‹ Satires et poésies diversesChapitre 19 sur 29 · POUR TOUJOURS · texte numérisé non relu

POUR TOUJOURS

Pour toujours!., et ces mots ont fait couler tes larmes. Pour toujours! et c'est moi qui causai tes alarmes, Moi qui t'aime le plus... suis-je donc malheureux ! En subissant, hélas! mon sort inexorable, J'avais une pensée encor douce, ineffable.

Qui me venait des deux, Je me disais : Le Ciel au moins lai soit propice ! Et tu pleurais !.. Bon Dieu, faut-il que je ne puisse

Sécher les larmes de ses yeux!

Pour toujours !.. Qui Feût dit quand la nuit avancée Nous trouvait confondus dans la même pensée, Ma main pressant ta main... et nous étions heureux! Heureux de ce bonheur que Tàme sait comprendre , Et que nulle parole au monde ne peut rendre ,

Tel qu'on le goûte aux cieux...

Et tu m'as donc pleuré !.. mais souris-moi de même , Souris-moi, les adieux d'un ami qui nous aime

Ne sont pas d'étemels adieux !

«vx. 95 '*«'

Rejeté dans ce inonde où tout n'est que fumée, Irais-je apprendre à vivre après t'avoir aimée ? Anges tombés du ciel comptez-vous d'heureux jours ? J'irai dire aux rochers, seuls témoins de ma peine : Ne parlez- vous point d'elle? — au ruisseau de la plaine :

Chantez-vous nos amours?

 la reine du bal, surprise de ma vue, J'irai dire en passant ; Ne l'avez-vous point vue?

Me faut-il la pleurer toujours?

Adieu! portez mes chants où le soleil se lève,

Dites-lui que je la pleurais ; Autans qui la verrez, dites-lui que je rêve...

Ne rêve qu elle et ses attraits;

Et puis — attendez que j'achève —

Dites -lui que je la pleurais!

Et vous qui vous fuyez, capricieux nuages,

Dans l'azur d'an ciel étoile.

Parlez-lui, — dites-lui, messagers des orages,

Que son amant vous a parlé.

Qu'il est doux de se dire : A cette heure, elle m'aime A cette heure, elle vit pour moi !

Qu'il est doux de t'aimer, de t'aimer pour toi-même, Et de n'aimer jamais que toi!

•uv 96 vb Et tu m as doDC pleuré!.. La nuit quand tout repose, Tu pleur s, et de tes pleurs c est moi la seule cause ! Ton œil noir, pénétrant, me suit avec amour.

Me yois-tu triste et pâle!.. Et quand la fleur se fane, Souffre et meurt à tes pieds et quand ton regard plane

Au céleste séjour, M est-il pas quelque voix qui s'élève en ton âme?.. Cette voix est de Dieu : sèche tes pleurs, 6 femme! La mort est un beau jour !

L'^iSgIi9©g.

Un amour qui nous fait souffrir, Ne s'éteint-il pas dans l'absence?

La présence peut adoucir Un amour qui nous fait souffrir ; Mais labsence ne £iit qu aigrir Le mal qu'adoucit la présence.

Un amour qui nous fait souffrir Ne i'éteint-il pas dans l'absence ?

Mioa CDieii; oui lu'o^ eptoapé.

O mon Dieu qui m'as éprouvé

Plus rudement qu'un réprouvé

Jeté dans l'éternelle flamme,

Si ton bras puissant sur mon âme,

Qui ne se platt qu'à te bénir,

Se lassait de s'appesantir ,

Si ma seconde et pauvre mère

A qui la vie est tant amère ,

Si mon frère, si mes amis.

Ma Julie étaient endormis

Aux lieux où tes élus ont place.

Si j'étais seul, de quelle audace

Mon cœur s'allumerait soudain !

Quel superbe et puissant dédain

Je jetterais aux joies du monde ,

A ses biens d'origine immonde ,

Ses turpides amitiés.

Ses méprisantes pitiés ,

Sa vaine science ! O mon seul mattre,

Mon Dieu, que ne m'as-tu fait naître

Sans vêtement pour me couvrir , Sans pain , ni rien pour me nourrir, Sans appui , mais sans crainte aucune Qu'un jour ma mauvaise fortune Ne fût un sujet de douleur Pour des amis chers à mon cœur.

3f t'attnats trop-

Je t'aimais trop , Betty , Je t'aimais trop ! — Ainsi chante et soupire Le pèlerin que la nuit sombre inspire

Et la nuit sombre a ralenti Dans sa marche*. La lune était voilée, Et tout dormait : pas une âme en souci

Ne va, ne vient dans la vallée

Et le pèlerin chante ainsi.

Je t'aimais trop , Betty , ^

Je t'aimais trop pour te dire : partage Les maux (jue Dieu m'a donnés en partage ;

Je m'en serais trop repenti.

Le vie hélas ! n est que deuil et que peine , La déception coule de toute part ,

Et dans ma coupe toujours pleine

Tu m'aurais pris plus que ta part.

* Pour eette licence, comme pour beaucoup d'autres , je renvoie le critique aux anciennes règles de notre versification.

•w 101 -wv ^.^

Je t'aimais trop, Betty , -, .V- t : :

Je t'aimais trop ! —Ainsi chante et soupire Le pèlerin que la nuit sombre inspire

Et la nuit sombre a ralenti Dans sa marche. Il se tait, il se lève, Et tristement il poursuit son chemin ,

En se disant: le plus beau rêve

N'est qu'un beau jour sans lendemain.

iu tvia» frofpé^ Seigimir.

