LE PILOTE. SIS
Sans lutte ardente et sans nouveau combat Des antiques jours se détache,
Et d'un bras fort, dans l'arbre de l'état Plante elle-même un coup de hache.
0 William Pitt , ô nocher souverain ,
0 pilote à la forte tête !
Il est bien vrai que ton cornet d'airain
Domina toujours la tempête ; Qu'inébranlable et ferme au gouvernail
Comme un Neptune tu sus faire , Devant ta voix, tomber le sourd travail
De la grande onde populaire.
Mais quatorze ans , l'âge au plus d'un oiseau,
De ton pouvoir fut l'étendue , Et ton bras mort , le fleuve de nouveau
Reprit sa course suspendue.
Ah ! le fou rire a dû prendre a l'enfer
Au bruit de tes gestes sublimes;
Car pour un temps si court , o cœur de fer Fallait-il donc tant de victimes?
Fallait-il donc faire pleuvoir le sang Comme la nue au ciel éclate ,
Et revêtir la terre et l'Océan
D'un large manteau d'écarlatc?
LE FOUET
— LE FOUET
Ah! ne sais-tu donc point qu'aujourd'hui la nature,
Albion 1 se révolte au seul mot de torture ,
Que la philosophie a noyé sous les eaux
Jusqu'aux derniers charbons des bûchers infernaux,
Que les durs chevalets , les pénibles entraves
Et tous les chàtimens réservés aux esclaves ,
Aujourd'hui sont en poudre et le jouet du vent ;
Tu ne peux l'ignorer... et pourtant comme avant
Tu retiens près de toi la barbarie antique.
Hélas ! non-seulement par-delà l'Atlantique
Le fouet résonne encore , et ses nœuds destructeurs
Déchirent les reins noirs des pauvres travailleurs;
Mais même dans ton sein, à tes yeux , sous ta face,
De coups abrutissans la loi frappe ta race ,
Et pour le moindre tort déshonore le flanc
Des robustes enfans qui te vendent leur sang.
Vieille et triste Albion, 6 matrone romaine ! Il est temps d'abroger ta coutume inhumaine , De remplacer enfin l'ignoble châtiment , Malgré les lords hautains de ton vieux parlement. Ah ! fais vite , de peur que le monde en reproche Ne t'appelle bientôt : « Albion, cœur de roche ! » Et ne dise partout, à haute et forte voix , Quq les rouges gardiens de tes remparts de bois,
LE FOUET. 351
Les boucliers vivans de ton trône immobile , Les défenseurs sacrés des lois et de la ville , Tes murailles de chairs, tes soldats valeureux, Sont traités par tes mains comme on traite des bœufs , Et tous les blancs troupeaux, honneur de la prairie, Que sans ménagement l'on mène à la tûrie, Et qui , le ventre plein de trèfle et de gazon , Accourent à la mort à grands coups de bâton.