TRISTESSE
« Ami, qu'as-tu? ton front n'est pas serein , » Tes yeux sont morts et ta bouche est muette ; » Dis-le moi, je suis inquiète, » N'aurais-tu pas quelque chagrin?»
Je t'ai souri, que puis-je davantage?
Si je soupire, Ange, pardonne-moi :
C'est que Dieu vit dans ton image, Et mes soupirs sont tous pour coi !
« Ami, qu'as-tu? souris-moi, sois plus gai ;
9 Quand tu gémis, mon âme est au supplice; » D'un amour qui fait mon délice, » On dirait ton cœur fatigué! »
Ange, voii-tu cette clarté dans l'ombre?
Elle s'éteint : avec elle tout meurt.
La gaîté laisse l'âme sombre.
Et la tristesse parle au cœur.
m Ami, qu'as-tu? jeune, on est à l'abri
» De ces chagrins que le temps nous dispense,
• Et sans doute la Providence » A gâté son enfant chéri. »
Oui, tu Tas dit, je tressaille en mon àme, Lorsque je songe au terme du chemin :
Heureux qui voue à Notre-Dame Son lourd bâton de pèlerin !
Les destins sont cruels, adoucissons leurs coups. Lucrèce, tendre et désolée, Au souvenir de son époux Élève un riche mausolée.
C'est par amour... Oui, car le soir, Dit son voisin qui rit sous cape , Les morts^ dit-on, viennent nous voir, Lucrèce craint qu'il n'en réchappe.
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O Fortune ! 6 Midas !
Ne pensez pas non plus que je vous porte envie. Vous avez plus que moi les affres du trépas, Vous tremblez plus que moi que votre sort dévie. Et n avez comme moi qu un présent, un passé, Une vie. Et quand vient le temps qui nous délaisse Haletant de le suivre, impotent et cassé, Ne porterez-vous pas le faix de la vieillesse, Et ses infirmités? Oui, j'ai d'autre souci. Mendiez des emplois, vivez à la merci Des caprices d'un sot, souffrez son impudence, Trafiquez près des grands de votre indépendance. Moi, je suis libre, et c'est assez!
Je ne me plaindrai point si je vis solitaire , Si je suis dans la foule ignoré sur la terre. Si je suis tout mon bien, et partant sans procès, Si ma tombe est muette et couverte d'ortie :
Le fardeau de la gloire est un pesant fardeau ; La Fortune, en rêvant l'avenir le plus beau, Du jour au lendemain peut être anéantie.
"vx/ 231 "^-f Je n'ai point ces soucis et je n'en dors que mieux, En paix avec ntioi-même, en paix avec l'envie, Laissant le monde entier vivre selon ses dieux; Je suis pauvre et sans nom, je nai rien que ma vie, Un luth et quelques chants qu'inspirait la gaîté.. Et que voulez-vous donc que le monde m'envie De mon luth ou ma pauvreté?
^nm^^ki
JLe Vrai Bien,
Je B« doute pat que la Traia d^ToUoa ne aoit la swrce du repot.
(La BauTtaa.)
Heureux qui peut jeter les vanités du monde D'un cœur où pour tout bien la vanité se fonde ! J'aime à voir Diogène assis dans son tonneau : Quelque élevé qu'on soit, on reste à son niveau ; Et je ne voudrais pas qu'un Sage à la besace , En foulant mes tapis me crachât sur la face.
J'aime à voir sous son chaume un Solitaire heureux De couler ses hivers seul vis-à-vis des cieux : Il est libre, du moins, comme l'oiseau qui plane, Et le monde finit où finit sa cabane.
Ah ! si j'étais dévot, j'élèverais à Dieu Mon àme libre enfin d^un monde où l'on vit peu. Elle est douce pour nous l'heure de la prière : C'est un consolateur sur cette pauvre terre.
C'est un ami d'enfance, un frère... Mais, hélas ! Que faire quand le cœur est las?
