‹ Satires et poésies diversesChapitre 18 sur 29 · L'HIRONDELLE ET SES PETITS · texte numérisé non relu

L'HIRONDELLE ET SES PETITS

A WL. W.

Je serai court, ne craignez pas De longs préceptes de morale.

A votre âge, cher Wladislas, La morale dont on fait cas, C'est la fable de la Cigale.

Notre vieil et commun ami Nous a conté que la fourmi N'est point prêteuse:

C'est un défaut, mais c'en est un Qui de nos jours est fort commun.

Aussi bien, la gent emprunteuse,

Loin de passer Son jeune temps dans la paresse, Ferait beaucoup mieux d'amasser

'w 89 "^^ Un peu de gnÛD poar sa vieillesse.

Ne pensez-vous pas comme moi?

La paresse, pour être aimable, N*est pas moins le coussin du diable.

Le trait suivant en fera foi.

Une hirondelle un peu commère, Mais bonne au fond et tendre mère, Se plaignait : «Dieu! que les enfants Donnent de mal' à leurs parents ! »

Soupirait-elle avec tristesse.

Un passereau qui Fentendit, S^approchant avec politesse^

Lui dit:

« Eh ! qu avez-vous ma digne amie ?

Vous, Tenfant gâté du Destin, Vous soupirez! . . La calomnie.

Ou la cruelle tyrannie D*un vieux mari sur son déclin, Cause-t-elle votre chagrin ? »

C'était là ce qu'attendait d'elle Notre commère l'hirondelle.

Il est telles gens qui n'ont pas De plus grand bien que de se plamdre :

Ce sont des fâcheux fort à craindre Pour le repos de nos états.

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Progné s'en vint à meDUS pas

Tout aa-devant de sa voisine;

Elle aimait à deviser bas.

Étant très-faible de poitrine :

« Ke pensez pas, Dieu m*est témoin!

Que tout soit rose en notre vie,

Disait-elle à sa bonne amie ;

Le bonbcur nous sourit de loin,

Mais disparaît dès qu on Tenvie.

Nous avons un même parrain:

Le sort de tous tant que nous sommes.

Des passereaux comme des hommes,

Est filé de la même main.

Ne portons pas envie à d*autre.

J*ai ma croix, vous avez la vôtre ;

Chacun la sienne, c'est la loi

De la nature. Voyez-moi,

Je relève de maladie.

Une perte cruelle, hélas !

Et bien cruellement sentie

Me mit à deux doigts du trépas.

C'était l'an passé, ma voisine,

A pareil temps, s'il m'en souvient.

Jugez si mon cœur se chagrine

Quand un tel souvenir lui vient •*

Je pleure ! . • . mais puisqu'il me reste

Quelques amis dans le malheur.

w 91 -^ — Je vous compte au uombre, ma sœur ■ - Mon destin n'est pas si funeste :

Un ami, c'est un bien céleste.

Vous savez que j'avais trois fils.

Il n'était rien que je ne fis Pour les mettre en la bonne voie. L'un, le plus jeune, était la joie De mes vieux ans, mais il en fut Aussi l'amertume. . . il mourut.

Ses aînés — et j'en étais fière — Mûrs de sagesse et de savoir, Car ils s'étaient fait un devoir De croire aux leçons de leur mère, Voletaient par vaux et par champs Et chantonnaient de joyeux chants.

Tandis que leur cadet, peu sage, Gardait le nid malgré son âge.

Malgré mes soins et mes discours.

Malgré la chaleur des beaux jours.

L'été se passe, vient l'automne:

On fauche, on vendange, on moissonne.

Nos frères partent par essaims.

Nous laissant avec nos alarmes Et nos larmes.

Que de vœux je fis aux Destins!

Mai^ le Ciel, la Vierge et les Saints Restèrent sourds à ma prière ; L'Oracle aussi nous fut contraire; Et le temps devenant plus laid Il fisillut partir sans délai.

Les adieux faits au voisinage,

A notre chaumière, à nos champs,

Ces vieux amis de mon jeune âge.

Au clocher de notre village,

Aux clairs ruisseaux, aux frais étangs,

Aux coteaux si heaux, si riants,

Mais qu'a désolés la faucille ,

Et devant que le soleil brille.

Nous voilà tous quatre partis,

Allant à petite journée.

Relayant à chaque dfnée,

£t reposant toutes les nuits

Sur la mousse ou dans de bons lits.

Mais, quelque souci que je prenne.

Mon jeune enfant, volant à peine,

A chaque plus petit trajet

Qu'il faisait.

C'était des pleurs , c'était des plaintes,

C'était des cris !

Et j'en concevais mille craintes, Quand après de cruels soucis . . .

Mais pourquoi ce récit funeste, Mes pleurs vous auront dit le reste.

Elle se tut.

Notre moineau, par contenance Lui parlant de la Providence, La consola du mieux qu'il put.

Il n'est pas boufH d'éloquence.

Mais son cœur est honnête et bon.

Pour moi, je me promis sans faute De mettre à profit la leçon :

La sag;esseest le meilleur hôte Qu'on puisse avoir en sa maison.

Si notre vie est un voyage De long cours et sans lendemain, Amassons dans notre jeune âge Assez de force et de courage Pour ne point rester en chemin.

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