‹ Satires inédites, pub. avec une introductionChapitre 5 sur 23 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

Le 27 mars, il écrit k Du Puy, du château de Thorigny, où il était chez le comte de Matignon :

« Le dos tourné au feu, le nez dans le livre du bon citoyen Machiavel, je me sens interrompu par le bruit des canonades cpie la ville de Gaen tire à l'entrée du comte d'Harcourt. Si j'y avois été présent, je pourrois vous en informer plus particulièrement, mais comme mon règne n'est pas de ce monde et qu'un homme qui a des amis et parents dépossédez n'est pas d'humeur à se faire de festes, je ne vous en parleray que par dessus et vous diray que ce pays, qu'on nomme le pays de sagesse, est le pays des fols aussi bien que des autres. Nous avons un lieutenant général, grand de taille et de biens, ragot de sens, qui croit bien se venger de la surséance que M. de Longue\ille luy avoit apportée en l'exercice de sa charge (ce qui mesme luy démonta pour un instant les ressorts de son sinciput) en faisant des efforts extraordinaires d'éloquence et de dépense pour rendre la venue de ce gouverneur plus magnifique.

» Les maires et eschevins ont tout exprès fait faire robes neufves et barettes, et en cet équipage sont allés une demi-journée au devant. Ceux qui n'auroient pas

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» sçeu la dignité de leur magistrature les auroient pris » pour masques de la Mi-Garesme. » (1)

Quant à la règle de conduite cpie lui suggère la vue des variations, des calculs misérables et des vaines agitations du monde politique, il la formule en ces termes à l'adresse de son correspondant habituel :

« 11 faut, si je ne me trompe, tenir de bonne heure bende » à part et commencer par un général détachement de » toutes les choses qui dépendent de la fortune, renoncer n mesme à cette sotte sympathie qui nous engage bien » souvent dans les intérêts d'un parti plutost que en » l'autre, sans en sçavoir le pourquoy et, prenant le temps » comme il \ient, n'en sentir les disgrâces ni avant ni » après le coup. Voyla un petit échantillon de ma morale n que je tiendrois orthodoxe si elle obtenoit votre appro- » bation. » (2)

Un homme de cette trempe, s'intéressant infiniment plus aux vers de Bourbon et aux quatrains de Pibrac qu'aux batailles ou aux intrigues de la Cour, était appelé tout naturellement à faire partie de l'Académie établie à Caen en 1632.

Grâce à l'amitié que lui portait le fondateur de l'insti-

(1) Correspondance. Ms. de M. le marquis de Caligny.

(2) Idem.

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tution, Moisant de Brieux, il en fut l'im des premiers membres, et il s'y était si bien attaché qu'il est fort peu d'événements la concernant, dont il ne fut aisé de retrouver la trace dans ses vers.

C'est aussi, croyons-nous, par l'attrait qu'avait pour lui la société lettrée et polie de la ville que s'explique l'affection particulière de Garaby pour cette résidence. En toute occasion, il proclame Gaen sa patrie adoptive, ne la quittant qu'avec peine, y revenant toujours avec joie, et la célébrant, du fond du Gotentin, dans des vers attendris où respire comme la vague tristesse de l'exil :

Hujus ut aspectu cœli carui, omnia rétro Versa niihi ; carui luce, salute, jocis :

Hujus ut aspectu potero gaudere, salutem Cuni solitis referet lux repetita jocis (1).

Garaby mourut à l'Isle-Marie, le 4 juillet 1679. Il était âgé de soixante-deux ans. Sa succession fut déférée pour moitié à son frère consanguin, Léonor de Garaby, conseiller du Roy en sa Cour des Aydes à Rouen ; mais celuici ne l'accepta que sous bénéfice d'inventaire (2).

(1) Ad Jacobum Mosantum Briosum, Academiae cudoniensis hospitalem socium... A Garabii miscellanea, p. 95.

(2) Aveu de Léonor de Garaby, escuyer, seigneur de Troismonts, Mouchaton et Flagy, conseiller du Roy en sa Cour des Aydes de

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Les dernières années de notre poète avaient été attristées par la mort de son parent, Moisant de Brieux, et surtout par celle de son vieux maître et de son meilleur ami, Antoine Halley. Conformément à ses volontés, son corps fut inhumé dans le chœur de Téglise d'Estienville, à côté de celui de son oncle, Hervé de Pierrepont. L'épitaphe de l'auteur des Sentiments chrestiens ne pouvait être décemment rédigée qu'en vers. Un poète anonyme se chargea de ce soin et libella le quatrain suivant, mis dans la bouche du défunt à l'adresse de son voisin de sépulture :

Cher parent, ici bas je n'ai pu te connaître : Nous étions séparés par le temps et les lieux ; Mais quand l'Éternité pour moymesme va naistre, J'espère te rejoindre et t'enibrasser aux Cieux.

Au-dessous, on lisait l'inscription proprement dite. Elle était conçue en ces termes : « Dans ce chœur repose, » Antoine de Garaby de Pierrepont, seigneur de la » Luzerne, d'Estienville et de Ronceray, moraliste et » poète, chevalier de Saint-Michel, né à Montchaton,

Normandie, héritier par bénéQce d'inventaire de feu Antoine de Garaby, seigneur de la Luzcrne-Esticnville, son frère, 1680. Signé de Garaby-Troismonts (Archives de la Seine-Inférieure).

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