PROLOGUE
On dira qu'à plaisir je m'allume la joue ,
Que mon vers aime à vivre et ramper dans la boue,
Qu'imitant Diogène au cynique manteau ,
Devant tout monument je roule mon tonneau,
Que j'insulte aux grands noms, et que ma jeune plume
Sur le peuple et les rois frappe avec amertume :
i PROLOGUE.
t Que me font après tout les vulgaires abois
De tous les charlatans qui donnent de la voix ,
Les marchands de pathos et les faiseurs d'emphase ,
Et tous les baladins qui dansent sur la phrase?
Si mon vers est trop cru , si sa bouche est sans frein ,
C'est qu'il sonne aujourd'hui dans un siècle d'airain.
Le cynisme des mœurs doit salir la parole,
Et la haine du mal enfante l'hyperbole.
Or donc, je puis braver le regard pudibond,
Mon vers rude et grossier est honnête homme au fond,
— LA CUREE. —
Oh ! lorsqu'un lourd soleil chauffait les grandes dalles
Des ponts et de nos quais déserts, Que les cloches hurlaient, que la grêle des balles
Sifflait et pleuvait par les airs; Oue dans Paris entier, comme la mer qui monte.
Le peuple soulevé grondait,