Tu m*as frappé, Seigneur , au fort de ta colère,

Tu m as frappé de mort !

IS'est-il plus rien pour moi , plus d'amour sur la terre.

Seigneur, est-ce mon sort?

( 19 mars i833.)

XrOS Q-HAXTDBTniS.

J'ai en gênerai oecy, qne de toutef les opinioBS que l'Anciennetë a enei de l'homme en grot, eellet que j'eoubrasM plot voloatien et ana qnellet je n'attacbe le plue, ce aont oeilea qui oons OMspriseot , aviliiwnt et anëantiueat le plot,

(HoVTAICNt)

D'où vient mon mal, 6 Dieu !.. Sais-je doue fait de boue? *

N est-il pas de milieu? La pierre que je jette

Monte et retombe à terre : à peine est-ce que l'aube

D'un rayon de lumière illumina mes jours

Que déjà je vois fuir le matin de mes ans

Et mon ciel s'assombrir. Est-ce là mon destin !

Il faut que ma pauvre âme , ainsi déshéritée ,

Ait quelque note infâme empreinte sur le front .

Ëh bien ! vivons... je veux ne plus haïr le monde, Je comblerai de vœux le pèlerin , mon frère :

* Rime à la césure. Cette forme de vers que je propose me semble s'approprier plus convenablement à la déclamation dramatique. On remarquera que la pensée ne tombe plus aussi régulièrement avec la rime et que par là on détruit la principale cause de la monotonie de nos vers Alexandrins.

w 104 'w Je l'aime, «h ! oui , je l'aime!.. Sonnez toates les cloches , La cloche du baptême et de la mort — qu'importe? Da bruit ! faites du bruit I Le Sauvag;e qui danse Aime aussi ce qui bruit. Que l'airain fasse entendre Ses cent coups de tonnerre ! Que les cent voix du peuple Étourdissent la terre I Serrez-vous de sa route De crainte qu'un cheveu le blesse, serrez-vous... Voici l'image de mon Dieu !

Et voilà, Dieu Fa dit : « Cet univers sublime T'appartient ; c'est le nid de ma grande famille. Je t'en fais Roi ! m Et l'homme à pa^ d'une coudée Vfesure son royaume, et son œil peut à peine Atteindre an roc chenu où l'aiglon s'est posé ; Et d'un monde inconnu semé de mille gouffres L'effrayante baleine , de l'un à l'autre pôle , Parcourt en souveraine les immenses états.

Providence, oh ! dis-moi comment le Roi du monde Domine et fait la loi? J'ai vu quand le Vésuve Au ciel jette sa lave, et quand hurle la louve Le maître a peur de son esclave.

Oh ! que l'homme est choyé du Souverain, son père ! Être privilégié. Dieu sur terre, rends grâce» Au Ciel, et sur le sable érige des autels A TEtre immensurable en qui vit l'univers.

w 105 'vv Il nous donna le jour et toutes ses merveilles , La nuit sombre et l'amour, cette part de lui-même... Amante, ô tendre amante , enhardis ma faiblesse : Ta pudeur me tourmente... Ah! voile tes grands yeux!.. Ange, ne pleure pas... penche-toi , mon amante... C'est le ciel d'ici bas!... Mais dites-raoi, de grâce, Puissances inconnues , pourquoi faut-il aimer Comme les chiens des rues ?

Kéjouis-toi, mortel quand le courant t'emporte , Quand ton être immortel brise sa frêle écorce , Et plains ta jeune fille en pleurs à ton chevet, Plains toute ta famille... elle reste et tu pars. Qui voudrait retenir ton âme émancipée Qu'un brillant avenir attend et sollicite ?

Ne crains pas cet abîme oii l'on nous dit que rhomme Disparaît et s'abîme : il n'est point de néant. Le chardon n'est pas mort quand sa tige est séchée ; Le marbre vit encore quand le temple a croulé \ Et si l'âme se brise au choc des hautes lames, Emporté par la brise, au soir de la journée , L'esprit qui l'animait erre de monde en monde Comme un gnome, un follet, une vapeur, un souffle, Et sur notre planète, où tout naît, vit et passe. Il en reste un squelette.

^s$i£^i^«fè:$i$^i$]^i^Sfê^$^i»simsi^si$si$m#^imm^^

ÉPIGRAMME

Pradon, tu fis pâlir lastre du grand Racine, Si tu ne Téclipsas tout-à-fait à nos yeux , La raison, à mon sens, aisément s'en devine:

L'âne de Balaam parle — on l'élève aux cieux, Aussi bien les fous que les sages.

Les prodiges, dans tous les âges, Sont au goût des plus fins gourmets Les morceaux les plus estimés.

IWANKA.

BALLADE

k ADAM MIGKIEWIGZ.

Après bien des jours de combats , Bien des jours de fatigue et bien des jours de gloire,

Libre et fort, prenant ses ébats Des bords de la Baltique aux eaux de la mer Noire ,

Se désaltérant au Niémen , Se plongeant dans l'Oder, surmontant tout obstacle ,

Et ne connaissant de TOracle

Qu une seule réponse : — Amen !

Lui qui francbit le seuil de Riowie la Sainte , Lui qui vit des rois à ses pieds.

Lui dont on écoutait la parole avec crainte Gomme loracle des Trépieds ,

Qui dans les flots du Bug a lavé sa ciiniére

Et purifié son noble sang; , Lui qui sur son poitrail portait gris de poussière Le Cavalier et l'Aigle-blanc ;

Le Coursier, jeune encor, a vu tomber son mattre :

Le Coursier n y survivra pas.

