BOUTADE
A mon ami P, AcL
Le dieu d'amour et le dieu Phœbe, L'un à Paphos chez Jeanncton La filandière, et l'autre à Thèbe Chez son unique rejeton Mort sans descendants, ce dit-on, Nous ont vus d'une égale envie Leur prodiguer des flots de vie.
Nos amours étaient sœurs de lait , Et nos Apollon8,à tout prendre, Se ressemblaient à s'y méprendre Même en ce qu'ils avaient de laid :
C'était le plus beau de la cbose.
Tous désaccords étant bannis, Nous étions rivaux, mais unis Comme l'effet l'est à la cause.
Mais voici que, dans les élans
D'un profond retour sur nous-mêmes, Tu t'emportes contre mes chants Que tu trouves maigres et blêmes, Cataleptiques, somnolents...
Que sais-je encor? toute la grêle D'épithètes à grand fracas Dont on se sert en pareil cas Tombent à flots sur mon corps grêle Qui n'en peut mais. Mais, en ami Qui ne Test jamais à demi, Je me dis : il aura, je gage.
Cet avant-jour lu quelque page De ses écrits les plus nouveaux, * Et trompé par la ressemblance Il m'aura rais dans la balance ; Mais quand on juge ses rivaux, Je le demande, en conscience Nos poids sauraient-ils être faux ?
%èh9tu*
Quel est le nom de l'Éternel ?...
C'est lui qui conçut toutes choses Qui sur la terre sont écloscs, Sur notre terre et dans le ciel.
Quel est le nom de TÉternel?
Son nom, tout enfant en prière Le dit dans sa beauté première :
« Notre Père qui vis au Ciel ! »
Saint, trois fois saint est l'Éternel.
J'entends de douces voix qui chantent , De douces voix qui se lamentent Dans des rhythmes mélodieux ; J'entends des concerts dans les cieux ; J'entends la forêt qui m'envoie De doux frémissements de joie ; Et les vents , les vents palpitants Qui pleurent comme des enfants , Et le vert ruisseau qui murmure . . .
Oui, c'est Famé de la Nature Qui s'épanouit au soleil.
N'entends-tu pas à leur réveil I^s petits oiseaux qui gémissent, Les jeunes rameaux qui fléchissent, Et dans un langage amoureux Les pins qui se parlent entre eux?
Entends-tu ces Vierges qui chantent.
Ces douces voix qui se lamentent Dans des rhythm es mélodieux?
Entends-tu soupirer les cieux , Entends -tu l'écho qui m'envoie De doux frémissements de joie, Et les vents, les vents palpitants Qui pleurent comme des enfants, Et le^vert ruisseau qui murmure?
Oui, c'est l'ame de la Nature Qui me parle . . . ô touchant émoi î N'entendez-vous pas comme moi Les petits oiseaux et leur mère Qui chantent les biens de la terre, Et dans un langage amoureux Les pins qui se parlent entre eux?. .
Mais voici que mon heure approche.
Recueillons -nous et sur la roche Gravons nos suprêmes adieux Aux passants oisifs et curieux.
»\A/ 205 "j^ Il est sage de dire au Monde:
C'est ici ma fosse profonde, Afin qu'il n'aille pas au ciel Pour nous cracher son dernier fiel.
C'est ici que je me repose, Passant ! ma vie étant éclose Parmi la ronce et le chardon, Tu comprends que Dieu m'a fait don De la chose aussi la meilleure En me donnant cette demeure.
Béni soit Dieu ! car tout enfant C'était mon désir le plus grand.
Que de fois ma haine profonde . . .
Oui, mais j'aimais — non pas ce monde , Car ce monde a fait tant de mal A ceux que j'aimais sans égal, — C'était ma sœur, c'était ma mère.
C'était tous ceux que j'ai sous terre! . , ,
O Chatterton ! toi, tu plia
Tes hlanches aiIcs de paria
A l'aurore de ta jeunesse.
Et je compte, Dieu me délaisse,
Quelques hivers de plus que toi.
Aurais-tu souffert plus que moi ?
Et vous Mercier, et vous Ëscousse,
Vous tous à qui la mort fut douce, Ce Monde égoïste et trompeur Vous a-t-il frappés plus au coeur?
(Mai i836.)
%tptntiv.
Grâce, Julie!
Ou ma raison se meurt.
Grâce, je m'humilie...
Faut-il plus à ton cœur?
C'est l'heure où l'on s'oublie A rêver le bonheur Quand tout n'est que folie . .
Et tes chants vont au cœur, Grâce, Julie!
