AUX JUGES DE LA FOI
r RENDS l'ïambe sanglant, prendsle fer, prends laflamme,
Prends la courroie aux nœuds d'airain ; Prends et frappe, fidèle, et délivre ton àme;
Venge ton maître souverain.
On l'insulte ! Un troupeau pédant et mercenaire
Hurle contre lui. — Ces valets De la richesse impie ou du vil populaire,
Flagelle-les, écarte-les ; Du moins lève sur eux, lève ta main fidèle!
Enfant de Dieu, ne souffre pas Que ton Père très-saint et ta Mère immortelle
Subissent sans toi ces combats.
Devant les agresseurs assez d'autres reculent,
Pleurant de loin sans approcher; Mais fusses-tu seul, toi, quand leurs rangss'accumulenl,
Quand on les fuit, va les chercher.
Si de lâches conseils maudissent ton courage,
Laisse vieillir les maudisseurs :
Plus d'un en t'iraitant désavouera l'outrage
Qu'ont lancé sa haine et ses peurs.
Dénonce hardiment les infâmes doctrines.
Montre le fer aux loups hurlants, Fais tête à ce ramas qui des mœurs en ruines
Bal encor les débris croulants!
Ils mentiront au peuple affamé de mensonge ;
Leurs discours, avec art formés, Empliront les esprits d'un venin qui les ronge ;
Leurs traits, en enfer allumés, Mettront partout un feu qui dévore et qui souille ;
En poussant des rires moqueurs,
Ils feront de ton Christ lui vaincu qu'on dépouille.
Ils lui retireront les cœurs; Jusqu'aux pieds des autels abandonnés aux femmes.
Us pollueront la vérité; Jusqu'au lit du mourant tu verras ces infâmes
Salir la sœur de charité; Par d'obscènes écrits ils pourriront le monde,
Grands et petits, peuples et rois :
Us en produiront tant, que la montagne immonde
Finira par cacher la croix ; Libres et respectés, ils commettront ces crimes,
Ils entasseront les forfaits; Leurs pièges, sous tes yeux, regorgent de victimes.
Et toi, tu te tairas? — Jamais!
Qu'ils déchaînent sur moi le diffamateur louche,
Qu'ils brisent mon bras désarmé.
Que de leur poing brutal ils meurtrissent ma bouche,
En hurlant que j'ai blasphémé :
Je ne cesserai pas ; si je garde la vie,
J'en laisserai le reste au jeu ; (>alme, j'exposerai ce reste à leur furie
Pour ma part des afl'ronts de Dieu ; Et je crierai toujours, et mon âme indignée
Rejettera leur joug pervers ; Et je mourrai, du moins rebelle à la lignée Des corrupteurs de l'univers.
TU
Il en est de subtils, d'ignares, de cyniques ;
Les pires sont les apostats:
Contre la vérité par des fables iniiiues
Ils ameutent les attentats...
0 miracle infernal, prodige d'épouvante,
Pain des anges vomi des chiens! Pour outrager le Christ, leur trahison savante
S'empare des dogmes chrétiens.
Telle est des apostats l'abominable élude,
Tel est le crime renaissant Qui dans le cœur du Christ jetant l'inquiétude,
Provoqua la sueur de sang.
C'est là qu'il fut troublé devant la coupe amère;
C'est là ce supplice si grand Qu'il voulut le cacher aux regards de sa mère,
Destinée à le voir mourant!
« Prends, bois, et mille fois savoure tes supplices,
« Toi qui nous as donné ta chair!
« De tes premiers bourreaux volontaires complices, « Nous l'abjurons : Vive l'enfer ! »
Je ne suis pas, Seigneur, l'ennemi de leur âme ;
Ta loi sainte m'inspire mieux !
Lorsque leur frénésie à grand bruit se proclame,
Des larmes montent dans mes yeux.
Pour eux, tu le sais bien, mes prières t'invoquent.
Leur crime sera châtié :
Les insensés! Je sais quels arrêts ils provoquent;
Us font horreur, ils font pitié!
Mais ils ne sont pas seuls : la funeste cohorte
Dans l'abîme traîne après soi Tout un peuple ignorant!... L'horreur alors l'emporte.
Alors je sens rugir ma foi; Alors mon sang frémit et voudrait se répandre.
Us nous perdent sans coup férir :
De nos vains arguments que pouvons-nous attendre !
Seigneur, donne-nous à mourir !
C'est le sang de tes Christs qui submerge l'impie :
Ouvre cet abîme à leurs pas ; Burine de ce sang le grand nom de la vie,
Le nom qu'ils n'effaceront pas!
Ouo le sang chrétien coule et qu'il les force à croire
S'il ne peut tous les convertir, Les bourreaux tout au moins, reniant leur victoire,
Baiseront les pieds du martyr.
Maintenant, dun sophiste à la plume dorée,
Nos prêtres mêmes sont épris, Et jusque dans l'église et la chaire sacrée
Ils vantent ses méchants écrits.
Ou bien, de ces trompeurs qui nous tendent des pièges.
Une enfantine vanité Accepte les défis, les thèses sacrilèges,
La cauteleuse impiété.
Sur le terrain perfide on les suit d'un pied lâche.
On célèbre ces beaux talents.
Et le docteur chrétien croit avoir fait sa lâche
S'il obtient leurs prix insolents.
Un prix donné par eux, quel trésor! On le quête,
On en fait un risihle éclat, Sans voir que leur arrêt met sur une autre tête
Tout l'honneur de ce faux combat ; Sans voir en quels périls leurs adroits subterfuges
Savent par là nous engager, lit que la vérité reçoit ici pour juges
Ceux qu'elle-même doit juger.
Ainsi notre ennemi nous mène et nous commande!
Ainsi nous recevons sa loi !
Et cependant le peuple étonné se demande
Où sont les maîtres de la foi?
Levez-vous, hommes saints, gardiens du peuple, apôtres!
Notre foi souffre, levez-vous !
Nos voix sont un vain bruit; qu'on entende les vôtres;
Vous seuls avez le saint courroux.
Nous disoiiïi toujours troi) ou tro|) peu ; mais vous, Pères,
Les oracles vous sont donnés :
Abattez les taureaux, écrasez les vipères,
Reprenez, jugez, condamnez!
Nous flottons incertains à tous vents de doctrines,
Comme des brebis sans pasteurs :
Enseignez-nous la voie; opposez vos poitrines
Aux cou[)s de ces (lé\aslaleurs.
Arradiez-leur le masque et faites la lumière,
Déconcertez leurs noirs efforts, Du bâton pastoral frappez! Brisez la pierre
Qui tient vos enfants chez les morts.
Quand vous aurez jugé, s'ils refusent d'entendre,
Dieu saura les mettre à merci :
Du ciel à votre voix Dieu s'empresse à descendre,
La foudre peut descendre aussi.
Enfin, — quoi que Dieu veuille, et qu'il tonne ou se taise.
Vous aurez fait votre devoir':
11 ne sera pas dit qu'en cette ère mauvaise
Vous n'avez su parler ni voir; Que le mal n'eut jamais plus d'orgueilleux espace ;
Que dans tout le peuple troublé Satan comme il voulut porta sa dent rapace.
Et (pie les pasteurs ont tremblé.