ARRIVÉE DU COURRIER
Chanson
U'uN œil ennuyé, dans l'espace En vain je regarde, et j'attends : Le vieux sur le connu s'entasse, Ce qui semble arriver repasse ; Rien de nouveau depuis longtemps!
Des fleurs que le théâtre enlace, Les plus fraîches ont quarante ans ; Scribe les met toujours en place.
D'un œil ennuyé, dans l'espace En vain je regarde, et j'attends !
Dans les journaux. Bob et Limace Prennent des poses d'arcs-boutants ;
Chanibolle avait la même grâce :
Ce qui semble arriver repasse ; Rien de nouveau depuis longtemps!
Buloz, de pommade et de glace, Fait ses puddings si ragoûtants ; J'ai cent fois mangé l'œuf qu'il casse! D'un œil ennuyé dans l'espace En vain je regarde et j'attends!
Georges, voyant qu'il blanchit, passe Aux dogmes purs des protestants :.
Du diable vieux vieille grimace !
Le vieux sur le connu s'entasse.
Rien de nouveau depuis longtemps !
LEÇON D'PTISTOIRE
rioME régnait sans lutte. Esclave souveraine, Enchaînée et tenant le monde sous sa chaîne, Redoutable et soumise à ses maîtres pervers, Rome aux pieds de César dévorait l'univers. Elle dévorait tout, les biens, les corps, les âmes! En ses horribles jeux, en ses festins infâmes, Elle voulait du sang : le monde en fournissait; Sur l'appétit romain l'empereur le taxait. Quand le peuple ennuyé couvait quelque tempête, Dix mille hommes mouraient en un seul jour de fête; Et la Rête repue alors battait des mains A César, intendant du plaisir des Romains; Puis l'on recommençait. Sinon, plus affamée. Rome contre César criait avec l'armée.
El l'empereur tombait, atteint d'un coup d'épieu ; Mais en l'assassinant, Rome le faisait dieu.
Elle donnait au ciel de tels dieux en grand nombre; Plus encor à la terre humiliée et sombre.
Agents inassouvis du monstre turbulent.
Et faisant son pouvoir toujours plus insolent,
Les rudes proconsuls, parcourant ses royaumes,
Taxaient tout, prenaient tout, arrachaient jusqu'aux chaumes.
11 fallait obéir. 11 fallut adorer,
Quand Rome aux fils du Christ ordonna d'abjurer.
Alors l'espèce humaine à celte frénésie
Dut payer un tribut nouveau, l'apostasie.
La Bête, prévoyante en ses corruptions,
Ne voulait pas laisser le Christ aux nations :
Le règne de Jésus sapait son propre empire.
Elle impose ses dieux sous peine de martyre.
Les chrétiens meurent. Rome, ayant goûté ce sang,
En devint plus avide : il était innocent!
Or, des enfants du Christ la troupe clair-semée N'apportai l pas au monde une parole aimée : Ils étaient étrangers, sans art et sans esprit; Ils adoraient un juif, moins (ju'un juif, un proscrit ! Vn Dion julis tniiné dans un obscur prétoire,
Muet, battu, pendu, pour finir son histoire! Devant sa croix de bois chacun d'eux se courbait. Cette croix, qui n'était encore qu'un gibet. On la devait porter dans l'àme! Leur doctrine Surpassait tout le reste en àprelé chagrine ; Ses règles entravaient l'homme de tous côtés : Dédain de la richesse, horreur des voluptés, Amour des ennemis remplaçant la vengeance ; Enfin, pour dernier trait, pour comble de démence. Dans un monde où la gloire était chose sans prix. Ces chrétiens prétendaient faire aimer les mépris. Docteurs extravagants et durs! leur caprice Otait la verge au maître, à l'esclave le vice ; Enfermant tout le cœur dans un cercle cruel. Ils ne lui laissaient plus d'essor que vers leur ciel !
Aussi quelle fureur et quelle ample risée
A l'aspect des chrétiens couraient le Colysée,
Insultant, flagellant ces malfaiteurs têtus
Qui dans Rome apportaient la peste des vertus!
On aimait leur supplice, et la joie inhumaine
Devant le sang chrétien s'assaisonnait de haine.