Haletant, décharné, gisant aux pieds d*un hêtre,

Près de servir aux loups d*appâts, Il languit, il rend Fàme... et des corbeaux par mille

Fouillant du bec ses flancs poudreux, Se partagent sa chair, et leur troupe servile

Arrache sa dépouille aux Dieux.

A ce spectacle affreux des plaintes s'élevèrent,

Et tout un peuple se troubla :

Seul le Ciel fut muet. Ses destins s achevèrent,

Et la Liberté se voila.

Un poète, un enfant, s armant d'une voix d'homme.

S'écria : Frères, levons-nous !

Il fut pris, garotté... Sais-tu comme on le nonune

Ce jeune enfant ? Le savez-vous ?

C'est toi, pauvre proscrit! c'est toi dont la voix forte

Sonne mal au cœur du tyran Qui craint que de sa fosse un autre Banquo sorte ,

Banquo dont il a bu le sang...

Mais va ! ta gloire est belle ! on aime à te connaître, Quoique tes chants soient d*un haut prix :

Le gibet ou les fers ! selon qu il plaît au maître De t*estimer dans tes écrits *.

Ces honneurs qu'il te doit, cette crainte mêlée

Du respect qu il porte à ton rang , — Car l'hydre du pouvoir ne prend à la mêlée

Que ce qu elle a de noble sang — Cette haine impuissante est la voix de Dieu même

Qui proclame à grand bruit ton nom :

« Peuples, voici celui qu'un vil tyran blasphème.

Et qu'on adore au Parthénon ! »

Je me suis dit souvent — c'était sous cet ombrage Où souvent j« rêve m'asseoir:

Ici... que mon cœur bat !.. vois-tu ce paysage? Ici que je venais le soir.

C'était là! le Soleil traînant sa blanche robe Faite d'or et de diamant

• J'exagère peut-être. Les termes de l'ordonnance impériale ue sont plus présents à ma mémoire, mais tout détenteur des poèmes de Mickiewicz était au moins menacé de l'exil en Sibérie s'il n'en faisait la remise immédiate aux autorités.

•vw 110 '^A>

l^aissait flotter ses plis sur la pente da globe Gomme ua dernier baiser d*amant.

Cétait donc sur le soir qne dans ma joie amère

Rêvant des bymnes triomphants, Je me suis dit souvent: Si ma seconde Mère

Ne pleurait ses plus chers enfants, J'irais serrer la main du poète lui-même ,

Lui demandant son amitié :

lis ne renieraient pas un frère qui les aime,

Qui leur eût tout sacrifié...

N'est-ce pas Mickiewicz? Ainsi le prolétaire ,

Quelque faible et petit qu'il soit , Sait le chemin du cœur des Puissants de la terre.

Car son hommage est pur— -il croit.

Moi de même j'y crois au mandat du Génie

Que Dieu créa le roi des rois :

Qu'un tyran en ait peur , qu'un tyran le renie ,

Moi qui suis du peuple j'y crois !

G'est non loin de la Wilenka Sous un chaume noirci par l'âge Dans je ne sais plus quel village Que vivait la jeune Iwanka.

La candeur riait sur son front ; C'était la fleur de la prairie , Jeune tige à peine fleurie ; Ses cheveux étaient d'un beau blond ; Ses yeux laissaient une pensée Douce au cœur qui la comprenait , Et , la journée étant passée , On y rêvait.

C'était toujours plaisir nouveau Le dimanche et les jours de fête.

Elle dépassait de la tête Toutes les filles du hameau Quand elles venaient chez le maître Animer son triste palais.

De loin, je la voyais paraître :

Je l'attendais.

Une toile faite de lin Que sa vieille mère a tissée , Le bas blanc dont elle est chaussée, Un jupon cousu de sa main , Un fichu roulé sur sa tête, Toute sa mise et son maintien Donne à ses yeux un air de fête...

Qu elle était bien !

vc 111 vu

J*ainiais aussi le tablier Qa elle attachait sur son épaule Gomme une mantille espagnole,* Et ses bagues et son collier , Et lamulette qu elle porte Au col, et son laisser-alier, Et ses chants que le vent m'apporte , Et son parler.

Et le jour la voyant aux champs , Je la plaignais la pauvre fille :

Elle est si jeune , si gentille, Et ces travaux sont si méchants !

Oh! j'aurais voulu pour grand'chose , Prenant la bêche de sa main , Travailler pour qu'elle repose Jusqu'à demain.

Il fait encor nuit le matin

Que déjà la cloche l'appelle :

Qu'il fasse chaud, ou pleuve, ou gèle,

C'est égal, va gagner ton pain !

Qu'importe au maître? Il dort le mattre ;

Ses gens sont chargés de ce soin ;

C'est un usage général.

* vw 113 '^'^'

Un vilain homme va paraître Le fouet au poing.

La nuit tombe. Au Dieu que je sers Cest l'heure où je fais ma prière, Quand la cloche du monastère Jette ses plaintes par les airs.

Je ne saurais dire quel chant Doux et pieux naît dans mon âme, Je me sens des pensers de femme :

C'est que le soir est si touchant !

C'est qu'il est si bon quand il aime , Le Dieu qui fit la terre et l'eau :

Le jour, le soir et la nuit même, Tout est si beau i

N'allez pas dans une cité

Si vous aimo à le connaître:

Il n'est ni là, ni chez un prêtre

Qui vous abuse , en vérité.

