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Laisseras-tu mourant se traîner par la ville
Ton chien hurlant de faim?
Iras-tu chez ton juge enfler son âme vile
En lui tendant la main ?
Lui crieras-tu merci!..
Pardonne, ami, pardonne!
Je t'outrage... mais croi Que ce monde trompeur nous prend plus qu'il ne donne.
Sois sage, connais-toi.
Connais ton cœur, tes goûts, ta facile indolence.
Ta faiblesse d'enfant , Et le peu que tu sais : ton cœur, c'est ta science;
Le cœur est décevant.
Faible ainsi que tu l'es , cédant au cours de l'onde ,
Au moindre coup du sort, Penses-tu résister aux tempêtes dû monde ?
C'est une mer sans port...
Tu mourras !... tes amis pleureront sur ta tombe!
Est-ce à toi qui t'en vas.
Qui t 'éteins... est-ce donc à l'étoile qui tombe
A diriger nos pas?
Ce monde est travaillé de fièvre et d'impuissance.
Penses-tu le guérir? As-tu mission de Dieu ? Quelle est donc ta démence !
Sans nom, sans avenir...
Va ! ta voix est trop faible ! Il faut une voix forte,
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Il faut un bras nerveux Qui retienne écumant le coursier qui s'emporte
Dans ses écarts fougueux.
Et tu n'es qu'un enfant sans force, ni constance ,
Qui vit sans lendemain, Et qui voit sans regret un reste d'existence
S'échapper de sa main.
Ce n'est pas toi , poëte aux molles rêveries ,
Poëte insoucieux , Qui sonderas de l'œil ces routes infinies
Dans l'abîme des cieux , Qui sonderas ce monde , et la nature et l'homme
Aux mille profondeurs , Qui passeras tes nuits à scalper un atome,
A scruter dans nos cœurs Nos besoins , nos devoirs , nos secrets , nos pensées ,
Nos amours?... Est-ce toi, Toi qui viendras en aide aux âmes affaissées
Sous le doute ? Ta foi , Quelle est ta foi?... ton temple est fondé sur le sable.
Vois ces âmes de feu Pénétrer jusqu'au fond ce monde impénétrable.
Et disputer à Dieu Des secrets qu'il garda des milliers de vies !
Vois de quelle hauteur Ils dominent de Tœil nos rampantes envies !
Vois quelle sainte ardeur Les brûle, les dévore, et que de nuits rêveuses
Ils passent sans repos !
Et reporte les yeux sur nos âmes terreuses...
Quel retour au chaos !
Quelle chute ! quel air épais ! Dieu, que de fange !
De serpents venimeux, De cadavres vivant de cette vie qui mange,
Qui n a point d'autres vœux , Qui se traîne au soleil comme une larve immonde ,
Qui végète et qui meurt...
Mais là, sous ce ciel bleu... là , par-^lelà ce monde ,
Que d'éclat , de splendeur!
Vois que de demi-dieux ! ils touchent au Grand -Être !
Admire > prie et croi.
Reconnais ta faiblesse; enfant, voilà ton mattre'
Poëte, courbe-toi!
— Je suis faible , il est vrai; mais je porte avec moi
Des souvenirs qui font ma force, Si chers qu'à les user le Temps en vain s'efforce : Que craint-on quand on a sa mère auprès de soi ?
'v/\< 43 'w O Poëte, où vas-tu ?... Ne t'attends qu*à toi-même ,
Ta fortune ou ton chien, li amitié du monde est un honteux blasphème.
Ne lui demande rien , Aien, pas même un sourire : on les paye, ses sourires,
Souvent de son repos.
L'orgueil et Tintérét partagent ses délires :
Aujourd'hui son héros Et demain son jouet. Sois libre! la sagesse ,
C'est l'empire de soi.
Un enfant se confie à la moindre caresse.
Pauvre enfant, comme toi J'eus aussi mes beaux jours, mes caresses, mes fêtes,
Mes doux noms... et plains-moi Gomme aussi je te plains, pauvre enfant ! Beaux jours, fêtes,
Caresses , noms d'amour, Tout m'a fui, tout, mon Dieu ! Mes prières, mes craintes ,
Rien n'a touché leurs cœurs.
Quel mal leur ai-je fait?... Oh ! j'entendrais leurs plaintes...
Et lorsque je me meurs , Ils ne m'entendent pas !
Pauvre enfant , ta faiblesse ,
Si tu n'es pas heureux Et ne puisses payer leurs soins avec largesse ,
Les payer de ton or.
Ta faiblesse d'enfant n'aura rien qui les touche ,