ÉPIGRAMME
Pèie Grimaud, ce tout bon homme, En foi de dispenses de Rome
Nous a prêches :
Ce n'est pas qu'il soit un saint homme , Mais il a dispense de Rome
Pour nos péchés.
I^ I^ 2^ I^ I^ I^ iSl I^I^I^ I^ J!^ I^ Z^I$I 2i$l Z^I^ l£l I^ tS^
ÉPIGRAMME
Du paradis On vante le charme aux Gentils ; Mais comme l'on fait la g^rimace Lorsqu'il faut aller prendre place
Au paradis.
¥D§D@[pflo
Est-ce une femme, un ange éperdu, sans patrie. Que le Ciel eût pleuré, que ce monde renie,
Est-ce un ange qui me sourit, Qui croit à mon amour, qui me comprend, qui m'aime, Qui me prend dans ses bras et m'emporte à Dieu mémo
Gomme un mystérieux esprit ?
O mortel, comprends-tu cette femme en prière. Cet ange aux cheveux noirs, à la large paupière,
Qui tend à Dieu ses blanches mains ; Comprendrais-tu le Ciel... cet amour, cette flamme Qui du fond de son cœur pénètre dans mon àme,
Comprends-tu ces accords divins ?
Comprends-tu que ce soit mon Dieu, ma Providence.. Que par elle je sente et par elle je pense ;
Que je me jette à deux genoux, Les mains jointes, muet... cest toute ma prière: Elle est profonde et vraie au Ciel comme sur terre.
Mon Dieu, prenez pitié de nous!
Gomprends-tu ce regard vierge, doux et timide , Ce front pâle et serein, et cette âme limpide,
Cet ange enfin de Jéhovah ; Et les clans vers Dieu de sa jeune espérance, Sa parole qui meurt par degrés, son silence...
O non, tu ne le comprends pas !
Que serait-ce, bon Dieu! si ce que j'ai dans l'àme S'en échappait soudain pour passer dans mon drame.
Si ce feu que j'ai Tanimait, Si sa voix, son regard, sa parole émouvante.
Si c'était elle enfin, si c'était mon amante,
Si votre langage parlait.
Oh ! combien j'ai d'amour pour cet être fragile Que le monde eût brisé de ses deux mains d'argile
En la pliant à ses désirs :
Ce monde n'est qu'un point qui sous ses pieds s'efface ; Le Ciel est sa patrie, elle vit dans l'espace
Et s'échappe à nos vils plaisirs.
Oh ! qu'il me soit donné, mon Dieu, dans ta clémence D'être ce qu elle sent, d'être ce qu'elle pense,
D'être le rêve de ses nuits, D'être elle et n'être qu elle !.. 6 Dieu, que je t'envie, Dieu puissant! pour nous deux c'est assez d'une vie,
Que ne reprends-tu mes ennuis?
'wx. 236 '«A.
C est que nous souffrons tous d'un mal qui nous consume, Nous soufFrons de l'hiver, des vents et de la brume ,
Sans connaître le doux printemps ; Nos amours les plus chers s'en vont feuille par feuille, A peine sont-ils nés que le vent les effeuille ;
Jeune, on succombe à ses vieux ans.
Voilà quel fut mon sort!.. C'est que l'homme s'efforce D'user dans son orgueil le peu qu'il a de force
A de chimériques projets ; C'est qu'il vit hors de lui, qu'il craint de se connaître. Et n'ose s'avouer que Dieu ne l'a fait naître
Que le dernier de ses sujets.
Cl)ant Ôuprm^
D'où vient qu'après les feux du jour, la faible plante Qui penchait tristement sa corolle mourante , Retrouve son éclat et des parfums nouveaux?
D'où vient que Notre-Dame, au fort de la tempête, Sourit au pèlerin — et moi, pauvre poète, N*ai-je pas mon jour de repos ?