Son temple n*est point fait de pierre,

Ni fait de boue. Allez aux champs ,

Et lui dites votre prière Loin des méchants.

On entendait des cris joyeux, Puis un chant rauque et tantôt aigre, Tantôt pesant, tantôt alègre, Que répétaient jeunes et vieux Au bruit d un violon qui crie *. Certains d'entre eux, hbres du joug, Avaient pour cause de férié Bu plus d un coup.

Le cortège ainsi s'ébattant Menait en pompe chez le maître , Pour qu il daignât le leur permettre, La jeune fille et son amant Prêts à s'unir devant le prêtre **.

L'on' dansa, l'on rit, l'on trinqua.

La promise, — ce peut-il être?

C'est Iwanka !

* Ces instrumenls sont faits par les paysans eux-mêmes au moyen d'un mauvais couteau. — Quant aux chants, ils ont je ne sais quoi de primitif» pour ne pas dire de barbare.

** Cet usage du bon vieux temps de la servitude s^est conservé.

Le prêtre échangeait leurs anneaux ^ Lorsqu'un jeune homme à Tâme fière , Couvert de sang et de poussière, Fend la foule en criant ces mots :

» Aux armes ! Polonais ! aux armes ! »

Ce cri fit écho dans leur cœur , Et les plus vieux versaient des larmes , Mais de bonheur.

Le prêtre à qui la voix tremblait, La cérémonie achevée , Tenant au ciel la main levée:

n Dieu , qu'il en soit comme il te platt !

Dit-il, Piétrek, que Dieu te garde!

Va , mon enfant ! Voici le soir , N'attends plus , cours à l'avant-garde , Fais ton devoir.

C'était Gelgud. Jeunes et vieux.

Armés de haches ou de piques , D'autres de faulx, tous gens rustiques 5 Aussi braves que leurs aïeux , Accouraient en foule à l'armée.

Mais Piétrek, que l'amour séduit, Eut voulu chez sa bien-aimée Passer la nuit.

« Iwanka, c est peu qu'un baiser.

Lui disait-il ; songe à la guerre... »

Iwanka ne pouvait donc guère A ses désirs se refuser.

Mais elle y joignit de caresse Tant et tant, et si doux regard , Que Piétrek sur son cœur la presse , Et Piétrek part.

Demain , c'était jour de combat , Jour de carnage et de tuerie.

Gelgud mène à la boucherie Ses braves que la foudre abat:

Il les vendait à tant par tête *.

Tous tombent > le . faible et le fort ; Tel revers vaut une conquête.

Piétrek est mort.

Depuis lors on voit Iwanka, L'œil hagard, la tête troublée, Errer plaintive , échevelée , Sur les bords de la Wilenka :

Elle est folle, la pauvre fille !

Dans ses yeux une larme brille , Elle chante. Une ombre la suit.

' J'ai acquis depuis la presque certitude de l'inoocence de ce général.

^^ 117 •^'^ « Viens, lui dit-elle, en ma cabane Dans les bras de ta pauvre Jeanne Passer la nuit ! * »

* Cette ballade exigerait un commentaire. Mais je me bornerai à dire que j'ai cherché avant tout à être un peintre fidèle jusque dans les plus minutieux détails.

0ù aUon0-nou0?

Crois-moi, -^ car des partis j ai fui l'aveuglement, —

Je crains bien qu'à travers ces fougues d'un moment ,

Qui relèvent sans choix , qui frappent sans prudence.

Nous n'ayons fait qu un pas vers notre indépendance.

La raison me parlait d'un tout autre avenir.

Ce n'était plus pour lors des lois du bon plaisir ,

D'un vain nom, du crédit, des faveurs d'une prude ^

Que l'État relevait , car la seule vertu

Des hommes du pouvoir faisait l'unique étude ,

Et ce titre jamais leur était débattu.

C'était dans le conseil un sénat d'hommes justes,

Que l'on n'eût jamais pris pour un sénat de rois,

Car il était sans pompe, et des charges injustes

Ne s'y dévoraient pas ensemble avec nos droits.

Aujourd'hui voyez-les courbés sous leurs misères Nos peuples de sujets. Ce ne sont plusMes frères Unis par la concorde et liés d'intérêt : C'est une main de fer qui les tient en arrêt ; Il leur faut des tyrans! O misérable atome.

'^^ 119 '^'' Animai sans raison qui portes le nom d'homme. Dis-moi , n'est-ce point toi qui te rives des fers ? Et tu lèves la tête , et tu dis à ton frère : » Rampe à mes pieds , c'est moi le roi de l'Univers ! » Le roi?., ne sens-tu pas, en foulant cette terre, Que demain ce grand roi sera mangé des vers?

Diogène, ô mon maître , il faut souffrir encore Des mépris dédaigneux ; mais vis dans l'avenir : Car si ce monde est vieux , ce monde doit finir. Nous verrons une autre ère, une ère que j'implore ; Et quand viendra ce roi, dans un grand appareil, Me regarder du haut de sa grandeur suprême , J'étendrai mon hàton et lui dirai de même :

Arrière, mon ami! tu masques mon soleil.

"^ISKQ*^

mm n^mmm m œmmœsmè ^

Gitana !

Que ton regard est eDchanteur

Mais trompeur,

Gitana !

J'aime ton regard plein d'ivresse , I /Amour n'a pas de plus doux yeux, Mais, quoique d'une humeur traîtresse, L'Amour est moins capricieux ; J'aime ton regard plein d'ivresse ,

Gitana!

