‹ Satires et poésies diversesChapitre 16 sur 29 · XA. 81 -W · texte numérisé non relu

XA. 81 -W

Qu'on doute de son espérance, Sa pauvre mère 8*endormit.

Le ciel est pur, la lune éclaire De ses rais d'argent l'onde claire, L'oiseau répète sa chanson...

Gomment rester à la maison ?

Voyant que sa mère repose, Emma^ sans rêver d'autre chose, Se retire pour se coucher :

Elle adresse à Dieu sa prière.

La lune inondait de lumière Le» hautes tours du vieux clocher;

Et Ton voyait de sa fenêtre

Le tahleau riant et champêtre

Que la nuit présentait aux yeux.

La nuit, avec sa teinte sombre.

Plaît au cœur qui cherche dans l'ombre

Des mystères délicieux.

C'était une vallée étroite Où court un torrent, sur la droite, A la voix rauque, au lit pierreux, Et les monts dont elle est la fille

L enveloppent d^une mantilie Faite d^arbres majestueux.

Oh ! (pie la vue doit être belle Du haut de la vieille tourelle Qui se dresse comme un f^éant !

Le vieux baron de sa fenêtre Verrait la lune disparaître Sur la montagne du couchant.

S'il fut mauvais, Dieu lui pardonne Sans doute, car sa main lui donne Tous les biens dont nous n^avons pas.

Oh! qu'il doit jouir de la vie! . .

Et pour mieux voir ce qu^elle envie, La jeune Emma fit quelques pas.

Puis il fait si chaud dans la chambre !

( Nous allions entrer en septembre ) L'air est si pur, le ciel si beau !

Si beau qu'Emma, l'âme attendrie.

S'abandonne à sa rêverie Qui la conduit au bord de Peau.

Elle y vient sans penser mal faire, Plonge ses deux bras dans Teau claire ; Puis elle rit comme un enfant,

Quand tout-à-coup une voix d^homme Lui demande comme on la nomme.

— Emma, répond-elle en tremblant.

« Ah! c'était vous, ma colombelie?

La Vierge est moins pure et moins belle Que tu ne Tes, assurément.

Veux-tu venir sur ma tourelle Jouir d'une nuit aussi belle ?

Veux-tu venir, ma belle enfant?. .

— « Je le voudrais bien ; mais ma mère M'a dit, ce soir, d'un ton sévère

Que votre regard lui fait peur.

Si vous vouliez me le promettre De ne point regarder?., mon maître, Je vous suivrais de bien bon cœur.

« Voyez- vous venirjjce nuage?

Ce doit être beau qu'un orage Vu des tours de votre donjon :

Je m'en fais d'avance une fête î Allons !.. mais retournez latcte :

Je vous suis, monsieur le baron. »

Le ciel est pur, la lune éclaire De ses rais d'argent l'onde claire,

'w 84 'Vk' L'oiseau répète sa chanson . » , Gomment rester à la maison ?

Pauvre Emma! la herse retombe.

On dirait le bruit d'une tombe Qui se prolonge sous les murs.

Le vieux hibou de ces tourelles A ce bruit agitant ses ailes, S'envole aux lieux les plus obscurs.

Le ciel jusqu'alors sans ténèbres , S'épaissit de voiles funèbres ; On entend gémir par les airs Les hêtres que le vent secoue; Eole gronde et fait la roue Au choc répété des éclairs.

Et voyez-vous sur la terrasse

Emma que son vieux maître embrasse!.

Sa pauvre mère avait bien lieu

De dire: « Lorsque tout repose,

Le vieux baron cherche autre chose

Qu'à s amender devant son Dieu.»

On n'entend plus rien sur la terre Que le bruit fréquent du tonnerre ;

'^n, 85 vv

La nuit couvre tout de ses plis w Mais UD éclair perçant la nue Laisse voir Emma demi-nue. . .

Oh ! pourquoi Dieu Ta-t-il permit?

Le vieux tigre, amoureux de joie,

Mangeant des yeux sa faible proie,

Lui fait la patte de velours ;

Il lenlace de ses caresses,

De ses deux bras, de ses promesses,

De ses feux, de ses vils amours . . .

Le vent souffle avec plus de force.

Bien en vain la forêt s'efforce De résister à ses élans :

L arbre tombe sous ses ravages, Et dans les cieux les noirs nuages Roulent comme des cerfs-volanis.

Le vieux donjon, dressant la tête, Semble dédaigner la tempête ; Mais le Dieu fort le marque au fronC.

La foudre éclatante et terrible L'atteint, le perce comme un crible £t le dévore jusqu'au fond.

On dit qu a ce bruit de tonnerr-e

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