TYR
r EUPLES, savez-vous la nouvelle ?
L'oiseau la porte sur son aile,
Les flots la redisent aux flots ;
Les vents, de leur voix solennelle,
En instruisent les matelots :
Sur l'orgueil et sur l'or malheur à qui se fonde! Tyr, reine de la mer, a disparu du monde!
Qu'en dites-vous, gens d'entreprises,
Banquiers, marchands, coureurs de mers?
Qu'en dites-vous, roches et brises?
Qu'en dites-vous, vagues soumises?
Et vous, et vous, colosses fiers, Qu'en dites-vous, vaisseaux dominateurs de l'onde ? Tyr, reine de la mer, a disparu du monde !
Le vaisseau hurle, le vent pleure,
Le trafiquant est consterné;
Celui qui sur la mer demeure
D'un vain espoir encor se leurre ;
Le juste n'est point étonné :
Nous attendions, Seigneur, ta justice profonde. Tyr, reine de la mer, a disparu du monde!
Ses trafiquants étaient des princes ; Ses marchands, sur la pourpre assis, Dans le gain s'étaient endurcis.
Tyr, disaient-ils, a pour provinces La mer, et l'Égyple, et Tarsis !
Malgré l'or de Tarsis et l'Egypte féconde, Tyr, reine de la mer, a disparu du monde.
Tous les vices l'avaient ornée,
La courtisane couronnée,
Chère et funeste aux nations ;
La terre aimait cette fleur née
De l'amas des corruptions.
Où le crime abonda le châtiment abonde : Tyr, reine de la mer, a disparu du monde I
Connaissez le Dieu des armées :
Il a fait ce que vous voyez !
Les marchands-rois do Tyr, mi-piods, Errent par bandes afTaniées Autour de leurs comptoirs broyés.
A l'impie orgueilleux que ce grand cri réponde Tyr, reine de la mer, a disparu du monde!