La nuit est sombre , Et dans l'épais du bois On remarquait une Ombre Qui priait sous la croix .
Puis on dit que cette Ombre , Chaque soir, le cœur las De ses peines sans nombre , Pleurait, mais seule, hélas !
Dans la nuit sombre.
Barde, détends ta lyre! — Un jour le pèlerin, Las de marcher sans but et de marcher sans fin Dans la route battue où la foule se presse, Se retire à l'écart , le cœur plein de tristesse , Et, se croisant les bras, se dit : Dormons en paix !...
Dormons en paix; nos jours d'avance sont comptés. Qu'importe sous quel ciel, de lumière ou de brume , Dans quel temps^ en quel lieu , le destin nous inhume ? Qu'importent ces regrets, ces plaintes, ces tourments , Ces labeurs? C'est Dieu seul qui commande aux Autans. Que le ciel soit brumeux, que le vent froid gémisse, Que le pauvre sans feu n'ait pas même un cilice Pour garantir du froid ses membres secs et nus , Que l'orgueil et le vice insultent aux vertus , En vain notre prière, à l'heure de la brune, Ira frapper le Ciel de sa plainte importune : Le vent froid par les airs n'en gémira pas moins. Dormons en paix !...
A quoi nous servent tant de soins ,
De stériles soucis? Ma coupe est épuisée...
Et qu'importe? La vie est une trame usée, Une trame en lambeaux qu'on donne sans regrets Pour un linceul. Les nuits suivent les jours de près ; L'hiver suit le printemps ; tout passe et suit sa pente. L'un a le vol léger, l'autre a la marche lente ; Mais tous deux vont au but, le bien comme le mal. Ce but... quel est ce but? — La mort? — Oui, mais qu'est-elle? Chaque jour nous mourons, à chaque heure nouvelle Nous mourons, sans douleur, à ce monde anomal : Mourir c'est vivre ! Ainsi , la phalène a trois vies , Le jour son lendemain, et la nuit son réveil , L'homme a l'éternité. Dieu commande au soleil.
Et les heures se sont suivies.
Dieu, c'est la clef de voûte, un tout immense, un Dieu ! C'est le verbe, la loi, le mouvement, le feu , C'est le tout... tout est lui! sans lui, rien que poussière. Il est en tout, partout : c'est l'esprit, la matière ; Et par lui tout se meut, rien ne meurt, tout est lui. Un esprit de néant ne croit qu'au jour qui luit.
Barde, détends ta lyre! — Un souffle froid d'automne Fauche la fleur des champs et l'ombrage des bois. Toute la terre en pleure et gémit, tout frissonne, Tout se meurt... Est-ce enfin pour la dernière fois? Le ciel n'a plus de Dieu qui tonne ,
-^ 210 ^ l/oiseau n'a plus de chants, Tamour n'a plus de voix, La nuit plus de mystère... Où sont donc vos pensées? Où vos cœurs? où vos sens? Mortel, où donc es-to ? Tout ce qu'un Dieu d amour promet à la vertu , Toutes ces joies sont donc passées?. .
Mais le temps fut affreux. Sur la mer indomptée Ma nacelle aux rochers coup sur coup s'est heurtée
Et ses membres s'en vont cpars.
Je restai seul au monde, au milieu de Fabtme , Entre le ciel et Feau , déplorable victime
Des vents fougueux et des hasards î
Où sont-ils mes beaux jours... les jours de mon enfance ' Doux souvenir, adieu! je n'ai plus d'espérance.
Reçois mon éternel adieu !
Ma voix meurt sans échos, et dans l'espace immense Vainement j'ai cherché l'œil de la Providence,
Je n'ai plus retrouvé mon Dieu !
Il était mort pour moi... je n'avais plus de père: Son nom a divorcé le doux nom de ma mère
Qui vit dans mon cœur et n'en sort, Ma mère qui nous dit, un soir, en rendant l'âme;
'W 211 "vv
« Mes enfants! Dieu vous reste!.. » Ainsi donc, pauvre femme, Tu te trompais, car il est mort!
Mais c'est que ton amour nous l'avait fait connaître D'un aussi bon secours que ton cœur savait l'être
Contre Tâpreté des chagrins ; C'est qu'après tous les biens dont Ion âme était veuve. Tu pensais mériter par tes vingt ans d'épreuve
Un père pour les orphelins !
C'est qu'après tant de maux, ton âme douce et bonne Ne pouvait croire au mal que la nature donne
Aux êtres conçus dans son sein ; C'est que tu n'as point lu cette horrible sentence Écrite en traits de sang au front de l'Innocence :
Ce monde est ton frère Cain !...
