‹ Satires inédites, pub. avec une introductionChapitre 15 sur 23 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

brillent par une sorte d'indiscipline et surtout par une absence complète d'austérité.

« Quel langage tenez-vous, écrit-il encore à Halley, dont une grave maladie avait réveillé les sentiments dévotieux, « vous parlez en agonisant ou du moins en » testateur: Circumdederunt te dolores mortis et pericida » inferni invenerunt te. Dieu soit loué que vous en soyez » quitte pour la peur. Pour moy je n'en ay point. Le » prennent les moynes pour marque de réprobation s'ils » veulent. C'est tousjours autant de bon. La miséricorde » de Dieu ne doit rien à sa justice. Il ne nous a point » faits pour nous perdre. C'est là tout le sujet de mon » raisonnement

» Vostre humiliation devant Dieu est vrayment chres- » tienne et selon mon goust. Quoique libertin, au juge- » ment des cafarts, on me verra tousiours le genouil en » terre et les mains élevées vers le Ciel pour adorer cet » asti'e suprême que nous devons reconnoistre et que » nous ne pouvons connoistre. »

Sans trop discourir sur l'orthodoxie de Garaby, laissonsle dans cette attitude édifiante et ne lui en demandons pas davantage.

Les satires que nous avons maintenant à examiner, et qui, avec la Correspondance, constituent véritablement les maîtresses œuvres du poète, révèlent la même liberté

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d'esprit ; elles attestent de plus des habitudes d'observation soutenue et un sens critique remarquable.

Celles qui nous ont été conservées et que nous reproduisons dans ce volume ne sont pas les seules dont Garaby ait eu l'"idée et dont il ait même, dans la solitude de la campagne, esquissé l'ébauche et tracé tout au moins les grandes lignes. Sur ce sujet, la Correspondance renferme les détails les plus précis et les plus abondants.

Dans une lettre sans date adressée à du Puy, que nous avons lieu de croire de l'année 1651, notre écrivain s'exprime en ces termes :

« J'ay en pensée, il y a longtemps, de laisser au public » un portrait au naturel des vices du siècle où nous » sommes. Parcourant, l'éprouvette en main, chacune des » principales professions des hommes, j'ay déjà donné » le foué, au Partisan, a VAuteur, au Noble de cam- » pagne, au Citadin, je m'appreste à dire un mot, en » passant, du Chicanoux actif et passif, c'est à dire à » parler de la morgue du sourcilleux magistrat et de la » bassesse du misérable solliciteur, sans oublier ensuite » le Prince malaisé, YHijpocrite et le reste, où je com- >) prcndrois bien volontiers nosseigneurs les ecclésias- » tiques et nos vénérables frères les porte-cucuUe et » traisne-corde. Mais ils m'envoyroient à tous les diables, » eux qui ont le pouvoir de damner les gens ou du moins

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» me laisseroient en purgatoire dix ans après le terme. » C'est pourquoy il vaut mieux n'en rien faire. »

Une lettre à Segrais, qui est, il est vrai, de 1676, ne faisait pas mention de la satire projetée entre les Pervers ecclésiastiques, mais nous donnait, en revanche, le titre d'upe autre pièce également en préparation, la Feinte affliction de la jeune veuve, sujet fertile en aperçus piquants, et bien fait pour exercer la verve gouailleuse de Garaby :

« Pour le sonnet et l'épigramme, écrit-il, je puis y » avoir réuni en quelques vers aussi bien qu'en cinq ou » six grandes satires chacune escripte sur l'une des prin- » cipales professions de la vie, sçavoir : de VAutheur, du » Gueux rafraisclii, autrement du Partisan, du Pharisien » du temps ou du Dévot hypocrite, du Gentilhomme » campagnard, du Citadin ou Noble de ville et de la » Misère de l'homme par les différents degrés de son âge. » Mon dessein étoit de donner par là un portrait des » mœurs de notre siècle a la postérité et pour le rendre » complet je n'avois plus a y adjouster que le Chicanoux » en toutes ses parties, la Veuve dans sa feinte affliction, » et le Prince malaisé, autrement le seigneur sans mérite » qui se trouve réduit a ne camper que de ses ayeux et » de ses alliances, au défaut d'avoii' rien a dire de louable » de luy mesme. »

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Hélas, tous ces projets n'ont pas reçu d'exécution. Nous n'avons ni le Chicanoux, ni la Veuve, ni le Prince malaisé, ni le Pervers ecclésiastique : pour une raison ou pour une autre, par réserve ou par lassitude, Garaby s'est arrêté et n'a rempli, en définitive, que la première partie de son programme. Les satires qu'il nous a laissées, après les avoir retouchées, et que la lettre à Segrais énumère d'ailleurs avec assez d'exactitude, sont, d'après l'ordre du manuscrit de la Bibliothèque nationale, les suivantes :

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