Gitana !

Que ta voix douce a des accents

Caressants ,

Gitana!

J'aime ta voix douce et brillante, Je sens mon cœur battre à ta voix; Mais dans ta gaîté sémillante Tu ris du trouble où tu me vois *

J'aime ta voix douce et brillante, GiUna !

Gitana!

Ta bouche est celle d'un enfant

Rose et blanc,

Gitana ^ J'aime ta bouche aux doux sourires, Tes blanches dents, tout me séduit ; J'aime aussi l'air que tu respires.

Et quand je songe à toi, la nuit.

J'aime ta bouche aux doux sourires,

Gitana î

Et tu pars !

Tes regards Rêvent déjà l'Andalousie , Ses champs, ses fleurs, sa poésie.

Et son beau ciel !

Oh! sois heureuse!

Si long temps ta vie orageuse , Ta vie a besoin de soleil.

Et quand tu verras le beau ciel ,

De ta patrie

Toujours chérie , Ce ciel que , par amour pour toi.

J'aimerais avec jalousie.

Le beau ciel de TAndalousie, Oh ! pense à moi !

Gitana !

Que ton regard est enchanteur,

Mais trompeur,

Gitana !

J'aime ta bouche au doux sourire, Tes blanches dents, tes noirs cheveux ; J aime les chants qu Amour t'inspire, Et sous le charme de tes yeux, J'aime plus que je ne puis dire,

Gitana !

ïï^MfimË.

Italie, ô ma bien-aimée, N'est-ce pas un rêve? est-ce toi, Toi que j'aime à l'égal de moi , Toi dont la faiblesse est armée Du glaive de la liberté?

Ne t'en joue pas, la lame coupe...

Ce n'est point l'arme d'un enfant.

Quand l'Amour et toute sa troupe Te couronnent reine en jouant, Et quand Hébé remplit ta coupe D'un nectar aussi pur que l'or, Que peux- tu désirer encor?...

Que je t'aime, ô ma bien-aimée!

Que ton haleine est parfumée !

Que tes yeux sont beaux ! Vienne un jour,

Jour de paix et jour de délice.

Où je t'appartienne et je puisse

Te prouver quel est mon amour !

Déjà je n'entends plus au monde

Un autre écho qui me réponde :

Je suis malade... et , tu le sais, On donne toujours un sourire Au malade qu'on voit si près De la tombe où le monde expire.

Laisse à loisir se mutiner Contre qui voulut lenchaîner La Pologne aux mœurs si rades:

Elle a de dures habitudes Et tes nerfs sont si délicats !

Et que t'importe, ô mon amie, Qu elle vive ou ne vive pas?

Tu n'en seras pas moins chérie*

Vois près de toi ta jeune sœur î • Elle a cru de sa destinée L'ivraie à jamais moissonnée...

Elle pleure ! Et de sa douleur Qui de nous tarira les larmes?...

Va ! j'aime à te voir dans les {enz Ton regard en a plus de charmes , Et tes soucis sont moins amers...

-4^ VVVV>/VVV\n/\A/\AAA/VA/>A/\AAA/V>A/«AAA/\nA/\A/VrU\n/VVVVA/VVV\AA<\AAA#WV\/V\n/V\/^^

Ll Wûlîil@T=©Offa@ .îliflDLLIiTu

A qni OBt IwlocBiute t A Charl* DOir« naître , Cbarie est l'oint du Seigneur.

(La GRAHDk Joii«*iB.) Dât-il régner tar des moneenux d« morts .

Il le voulait I

(Ln TniuaHE no PivriA.)

Axo; ^pùç àxoueTai , iroXXà Touçéxai néçrouv. Mi^va clç YajAov ^ixvovTai ; (xiriva x' ei; xapoxoTci ; 'Chjôè el; ya\iJoy f ixvovrai , ôuôè x' e(; xapoxorci. (Gh. de la Gr. Mod.)

Le tyran ! grand Dieu , qu'a-t-il fait !

Voyez-vous son rire féroce !

G est du miel pour lui qu'un forfait , Il le savoure eocor tout en creusant sa fosse...

Mais pourquoi s'attrister ? Joyeux amis^ chantons! Chantons pour égayer une si triste vie !

Chantons ! la tyrannie apprête ses poisons ,

L'espérance nous est ravie...

Venez, joyeux amis, chantons!

Assis près du foyer où la flamme pétille y Que disait le Vieillard à sa jeune famille ?

Écoutons.

Il était sans patrie^ L'exilé n avait plus d'amis , Car au rang de ses ennemis Je compte aussi la Flatterie, Qui le berça toute sa vie.

L*orage un soir grondait plus fort; Le torrent roulant des montagnes Avait ravagé les campagnes , Et le pâtre pleurait son sgrt.

A Dieu j'adressai ma prière :

Qu'il vienne à moi le malheureux Qui porte envie à ma chaumière ; Qu'il vienne à moi , je suis son frère, Et Dieu notre père à tous deux.

Je disais , sitôt qu'à ma porte /entends frapper , je cours à lui ; Il tombe à mes pieds , je l'emporte ; Il se ranime, il m'a souri.

Qu'avait-il? la faim le dévore, Il demande asile et du pain.

Sa main tremblante cherche encore A presser ma main sur son sein.

Il pleure. . . Quelle était sa peioe?

Avait-il revu dans la plaine Sa moisson détruite en un jour?

Pleurait-il la perte d*un frère ?

