‹ Satires et poèmesChapitre 1 sur 43 · Satires et poèmes · texte numérisé non relu

Satires et poèmes

Toutes les muses glorieuses N'ont pas au front le calme et la sérénité, Et dans le chœur sacré de ces nobles chanteuses Plus d'une grande voix sonne avec âpreté.

L'une épanche son amc en plaintes infernales, Par les bois, et les monts, et les Ilots voyageurs; L'autre, frappant au seuil des demeures royales.

Des monarquos tombés, des grands usurpateurs , Chante les tragiques douleurs.

Une troisième enfin, la muse populaire Se plaît dans la vapeur des ardentes cités;

Tantôt sa voix grave et sévère Gourmande le torrent des esprits révoltés,

Ou, bruyante comme un tonnerre, Houle une Marseillaise aux faubourgs irrités.

0 lecteur souverain ! telle la muse fière Qui par un temps d'orage apparut à mes yeux, Et que, depuis ce jour, dans nos gouffres de pierre Suivirent mes pas hasardeux.

Je sais qu'il en est de plus belles Dont les yeux sont toujours aux voûtes éternelles, Mais j'aime celle-là plus que toutes ses sœurs : Elle montre le bien aux ames indociles, Sans crainte elle s'abaisse aux choses les plus viles,

Et trouve quelquefois dans la fange des villes A consoler les coeurs.

Or, j'ai voulu tenter une œuvre austère : Par la triple clameur d'un concert menaçant , J'ai voulu détourner les enfans de la terre

Des noirs excès du tcms présent.

Effort laborieux , peut-être téméraire î

Peut-être, hélas I ai-je entrepris Plus que je ne voulais et plus que je ne puis.

Mais dans sa course infatigable ,

Si la muse , enfant des cités , Ne me vit pas toujours marcher à ses côtés, Du moins je me guidais sur sa voix redoutable :

Malgré mon pied tardif, ô lecteur souverain ,

De loin j'entendais la maxime Qui tombe incessamment de ses lèvres d'airain , Toujours je me disais qu'en ce monde incertain ,

Quels que soient les partis qui commettent le crime,

En face du mal indompté Le poète doit être un protestant sublime

Du droit et de l'humanité.

Page 1