Juifs, guide-moi dans ce divin enfer!

Je vais agioter sur les chemins de fer.

LA STATUOMANIE

LA STATUOMÂNIE.

Comme aux jours déclinants de l'empire de Bome. La mode est aujourd'hui de jouer au grand homme. De se donner, vivant, les airs d'un immortel Et d'avoir comme un saint sa niche et son autel. C'était peu d'accablor les journaux de réclames Et, par maints tours adroits, maintes secrètes trames , D'obtenir, de la main d'un pauvre rédacteur. De génie avéré le brevet imposteur ; C'était peu de remplir et les quais et les rues D'ambitieux portraits aux mines incongrues. Et de laisser au fond du crâne d'un badaud L'image d'un tribun et quelquefois d'un sot ; Il fallait mieux encore... un moyen plus solide Qu'un dessin fugitif ou qu'une phrase vide : Aussi le dur granit et le marbre et l'airain Sont-ils venus en aide à l'amour-propre humain. Comme des champignons, ces pâles cryptogames Que septembre orageux de ses humides flammes

Par centaine enfante au rfbord des chemins,

Il est né des milliers d'artistes dont les mains

Tripotant et gàcliant plus ou moins bien l'argile,

Ont fait d'un art sublime une chose futile,

Et mis de Phidias les outils respectés

Au service banal des moindres vanités.

De là tons ces messieurs aux poses drolatiques

Dont le bronze encombra si longtemps nos boutiques,

Cet amas de chanteurs, de danseurs et d'acteurs

Étalant fièrement leurs toupets séducteurs,

Tous ces fils de Dantan , vrais monstres de pagode

Dont le regard me fut tant de fois incommode

Et dont j'eusse voulu délivnu- la cité

Si parmi ses suppôts Delessci-t m'eût compté.

Pardieu! n'était-ce pas bien assez de Versailles,

Ce grand Capharnaum de sanglantes batailles,

Où l'on trouve avec peine, entre tant de tableaux

Les portraits réussis de quelques vrais héros !

Encor si ce faux goût, cette rage de plâtre.

Cet amour elTréaé du bronze et de l'albâtre,

N'affligeait que Paris, ce serait demi-mal ;

Mais le pays entier est sous le vent fatal.

Paris élève un trône à son enfant, Molière,

Ailleurs il ne faut pas demeurer en arrière

Et voilà subito tout arrondissement,

0 province! qui veut avoir son monument.

Qui jamais eût pensé que la reconnaissance

D'une contrée irait jusqu'à l'extravagance

D'ériger, en retour d'un aimable caquet.

Une statue en pied au bel esprit Gresset !

Certes, Parmentier fut homme utile en sa sphère,

11 apprit à manger de la pomme de terre.

Le service est très-grand, mais pour ce fait humain

Fallait-il comme un dieu le couler en airain?

Hélas! il est si dur de voir son forum vide

LA STATUOMAME. 21

Et toujours recouvert d'une poussière aride.

Lorsqu'au milieu du sien la ville d'à côté

Vous dresse un de ses fils en général sculpté,

Un brave qui servit quinze ans sous le grand homme

Et n'eut peut-être bien d'autre mérite en somme

Que celui de sabrer, front vulgaire et cœur chaud

Plus encore au butin qu'aux périls de l'assaut!

N'importe, on a son homme, et sans désavantage

On figure au livret du flâneur qui voyage ;

Et puis, dans les grands jours, c'est un thème tout fait

Pour les bredouillements d'un maire ou d'un préfet.

Vraiment, on ne sait pas dans combien de bévues

Peut tomber le pays par amour des statues.

Aux marmitons bientôt l'on en accordera;

Comme la croix d'honneur, tout le monde en aura;

Mais, dit-on, le pouvoir est là pour mettre en bride

Les excentricités d'une mode stupidc ;

Le pouvoir? allons donc! il a dans ce moment

Autre chose à penser qu'à faire un règlement

Pour garder le pays d'une pente fatale.

Tenir en juste accord l'art avec la morale.

D'ailleurs, ne vit-on pas en pleine liberté?

Et, pourvu qu'à l'État il ne soit rien quêté.

Chacun peut honorer qui lui plaît... 0 Voltaire!

Si ton esprit encore habitait cette terre.

Comme il rirait de voir le bon peuple gaulois ,

Jaloux de se pourtraire à l'exemple des rois !

« O Welches ! dirais-tu, puisqu'aux races futures

Vous voulez sûrement transmettre vos figures,

Donnez-vous ce plaisir, allez même à Paros

Puiser l'élément pur d'où tant de fiers ciseaux

Tirèrent l'idéal de notre forme humaine

Et d'où sortit un jour la blanche Anadyomène.

Pour vous rien de trop beau, rien de trop précieux :

Posez-vous en guerriers, en prophètes, en dieux;

•202 SATIRES C(JMIQUES.

Prenez six pieds de taille et des crânes énormes; Couvrez-vous de manteaux ou laissez voir vos formes, Soyez tels qu'il vous plaît d'être vus... mais jamais Ne soyez ressemblants, car vous êtes trop laids.

Publié en 1850.

SECRET DE BIEN DES GENS

LE SECRET DE BIEN DES GENS

L'atelier du Titien à Venise. Le peintre est à son chevalet, et l'Arétin dans un fauteuil pose pour son portrait.

Oui, compère , le fait qu'oa vous a rapporté

Est vrai sur tous les points. Strozzi, dans le côté,

Hier soir fut salué d'un joli coup de dague,

Près Saint-Jean et Saint-Paul... et, pour être moins vague,

C'est de moi qu'il le tient par procuration.

J'ai dû répondre fer à qui parlait bâton :

Ce coup rabaissera quelque peu sa jactance.

Page 1