Mais quel démon haineux s'empare de ma lyre Qui ne savait qu'aimer, qui n'apprit qu'à sourire
Aux plaisirs d'un âge enchanté?
Quels pensers de l'enfer se heurtent dans ma tête! Leurs dents claquent de froid et de rage muette,
Leur ongle est tout ensanglanté...
O Dieu, béni sois-tu! pardonne à ma démence!
Tout enfant , quel qu'il soit, a part à ta clémence :
Un poëte c'est un enfant Qui s'abandonne au grë de l'onde qui le berce, Kt qui donne un sourire aux pleurs mêmes qu'il verse.
Aux pleurs qu'en son cœur il répand.
N'imputez point à crime au poëte qui chante , Les plaintes, les regrets, le mal qui le tourmente :
Il est innocent de ses pleurs.
Son cœur n'a point de part à ces flammes qu'il jette : C'est le Dieu qui l'échaufFe, et qui lui dit : Poëte !
Chante Sion et ses malheurs.
Est-ce sa faute au monde auquel Dieu m'a fait naître. S'il n'est point fait pour moi, si je souffre d y être?
Est-ce sa faute s'il me ment ?...
Car je sens dans le cœur un besoin d'existence. Je sens... et qu'ai-je, hélas! d'autre que l'espérance
Pour combler ce vague tourment ?
Espérance trompeuse et sans cesse trompée !
Uneplainte touchante en vain m'est échappée.
Mes plaintes meurent sans écho.
N'est-ce donc pas assez que des larmes amères? Faut-il plus au Destin que nous donnent nos mères?...
Faut-il du sang à mon bourreau?...
Du sang ! . . quel plus grand bien au monde ai-je à prétendre ?
«VA/ 213 '^^ Pourquoi ces vains combats quand j'aspire à me rendre?
Mon sang soit le prix du vainqueur !
Prenez!., je bénirai la main qui sut me prendre Ce que depuis dix ans j'avais peine à défendre
Contre les assauts de mon cœur.
Enfant , ouvre les yeux , endors ton jeune rêve : Il lui faut du soleil , de Tair et de la sève , Et ce monde n a rien pour toi.
L amitié, disais-je , est un cœur en deux âmes; Et me sentant faiblir contre les hautes lames , Qui , battant mon esquif, l'entraînaient après soi, Je priai mon ami de diriger mes rames , Et mon ami s'est ri de moi.
Enfant, que pleures-tu?.. Vainement tu l'appelles... Elle est morte, ta mère ! Enfant, déploie tes ailes ,
C'est là que ta mère t'attend.
Ce monde , à qui tu viens redemander ta mère. Saurait-il compatir à ta douleur amère?
Il s'égaie aux pleurs d'un enfant.
Mes amis?., c'est mon chien, si fidèle à me suivre. L'amitié du monde est un riche mort-ivre Qui se traîne dans les ruisseaux.
Mon chien comprendrait mieux cette voix lamentable :
'VA, 214 'v/'- Ami , tciids-moi , de grâce, une main sccourablc. Sauve-moi du courant des eaux !
Tu ami n*cntend pas > il est sourd aux prières , Puis il ne tend la main qu'à de honteux salaires ,
Car son àme est de chair et d'os.
N'est-ce pas que ton front se couvrirait de honte s'il te fallait lui dire : Ami, voici ton compte Pour m'avoir retiré des eaux !
HèDons emoxt jusqu'il ïrematu.
Tout me présage un Dieu dans sa colère.
L'air est brûlant sur les rochers du Nord , Le ciel est noir, et le saint monastère
Retentit d'un hymne à la mort.
Eh bien ! venez, fantômes que j'envie,
Venez me prendre à mi-chemin,
Je n'ai que faire de la vie...
Ainsi chantait un pèlerin.
Et la bergère Qui reposait Sur la fougère . Gaîment chantait :
Beau troubadour Qui gémis au bel âge.
J'aime comme au village , Viens me parler d'amour ; Je ne suis point volage ,
Beau troubadour!
Beau troubadour !
Si tu crains la tempête, Je t ofFre une retraite ; Viens me parler d'amour, Je ne suis point coquette ,
Beau troubadour !
Et la bergère Qui reposait Sur la fougère Gaîment chantait.
A ses accents le pèlerin se lève , Bénit le Ciel et poursuit son chemin , En se disant ; Si la vie est un rêve , Rêvons encor jusqu'à demain.