Avait-il des chagrins d'amour ?

Je le console et je le serre Sur mon cœur.

Soudain, qu a-t-il fait ?. . .

Le Vieillard à ces mots se lève.

Son visage est pâle et défait, Et sa poitrine se soulève ; Il s écria : Le lâche, il m'a frappé !

Il m'a cru mort... son poignard l'a trompé.

Il Ta frappé! c'est lui !... Foudre, tombe des nues ! Tyran, rends à l'enfer ce qu'il t'avait prêté ! Tremble! de ton palais garde les avenues...

Ce Vieillard, c'est la Liberté !

Je sens naître en mon bras des forces inconnues: Je suis plus qu'un mortel. Traîtres, disparaissez ! J'irai partout chantant la Marseillaise:

De nos guerriers à qui la terre pèse Elle réchauffera les ossements glacés, Et des bataillons invincibles , Secouant des gnéretsle sable ensanglanté,

Reparaîtront terribles Prêts à mourir encor dans leurs ranges invincibles A mourir pour la Liberté !

* Le principal mérite de cette cantate,^ mérite dont l'écrivain a mauvaise grâce, je le sais, de demander au lecteur, même bénévole, qu'il lui tienne compte, >— c'est sans contredit l'à-propos. Outre cette pièce, le jour même de la publication des ordonnances de Juillet , c'est-à-dire le jour qu'elles furent connues à Strasbourg, où j'étudiais alors, j'écrivis un chant patriotique pour exciter le peuple à prendre les armes ; chaque strophe se terminait par ces mots : Vengeance et Liberté! Mais aucun des imprimeurs auxquels je m'adressai ne voulut le faire paraître, et peu s'en fallut que l'un d'eux ne me fit arrêter. — Les événements politiques du temps m'inspirèrent encore une profusion d'autres pièces, à partir de celle intitulée le Dix-Sept Mai, qui se terminait ainsi :

Elle Mt près de aonaer l'iNare de dëlÎTraooe.

Si le ciel oUcarci ne rederient tereia , Aajourd'b«i utac etpoir, nooc lerons moru demtin ,

et qui par un singulier hasard, dont l'éditeur a rendu compte dans une note de sa Revue, se trouvait sous presse au moment même où éclatait la Révolution de Juillet; mais, en général, ces poésies ont trop peu de valeur littéraire » comme beaucoup d'autres que j'excepte néanmoins de cette exclusion en faveur des souvenirs qu'elles me rappellent — pour mériter l'impression.

ICOir LSSOBnSR peuxt^bicps.

De Tray, œnU qai ont eu ces dofaiUancet de cœur qui prenoent par foibiuae, disent n'y Mntir aulcune dooleor, ain< plut tost quelque plaisir, comme d'un pasaBffe an sommeil et au repos.

(UONTAICRB.)

Le gondolier chantait. Sur la plaine dormante, Il aime à promener sa barque insouciante; Le soir, il s'abandonne au souffle de la nuit : C'est le repos qu il cherche, et le repos le fuit. Son âme ardente, en feu, dessèche ce qu'il touche ; Les baisers de l'amour sont fades sur sa bouche...

Le gondolier chantait. Sa voix frêle et sans art Ne charmait point l'oreille, elle errait au hasard : L'ennui sombre et rêveur est pauvre d'artifice; L'étude est un besoin, mais l'art est un supplice.

Coule, vole, effleure les eaux.

Ma barque à qui je porte envie !

Passez, chaumières et châteaux.

Plaines, montagnes et coteaux...

Puissé-je ainsi couler ma vie !

^/v 130 "«^ L'Hiver, ce fantôme hâlé Si chargé d'ans et de tristesse Que mon cœur un instant troublé Crut voir le Temps dans sa vieillesse, Emportait à spn frère aîné, Sous son bras sec et décharné Un gage sur de ma promesse:

Je la tiendrai ! Que reste-t-il Au proscrit que le Ciel renie, Pauvre et dédaigné dans l'exil Comme le riche à l'agonie, Vivant d'amertume et de fiel, Souffrani de la terre et du ciel, Si ce n'est une sœur, un frère.

Qu'il aime à savoir sur la terre, Ou bien le repos éternel ?

Et tout me fuit. Déjà mon âme N'est plus qu'un souffle décevant ; Déjà ma main sent fuir la rame ; Ma tête me pèse en rêvant; Mon corps se courbe, et sur la lame Ma nacelle erre au gré du vent.

Quelle nymphe ou quelle syrène De sa voix douce, qui m'entraîne,

Charmera mes derniers instants?

Quels sont ces accords que j'entends , Ces voix vierges , ces voix de femme , Qui sont un baume pour mon âme ?

Chantez, volez, effleurez l'eau , Pleines de gi&ce et d'harmonie.

Charmez ma dernière agonie :

Chantez, Nymphes! Soyez l'écho Des plus beaux rêves de ma vie :

S'ils étaient, ils feraient envic^ Même à ceux dont le Ciel fut beau^

il est doux à sa dernière heure D'entendre un ami qui nous pleure Priant Dieu d'être moins cruel ; Il est doux de passer au ciel Des bras de la femme qu'on aime ; Il est doux, ce baiser suprême Oii se résume un monde entier.

Baiser d*amour pur et sublime.

Et dont l'étreinte nous ranime, Brûlant, plein d'âme, le dernier !.*•

Fossoyeur, à qui donc creuses-tu cette fosse?

