HYMNE A LA NUIT
On voit maintes lueurs vermeilles Errer au céleste jardin , Au travers de la sombre plaine , D'autres lueurs au doux reflet Épanchent leur onde sereine Comme un brillant fleuve de lait.
Mais bientôt l'horizon immense Laisse poindre une autre clarté :
Voici la lune qui s'avance , La lune au beau front argenté.
D'abord elle rase la terre , Elle flotte au sein des vapeul-s ; Puis , tournant son vol solitaire Vers les scintillantes hauteurs, Ainsi qu'une vierge rêveuse Qui cherche de paisibles lieux , Elle monte au plus haut des cieux Fouler l'arène lumineuse.
Devant ces divines beautés Fuyez, fuyez, chastes étoiles; Au fond du ciel, sous d'épais voiles.
Cachez vos modestes clartés !
Qui pourrait disputer l'empire A cette reine de l'azur?
Quel diamant est assez pur Pour oser près d'elle reluire?
Un jour tendre et mystérieux, Qui n'est ni trop vif ni trop pâle , De son front plus blanc que l'opale Tombe et remplit les vastes cieux; Et la terre au loin sommeillante Sou5 ce rayon limpide et blanc Repose en paix comme un enfant Sous les yeux d'une sœur aimante.
Quel doux éclat, quel feu charmant!
Bien que l'àine de notre monde , Le soleil t, la sphère blonde , Ait déserté le firmament; Que loin de lui la terre nage Dans les flots de l'obscurité , La douce lune au blanc visage Nous rappelle encor sa beauté.
Oui, son beau disque nous l'etrace Les lueurs de l'astre enflammé , Comme une amoureuse avec grâce Porte en son cœur l'objet aimé.
Et moi, dont le regard contemple La touchante et sainte pâleur.
Moi, qui voudrais à son exemple Tonir un peu du grand moteur , Je dis : « Mon âme, fais comme elle, Sois le reflet harmonieux De cette splendeur éternelle Qui reluit par delà les cieux. »