On a vu quelquefois les tigres attendris,
Mais le peuple romain, jamais. Les beaux esprits,
Chevaliers, sénateurs, qui disaient avec grâce
Dans l'entr'acte de sang quelque couplet d'Horace,
Les femmes, dont le cœur semblait moins endurci,
Les vestales. César, nul ne faisait merci.
« Les chrétiens aux lions! » Ainsi criait la Béte.
Partout les proconsuls donnaient semblable fête.
Rome, c'était le monde entier ; point de lieu
Qui ne fût enivré de la haine de Dieu.
Les peuples asservis, les plus bas tributaires,
Ceux à qui l'on prenait leurs champs héréditaires,
Ceux qui voyaient leurs fjls, battus par les licteurs,
Devenir histrions, mimes, gladiateurs.
Et ces derniers enfin, ces malheureux eux-mêmes,
Tous appuyaient l'enfer dans ses efforts suprêmes.
Rome semblait divine à leurs yeux fascinés.
Du Christ libérateur ennemis forcenés,
Ils donnaient contre lui la main à tous les crimes.
Et sur leurs fronts abjects, révoltantes victimes,
Ils maintenaient ainsi ce joug deux fois fatal.
Et l'empire de Rome et l'empire du mal.
Cependant les chrétiens souriaient aux supplices; Dieu leur avait promis de nouvelles délices : 11 les leur envoyait par les mains de la mort. César et ses bourreaux en vain faisaient effort : Le spectre d'autrefois, la parque, était un ange. Dans la flamme enchaînés ou noyés dans la fange, Liés aux chevalets on jetés aux lions.
— il2 —
Abandonnés à Tart des bourreaux histrions
Qui savaient insulter en déchirant la proie,
Les doux martyrs du Christ ne perdaient point leur joie.
Couronné de lumière et d'immortelles fleurs,
L'ange accourait du ciel ouvert à leurs douleurs;
Et des cirques sanglants, et des bouges infâmes,
Dans sa main rayonnante il emportait les âmes.
0 belles morts des saints, ô trépas enviés!
0 fécondes ardeurs de ces suppliciés!
0 puissance du Christ, o divine victoire!
11 parle maintenant, le muet du prétoire ;
11 ordonne à la mort, et, comme il a dicté.
Elle enfante la vie et l'immortalité.
Le sang se change en fleurs, et sous la faux jalouse
On voit naître la vierge et se former l'épouse ;
L'orgueil vient trébucher au tombeau triomphant,
Le sage s'interroge à la voix de l'enfant;
Dans la noire prison, où chante la parole,
Le geôlier, du captif épelant le symbole,
Reconnaît en pleurant cet homme garrotté :
C'est son Dieu, c'est son frère, et c'est la liberté!
11 tombe à ses genoux, il voit, il sait, il aime;
De la main qu'il délie il reçoit le baptême,
Et demain à son tour expirant sur la croix,
Il verra ses bourreaux se dire entre eux : Je crois!
Ainsi combat le Christ, ainsi Rome élonnôe
Devant la croi\ un jour se trouve prosternée.
Le sceptre avec le glaive est tombé de ses mains.
Dieu veut une autre Home et fait d'autres Romains,
Il chasse de ce lieu le démon de l'empire,
Le Vatican s'élève et le monde respire. ■
Le mal n'est plus stérile en ses convulsions,
De l'empire broyé naissent les nations ;
A ces enfantements le Vatican préside.
Les peuples nouveau-nés placés sous son égide
Y grandissent vainqueurs assurés de leurs droits;
Le vicaire du Christ est le premier des rois;
Les princes ont un juge et les peuples un père.
Mais, prolecteur aussi du pouvoir qu'il tempère.
Le pontife romain, successeur des Césars,
Aux rois comme aux sujets fait d'équitables parts.
Il veut devant le droit que la force fléchisse.
Empereur de la paix, gardien de la justice,
Pour remplir ce devoir, seul et sans légions,
Il brave les tyrans et les séditions ;
11 dit non à l'injure, au poignard, à Fépée,
A l'erreur insolente, à la candeur trompée;
Et, même renversé, poursuivant ces combats,
11 résiste, et le droit lésé ne périt pas ;
Et ce vieux nom romain, jadis plein d'épouvante,
Du faible est le rempart et l'armure vivante ;