‹ Satires (volume 2)Chapitre 38 sur 58 · LES PENSÉES DE PILAIE · texte numérisé non relu

LES PENSÉES DE PILAIE

UAAD Pilale cul reçu les nvis de sa femme, Sa conscience alors, — il en avait, Tinfàme, - - S'émut pour l'innocent déjà sacrifié.

Cherchant à le sauver, il dit aux Juifs : « En somme, « Pour moi, je ne découvre aucun crime en cet homme.» Ils crièrent plus fort : « Qu'il soit crucifié! »

'( Voulez-vous, reprit-il, qu'en ce jour je délivre « Le juste ou le voleur? » Et cette canaille ivre Répondit : « Le voleur! » Le voleur s'en alla ; Le juste, dans les, fers den^eura sans refuge. Mais on voulait sa mort. Pilate, le bon juge. Fit fouetter le juste, et leur dit : « Le voilà ! »

Puis il fit l'écrileau; puis l'on lut au Calvaire... Ayant ainsi conclu cette ennuyeuse affaire, Pilate en ses jardins descendit soulagé. 11 cherchait du repos. Un retour qui Tétonne Ramène son esprit vers ce roi sans couronne, Vers cet homme de rien, ce fou qu'il a jugé :

« Je leur livre le juste. Au gré de leur envie, Qu'ils lacèrent sa chair, qu'ils dévorent sa vie. Mettrai-je ici pour lui ma fortune en hasard? Certe il est innocent! Malgré moi je le tue. Mais à noircir mon zèle Hérode s'évertue Et me peut enlever la faveur de César.

« Ainsi, Jésus mourra. Par Bacchus, c'est dommage! Ces prêtres sont méchants et ce peuple est sauvage. Quel mal leur a-t-il fait? Pieds nus par les chemins Il allait, répétant d'aimables paraboles. Ceux qu'il avait guéris du miel de ses paroles Ont exigé sa mort... Je m'en lave les mains !

« J'aurais pu le sauver; je l'aurais dû, peut-être! Ce populaire bas qui l'appelait son maître, Qu'importe à l'Empereur?... Eh ! que m'importe à moi? Que me veut ce Jésus dont les jours inutiles

Se passaient à semer des maximes subtiles Piirmi les Juifs grossiers entêtés de leur loi ?

'i Je urestiuierais peu dj penser davantage. C'est un sage, dit-on. Qu'est-ce que c'est, un sage? Des sages, Rome en a dans tous les carrefours. Mais que savent-ils? Rien; et celui-ci de même. Il s'est tù, m'entendant proposer le problème Ouc chacun croit résoudre et qui reste toujours !

« Sagesse, vérité, le nom dont Dieu vous nomme. On l'ignore en Judée autant et plus qu'à Rome ! .*^i le ciel le connaît, il le cache aux mortels. Où gît la vérité? Quel être humain l'a sue? Toute raison la cherche, et, promptement déçue, Ne trou^e qu'un vain nom sur d'absurdes autels.

« Ah! vérité, sagesse et puissance, <'hinières 1 Dès longtemps j'ai scruté ces énigmes amères ; J'en ai connu le sens railleur et douloureux : La faiblesse ou l'erreur toujours nous environne ; Le sage ne peut rien quand la sagesse ordonne ; Et. s'il peut quehiue chose, en est-il plus heureux?

« Ce haut rang où je suis m'a paru désirable. Je règne ; cl je ne puis sauver un misérable

Dont un peuple brutal me demande le sang! Craignant de plus grands maux, je livre la victime ; J'ai raison... Et pourtant, de tout le poids d'un crime Déjà pèse sur moi la mort de l'innocent !

« Les forcenés ! quels cris ils poussaient tout à l'heure ! — C'est un séditieux ! livrez-le-nous I qu'il meure ! Si vous aimez César, condamnez ce pervers ! — Ils voulaient, s'accordant peut-être avec leur prince, Pour me combattre à Rome ameuter ma province... En toute trahison tous ces Juifs sont experts.

« Il eût fallu sévir... Mieux vaut qu'un seul périsse. L'homme d'État parfois doit voiler la justice. Jésus sauve en mourant ses bourreaux, vil rebut! C'est son dernier bienfait pour cette infâme engeance : De leur sédition j'aurais tiré vengeance ; Sa mort, qui fait leur crime, est ainsi leur salut.

« On dirait (ju'il le veut, et que son âme pure Par un secret amour cherche cette torture, La croix, l'horrible croix pour sauver des ingrats... Ah ! cet homme est plus grand que le juste d'Horace ! Lorsqu'on le flagellait, son regard faisait grâce ; Innocent, il subit le sort des scélérats.

« Il no m'ii point bnuô. je no l'ai i>as vu craiiidro : Trahi par ceux qu'il aiiuo, il no vout point, t;o plaindro ; Moins qu'osclave, plus qu'hommo, il semblait en ce lieu Lui-même à ses bourreaux sur lui donner empire ; Et si je comprenais un Dieu qu'on pût proscrire, Dans ce supplicié j'aurais cru voir un Dieu.

« Quand je le menaçais, do quoi roirard suprême, Triste, sans aucun trouble, il me troubla moi-même I Doux et profond regard d'ami com|)atissant ; Comme s'il m'avait plaint dans celte scène infâme

De n'oser être juste et d'avilir mon àme

.l'aurais dû le sauver 1... — Mais est-il innocent?

« Des docteurs, après tout, la plainte est légitime : L'homme de Nazareth parlait d'eux sans estime. C'était un séducteur ; le populaire épais Pouvait le suivre loin... — Celui-là, dit Lucrèce, Qui s'agite et de l'ordre attaque la sagesse, Celui-là pour toujours s'est retiré la paix '.

« Jésus parlait trop haut; sa parole indiscrète Plaisait trop dans la foule aux écarts toujours prête ; On voyait trop en lui le sang des anciens rois.

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