Iffll
LE von
Digne homme! par bonté, souffrez que je m'instruise A vos sages leçons : la mort vous est acquise ,
Et le ciel vous est dû.
Vous avez loin de vous la tourbe décevante Des biens dont se repaît notre jeunesse ardente :
Vous n*avez rien perdu.
Que vous a dit ce monde étourdi de lui-même, Sans cesse ballotté de l'un à l'autre extrême ,
Ce monde d'un instant, Qui, plus il fait de bruit, s'étend, se met .au large , Plus il lui manque d'air, plus il ploie sous la charge,
Croit en vivre d'autant T
Que vous a dit l'amour, cette extase de l'âme , Ce tout et ce néant dont Dieu créa la femme
Et purifia tout ce qu'il fit.
Ce tourment de la vie , et cette douce joie Dont nous nous abreuvons , oii notre âme se noie , Et dont la mort fait son profit? .
V- 2l8 v/v La jeune vierge , aimante et belle , Disait le Vieux Barde en rêvant, S'asseoit sur la tombe nouvelle Où la nuit la revoit souvent :
Le front abaissé vers la terre , Elle pleure et dit sa prière.
Peut-on mieux prier quen aimant?
Le Ciel a formé tout en elle :
Est-ce pour rendre plus cruelle La perte de son jeune amant ?
Elle était jeune, elle était vive,
L'Amour s'attachait à ses pas ;
Ses yeux , son air, sa voix naïve
Parle amour et n'y songe pas.
La Volupté, douce syrène,
La suit, la convoite, l'entraîne :
Elle cède , elle meurt .. adieu !
Son pauvre enfant qui vient de naître
Quelque jour demande à connaître
Quel fut son crime devant Dieu !
Ivre du feu de sa pensée , Le poète la suit des yeux , Tantôt plaintive et délaissée.
Tantôt fière et montant aux cieux.
Un âge, un siècle, il les devance; Il n a ni repos , ni distance ; Tout lui cède , tout! et sa main Dispense et le ciel et la vie, Quand le monde ulcéré d'envie Le dédaigne mourant de faim.
Le front dans les airs qu'il dépasse , De l'œil, d'un geste audacieux.
Mesurant quel étroit espace Le sépare du rang des dieux.
Le tyran , du haut de son trône , Ivre de sang, gourmande et tonne...
La foudre lui répond d'en-baut ; La tête lui tourne , il chancelle Et tombe aux pieds d'un être frêle Qu'il eût écrasé d'un seul mot.
« Entr'aidez-vous les uns les autres , Enseignez les peuples , allez! »
Jésus parlait à ses apôtres.
Des siècles se sont écoulés ; D'affreux, d'avides mercenaires.
Réglant la foi sur leurs salaires, Délîront ce qu'ils ont lié.
Peuples , qui trompa votre attente ?
\f\, SE20 'v>v Qui vous fanatise et vous tente?
Que vous ont-ils donc enseigné?
Un temps vient, temps de représailles :
Le voici ! voilà l'avenir î
Je sens , vivant dans ses entrailles ,
Un monde près de s*accomplir.
Les rois, les grands chancellent, tombent;
Nos pires vanités succombent;
Tout change , s'agite , et l'on voit ,
Pauvre encore , mais honorée ,
La Vertu qu'un peuple a sacrée,
Montrant l'Éternité du doigt.
Ainsi chantait le Barde , et son œil et sa voix Mesuraient un espace immense ;
11 mesurait le ciel et la terre à la fois ,
Et ne trouvait que l'espérance.
(Juin i833.)
JVE SUTOR ULTRJl CREPIDAM.
A MON AMI P. ACK.
— Soit ! dit ma Musc, adieu métier Paie-moi mes jetons de présence
Et ne te fais pas trop prier :
Toute œuvre vaut sa récompense.
— Eh quoi ! m'amour, de bonne foi, Fis-tu jamais chose qui vaille?
Il est vrai que dans cet emploi Tu maigris... mais que fait la taille?
— Je réclame... — Et la raison?
Si je te pris à mon service.
Chacun vit qu'au sacré vallon J'allais à grands pas — d'écrevisse
« Tout compté, je ne vous dois rien, Bon ange, acfieu ! portez-vous bien.»
— Mais... ~ Ma foi ! je n'en peux mais, Je suis en état de faillite.
Adieu donc, je veux vivre en paix .
Bonne santé ma décrépite !
wm
Ami, tel est notre destin :
Si je veux le beau, vient la pluie. Si je suis heureux, je m'ennuie.
