‹ Satires et poèmesChapitre 15 sur 43 · II I A 1 A · texte numérisé non relu

II I A 1 A

LE PÊCHEUR

0 frère ! je comprends et tes soupirs profonds ,

Et pourquoi comme un fou tu frappes des talons ;

Pourquoi tes cheveux noirs , hérissant ton visage ,

Sur ton manteau troué répandent leur ombrage ;

Pourquoi la pâleur siège à ton front soucieux ;

Pourquoi, tel qu'un voleur, tu détournes les yeux.

Oh ! tu n'es pas le seul à baisser la paupière ,

Mon corps, tout brun qu'il est, n'est pas non plus de pierre,

Et je sens comme toi, sous sa rude épaisseur,

Que notre ciel n'a pas de reflet en mon cœur.

Eh ! qui peut aujourd'hui prendre un habit de fête ,

De raisins verdoyans se couronner la tête,

Et, levant par le coin un rouge tablier,

Danser la tarentelle à l'ombre du halier?

Qui peut , ami , qui peut s'enivrer de musique ,

Et des beaux jeux fleuris de notre terre antique.

200 IL IMANIO.

Quand la douleur partout nous ronge comme un ver? Notre vie ici-bas est un citron amer Que ne peut adoucir nulle saveur au monde. Nous sommes, beaux enfans d'une mère féconde , Sous le joug attelés comme nos taureaux blancs : Il faut tirer du front, et haleter des flancs , Marcher pleins de sueur, et, pour plus de misère, Etre souvent battu par la verge étrangère.

SALVATOR

Heureux, heureux pêcheur! il te reste la mer, Une plaine aussi bleue , aussi large que l'air ! Comme un aigle lassé de son rocher sauvage , Quand le souffle de l'homme a terni ton visage, Lorsque la terre infecte a soulevé tes sens, Tu montes sur ta barque, et de tes bras puissans, Tu cours au sein des flots laver ta plaie immonde; La rame en quatre coups te fait le roi du monde

Cil! Al A. 201

Là, tu lèves le front, là, d'un regard vermeil,

En homme, saluant la face du soleil,

Tu jettes tes chansons , et si la mer écume ,

Si le bruit de la terre avec son amertume

Te revient sur la lèvre, au murmure des flots

Tu peux sans crainte encor murmurer tes sanglots.

Mais nous, mais nous, hélas ! habitans de la terre,

Il faut savoir souffrir, mendier et nous taire ;

Il faut de notre sang engraisser les abus ,

Des fripons et des sots supporter les rebuts ;

Il faut voir aux clartés de la pure lumière

Des choses qui feraient fendre et crier la pierre ;

Puis, dans le creux des doigts enfermer avec soin

Son ame, et s'en aller gémir en quelque coin ;

Car la plainte aujourd'hui vous mène au précipice ,

Aux doux épanchemens le sol n'est point propice,

Notre terre est infâme, et son air corrupteur,

Sur deux hommes causans, enfante un délateur.

IL IMANTO.

LE PÊCHEUR

Toujours, ô mon Rosa! toujours les vents contraires

Ne déchireront pas la voile de nos frères ,

Des célestes balcons, les dieux penchés sur nous

Souffleront moins de bise et des zéphyrs plus doux.

S'ils sont justes là-haut, s'ils régissent la terre,

Ils prendront en pitié notre longue misère ;

Ils ne laisseront pas les bras tendus en vain ,

Toujours les braves gens en guerre avec le pain ;

Ils ne laisseront pas du fond de sa mantille

L'avarice hautaine insulter la guenille;

Nous n'irons pas toujours, comme des chiens honteux,

Le long du vieux marché, sous ses antres bourbeux,

Chercher à nos petits un peu de nourriture :

Nous qui suons le jour et couchons sur la dure,

Qui n'avons ici-bas que la peine et le mal,

>ious n'irons pas toujours mourir à l'hôpital ;

Nos crocs ne seront plus chargés d'étoupes molles , Viendront les pensers forts et les mâles paroles. Après avoir eu l'os , nous aurons bien la chair, Les douceurs du printemps après le vent d'hiver. Aussi je prends courage , au branle de la rame Je poursuis plus gaîment le poisson sous la lame, D'un bras ferme et hardi je lance mes harpons, Je nage à tous les bords , je plonge à tous les fonds , Car je sais un beau jour, et sans que rien l'empêche , Qu'en mon golfe divin je ferai bonne pêche : Aux rives de Chiaia, sur ce sable argenté, Dans mes larges filets viendra la Liberté.

SALYATOR.

La Liberté, pêcheur I la Liberté divine Poserait ses pieds blancs sur ta poupe marine ! Cette sœur de Vénus, cette fille des flots, Dans Naples descendrait des bras des matelots!

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