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Non , rien î Peut-être encor Recevront-ils tes pleurs le sourire à la bouche,
S*en feront-ils un jeu, Riront-ils de te voir délaissé sur la terre ,
Sans autre ami que Dieu , Sans pain , pleurant de froid et d'affreuse misère...
Ils riront!...
Ce n*est pas Que l'Église soit morte à la foi de nos pères :
Leur foi conduit nos pas ; Leurs t<>mples sont debout ; nous nous disons tous frères ;
Nos croyances, nos vœux, Nos besoins, nos devoirs , Dieu , tout enfin nous lie :^
Nos pères, nos neveux.
Ne sont que les chaînons de cette même vie.
Ce n'est pas, Dieu tout bon , Que ta parole sainte , orpheline éplorée ,
Soit livrée au démon , Qu elle soit sans refuge, éperdue, ignorée :
Jamais tant on ne vit D apôtres de ta loi , de doctes interprètes.
Dont la foi nous ravit^ D'encens , de piété, de solennelles fêtes ,
D'hymnes et de concerts !
Ce n'est pas, non, mon Dieu, que la vertu soit morte :
L'homme le plus pervers
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Se fait;, aux yeux du monde , honneur d une foi forte.
Moralistes, savants, Prêtres , chacun l'explique et l'enseigne : les temples,
Les salons , les couvents , Les théâtres , les bals , que de pieux exemples !
Les légendes des Saints Servent — béni soit Dieu! — de programme à nos fêtes ;
Nos discords sont éteints , Louange à vous, Seigneur I louange à vos prophètes!
Ce n est pas que Ion n ait Du bien comme du mal la connaissance pleine ,
Nous lavons, Dieu le sait :
C'est un présent de Dieu ; mais c'est... — ô seule peine
De mon cœur ! — c'est qu enfin L'homme heureux se détourne à la vue de son frère
Qui souffre de la faim , Et le soir, tout repu des biens de cette terre.
Il prie en se couchant Que Dieu lui soit en aide ! -^ Enfant, fuyons l'impie!
L'impie, c'est le méchant.
Son bonheur est un vol : tôt ou tard il l'expie.
Le Ciel lui fasse paix !
Sera-ce toi, poëte, incapable de feinte, Qui ne flattas jamais ,
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Qui marches le front haut, sans bassesse ni crainte ,
Libre enfin ; est-ce toi Qui fouleras du pied justice , indépendance ,
Honneur et bonne foi ; Qui diras : Le Pouvoir, c'est notre providence,
C'est notre Dieu tout bon Qui prodigue ses biens à ses enfants qu'il aime.
Libre de passion , Et rend justice à tous, justice au méchant même?
Est-ce toi qui diras Au poëte : Tes chants, c'est la pure harmonie!
A des auteurs ingrats :
Vous puisez vos écrits aux sources du génie !...
Que vas-tu faire alors Sur ce vaste Océan sans fanal, port ni rade?
Te briser âme et corps Sur ses rocs menaçants que le flot escalade.
Ce monde est sans pitié ; ^e lui demande rien de ses dures aumônes , Et rien à l'amitié !
— Je ne demande rien de ses dures aumônes
Qu'un peu de pitié Pour le pauvre frustré du pain que tu nous donnes ,
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O mon Dieu ! Quel bonheur, Quei bien n aurais-je pas d'adoucir sa misère?
O Poète, où vas-m?... Dis, queJ était ton père ,
Ses titres de grandeur.
Son rang, ses biens, son nom... quels étaient tes ancêtres?
Avaient-ils eu Tbonneur De servir de valets à nos honorés maîtres?
Qu'étaient-ils? échansons, Panetiers, chambellans , officiers de la bouche.
Porte-coton, bouffons, Geôliers , pourvoyeurs des plaisirs de leur couche ,
Barons , ducs ou marquis?
Voilà, mon digne ami , de vrais titres de gloire.
Des honneurs bien acquis Burinés au fronton des fastes de l'histoire !