Tantôt content, tantôt chagrin.
Sans y jamais mettre du mien.
J'avais congédié la rime.
Et voilà que je rime et rime ; Kt grâce à la bonté des Dieux , Pour atteindre à la double cime Je reçus le genre ennuyeux.
Mais voici bien une autre histoire.
Naguère, d'après tes avis.
Lorgnant le temple de Mémoire, J'appelai ma Muse et lui dis:
u Mets -toi sur ton séant, ma chère, Je veux vivre dans l'avenir.
Connais- tu le divin Homère, Cet obl"gé père et compère De tonte épopée à venir?
Sais-tu que l'immortelle Troie Pour une fillette de joie Eut à soutenir les exploits D'un vigoureux cheval de bois?
Saisis la trompette guerrière, Sonne aussi... mais dans tes transport<%
w 223 '^- Ne va pas réveiller les morts Qui sommeillent au cimetière Jusqu'à la trompette dernière ; Sonne! et fais-moi dix chants complets...
A ces mots voilà ma friponne Qui m'éclate de rire au nez, Comme au ciel l'élu qu'on couronne Rit à la barbe des damnés.
Jo jurai, comme on le suppose, Kt de ce gros rire indiscret Je voulus connaître la cause.
Je tiens à la fin le secret.
Kl le me dit: Un petit coin de terre Servait d'asile à deux jeunes amis :
C'était Lou-loup et Tou-tou, son confrère, Qui, vivant seuls, vivaient loin des soucis.
Quand par malheur, un jour que la mollesse Vint se saisir de leurs sens engourdis L'un dit à l'autre: Ami, notre tristesse A quelque cause, et ce vilain pays Est pour beaucoup dans le mal qui m'oppresse Viens sous un ciel plus propice au plaisir.
— Viens, cher ami, lui dit son camarade, Au fond du cœur j'étouffais ce désir.
Que je te donne une tendre accolade!
Ah ! viens chercher un plus doux avenir.
]ls sont partis. On eût dit de mes drôles
Qu'ils courent après l'ennemi.
Tel un bamhin an sortir des écoles Court réveiller son esprit endormi.
Le soir enfin humectant la bruyère Vient arrêter nos pauvres voyageurs Qui bien en vain regardent en arrière Eu maudissant la diète et ses rigueurs :
C'était partout des chardons et des pierres, De Feau fangeuse et d'affreuses vipères...
Oh ! qu'un écart nous fait verser de pleurs ! Leur nuit fut longue. Au point du jour ils partent. Oii donc est-il ce ciel pur et serein?
Ils vont, ils vont en dévorant leur faim; Et plus ils vont et plus ils s'en écartent.
Adieu plaisirs ! adieu Tepas frugal, Qui chaque jour faisait votre régal!
La Mort accourt affreuse, décharnée.
Qui leur répète ; « Eh! connaissez-vous mieux, Vous qui jouez de votre destinée !
Sous l'humble toit où sont nés nos aïeux, Heureux qui sait acclimater ses vœux! »
Tu conçois qu'à ce monologue Qui n'avait rien de rassurant,
Je répondis : Nargue de l'apologue !
Je vis encore et je vis bien portant.
Apprends la devise du sage:
Durus lahor omnia vincit.
C'est par là que l'on réussit Malgré vents, marée et naufrage.
— Bon 1 dit ma Muse au ton narquois, Voici l'adage de mon choix ;
Aux assiégeants du mont Parnasse, vanitas vanitatum !
Non cuivis, a dit Horace, Licet adiré Corinthum.
— Moi, je prétends qu'on m'obéisse :
Gorinthe ici n'est point mon but ;
Je chante ce héros, modèle de justice.
Qui fut roi par le cœur et bon roi s'il en fut...
— Tu le veux ? parcourons la lice.
Sans rival, comme on le conçoit, Le prix me reviendra de droit.
Phébus, en agitant sa perruque poudrée.
Rentrait sur ses coursiers dans la voûte azurée. On eût dit à le voir un chevalier errant Monté sur Rossinante au crin long et flottant ,
Qui court de monts en monts, guidé par i'hyménée, Pour conquérir au loin quelque autre Dulcinée...
— Trêve, trêve ! c*en est assez !
O ma Musc, je t'en conjure, Laisse moi respirer en paix.
Retiens la bride à ta monture.,.
Redescendons à la chanson. Cher ami, crois en ma leçon.
Momus trotte à pied dans la rue Sans jamais craindre les faux pas, Tandis qu'au plus haut de la nue La tête tourne... n'eàt-ce pas ?