L epitaphe m en platt. Est-elle vraie ou faasse. Je ne sais. Tout an moins ne mens-tu qu a demi. Il est doux de se dire en perdant un ami :

Ci-gît qui se repose!

Et le vieux fossoyeur, tout courbé sous ses ans, Lève sur moi ses traits dont la vieillesse impose.

Il me fixa longtemps, Et reprenant la bêche, il ne me fit entendre Qu'un mot à basse voix que j eus peine à comprendre: A demain ! je t'attends.

(Mai i833.)

Maître Jobard me dit un jour :

J'ai des amis, Dieu sait le nombre...

Dieu sait le nombre ! et dont Tamour Me suit partout comme mon ombre.

— Si je vous mesure à mon pied , Luirépondis-je, et sans rien feindre, Vous êtes, ma foi ! bien à plaindre.

Je suis moins riche en amitié , J*en conviens ; mais j ai la quartaine, Quand je songe que par malheur De mon bottier à mon traiteur J*en compte encore une douzaine.

1^ 2^ 2^ !^ 2^ Z^ 2^ 2^X^2^ lSlX^2!^2^I^2^ X^ I^lSl 2^ Z3^

MISCE STULTITIAM COIVSILIIS BKEVEMm

— N'en peut-on rien rabattre? — On le peut... sans profit.

— Juge en dernier ressort, montre un peu moins d'esprit ; Sois juste, s'il se peut , avant d'être autre chose ;

Songe... —Rien. — Par faveur, songe y voir de la prose...

— Ta prose n'en est pas. — Et mes vers? — Moins encor. — Se peut-il?... Tes raisons valent leur pesant d'or :

Je suis vaincu! Leur force égale ta franchise

Qui semble tout au moins le bon sens en chemise *,

(Soit dit sans te blesser, Venus est ainsi mise).

Je sais ton goût. Tes vers sont moelleux, et j'aimais

A respirer la fleur dont tu les as semés :

Ce sont roses partout. Colin brûle et se pâme.

Au hameau comme ailleurs on est fort sur le drame.

L'Amour est prévoyant, charitable et chrétien ;

Jamais il n'exista de plus homme de bien.

Au service de tous, au lit comme à Cythère ;

Voici son patrimoine : il voit et laisse faire.

Un excès de franchise est une indécence comme la nudité.

(Bacok.)

Or... — Or^ maudit sois-tu dans ton rhythme discord! Je te jurai rancune à mon dernier transport , Particule maudite \ Est-ce peu que ma haine Pour la braver ainsi , particule inhumaine ?

Dans des vers châtiés crois-tu qu un car^ un mais^ Tes autres sœurs de lait, se soient montrés jamais? Colin est plus correct, et sa Muse champêtre, Pour attendrir mon àme, attendrit l'hexamètre. Le soir vient. A l'étabte il conduit son troupeau : C'est un souffle d'amour qui l'emporte au hameau. Nicette l'attendait belle d'impatience ; Les roses de son teint mentaient en son absence. Il l'aime : c'est Daphnis, ce jeune et beau berger, Qui jure ses grands Dieux de ne jamais changer. De serment en serment , on va vite en affaire. Il lui baise la main... Daphné se laisse faire : Quelle cruelle au monde en eut pris de l'humeur ? Il lui baise le front... Daphné sent fuir son cœur ; Mais le charme est si doux , le lieu si solitaire. Que le cœur moins fripon ne saurait s'y déplaire. Il lui prend un baiser... Oh ! mille fois heureux ! La plus pure ambroisie est-elle un mets des Dieux ? Jupiter aurait-il délaissé sur la terre Quelque levain du Ciel qui m'enivre et m'altère?...

Il était à ce point de son discours en vers

w 136 vv (L'Amour en est friand) quand Zéphyr vint en tiers : C*est un drôle éhonté qui, dès qu'Amour remporte, Entre et vous fait entrer sans gratter à la porte.

A quoi bon ce fatras? — A quoi bon ?... à rimer.

— Vit-on jamais de vers plus rudes à limer?

Vous n en approchez point , Messire. — Point encore?..

— Nenni. — ]!kf y voici donc. Attendez, je m'honore De saisir tous les tons. Autrefois, je le sens ,

J'ai beau voulu m'enfler d'éther et de bon sens, Je retombais à plat. C'est ma plus grande faute. Mais on en sait plus d'un qui compta sans son hôte. A cette heure, on connaît ces auteurs parfumés Endormis sous les fleurs dont ils se sont semés : On se hante, on s'admire, on se béatifie; Le bon sens a du tact , le tact a du génie.

Gabriel apparut. — Sent-on l'ex-abrupto ?

On s'y connaît un peu ! Ça captive aussitôt.

Un air rude et hargneux ne messied à personne ; Le beau sexe en raffole et la mode en est bonne. On s'écrie à vous voir: Coineille , mon ami , Romps ton moule, Ginna n'est Romain qu'à demi. On trépigne, on frissonne, on est séduit , on aime ! Rome entier est saisi d'un saint respect, et même

w. 137 'w Il se peut qu'on en vienne à dire au vieux Gaton : CatoD, voici ton frère!... Il le prendra pour bon.

Gabriel apparut. — Ge sont gens à la mode ,

Ges messieurs les Esprits sont faits exprès pour Tode.

Le Talmud , le Goran , la fiible et tous les Saints

Ont certain air barbu qui tente les plus sains.

Et ce pauvre Moïse à la verge magique

S'est-il jamais douté qu'on le mît en musique?