Heureux, trois fois heureux Sont les fiers descendants d'aussi nobles ancêtres !
Tout sourit à leurs vœux.
Tout se courbe à leurs pieds, l'industrie et les lettres :
Ils sont grands par le sang , |ls sont rois par le sang, ils sont nos dieux sur terre,
Créés dieux en naissant ,
Rois et dieux au maillot !
Mais quel était ton père?
Poëte courtisan , Historien de cour? — Il n était Tun ni l'autre,
Mais un simple artisan , Mort trop tôt. Mon ami , vous devez tout au vôtre :
Votre rang , votre bien , Votre nom , vo% amis, et jusqu'à vos maîtresses.
Je dois bien plus au mien :
Le mépris des grandeurs, le mépris des richesses ,
Un cœur comp&tissant , Le besoin d'être aimé , ma facile indolence ,
Ma faiblesse d'enfant , Ma lyre , aussi ma lyre , et mon indépendance ! —
Poëte , je te plains.
Mais quelle est ta fortune? un brillant étalage
D'orgueil et de dédains , Des chevaux, des valets et des amis à gage.
De l'or, partout de l'or.
Un luxe sans pudeur, des flatteurs , des maîtresses.
Effaceraient encor La tache de ton nom... mais où sont tes richesses?
Mes richesses?... La nuit que ma lampe mourra , — Cette nuit est proche peut-être — Où mon œil éteint cherchera
Ma Laure sans la reconimltre , Où je serai sans voix , troublé , n entendant plus
Qu'un tintement sourd et confus , L'heure où je m'éteindrai , qu'on place dans ma bière Quelques mots de ma sœur, des cheveux de ma mère ,
Quelques fleurs auxquelles je tiens...
Est-on pauvre avec de tels biens ?
lâPI^HAlOCS.
La raison accouple vos rimes , Me disait notre ami Fréron ; Vos chants merveilleux et sublimes Sont les dignes fils d'Apollon :
Leur éclat donne le vertige.
— Vous vous riez, lui répondis-je , Avec un sourire bénin ,
Ami Fréron. J*ai pour certain Que sous son écorce grossière Ma Muse, simple roturière, N*a rien de grand ni de divin.
— Moi , je crois sa noblesse antique , Notre ami Pierre, et sur ce point J'entends ne vous le céder point.
Mais je vous dois une critique :
Vous faites — est-ce politique? — Un emploi par trop abusif
Du point qu'on nomme suspensif...
— O barbare, est-ce donc croyable?
Vous ne me comprenez donc point?
Vous m'attaquez sur le seul point Que je tiens pour inattaquable !
AKonAMX&. runr.
Un bon roi — c'était au Mogol ; On lui donna le nom d'Unique , Et ce titre n'est point un vol Fait à la bonne foi publique, — Un bon roi, dis -je, fit venir A l'heure où d'autres font leur somme Son astrologue, un tout digne homme, Docte, Dieu sait, en l'avenir.
One on n'avait vu tel prodige.
O mon fils, lui dit ce bon roi.
Tire-moi de doute : c'est toi Pour qui la vie a nul prestige , Et les voiles les plus épais
DoDt Dieu nous dérobe ses traits Ne sont qu'une gaze légère ; Pour qui le Ciel a nul mystère ; Toi qui ne me trompas jamais , Car la flatterie est la pire Des débauches d*un cœur mauvais ; Toi que la sapience inspire.
Qui sais Taimer, la féconder ; C'est toi seul qui peux décider Du destin de mon vaste empire, Écoute! — Et ce sage vieillard Dont les cheveux blancs, le regard, La voix, l'âme pure et placide Attire à lui comme un aimant.
Montrait du doigt le ciel limpide Où brillaient à travers le vide Mille globes de diamant.
Comment se fait-il que ces mondes, A des distances si profondes Qu à peiue notre œil les saisit.
Soient animés d'un même esprit.
Et roulant leurs globes d'argile Autour de ce centre immobile, Poursuivent leur céleste cours Immuablement et toujours?...