Hélas I que cette vie est triste! Pauvre offrande A faire à celui seul dont la puissance est grande ; Pauvre don qu'il nous fit, misère que cela !
Mais quand est commandé ce sacrifice auguste, Sans doute par pitié Dieu se dit: Le plus juste Ne peut donner que ce qu'il a.
(Avril i83a.)
^f^^i^^iimmi^i^s
nie m'ad-tti fUB aime?
La nuit quand tout se tait, quand l'heure te délivre D'un monde qui t'obsède et te presse de vivre
De la vanité de ses biens, — Ce monde parasite a-t-il eu la pensée Qu au milieu de sa cour tu vives délaissée,
Esclave encor de ses liens ?
La nuit, quand les devoirs cruels de la journée Laissent ton cœur en paix, et d*un jour de Tannée
Te soulagent d'un poids d'airain , Si ton amour pour moi solitaire et troublée, Ne regrette déjà l'heure à peine envolée,
Dans la crainte du lendemain;
La nuit quand ton amant, pleurant sa bien-aimée, Retrouve, heureux enfin, sa place accoutumée
Dans les joies de ton coeur.
Tu t'échappes, tu fuis, comme une ombre éperdue, Ce toit qui te redit sa complainte assidue :
Il n'est plus de bonheur '
Je t'entends, je te vois penchée avec mystère
Sur ce tronc que les vents ont courbé vers la terre,
Ce tronc où je gravai ton nom ; Ton œil suit dans les cieux cette étoile brillante: C'est là! dis-tu, c'est là ! — Tu Tas dit, mon amante^
C'est ici ton démon !
« Que fait-il? — et ses yeux étaient baignés de pleura , — Vivrait-il loin de moi, sans regret, sans envie? Amants, qui nous jurez d'aimer toute la vie,
Que vous êtes trompeurs!
Mais, hélas ! je vous plains : mon cœur trouve des cliarmcs Dans ses regrets amers, mon amour dans ses larmes. »
De regrets consumé Je ne rêve que toi, je n'ai que ma Julie:
Ne m'as tu pas aimé?
Comment veux-tu que je t'oublie?
« Mon Emile, aime-moi , Je t'sime tant!... Vois-tu, cette beauté volage, Parée à tous les yeux des fleurs de son bel âge,
N'a point d'amour pour toi.
Mail je pressens mon deuil : àaa voix de syrèn^ï. Jouant mon aypnir, tu m'oubilras sans peine.. ^i>
De regrets consumé^ Je ne rèvc que toî, je n'ai que ma Julie :
Ne m'ai-lu pas aittié^ Comment veuï-tu que je l'oublie?
Ainsi se plai^nait*c1le, et sa lèvre blutante
S'atiacliait à 1 ecorce ou d'une main tremblante
Nos noms étaient tracés, Et SCS bras sur le bots qu'anime mon aljsence , Gomme lui demandant la pab ou le silence,
Se liennent enlacés*
Le jour vient, avec lui le démon qui t'assiège A reparu j suivi de son hideux cortég^e,..
Que je te dois d'amotir !
Kt tu pleures, tu crains que mon cœur ne m'avoue C^eit une éternité d'omour que je te voue.
Que Ëerait'Ced^injour?,*,
AI
le iemantfe assistance pont mt ami.
On est plas heureax <J« doDDer que de rtceyoir,
(J. en.)
Il cherche toi betoint an food de votre o«eer. Il TOUS épargne la pudeur De lei lui déuauTrir Toua-aiéoie.
fLA FOHTAISI.)
« Qui cherche trouve, >• a dit certain prophète , En un proverhe aussi vieux que le temps ; Et si j'en crois mainte et mainte défaite, Pour rien trouver je chercherais longtemps
Un noir souci dans mon cœur vient de naître.
J'aurais voulu qu'il prît naissance ailleur ; Mais quoi qu'en dise un proverbe railleur, Le roi chez lui n'est pas toujours son maître.