‹ Satires inédites, pub. avec une introductionChapitre 4 sur 23 · INTRODUCTION XJ · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XJ

du Torp, Caillières, les abbés Bardou et HuUon, le père Rabigeois de l'Oratoire, les PP. Pelletier et De La Rue de la Compagnie de Jésus, le peintre De la Haye, et le plus célèbre de tous, Daniel Huet.

A elles seules, ces amitiés illustres enraient pu déterminer une vocation littéraire ; mais, dans la circonstance, malgré ses attaches de famille, tout concourait à détourner Garaby des carrières actives et à imprimer à ses idées la direction qu'elles suivirent.

S'il possédait, en effet, au jugement de ses contemporains, dans une large mesure, les dons de l'esprit, il était, en revanche, laid, difforme et d'une extrême faiblesse de complexion. « La nature, nous dit Huet, pour relever » la beauté de son esprit, l'avait logé dans un corps » difforme, et avait étrangement défiguré sa taille et son » visage. (1) »

Au moral, malgré son attachement aux principes d'autorité et aux idées reçues en matière de religion, il se faisait remarquer par la liberté de ses allures et par une complète indépendance d'opinions. Son tempérament l'éloignait de la profession des armes ; son humeur peu disciplinée, son goût pour les belles sociétés et un penchant inné à la gauloiserie, qu'il ne se donna jamais la

(1) Les Origines de Caen, éd. 1706, p. 428.

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peine de réprimer, ne lui permettaient guère de songer aux fonctions ecclésiastiques. N"étail-il pas dès lors naturel que, condamné par la force des choses à une vie désœu^Tée, il cherchât dans la culture des arts et des belles-lettres une noble distraction à ses ennuis? Cette voie, dans laquelle il entra résolument dès sa première jeunesse, était si bien la sienne quil y persista jusqu'à la fin sans hésitation comme sans défaillance.

En dehors de procès nombreux qu'il sui^it avec un soin scrupuleux, non sans quelque habileté, sa \ie, toute simple et unie, ne nous offre que deux événements notables. Au mois d'août 1662, son oncle Hervé de Pierrepont, gouverneur pour le Roi de la ^'ille et place de Granville, mourut sans enfant et lui laissa la moitié de sa fortune et notamment la grande teiTe d'Estienville en Gotentin. Il exprimait dans son testament le désir que son légataire ajoutât le nom de Pierrepont à son nom patronymique. Garaby n'eut garde de manquer à cette recommandation, et c'est pour cela que sur le titre du volume des Miscellanées il porte les noms de : Antoine Garaby Pierrepont de la Luzerne (1).

(1) Bonorum ex semisse hœredem Antonium Garabium Luzernaeum sororis filiuni unicum reliquit ; atque ut singularis sua in eum benevolentia delataeque hsereditatis accietio innotescat utiiusque familiae juncta cognomina coalescere in unum praecepit. {A. Garabii Miscellanea, p. ioo).

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Ce fut peut-être aussi pour se conformer aux intentions de ce généreux parent que, deux ans après, en 1664, il épousa, par l'entremise de M""^ de Matignon, dont il était l'un des assidus, M"^ de Vassé. Cette union, célébrée par Halley dans un épithalame, et que Garaby annonça à l'un de ses parents par un billet d'une égrillardise qui choquerait aujourd'hui les moins " scrupuleux , ne fut pas féconde ; mais, à défaut de cette satisfaction, elle lui donna un bonheur raisonnable dont il sut se contenter. Sa femme, par une favorable rencontre, avait tous ses goûts et un heureux destin les avait associés en corpz, en esprit, en fortune et en affections.

« Les châteaux d'Estienville et de Troismonts, écrit l'un » de ses biographes, furent bientôt, grâce à l'amabilité et » à la libéralité de leurs hôtes, les mieux hantés de toute » la Normandie. De hauts personnages, comme les Belle- » font, les Saint-Géran, les Beuvron, les Matignon, les » Roquelaure s'y rencontrèrent sur un pied d'égalité » parfaite avec les savants et les poètes de l'Académie » de Gaen. » (1)

Les goûts littéraires de Garaby avaient été toujours si prononcés, nous pourrions même dire si exclusifs, que, bien que mêlé par sa famille au monde officiel, il avait

(1) Vn académicien de province au XVJI' siècle, p. 28.

toujours suivi avec une indifférence à peu près absolue les événements si graves qui s'accomplissaient sous ses yeux. Le spectacle étrange que lui avait offert la Fronde avec ses péripéties romanesques l'avait rendu plus détaché encore de toute ambition mondaine, plus sceptique, plus enclin à l'observation philosophique et à la satire.

Les disgrâces qui atteignirent, dans ces circonstances, ses amis et ses proches, ne le trouvèrent certainement pas insensible ; mais il n'en perdit pour cela ni sa causticité, ni sa clairvoyance, et, au milieu des remue-ménage les plus extraordinaires, il sut garder une tranquillité d'âme stoïque et imperturbable.

« L'opiniâtreté de cette femme, écrit-il dans une de ses » lettres, en parlant de M""^ de Longueville, n'est-elle pas » admirable ! Gela me ferait croire, si j'étais malin, que » le petit tireur aux yeux bandés serait de la partie pour » ne rien dire du Jardinier des anciens. » (1)

Les brigues du coadjuteur, pour obtenir le chapeau, ne l'intéressèrent pas moins, et il ne manqua guère d'indulgence qu"à l'égard de ses compatriotes de Gaen, dont les démonstrations serviles, au moment de l'entrée du comte d'Harcourt, envoyé spécial du cardinal de Mazarin, lui semblèrent décidément excessives.

(1) Correspondance. Ms. de M. le marquis de Caligny.

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