‹ Satires et poèmesChapitre 14 sur 43 · RAPHAËL · texte numérisé non relu

RAPHAËL

Ce qui donne du prix à l'humaine existence, Ah ! c'est de la beauté le spectacle éternel ; Rien n'égale en splendeur le destin du mortel Qui peut la contempler dans sa plus pure essence :

Et ce fut là ton sort, bienheureux Raphaël I Artiste plein d'amour, de grâce et de puissance, Ton œil noir de bonne heure attaché sur le ciel Y chercha du vrai beau la divine substance.

En vain autour de toi , jeune cncor et sans nom,

Le monstre impur du laid, hurlant comme un dragon,

Déroula ses anneaux et ses replis de fange;

Tu dédaignas ses cris , ses bonds tumultueux, Et d'un brodequin d'or foulant son front hideux , Tu t'élanças vers Dieu comme le grand Archange.

LE CORREGE. —

Nourrice d'Allegri, Parme, cité chrétienne, Sois flère de l'enfant que tes bras ont porté! J'ai vu d'un œil d'amour la belle antiquité, Rome en toute sa pompe et sa grandeur païenne ;

J'ai vu Pompéi morte , et comme une Athénienne , La pourpre encor flottant sur son lit déserté; J'ai vu le dieu du jour rayonnant de beauté Et tout humide encor de la vague ionienne :

lifcî IL IMANTO.

J'ai vu les plus beaux corps que l'art ait revêtus ; Mais rien n'est comparable aux timides vertus , A la pudeur marchant sous sa robe de neige ;

Rien ne vaut cette rose, et cette belle fleur Qui secoua sa tige et sa divine odeur Sur le front de ton (ils le suave Corrége.

CIHIAROSA. —

Chantre mélodieux né sous le plus beau ciel , Au nom doux et fleuri comme une lyre antique j Léger Napolitain , dont la folle musique A frotté tout enfant les deux lèvres de miel ,

0 bon Cimarosa ! nul poète immortel , Nul peintre , comme toi, dans sa verve comique , N'égaya des humains la face léthargique D'un rayon de gaîté plus franc et naturel.

lî)î IL PIANTO.

Et pourtant tu gardas à travers ton délire , Sous les grelots du fou , sous le masque du rire , Un cœur toujours sensible et plein de dignité ;

Oui , ton ame fut belle ainsi que ton génie ,

Elle ne faillit point devant la tyrannie

Et chanta dans les fers l'hymne de liberté.

CHI Al A.

21 Jtl. entant Ifscljamps.

— CHTAI-A. —

SAJLVATOR.

Je t'envie , 6 pêcheur ! sur la grève et le sable Je voudrais, comme toi, savoir tirer un câble , Mettre une barque à sec, et le long de ses flancs Sécher au plein soleil mes filets ruisselans. Je t'envie, ô pêcheur! Quand derrière Caprée Le soleil a quitté sa tunique pourprée ,

198 JL PIANTO.

Comme toi, dans ma barque étendu gravement,

Je voudrais voir la nuit tomber du firmament.

0 mon frère ! plains-moi , ma douleur est mortelle ;

Car, pour moi, la patrie a cessé d'être belle ;

Naples , la ville d'or, à mes regards maudits

A fermé le jardin de son blanc paradis,

Les éternels parfums de la riche nature,

L'air qui plante la joie en toute créature ,

Ce beau ciel lumineux qu'on aime tant à voir,

Les pâleurs du matin et les rougeurs du soir,

Les coteaux bleus du golfe , et sur ses belles lignes ,.

Les barques au col blanc nageant comme des cygnes ;

Et Pausilippe en fleurs , et Vulcain tout en feux ,

Et tous mes souvenirs , mon enfance et mes jeux ,

Rien ne peut animer le sombre de ma vie :

La riante couleur à mes doigts est ravie ,

Le ton noir et brumeux domine en mes tableaux ,

J'ai brisé ma palette , et, jetant mes pinceaux ,

Par la campagne ardente et nos pavés de lave,

Au soleil du midi , j'erre comme un esclave,

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