HYMNE A LA MER
Chantons les vastes flots ! tous les bardes du monde
Ont chanté les flots gracieux; Car c'est du sein mouvant de la vague profonde Que sort chaque matin leur prince radieux, Lorsque, jetant aux vents sa chevelure blonde, Ses coursiers aux pieds d'or l'emportent dans les deux.
Chantons les vastes flots ! leur cristal magnifique ,
Leur cristal pur est le miroir Où, depuis le repos de la nature antique, L'éclatant Uranus aime le mieux se voir, Et dans lequel le Dieu terrible ou pacifique Peint son regard d'azur ou son grand sourcil noir.
Chantons les vastes flots! c'est l'éternelle image
De la céleste liberté.
Ils s'en vont aussi loin que l'aigle ou le nuage, Ils viennent d'aussi loin que le vent indompté ;
Et rien ne les enchaîne en leur course sauvage , Sur le vert océan, immense, illimité.
Chantons les vastes flots ! au lieu d'amollir l'âme ,
Ils la retrempent dans leur sel.
Le cœur lavé par eux ne garde rien d'infâme, Il a la pureté du cristal immortel ; Le danger met dans l'homme une divine- flamme, Le rend brave et meilleur, et le ramène au ciel.
Chantons les vastes flots ! leur abîme sonore
Retient captifs tous ses échos, Nul secret de leur sein jamais ne s'évapore; On peut leur confier ses chagrins et ses maux , Dire le nom qu'on hait et celui qu'on adore, Sans que nul vous trahisse : — aimons, chantons les flots
Oui, tous, chantons les flots ! des plaines ondoyantes
L'amour est sorti glorieux.
L'Éternel, en créant les vagues verdoyantes, En fit une ceinture au globe montueux , Non point pour séparer les nations distantes , Mais pour unir la terre et les hommes entre eux.