LIVRE QUATRIÈME
A UN JEUNE HOJISIE
1 LKiNcIe foi dans lonDieu, plein d;iniour pourles frères Seul et libre en dehors des intérêts contraires, Ne voyant ici-bas rien qu'on puisse envier, Du monde et de son bruit t'exilant pour prier, La main toujours offerte à qui tombe, à qui pleure. Tu voudrais, ô jeune homme, arriver à ton heure, Et passer de la terre au ciel en souriant, Les yeux toujours levés sur ton saint orient. Sans avoir vu le mal, sans crier anathème ; Comme l'enfant qui meurt on sortant du baptême,
Et rend au ciol joyeux un esprit éthéré,
Où les ferments humains n'ont jamais pénétré.
(( Que m'importent, dis-tu, les erreurs et les haines! « Je n'ai rien à débattre en ces choses humaines. « Je ne veux point juger, je ne veux point blâmer : « Mon Dieu fut tout amour, moi, je ne veux qu'aimer. (■' Qui suis-jedonc, hélas ! pour reprendre et combattre? « Sous le poids du péché toujours près de m'abattra, « Chancelant, affaibli par les instincts mauvais, t( Puis-je conduire autrui quand j'ignore où je vais? « Puis-je le condamner, quand tout en moi m'accuse, « Et réclamer pour Dieu ce qu'à Dieu je refuse? (I Mon âme a bien assez du soin de s'épurer; « Je suis le seul méchant sur qui j'aie à pleurer! »
Tu dis vrai. Contre nous tournons d'abord nos armes! Nos instincts sont mauvais. En de sages alarmes, Il nous faut avant tout, tristes fds du péché, Surveiller notre cœur où le mal est caché. Mais prends garde, pourtant, que l'horreur de toi-même Ne t'inspire à la lin cette indulgence extrême.
Cette fausse douceur ijui tourne en lâcheté,
Et fait qu'on sacrifie un jour la vérité.
Tout est doute et péril dans la nuit où nous sommes;
Prends garde en les aimant d'aimer l'amour des hommes.
De craindre leur colère, et d'être en ce miliou
Leur esclave, plutôt que le soldat de Dieu.
Le jour où sur ton front s'étendit le saint Chrême, Chrétien, tu fus soldat. Sous peine d'anathème, Avec le mal vainqueur tu rompis toute paix ; Tu fus placé debout devant ses rangs épais Pour être tout à Dieu, pour servir de défense A la vérité sainte, au malheur, à l'enfance, A ceux que l'on égare, à ceux que l'on trahit, Pour répandre l'amour, — et pour être liai ! Élève donc ton cœur à ce mâle courage, Défends partout ton Dieu que partout on outrage; Puisqu'il veut bien subir cette guerre ici-bas, Combats en pardonnant, mais toutefois combats.
Qu'un public ignorant ou nous blâme ou nous loue, Ne laissons pas traîner Jésus-Christ dans la boue;
N'acceptons point la main que nous tend l'imposteur. Point de paix entre nous et le sage menteur Qui, cherchant à voiler sa perverse entreprise, Diffame doucement notre mère l'Église, Ajoute sa caresse aux maux qu'elle a soufferts, Et, les genoux plies, veut lui forger des fers. .Moins qu'aux francs ennemis donnons trêve à ces Ira lires : Combations-les partout. Et comme nos ancêtres, Au mal victorieux, ou calme ou menaçant, i'iutùl ({ue le silence offrons tout notre sang.
Frère, combattre ainsi, va, c'est prier encore! De ces luttes de foi la palme nous décore. De ces combats chrétiens le prix est assuré : Plus d'un cœur obscurci, dans le mal égaré, Grâce aux avis ([ue Dieu par notre bouche envoie, Du ciel qu'il oubliait a retrouvé la voie. En protégeant la foi du pauvre et de l'enfant. C'est l'incrédule aussi qu'on sauve et qu'on défend. Du mal qu'il commettrait d'avance on le délivre. S'il en était touché? S'il venait à mieux vivre?... Peut-être (piaxant nous dans la sphMideur des cicux Entreront ces pécheurs dont nous ou\rons les yeux.
LE PAPR
Au comte Cavour
A RAisox tu lo hais ce vieillard mai^nanime, 0 ministre! 11 te prend le profit de ton crime. Ameute contre lui les peuples et les rois : Si tu vois le succès de ta fourhe profonde, Tu n'auras fait d'etforls et charpenté le monde Que pour lui tailler une croix.
Si Dieu, pour nous punir, t'accorde la victoire. Prends ce leurre d'un jour; mais renonce à la j^Ioirc. Renonce à rien fonder qui soit durable et beau: rils du néant, le crime en subit la tutelle. Le martyr, dans un pli de sa robe immortelle. Emporte l'espoir du bourreau.
Tes ruses tromperont ta colère ulcérée.
Pour enlacer enfin la colombe sacrée.
Abats l'arbre puissant planté par nos aïeux : Sa chute frustrera tes attentes cruelles ; Imbécile serpent, la colombe a des ailes ; Tu ne peux pas fermer les cieux.
Parce que le jour baisse et le soleil décline. Tu crois que c'en est fait, et qu'une autre doctrine A l'empire en tes mains joindra la papauté; Mais l'astre déclinant vers la terre plus sombre, Nain méchant et jaloux, no grandit que ton ombre, Et te jette à l'obscuritc^.
Tu te perds dans la nuit, il marche vers l'aurore. D'autres matins suivront d'autres déclins encore, Toujours ce divin mort jaillira du tombeau; Toujours il usera glaives, chaînes, couroimes; Il sera toujours roi des âmes, et les trônes De ses pieds seront l'escabeau.
Pour ton histoire, à toi, s'il veut qu'on la retienne, Elle pourra remplir un feuillet de la sienne . On y lira qu'avec de l'or et des soldats, A force de forfaits, de ruses, de victoires, Réunissant enfin sur ton seul nom deux gloires, Tu fus Érostrate et Judas.