Et ce pauvre David , prophète un tant soit peu

(Ges bonnes gens d'alors l'étaient tous en leur lieu),

S est-il cru fait du bois dont l'Église se chauffe ,

Tout couvert qu'il était d'une vilaine étoffe ,

La luxure, en un mot. Honneur aux cheveux blancs !

Gabriel apparut. Sa place est à la droite Du Dieu qui tient en main l'Univers et le Temps. Des ordres de son mattre élu seul interprète , Il porte sa parole aux mortels repentants , Et du séjour divin plongeant dans la matière , Gomme un trait de lumière , Apparaît terrible aux méchants !

La Lune aux rais d'argent veillait avec mystère. Tout dormait dans les champs, et d'un récit pieux Le pâtre récréait sa veille solitaire :

■v/v 138 '^^ Il en était plus fort et bénissait les Gieux; Quand du plus haut des airs une clarté soudaine S'abattit dans la plaine Et se tint debout devant eux.

« Allez par la Judée et célébrez ma gloire (C'était l'Esprit de Dieu ! ) l'Enfer est désarmé. I^ méchant ténébreux aura des yeux pour croire, Le jour éclatera dans sou cœur alarmé.

Allez par la Judée annoncer ma clémence,

Célébrez la naissance

De mon fils bien-aimé! »

Aristarque !.. tu dors? triste prix de mes veilles !

L'Univers marche-t-il, cruel! quand tu sommeilles ?

N'est-ce pas un délit, un crime sans propos,

Que de laisser au monde une heure de repos?

Un pied manque à mon vers, que faire? — Sotte tête !

Allonge-le d'un pied, et ton affaire est faite.

— C'est un moyen correct. — Et sensé. — J'en conviens.

Que d'auteurs bien tournés n'ont pas d'autres moyens !

Une épithète hautaine, oiseuse, parasite,

Passent chez bien des gens pour des beautés d'élite.

La Rime en est friande, et sans trêve, à tout prix,

Notre sotte exigeante en réclame à hauts cris.

C'est alors qu'on a vu plus d'un maigre poëte

Se frapper la poitrine et se meurtrir la tête,

Pensant que le Génie en jaillirait du coup...

Vain espoir ! l'entêté ne répond rien du tout.

Plus on lui fait sa cour et plus on le désire ,

Plus il nous fait la moue et craint de nous sourire.

Le Génie, en ce sens, est coquet à l'excès.

Son cœur est vierge encor, dit-on: je le croirais.

C'est une sainte châsse, inconnue au vulgaire ,

Que le prêtre, aux grands jours, tire du sanctuaire.

Son éclat éblouit. Un seul trait de ses yeux

Trouble , étonne et nous jette en des transports fiévreux.

Faut-il que sa faveur soit ainsi passagère ?

A peine a-t-il daigné nous soustraire à la terre

Qu'un cruel abandon nous délaisse en chemin.

Perfide! as-tu juré vengeance au genre humain

De tous les sots propos qu'il a mis sur ton compte?

Tout offensé qu'il soit. Dieu pardonne: aie donc honte.

Ce n'est pas que je veuille , empourpré de Phébus, Donner pour feu sacré le feu de mes rébus.

Malingre que je suis, je sens trop ma faiblesse Pour vouloir m'égaler aux aiglons du Permesse : Je rampe, et c'est beaucoup! Voilà pourquoi, Seigneur, Daigne exaucer les vœux de ce pauvre pécheur 1 C'est pour d'autres que lui qu'il vous fait sa prière , C'est pour d'autres. Seigneur, contre son ordinaire.

Jadis, voas le savez, dans ses accès divers,

Le moi si haïssable accouplait tous ses vers.

Il s'abjure aujourd'hui. La vie est insipide.

Chaque noble penser meurt dans ce sol aride.

Ma tête n'est jamais au niveau de mon cœur.

L'homme, sublime en soi, révèle son auteur.

Parle-t-il?agit-ii? l'illusion s'efFace,

L'homme-dieu disparaît et Ton voit la limace.

Voilà pourquoi je chante, et voilà quels ennuis

S'emparent de mon âme au milieu de mes nuits!

Grand Dieu, rends-moi la paix, rends-moi tout ce que j'aime !

Dites au patient qu'il vous chante un poëme!.:.

Quand l'Enfer parle haut, à sa voix tout se tait.

L'Ennui dicte mes chants... — Il s'y peint trait pour trait ;

Et je le dis à votre gloire.

Un mien parent vieilli dans l'honneur de son nom , Un digne homme en tout point, sans crédit ni renom ,

Me conta jadis cette histoire.

Il n'était bruit partout que de Yhne savant.

On allait , on venait d'une lieue à la ronde

Où courait tout le monde. Mais le Père Grimaud lui disputait souvent

La concurrence d'un moment :

C'était un saint couru. Sa fougue apostolique Éclate, frappe, étonne, éclaire, pronostique :

•v\. 141 "^^ Il n'était Saint vieux ou nouveau Qu'il ne châtiât bien et beau.

C'est notre faible à tous d*aimer qu'on nous châtie Dans la personne du prochain.

Père Grimaud comme écrivain Entendait à fond sa partie.

Mais il advint qu*nn jour, un jour de grand débat,, Père Grimaud ayant ravalé son espèce , Ayant bavé sur tout et sali son rabat , Ayant mordu l'Église et mordu la Noblesse, Dans son ardeur de mordre aveuglé, tiraillé, Se mordit le bout de la queue :

On ci'ut y voir la Barbe-Bleue , Ce n'était qu'un singe habillé.

(Janvier i8340

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