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Le mage alors, d'uD ton austère,
Lui dit :
L'oeil voit , la parole éclaire , L'ouïe entend , le bras agit , Le palais goûte , le cœur aime; Mais Fœil ne voit pas de soi-même , Le bras n a point de volonté , Et notre parole ne sème De sagesse et de vérité Qu autant que le coeur a goûté Les divins préceptes du sage.
Le bras , le cœur, c est le rouage.
Le souffle divin dont Brahma Lui donna rétre, lanima, C*est à lui seul tout son ouvrage.
S'éteint-il? Tbomme alors s'éteint , Brabma ne vit plus dans son sein.
Ainsi du monde. Ces planètes.
Qui vont gravitant sur nos têtes.
Sont les bras géants de ce roi Immuable qui les anime Tous de sa volonté sublime Et les tient soumis à sa loi.
Ce saint roi , c est Fâmc du monde.
C'est par lui que la terre et l'onde , Que l'homme vit, que l'homme meurt.
'■A. à4 "vv Ainsi dit le mage. Un flatteur — Où n en voit-on pas des nichées ?
Même au Mogol ! ces escarbots Sont la vermine des nabots — Or 8 étant les lèvres léchées Dans lespoir de quelque fretin Jeté de la table du maître , Comme à son fidèle matin , Son fou, son magot ou son prêtre.
Notre flatteur prit à la lettre Ce que ce saint homme disait.
Il s'en vint donc comme un basset, Ou pour plus exacte peinture Comme atteint d*une courbature, Ou de vieux militants rompus Dans le service de Vénus, Il s'en vint tout ainsi se mettre A vingt pieds dix lignes du maître , Et lui dit : Notre divin roi!
C'est vous, cet esprit si sublime Dont le souffle puissant anime Tout humble sujet comme moi.
C'est vous, mon maître, en qui je croi.
Tout vit par vous!... — Mais notre sire.
Ennemi de toute satire Sous forme d'éloge ou placets^
'v» 55 vv L'arrêta court d'un mot : Assez !
Au discours que tu viens d'entendre
Que penses-tu de ce serpent?
Dit-il à son mage. — Qu'il ment.
— Bien ! gardes, qu on le mène pendre.
Ainsi fut fait. Le lendemain ,
C'était ripaille et grand festin ,
Les corbeaux lui mangeaient la langue.
Puissent nos faiseurs de harangue
Lui servir un jour dépendants !
Sans perdre en vains conseils son temps,
Notre bon roi fit en tous sens
Partir quelques mille estafettes
Pour trouver dans quelles retraites
Se tenait l'homme tout-puissant,
Tout juste, tout bon, tout sachant,
Que la seule sagesse inspire.
Qui pût gouverner un empire
Gomme Brahama l'univers,
Et n*en fût pas la plaie hideuse,
Baveuse, noire et cancéreuse.
Chargée et de lèpre et de vers,
Mais Tàme, le cœur et la tête.
Or, pas une seule estafette,
w 56 'w Après avoir couru dix ans
En tous sens, Ne s*en revint que les mains vides.
Que s*iuiagina ce bon roi?
Nos roitelets, gens fort candides, Auraient dit sans faute: C'est moi !
Il fit mieux. Par tout son empire A son de trompe il publia, Sans en retrancher un iota.
L'aventure qu'on vient de lire, Ajoutant par considérant :
Dieu seul est bon. Dieu seul est grand !
Ne troquons point nos souquenilles Contre la défroque des rois.
L'or nous en cache les guenilles.
Dieu nous soumit tous à ses lois.
Il fit des pères de familles.
Mais il ne fit pas d*hommes-rois.
C'est Dieu le roi, c'est Dieu le maître, Nul mortel n'est digne de l'être.
Dieu seul est bon, Dieu seul est grand !
Puis, le lendemain de bonne heure, On vit un spectacle touchant:
Près d'une modeste demeure ,
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Un vieillard, hier tout-puissant, Qui labourait son petit champ.
(Mars x835.)