‹ Satires (volume 2)Chapitre 56 sur 58 · TYR · texte numérisé non relu

TYR

r EUPLES, savez-vous la nouvelle ?

L'oiseau la porte sur son aile,

Les flots la redisent aux flots ;

Les vents, de leur voix solennelle,

En instruisent les matelots :

Sur l'orgueil et sur l'or malheur à qui se fonde! Tyr, reine de la mer, a disparu du monde!

Qu'en dites-vous, gens d'entreprises,

Banquiers, marchands, coureurs de mers?

Qu'en dites-vous, roches et brises?

Qu'en dites-vous, vagues soumises?

Et vous, et vous, colosses fiers, Qu'en dites-vous, vaisseaux dominateurs de l'onde ? Tyr, reine de la mer, a disparu du monde !

Le vaisseau hurle, le vent pleure,

Le trafiquant est consterné;

Celui qui sur la mer demeure

D'un vain espoir encor se leurre ;

Le juste n'est point étonné :

Nous attendions, Seigneur, ta justice profonde. Tyr, reine de la mer, a disparu du monde!

Ses trafiquants étaient des princes ; Ses marchands, sur la pourpre assis, Dans le gain s'étaient endurcis.

Tyr, disaient-ils, a pour provinces La mer, et l'Égyple, et Tarsis !

Malgré l'or de Tarsis et l'Egypte féconde, Tyr, reine de la mer, a disparu du monde.

Tous les vices l'avaient ornée,

La courtisane couronnée,

Chère et funeste aux nations ;

La terre aimait cette fleur née

De l'amas des corruptions.

Où le crime abonda le châtiment abonde : Tyr, reine de la mer, a disparu du monde I

Connaissez le Dieu des armées :

Il a fait ce que vous voyez !

Les marchands-rois do Tyr, mi-piods, Errent par bandes afTaniées Autour de leurs comptoirs broyés.

A l'impie orgueilleux que ce grand cri réponde Tyr, reine de la mer, a disparu du monde!

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